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parvint qu'avec peine à se faire introduire. Le général Duretz, qui commandait à Gôteborg, s'écria, en voyantle roi, que rien ne pouvait empêcher la ville a'étre prise. Gustave fui répondit :
«Vous vous trompez ; je suis venu pour « la sauver. » Le général se jette alors à ses pieds et le supplie de quitter une place si peu susceptible de résistance. « L'ennemi, dit-il, approche, dès au- « jourd'hui il sommera la ville de se « rendre. En eas de refus , un assaut « sera livré , et la personne sacrée de « Votre Majesté se trouvera exposée.
— « Puisque telle est votre opinion, re- « partit le roi, retirez-vous, le comte « Jean Sparre est votre successeur. »
La présence du roi , son courage , son éloquence ranimèrent bientôt l'ardeur des habitants de Gôteborg , qui , en peu de jours, fut à l'abri d'un coup de main. La lettre qui devait sommer le général Duretz de se rendre arriva en effet ; mais l'étonnement du héraut qui l'apporta fut extrême quand il se vit en présence du roi de Suède lui-même. Les Danois étaient tellement sûrs du commandant de la place, qu'ils avaient négligé d'occuper le pont qui traverse le Gôta-Elf, à quelques milles de là. Gustave s'empressa de le faire brûler , et de dresser des batteries qui dominaient le passage, en sorte que la place n'eut bientôt plus rien à craindre. En même temps, l'intervention de la diplomatie vint seconder les efforts de Gustave. M. Elliot , envoyé d'Angleterre à Copenhague, était venu au quartier général du roi de Suède concerter avec ce prince les moyens les plus propres à rétablir la paix. Il écrivit de Carlstad plusieurs lettres au commandant de l'armée danoise, pour l'engager à se retirer promptement, faute "de quoi la guerre serait déclarée au Danemark par l'Angleterre et la Prusse. Ces lettres eurent l'effet désiré, et le 12 novembre l'armée ennemie évacua la Suède.
Gustave rentra dans sa capitale le 10 décembre 1788 , et y ftit reçu avec les plus vives acclamations. Il ne put voir sans une joie secrète l'expression de Pamour que le peuple lui portait. U
comptait bien en profiter pour punir les officiers de l'armée finlandaise et terrasser la noblesse. Il convoqua donc dans le palais de Frédériksnoff un conseil de guerre, devant lequel il fit traduire un grand nombre d'officiers.
Ils furent condamnés les uns à des peines afflictives, les autres à un emprisonnement perpétuel ou très-long dans des forteresses éloignées. Le capitaine An* karstroem était de ce nombre; mais sa sentence, comme celle de bien d'autres officiers , fut commuée par le roi. Sprengporten , Hestesko et d'autres cnefs de la conspiration furent condamnés à mort; mais ils s'étaient enfuis en Russie.
Le déficit occasionné par les dépenses de la dernière guerre força Gustave à convoquer une nouvelle diète.
Prévoyant cette nécessité, il n'avait rien négligé pour gagner les trois ordres inférieurs; car il espérait porter un coup décisif à l'influence de la noblesse. La diète se réunit le 2 février 1789, et, malgré les menaces que le discours du trône contenait contre la noblesse, celle-ci se montra hautaine et inflexible. Elle refusa de concourir à l'adresse composée dans le sens du discours, à moins qu'on n'y ajoutât une clause pour engager le roi à conclure la paix le plus promptement possible, et elle finit par en voter une de son propre chef, dans laquelle elle priait le roi de punir les auteurs de quelques libelles qui tendaient à l'extension des prérogatives de la couronne.
Bientôt elle voulut limiter l'autorité du comité, secret, qui, depuis 1772, était à la dévotion du roi. Un orase violent éclata alors contre le comte de Lowenhaupt, maréchal de la diète, z4lé partisan de la couronne. Gustave fit aussitôt marcher sur la capitale plusieurs milliers de Dalécarliens, et
3uand ils n'en furent plus éloignés que 'une journée, il assembla les quatre ordres. Il commença par complimenter les ordres inférieurs , et les remercia de l'ardeur qu'ils avaient mise à soulager la détresse du royaume ; puis se tournant brusauement vers
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la noblesse , il lui ordonna de nommer une députation pour faire des excuses publiques au maréchal. S'adressant en particulier au comte de Fersen et au baron de Geer, il leur dit d'un ton sévère qu'il considérait leur conduite envers le maréchal comme une insulte à sa personne que le comte représentait. Jetant ensuite un regard plein de fierté sur le comte Axel Fersen , le roi s'écria avec beaucoup de violence : « Vous avez plus d'une rois ébranlé le « trône de mon père ; gardez-vous de «jamais toucher au sceptre de son « fils. » Le comte voulut se défendre, et d'autres seigneurs tentèrent de parler en sa faveur; mais Gustave, d'un geste dédaigneux, fit signe aux nobles de se retirer, et, quelques jours plus tard , les principaux d'entre eux furent arrêtés par la garde bourgeoise. On les conduisit au palais deFrédérikshoff, où ils furent traités avec égards, quoique gardés étroitement.
Mais la noblesse était bien éloignée de se laisser intimider; plusieurs membres des premières familles abandonnèrent les places qu'ils occupaient dans l'armée ou à la cour, les dames mêmes cessèrent de se rendre au palais du roi, qui devint désert. Gustave supporta ces privations en philosophe, tant il était enchanté de sa ménagerie patricienne de Frédérikshoff.
Le lendemain de l'arrestation des nobles, Gustave se rendit à l'assemblée des états, et leur soumit la loi de sûreté et d'union, qui n'était rien moins qu'une nouvelle constitution , par laquelle le pouvoir politique était concentré entre les mains du roi. Le premier articledecet acte est ainsi conçu : «Nous « reconnaissons avoir un roi hérédi- « taire, qui a le pouvoir de gouverner le « royaume, de le mettre en sûreté tant « à l'intérieur qu'à l'extérieur , de le « maintenir en liberté et de le défen- « dre; de commencer la guerre, de « foire la paix , de conclure des alliances, de distribuer des grâces, « etc. » L'article II admet les roturiers dans le tribunal suprême, et l'article III leur permet d'acheter des terres nobles. L'article IV réserve à la no-
blesse les hautes dignités du royaume et les emplois de. la cour. D'après l'article V, le vote de l'impôt reste à la diète; mais l'article VI porte que les diètes ne doivent discuter oue les questions qui lui seront soumises par Je roi, etc., etc. «Cette loi enfin détruisait le sénat, institution flétrie, à la vérité, par ses usurpations passées et par sa récente bassesse , mais néanmoins respectable aux yeux des Suédois par son antiquité, qui remontait presque aux temps fabuleux, et par les services réels qu'elle avait en diverses occasions rendus au royaume(*). »
Vacte de sûreté et d'union fut adopté sans difficulté par les trois ordres inférieurs ; la noblesse le mit en délibération. Mais cette délibération s'étant prolongée durant trois semaines, et ne paraissant pas toucher à sa fin y le roi adressa un message à l'ordre des nobles pour exiger une prompte décision. On répondit en rejetant la loi à l'unanimité. Gustave ne se tint pas pour battu : il entama de nouvelles négociations ; mais elles furent infructueuses. Enfin la bourgeoisie et les Dalécarliens campés dans les environs de Stockholm ayant menacé de massacrer la noblesse si elle persistait dans son refus, celle-ci, privée de ses chefs, qui, pour la plupart, étaient retenus dans les fers par Gustave, ou s'étaient retirés à la campagne, crut devoir céder à l'autorité du roi , et si-
§na l'acte le 27 avril. Le lendemain la iète fut dissoute. Ainsi l'aristocratie était frappée à mort; les trois ordres inférieurs, qui hâtèrent sa chute , ne virent pas qu'ils auraient pu profiter de cette occasion pour réprimer tout à la fois le pouvoir excessif de l'aristocratie et le despotisme du monarque, et fonder à jamais la liberté du pays. Ils gagnèrent cependant quelque chose au changement, l'hydre qui les dévorait n'avait plus qu'une tête.
Le comité secret et la majorité constituée par les trois ordres inférieurs , ayant accordé à la couronne tous les subsides et toutes les ressources qu'elle
(*) Cours du Nord, t III, p. 58.
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avait réclamés, Guitare ne songea plus qu'à continuer la guerre contre la Russie. L'entêtement insensé qui amena la chute de tant de rois de Suède , commençait à égarer aussi son esprit. Il ne vit pas que le moment favorable pour attaquer la Russie était passé, et qu'il ne serait plus désormais que lé jouet de l'Angleterre et de la Prusse. Ces deux puissances empêchèrent de nouvelles hostilités entre la Suède et le Danemark, qui brûlaient du désir de se mesurer. L'ambassadeur anglais déclara sèchement à Gustave que s'il ne faisait point la paix avec le Danemark, il serait attaqué par l'Angleterre; de semblables menaces furent faites à la cour de Copenhague, et le prince royal signa la paix, quand Catherine, qui n'avait aucun intérêt à laisser brûler la flotte danoise parles Anglais, l'eut dégagé de ses serments.
Vers la fin de l'hiver de 1789, la guerre recommença par une expédition du baron de Stedingk contre Nyslot, et, le 6 juin de la même année, Gustave en personne arriva au quartier général, et se mit à la tête de l'armée. Il obtint d'abord quelques succès , et assiégea Frédérikshamn ; mais le prince de Nassau survint avec la flotte russe et força à la retraite les vaisseaux suédois qui formaient le blocus du côté de la mer. Gustave se vit alors contraint de se replier vers la Finlande suédoise, et le reste de la campagne se passa en. combats sans importance et sans résultat. Le 1er septembre, Gustave rentra à Stockholm, où l'état des esprits et les menées des factions rendaient sa présence nécessaire.
La campagne de l'année 1790 ne fut pas plus décisive sur terre, mais la guerre maritime devint très-acharnée, et se termina par la célèbre bataille de Swensk-Sund (9 juillet), où Gustave, commandant en personne la flotte suédoise, remporta une victoire complète et brillante sur les frégates et les galères russes, commandées par le prince de Nassau. Le 14 août 1790, on conclut la paix à Werelac, et Ton prit pour base du traité le statu quo ont* bel*
km. Mais la Suède avait perdu ses meilleurs vaisseaux et ses meilleurs marins, et elle n'avait pas, pour réparer de semblables désastres, les moyens dont pouvait disposer la czarine.
Gustave, néanmoins, rentra triomphant à Stockholm, et le peuple le reçut comme un conquérant et un pacificateur. La gloire militaire devint dé* sormais sa passion dominante, et il forma le projet de la satisfaire sur un champ plus vaste. La révolution française venait d'éclater, et Louis XVI s'était trouvé tout d'un coup hors d'état de payer le subside. Catherine, qui n'ignorait point les embarras dans lesquels Gustave serait jeté par la perte de cette importante ressource, et qui savait d'ailleurs qu'il devait à la France le rétablissement de l'autorité royale en Suède , ce qui lui ferait regarder comme un devoir de rendre le même service au successeur de Louis XV, Catherine forma le projet de se servir de lui pour lutter contre l'esprit révolutionnaire en France. « Elle lui fit offrir un secours en argent, et, à son instigation, plusieurs des plus illustres émigrés français s'adressèrent, vers le même temps , à Gustave, et lui dépeignirent leur belle reine et les dames de sa cour accablées de douleur»
tournant leurs yeux baignés de larmes vers le preux Gustave, qu'elles regardaient comme leur chevalier et leur futur libérateur. L'appât réussit; Gustave promit d'accepter les subsides de Catherine, et de plonger son royaume dans une nouvelle guerre, contre un peuple qui n'avait pas à se reprocher t'ombre d'une offense contre la Suède (*). » Cette guerre, d'ailleurs, ne devait obtenir aucune popularité en Suède, car elle ne flattait aucun des préjugés nationaux.
Pour ne plus abandonner les commandements à des officiers déloyaux, ou patriotes, il forma une académie de atterre* où la jeunesse oui se destinait au service militaire devait être élevée dans l'habitude d'une obéissance
(*) Coun du Nord! t. ni, p. yl.
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aveugle. En même temps, il pressa [es armements de tout genre sous des prétextes plus ou inoins spécieux. Il devint l'idole des réfugiés français, et une sorte de roi Stanislas aux yeux des Russes, qui rappelaient «le fidèle et digne chevalier de leur immortelle maîtresse. »
Les sentiments hostiles du peuple contre la noblesse, sentiments que Gustave avait lui-même excités, rendirent les doctrines de la révolution française extrêmement populaires en Suède, et Gustave, pour enflammer le religieux paysan suédois contre les Français, ne crut pouvoir mieux faire que de les appeler une nation d'athées, qui avait renoncé à la foi chrétienne et massacré ses prêtres; mais on neutralisa facilement cette impression en répondant que les Français avaient uniquement renoncé au papisme, et qu'ils étaient sur le point de devenir luthériens.
La conduite insensée du roi était généralement blâmée, mais il n'en persévéra pas moins dans sa résolution d'étouffer la liberté naissante en France; il défendit toute discussion sur les nouvelles politiques qui arrivaient de ce pays, établit une censure rigoureuse des journaux, et, en un mot, se montra le digne allié de Catherine II. Pour se concerter plus sûrement avec les chefs de l'émigration française et les cabinets absolus, il se rendit au mois de juillet 1J91 à Aix-la-Chapelle; mais il en repartit précipitamment, quand le marquis de Bouille l'eut informé qu'une alliance étroite avait été formée entre les révolutionnaires français et les mécontents suédois, et qu'on se disposait à l'assassiner.
Malgré les sommes énormes que les Bourbons d'Espagne et de Naples, et d'autres encore, lui avaient comptées, ses embarras financiers se trouvèrent si grands qu'il se vit forcé de convoquer une nouvelle diète. Elle s'assemfila le 27 janvier 1792 à Gesle, ville maritime sur le golfe de Bothnie, dans la nrovince de Gestricie, voisine de la Dalécarlie. En quelques séances toutes les propositions du roi furent agréées.
et l'assemblée foi dose le 14 février*
Gustave revint à Stockholm sombre* mécontent, mais toujours fermement résolu à la guerre. Ses jours étaient comptés; un nombre assez considérable de nobles crurent pouvoir recourir a l'assassinat pour se venger de l'abaissement de leur ordre, et tans doute aussi pour épargner a leur pays les maux d'une guerre injuste et insensée.
Celui qui devait immoler le roi , Jean- Jacques Ankarstroem , était issu d'une famille noble, et doué d'une volonté forte et énergique, On assure gue de bonne heure Gustave l'avait irrité par des injustices , et que des ressentiments personnels avaient fortifié dans son âme la haine politique. Pendant la guerre de Russie il commandait dans l'île de Gothland , et avait capitulé à l'approche d'une escadre russe, pour ne pas exposer Plie aux ravages de l'ennemi. Il fut pour ce motif traduit devant le conseil de guerre de Frédérikshoff, condamné à une captivité perpétuelle et gracié par le roi. Quand on lui annonça que Gustave lui pardonnait, il dit, s il faut en croire des témoignages qui ont été contestés :
« J'aimerais mieux périr par l'inimitié « du roi que de vivre déshonoré par sa « clémence. Je suis innocent des accu- « sations que l'on a forgées contre moi « et qui ont été soutenues par des téo moins subornés. Mes juges dans leur « iniquité ne l'ignoraient pas. J'ai de- « mandé justice, on me l'a refusée. Je « regarde cette exemption d'un arrêt « injuste comme un droit et nullement « comme une grâce. » D'autres racontent que quand on lui annonça la grâce que le roi lui faisait, il répondit seulement : « Et moi je ne la lui fais pas. »
Peu de temps après, le roi , par une ordonnance, diminua d'un tiers la valeur du papier-monnaie. Ankarstroem venait de vendre la veille pour trois cent mille écus de propriétés. foncières, et perdit d'un seul coup le tiers de sa fortune. On accusa le roi d'avoir annoncé d'avance la mesure à ses amis qui l'avaient exploitée. Une foule de familles nobles se virent ruinées, et le projet de détrôner et d'assassiner
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Gustave fut définitivement formé. On le suivit à Geste, mais on n'y trouva
Ks l'occasion d'agir. Le 2 mars on ttendit à un bal masqué, mais il n'y Sarut pas; plus tard, un grand bal qui evaît avoir lieu à la cour fut inopinément eontremandé. Mais ces obstacles et bien d'autres encore ne purent ébranler la ferme résolution qu'avait prise Ankarstroem de tuer celui qu'il croyait le plus grand ennemi de sa patrie. A la fin on annonça pour le 16 mars un bal masqué à la salle de l'Opéra, et les nobles conjurés, abandonnant le projet d'enlever le roi, choisirent cette nuit pour l'exécution de leur sanglant complot.
Pour tout ce qui va suivre, nous devons prévenir nos lecteurs que les motifs du crime du 16 mars n'étant
Sas encore suffisamment connus, et evant peut-être rester à jamais cachés, nous ne pouvons garantir l'entière exactitude du récit que nous avons cru devoir emprunter à firown , et qu'il tenait lui-même d'une personne attachée à la maison du roi.
On prétend que Gustave, pendant qu'il se faisait coiffer pour aller au bal masqué, reçut une lettre anonyme qui l'informait de l'existence d'un com-
{>lot et qui l'engageait à rester chez id, c'est-à-dire, à ne pas se rendre au bal , et à ne pas effectuer l'attaque qu'il projetait contre la France. On ajoute que le roi communiqua cette lettre au baron Bielke, son secrétaire particulier, qui lui-même était du nombre des conjurés. «Il me parait, Sire,» répondit celui-ci du plus grand sangfroid , « qu'on cherche à vous intimider, a — M'intimider ! s'écria Gustave; je « ne fais jamais attention à des sottises « pareilles. Si j'écoutais tous les averc tissements que je reçois , je ne joui- « rais pas d'un moment de repos...
« Si l'insolent écrivain a prétendu me « railler, il dira que le roi a eu peur !... .« Non, je suis décidé à aller au bal ! » Bielke était convenu avec les conjurés que si le roi se décidait à aller au bal il enverrait sa montre chez un bijoutier, ( sous prétexte de la faire réparer ; si au ' contraire le roi changeait d'avis, le bijou-
tier devait recevoir une tabatière. L comte Ribbing attendait dans la bouti que. Quand on eut apporté la montre , i prévint aussitôt les conjurés* et touj se tinrent prêts à agir. Gustave cepen dant se décida fort tard, et n'enta dans la salle que peu d'instants avaol minuit; sa figure était gaie et animée Arrivé dans la salle, il crut avoii échappé à tout danger. Toutefois , ayanl saisi au passage quelques regards qui réveillèrent ses craintes, il résolut di se retirer, et chercha, en tenant k bras de l'ambassadeur de Prusse, â percer la foule des masques. Mais les conjurés lui barrèrent le passage, et le firent reculer vers une coulisse derrière laquelle Ankarstroem se tenai; caché. Celui-ci, s'étant assuré avec fe plus grand sans-froid que la personne placée devant lui était réellement sa victime, appuya le canon d'un pistolet à vent contre les reins du monarque et lâcha le coup. Le roi aussitôt arracha son masque en s'écriant : « Je sois « blessé ! » Déjà Ankarstroem saisissait un couteau ébréché et dentelé, quï avait fait préparer tout exprès, et il était sur le point de l'enfoncer dans la poitrine du prince, quand il le vit tomber. Ce rat alors seulement qu'il se retira. Les conjurés avaient, en attendant , crié au feu , afin d'occasionner un désordre, à la faveur duquel l'assassin aurait pu s'enfuir. Mais, au premier cri du roi, un de ses plus jeunes aides de camp, M. de Polet, avait donné l'ordre de fermer les portes et de ne laisser sortir personne. Le bruit du crime se répandit bientôt dans h ville, et le théâtre fut cerné par plusieurs régiments. On plaça le roi sur un sofa, qui ne tarda pas à être couvert de son sang. Aussitôt qu'il put se faire entendre, il ordonna de faire fermer les portes de la ville, et dit aux ambassadeurs présents qu'ils ne pourraient envoyer des courriers à leurs cours que quand on saurait s'il survivrait à sa blessure. La sueur froide qui baignait son front marquait les souffrauces norribles qu'il éprouvait; il n'en prescrivit pas moins les mesures qu'il fallait prendre pour découvrir l'assassin.
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Toutes les personnes qui se trouvaient dans la salie devaient ôter leur masque, se laisser fouiller, et écrire leurs noms et leurs qualités sur des registres préparés à la hâte. Ankarstroem, qui avait laissé tomber ses pistolets et son couteau, fut le dernier appelé à subir cette épreuve, et ne montra pas la moindre émotion au chancelier Benzelstierna, qui tenait le registre et observait attentivement sa physionomie.
« Les chirurgiens (dit le témoin oculaire, auteur du mémoire communia que à Brown), les chirurgiens, ayant sondé la blessure du monarque, et réfléchissant à la direction que la balle avait prise, jugèrent du premier moment qu'il y avait peu de chose à espérer jpour la vie de leur auguste malade. Pendant cette opération, qui fut excessivement douloureuse, le roi déploya ce courage et cette force d'âme que peu d'hommes ont poussés plus loin que lui. Quand le chirurgien appliqua la sonde, le roi crut remarquer que sa main tremblait; étouffant le sentiment de la douleur, il dit d'une voix ferme : « Ne souffrez pas que « votre affliction vous empêche de rem- « plir votre ministère; rappelez- vous « que si la balle n'est pas extraite, il « devient impossible de me sauver. »
Le chirurgien s'arrêta un moment comme pour prendre courage, puis il retira de la plaie des balles de différentes formes. Naguère, Gustave avait descendu légèrement le large escalier de granit qui conduisait au vestibule du palais; dans ce moment on l'y reconduisait à pas lents, étendu sur un brancard que portaient des grenadiers, et dont le moindre mouvement augmentait ses douleurs inexprimables. Le grand escalier du palais est , comme le palais lui-même, crune forte dimension; répaisse rampe est en marbre poli, les marches en granit, et les ornements, de proportions colossales, sont parfaitement exécutés et bien conformes au vaste et beau dessin de ce superbe édifice. Quoique Ton eût fermé les portes du palais aussitôt que le roi fut arrivé, et que l'on n'y admit que des soldats et quelques courtisans
choisis, l'escalier fut néanmoins encombré de monde. Plusieurs ministres étaient en habit de cérémonie, et la plupart des personnes attachées à la maison portaient encore ceux qu'elles avaient mis pour aller au bal. Ces costumes élégants et variés, l'état du roi étendu sur son brancard, son front décoloré, appuyé sur sa main droite, les physionomiesdiverses sur lesquelles se peignaient à la fois la douleur, la consternation et l'effroi, l'éclat des flambeaux et des torches nombreuses que portaient les militaires, celui des casques polis, des habits brodés et couverts de paillettes, joint aux sabres nus et aux baïonnettes, la lumière forte qui se projetait sur la figure du roi , sur le brancard et sur le groupe qui l'environnait, les larges masses d'ombres qui se répandaient au-dessus et au-dessous de ce groupe principal, et les accidents de lumière qui éclairaient diversement les parties détachées de ce vaste tableau, formaient un spectacle grand , pittoresque , et qui ne pouvait manquer de produire la plus vive impression. Les yeux du roi n'avaient rien perdu de leur lustre, et ses traits indiquaient le triomphe du courage sur la douleur. Quoique ce malheur fût terrible et soudain, il ne lui fit pas perdre sa présence d'esprit; il parut plus affecte des larmes qui sillonnaient les joues des vieux compa-
§nons de ses travaux militaires que u coup oui, selon toute apparence, allait bientôt terminer ses jours. A mesure que les porteurs montaient l'escalier, lé roi levait la tête comme pour se pénétrer du majestueux spectacle dont il formait lui-même l'objet principal. Quand il fut arrivé à la grande galerie, qui était de plain-pied avec son appartement, il fit signe de la main qu'on le laissât reposer un moment; puis, regardant autour de lui d'un air attentif, il dit au baron d'Armfelt, qui ne pouvait retenir ses sanglots : « N'est- « il pas étrange que je me sois ainsi • précipité au-devant de ma destinée « après les avis que l'on m'avait don- « nés? Mon esprit m'annonçait un malf heur. Je ne suis allé qu'à regret.
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« eomme si j'eusse été poussé par une • main invisible. Je suis entièrement s persuadé que quand son heure est «venue, c'est en vain qu'un homme « voudrait fuir son sort... » Après une courte pause, il continua en ces mots : « La mienne n'est peut-être pas encore i arrivée. Je ne serais pas fâché de « vivre; mais je ne crains pas de mou- « rir. Si je vis, je descendrai de nou- « veau à pas légers cet escalier; sinon, « la première fois qu'on m'y reportera , « ce sera pour aller au Gustavianska « Grafi Riddarholm Kyrkan (au tom- « beau des Gustave, dans l'église de « Riddarholm). » Le roi parlait lentement et à voix basse. Le silence qui suivit fut terrible; chacun paraissait avide d'apercevoir ses traits, ne fût-ce que de loin , ou de saisir quelques-uns des mots qu'il proférait. Des larmes remplissaient tous les yeux. On vit des personnes, tenant une torche de la main gauche, se couvrir le visage de leur manteau pour cacher l'excès de leur émotion. Gustave était, selon toute apparence, le plus calme des acteurs de cette scène. Aussitôt que la violence de sa douleur se fut un peu calmée, il fit signe aux porteurs d'avancer. Les vastes portes à deux battants du grand salon furent ouvertes et refermées dès que le roi y fut entré avec les personnes les plus intimes de sa suite. La triste procession traversa les appartements de cérémonie jusqu'à la chambre à coucher du prince. Là, le brancard fut soigneusement posé à terre 2 et le roi fut porté dans son lit, d'où il ne se releva plus. « Après que Gustave eut pris deux heures de repos, malgré les ordres des médecins et des chirurgiens, et malgré les prières de son frère, le duc Charles de Sudermanie, il. ordonna au baron d'Armfelt de lui faire la lecture de la liste des personnes qui avaient assisté au bal. Les hommes de l'art et les domestiques s'étaient retirés. Chaque fois gu'Armfelt prononçait un nom qui inspirait quelques soupçons au roi , il le marquait avec un crayon. Tout à coup le roi dît : « De grâce, mon cher « Armfclt, le nom d'Ankarstroem s'y
« trouve-t-il t — Oui , Sire , répondit le «baron, et il est le dernier de la «liste. » Le roi prit un air sombre, secoua la tête et dit: « Un pressenti- « ment m'annonce que cet nomme a c été mon assassin (*) ».
Cependant le directeur de la police avait dans la nuit même fait amener ehez lui tous les armuriers de la capitale, pour soumettre à leur inspection les pistolets trouvés à l'endroit du meurtre, et pour savoir d'eux s'ils les reconnaissaient. L'un des armuriers se rappela qu'il les avait nettovés pour le capitaine Ànkarstroem. Celuici était rentré chez lui vers sept heures du matin. Quand il fit grand jour, sa servante vint, tout effrayée, lui dire que le roi avait été assassiné dans la nuit. « Est - il mort ? » lui demandat-il. — «Non , mais il est grièvement blessé. » — « So, so (**), » reprit-il, et il la renvoya. Vers les dix heures , il sortit avec un ami, se rendit dans un café, et se dirigea ensuite vers la place des nobles. C'est là que le directeur de la police t'aperçut et le prit sous le bras, en lui disant : « Vous voilà bien à propos, j'ai a vous parler.» Il ne nia pas un instant le crime dont il se glorifiait , mais il assura ne pas avoir de complices. Le baron d'Armfelt , membre de la régence provisoire et favori du roi , le menaça de la torture s'il refusait de tout avouer. Ankarstroem, les bras croisés et la tête droite, le regarda fixement, et lui dit d'un * ton lent et dédaigneux : « Ne t'attends « pas, audacieux' criminel , que je t'o- « béisse. Ce fut et ton vil exemple et ta «contagieuse bassesse qui rendirent « l'infortuné roi parjure à ses serments, « qui l'initièrent à des crimes inconnus « jusqu'à toi sur le sol suédois. Déjà « ton nom est un terme de reproche.
« Tes os ne reposeront point sur la «terre de la patrie. Ma main sera «bénie par les siècles à venir; j'ai «délivré la nature d'un monstre et « mon pays d'un tyran parjure. »
(*) Cours du Nord, p. n8 et suit.
{**) Équivalent de ah! ah! dit avec indiffeceoce.
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Apre* le premier interrogatoire, on n'avait laissée Ankarstroem ni couteau»
ni fourchette, ni aucun autre instrument avec lequel il aurait pu se donner la mort. Au second interrogatoire, il remit au directeur de la police une lancette qu'il tira de la manche de sa pelisse. « Voya, lui dit-il, comme « toutes vos précautions eussent été « vaines, si la religion ne m'avait em- « péché de commettre un suicide. »
Dans la nuit même du 17 , on avait expédié des courriers pour arrêter la malle qui n'était partie que depuis quatre heures. On y trouva plus de cent lettres anonymes avec cette phrase : « A minuit il ne sera plus; arrangez-vous en conséquence. » En même temps , on découvrit la personne qui avait porté au château fa lettre anonyme adressée au roi ; on sut qu'elle venait du comte Lillehorn, major des gardes. Sur ses dépositions et sur quelques autres indices, on arrêta encore le comte Horn , qui était venu chercher Ankarstroem pour aller au 1 -il , le comte Rihbing , ois naturel du roi, dont on avait voulu faire un nouveau Brutus, les barons Ehrensward, Engerstroem, Pechlin, etc.
Le baron Bielket l'un des principaux conjurés, avait accompagné le monarque blessé au château. Quand Lillehorn le dénonça, le roi fut trèsaffecté, et l'indignation de la cour fut pour ainsi dire plus vive contre lui que contre Ankarstroem lui -même.
Conduit devant Armfelt et le ministre de police, il s'écria avec une joie barbare : « Oui, c'est moi qui ai « fait aller le monstre au bal. La main * sacrée d'Ankarstroem lui a donné « le passe-port pour l'éternité. » Armfelt te somma de nommer ses complw ces. Bielke, qui avait eu le temps d'avaler une Forte dose de poison, repartit d'une voix horriblement altérée : « Scélérat , je ne te crains pas. La «main de la mort est déjà sur moi.
« Mes amis me vengeront de toi. » En disant ces mots, il tomba dans une agonie affreuse, et ne tarda pas à rendre le dernier soupir. On exposa son corps au Heu du supplice, et M art
enseveli an pied de la pétante; wêêê on l'en retira secrètement.
Ankarstroam se montra vivement affecté de la trahison de Lillehorn , «t , rougissant bien plus d'avoir dit une fausseté que d'avoir commis un meurtre, il saisit la première occasion pour accabler Lillehorn de reproches T et pour justifier sa première déposition, en s'avouant le principal instigateur du complot. On ne put lui extorquer aucun aveu qui inculpât personne; mais il affecta de répondre que le pistolet avait été charge de clous rouilles, afin de rendre la plaie incurable.
La position de Gustave était affreuse. Pendant que les douleurs les plus vives et la perspective d'une mort certaine le tourmentaient , il dut encore s'inquiéter des événements qui , après sa mort, pourraient couvrir son nom d'ignominie, si le duc Charles prétendait à la couronne , que les nobles de l'opposition venaient de lui offrir. Mais le duc, touché de la position de son frère, promit tout ce qu'on exigea de lui , à la condition toutefois qu* Armfelt serait éloigné du pouvoir, et qu'on ne ferait point la guerre à la France. A ces conditions, lui et son parti promirent de reconnaître comme roi le fils de la reine.
On résolutde sacrifier Ankarstroem, et Gustave consentit sans regret à la grâce des autres conspirateurs. Il voulait même étendre cette faveur au meurtrier ; mais les chefs de la justice l'en empêchèrent. Après ces arrange*»
ments, les comtes de Brahe et Fersen se rendirent près du roi, et Gustave, toujours gracieux, leur dit, d'une voix affaiblie, que sa blessure n'était paa sans quelque douceur, puisqu'elle lui procurait le plaisir de se réconcilier avec ses amis. Ces seigneurs furent d'autant plus portés à promettre de reconnaître le prince royal, que l'esprit révolutionnaire commençait à faire des progrès, et menaçait leur influence, non moins que le pouvoir royal. Ensuite, une grande quantité de papiers furent soigneusement em« paquetés et scellés du sceau du roi, qui tes apposa dans un coffre à froisser*
L'UNIVERS
nires , dont il confia les clefs au doc son frère , au chancelier et à l'archevêque d'Upsal. Ce dépôt mystérieux , qui est conservé encore aujourd'hui à 1 université d'Upsal , ne doit être ouvert, à ce qu'on assure, que cinquante ans après la mort du roi , c est-àdire en 1842. Le 28, on commença à désespérer de la vie du roi; la gangrène gagna les vaisseaux absorbants. Le chambellan Benzelstiern fut chargéd'apprendre au malheureux Gustave qu'il n'avait plus que vingt-quatre heures à vivre. Dès ce moment on assure qu'il perdit toute son énergie , et fut en proie aux remords les plus cruels. II ne voulut plus voir Armfelt, le compagnon de ses vices.
Vers midi , il s'enferma pendant une heure avec le duc Charles. Quand les médecins vinrent engager le prince à se retirer, pour épargner au roi une émotion trop vive , il s'écria : « Ne « pou vez-vous par votre art me donner « un sursis ? Ne pouvez-vous éloigner « le coup fatal pendant trois jours?
« trois jours ! c'est tout ce que je vous « demande. J'ai encore quelques affai- « res pénibles à arranger. En quoi ! ni «les médicaments, ni le scalpel ne « peuvent donc prolonger ma vie !... » Le soir, le malade devint plus calme ; il s'entretint avec son chapelain. Pour diminuer le sentiment de la douleur corporelle, on lui administra de l'opium à fortes doses. Toutes ses facultés étaient affaiblies. Vers huit heures, il reçut les sacrements , et après cette cérémonie, on introduisit la reine. Ni elle , ni son fils n'avaient été admis auprès du roi depuis son assassinat.
Elle ne put s'empêcher de jeter un cri d'horreur en apercevant Gustave mourant , et elle tomba sans connaissance dans les bras du prince Charles. Quand elle eut repris ses sens, elle resta seule pendant quelque temps avec le roi et son frère. Après son départ, Gustave ne parla plus, et, dans la matinée du 29, il expira au milieu des plus cruelles douleurs. « Grâce au ciel , s'écria le « chapelain, ses souffrances temporelles « sont terminées. Puisse-t-il obtenir « le pardon de ses péchés I Puisse son
« Ame reposer' en paix 1 » Le chambel • lan et le médecin répondirent : Amen!
amen! Tous les autres courtisans étaient ailés s'incliner devant le nouvel arbitre des faveurs, le duc Charles de Sudermanie. L'artillerie du fort et les fanfares des trompettes annoncèrent l'avènement du nouveau souverain Gustave IV, Adolphe, roi de Suède, des Goths et des Vandales.
Le premier acte du régent fut la punition d'Ankarstroem. «Il était détenu dans une prison appelée le Smedjesgaard, située dans une rue qui conduit vers le sud-ouest de la Drottning - Gaten , à Roerstrands - Sjon.
L'édifice n'est ni grand ni fort. Les prisonniers ne sont jamais mis aux fers avant leur condamnation; ils ne le sont pas même après , à moins que l'arrêt ne le porte en propres termes.
Les lois de la Suède considèrent toute personne comme innocente jusqu'à ce que le crime soit prouvé; et dans ce royaume les fers sont par eux-mêmes un supplice qui emporte une infamie perpétuelle. Ankarstroem était gardé par des sentinelles. Il passait la plus grande partie de son temps à lire des livres pieux , à prier et à songer à son existence future : ces pensées l'occupaient beaucoup plus que la punition terrible à laquelle il était sûr de ne pouvoir échapper. Quand il apprit l'excès des souffrances du roi , u dit avec douceur : « J'en suis réellement fà- « ché; mon intention était de tuer le «tyran, et non de le faire souffrir.
« Il est impossible qu'il guérisse :
« pour moi, je mourrai d'un supplice « affreux ; mais la certitude d'avoir mis «fin à sa coupable carrière, d'avoir « sauvé la vie de plusieurs milliers de « mes compatriotes, et d'avoir délivré « ma patrie de l'esclavage, me donnera « la force de tout supporter. » La gravité et la douceur de son ton parurent , produire beaucoup d'effet sur ceux qui étaient chargés de le surveiller. II neconsidérait ni les murs de sa prison, ni la mort ignominieuse qui l'attendait; ses regards étaient sans cesse dirigés vers un monde meilleur que celui qu'il allait quitter* -*- « Là, » disait-il en em-
SUÈDE
pnurttnt les paroles de PÉcriture sainte , «Jes méchants cessent cPimportuaer, et ceux qui sont là se reposent. » Il y avait tant de dignité dans sa personne , qu'on eût du de lui qu'il était gutôt un martyr souffrant pour la i, qu'un mortel coupable qui venait de tremper ses mains dans le sang de son semblable.
«Quand le brait du canon vint frap-
rson oreille , et lui apprendre que victime avait cessé de vivre , Ankarstroem, se jetant tout à coup à genoux, et baissant la tête, s'écria:
« Grâce à Dieu ! ses tourments ont « cessé. Puisse son créateur avoir pitié « de son âme , et lui pardonner ses « nombreuses fautes. Maintenant je « puis mourir en paix. » Singulier assemblage de crime et de vertu , de fanatisme et de religion! Il soutint ce caractère jusqu'au dernier moment de son existence. Son sort ne resta pas longtemps incertain. Le 18 avril 1792, la sentence de mort fut prononcée; son exécution devait être précédée d'une torture de trois jours. 11 entendit son arrêt sans émotion, et passa dans la prière le peu de temps qui lui restait à vivre. Le lendemain matin , il fut conduit au Riddarhusr Torg. ou un échafaud avait été^dressé non loin de la statue équestre de l'illustre fondateur de la dynastie des Wasa, et en face du palais de la noblesse. Une potence fut élevée sur l'écbafaud, et au sommet de la potence on attacha le pistolet et le oouteau dentelé, avec cette inscription : « Johan- Jacob Ankarstroem , kongungs mordnar (Jean- Jacques Ankarstroem, régicide).» Une lourde chaîne de fer descendait de la potence et venait s'attacher à un large anneau qui devait entourer son cou. Sa tête était découverte; mais on lui permit de porter une pelisse fourrée. Il monta sur l'écbafaud d'un pas ferme , d'un air tranquille, mais sans arrogance. Le collier fut passé autour de son cou, et il resta ainsi exposé pendant deux heures , ce qui , dans un climat aussi froid que celui de la Suède, est déjà un supplice assez rude. Ensuite il fut
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dépouillé et frappé de verges. H supporta cette peine sans donner aucun signe de souffrance. On le reconduisit ensuite à sa prison , où il demanda au ciel le pardon de ses péchés et de ceux de ses ennemis, ainsi que la force né» cessaire pour supporter les tortures qui lui étaient encore réservées. Le lendemain on le conduisit au Torg, ou marché,-dans Sodermalm , ou le même traitement fut réitéré. Il s'efforça vainement de conserver autant de tranquillité Sue la veille ; car il avait tant souffert u froid , et il était si fort affaibli, que les verges, s'imprimant de nouveau sur les mêmes parties déjà déchirées , il ne put s'empêcher de pousser quelques gémissements sourds, qui néanmoins ne furent entendus qu'au pied de l'échafaud. Quand on le ramena dans sa prison , il succomba à la douleur et à la faiblesse , et se trouva mal. Le médecin avait ordonné qu'on lui donnât une nourriture fortifiante , dans le but charitable d'empêcher que le malheureux n'échappât, par une mort plus douce , aux tourments qu'il était condamné à souffrir. Ankarstroem n'ignorait pas te cause de cette cruelle sollicitude ; mais il ne s'opposa en rien à ce que l'on exigeait de lui , disant que Jesus-Christ , dont la mort devait lui assurer une vie éternelle, avait souffert un supplice plus terrible encore. Le troisième jour, il pouvait à peine se soutenir, et ses traits altérés indiquaient l'excès de ses souffrances.
Il fut entraîné et exposé de la même manière sur la Stora Torget, vis-à-vis de l'Opéra, où il avait commis le crime pour lequel il souffrait un châtiment si cruel , et précisément en face du palais du roi. Là ses reins déchires furent de nouveau livrés aux verges im-* pitoyables. On le détacha ensuite du pilier, et on rétendit sur le bloc ; la main droite fut d'abord coupée, puis la tête, que l'exécuteur saisit par les cheveux et montra sanglante aux regards du public, comme la tête d'un traître et d'un régicide. Ainsi se termina une suite de tortures les plus inutiles qui aient jamais été infligées à un criminel. Le corps mutilé fut ouvert , coupé par
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quartiers et transporté à travers la ville et lç faubourg de Sodermalm jusqu'au Hjbu d'exécution ordinaire, où il devait rester exposé pour devenir la pâture des oiseaux de proie. Ses membres furent attachés sur des roues, et la tête placée au centre sur un pieu , avec la main droite clouée au dessous (*).»