‹ Suède et NorwégeChapitre 17 sur 60 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

Ton tenta pour lui persuader de se dis-

Eerser. De la place du palais des Noies, où le crime avait été commis , elle monta vers le château ; mais elle en fut repoussée par les feux de peloton que commanda le général Adlercreutz.

La comtesse Piper, soeur du comte de Fersen, et le comte Ugglas , étaient signalés par la populace comme les complices de la mort du prince, et leurs hôtels furent assaillis avec fureur. La garde à cheval accourut, chargea et dispersa cette multitude; à neuf heures tout était rentré dans l'ordre.

On fit venir des troupes des environs de la capitale; mais la tranquillité était parfaitement rétablie lorsqu'elles arrivèrent. Le gouvernement fit publier et annoncer qu'il serait payéunesomme considérable à celui qui" découvrirait ceux qui avaient donné la mort au prince Christian, et en même temps les tribunaux furent chargés de commencer une instruction pour parvenir à connaître les auteurs du crime ; toutes ces mesures de prudence contribuèrent à ramener le calme dans les esprits.

La mort du prince Christian détermina la. convocation d'une diète pour l'élection d'un nouvel héritier de la couronne; mais les troubles dont la capitale venait d'être le théâtre déterminèrent le gouvernement à la réunir à Orébro.

Cette diète mémorable fut réunie le 23 juillet 1810; et la séance royale, '-que le souverain valétudinaire vint ouvrir en personne, eut lieu le 30 du même mois. Cette assemblée se trouvait alors revêtue de la mission la plus solennelle, celle d'élever une nouvelle dynastie au trône. Un comité secret fut nommé pour examiner les titres des prétendants et donner son avis. Ce comité se composait du général comte >Vrè<Je, du baron Adlersparre et du comte Silfversparre pour la noblesse; de l'évêque Rosenstein, de J'évéque Nord in et du docteur Wickman pour le clergé; de M. Arfvidson de Gotbembourg, de M. Halkuist, bourgmestre de Stockholm, et de M. Roshost pour la bourgeoisie; enfin, pour l'ordre des paysans, du célèbre orateur Petter

Matsen et de deux autres de ses collègues.

A cette époque, la situation de la Suède était affreuse ; jamais elle ne s'était vue si près de sa perte. Au-dedans un peuple malheureux et exaspéré qui ne s'en tenait plus à des menaces; à l'extérieur, au nord, le colosse russe qui depuis la conquête de la Finlande pesait sur la Suède de tout son poids; a l'ouest, un ennemi qui jamais ne l'avait attaquée en face, mais qui jamais non plus n'avait manqué de profiter de ses malheurs. Ainsi resserrée entre la Baltique et la Norwége, la Suède n'avait d'autre perspective qu'une agonie plus bu moins longue.

Dans cette position désespérée, quel successeur devait-on donner à Charles XIII? Les prétendants ne manquaient pas. Le roi de Danemark sollicitait le choix de la nation tant par lettre (*) que par l'entremise de son ministre à Stockholm , et Napoléon faisait appuyer cette royale candidature par son chargé d'affaires en Suède (**). Quelques amis du feu prince royal proposèrent son frère le duc régnant d'Augu^tembourg (***) ; mais il fallait à la Suède un homme d'État ferme et résolu, capable d'assurer l'ordre intérieur si fortement ébranlé; il lui fallait un capitaine habile capable de la défendre et de la Venger; aussi le pays tout entier fut-il pour Bernadotte, maréchal de France et prince de Ponte- Corvo.

La réputation de désintéressement et d'habileté que le prince de Ponte- Corvo s'était acquise d'abord dans l'administration du royaume de Hanovre, et, plus tard, dans le commandement

(*) On a public dans la Bibliothèque his- < torique, f. vin, p. 141, une lettre autographe de ce prince et la réponse pleine de franchise et de dignité que lui lit Charles XIII.

(**) M. Désaugîers , aujourd'hui chef da la division commerciale au ministère des , relations étrangères.

(***) Il u'v eut aucun souvenirpour le fils de Gustavs IV, pas même une voix pour te présenter à la candidature.

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supérieur des villes anséatiqûes et du nord de l'Allemagne, fut, après sa célébrité militaire, la cause la plus efficace du choix des Suédois. Cependant il est une circonstance remarquable oui contribua infiniment à attirer sur lui l'attention de la nation et à lui gagner son affection.

Après la destruction du corps de Blùcner, sous les murs de Lubeck , en novembre 1806, quelques bataillons suédois , qui occupaient le Lauenbourg, furent embarques sur la Trave pour retourner en Scanie. L'officier général qui commandait ces troupes , ne comptant pas sur une attaque, avait fait placer les fusils des soldats dans des caisses, qui furent soigneusement déposées à fond de cale. Les navires descendaient paisiblement le fleuve, lorsqu'un détachement des troupes du prince de Ponte-Corvo, placé sur le rivage , intercepta leur passage , et s'empara des bâtiments et des troupes qui étaient à bord.

Les généreux traitements que le prince fit éprouver aux officiers et aux soldats de ces bataillons devenus ses prisonniers, popularisèrent son nom dans l'armée suédoise; les relations fréquentes que la plupart des officiers avaient eues avec lui leur inspirèrent bientôt pour ses qualités personnelles la même estime qu'ils avaient pour ses talents militaires. Affable, obligeant, communicatif , il possédait au plus haut degré l'art de se concilier l'affection de tout ce qui l'approchait. Les officiers suédois surent apprécier toutes les ressources de cette àme élevée ; les éloges qu'ils ne manquèrent pas de prodiguer au prince, à leur retour dans leur patrie, ne manquèrent pas d'inspirer aux Suédois une haute opinion de son mérite. Cette opinion, propagée par la reconnaissance, devint bientôt tin i verselle, et lorsqu'il fut question de choisir un héritier du trône parmi les illustrations militaires de l'Europe, les regards de la Suède se tournèrent naturellement sur lui.

Le prmee de Ponte-Corvo ignorait les dispositions de la nation suédoise à son égard. Le baron Othon Mœrner

vint l'en instruire et loi demander s'il

les agréerait. Le prince répondit qu'il se sentirait honoré du vote libre d'un seul membre de la diète; mais que s'il devenait l'objet de l'élection, ce qu'il ne croyait pas possible, il ne pouvait disposer de lui-même sans le consentement de l'empereur Napoléon. Dès le lendemain , l'empereur, informé de toutes ces circonstances , répondit qu'étant monarque élu du peuple, il ne saurait s'opposer aux élections faites

Îiar d'autres peuples, et que le choix ibre des Suédois aurait son assentiment; et, pour prouver qu'il ne voulait y exercer désormais aucune influence, il ordonna le rappel4 de son chargé d'affaires (*).

(*) L'impartialité dont l'historien doit se faire un devoir, ne me permet pas de passer sous silence l'opinion que le Mémorial de Sainle Hélène prête à Napoléon sur réfection du prince de Ponte- Concret sur la conduite du prince rojal de Suède.

«• Quelque lem|is après l'expulsion de Gustave, dirait l'empereur, les Suédois , voulant m'ètre agréables, et s'assurer la protection de la France, me demandèrent un roi. Il fut question un moment du viceroi ; mais il eût fallu qu'il changeât de religion, ce que je trouvais au-dessous de ma dignité et de celle de tous les miens. Puis je ne jugeais pas le résultai politique assez grand pour excuser un acte si contraire à nos mœurs. Toutefois j'attachais trop de

{>rix , peut-être, à voir un Français occuper c Irône de Suède. Dons ma position ce fut un sentiment puéril. Le vrai roi de ma politique , celui des vrais interdis déjà France, c'était le roi de Danemark , parce que j'eusse alors gouverné la Suède par mon simple contact avec les provinces danoises, Bernadoite fut élu , et il le dut à ce que sa femme était sœur de mon frère Joseph , régnant alors à Madrid.

« Uernadotte , affichant une grande dépendance, vint me demander mon agrément, protestant avec une inquiétude trop visible, qu'il n'accepterait qu'autant que cela nie serait agréable.

« Moi monarque élu du peuple , j'avais à répondre que je ne savais point m'opposcr aux élections des autres peuples. C'est ce que je dis à Beruadotte dont l'attitude trahissait l'anxiété que faisait naître l'attente de ma

SUEDE

Cependant la roi de Suède, après avoir consulté l'opinion du comité se-

réponse, ajoutant qu'il n'avait qu'à profiter de la bienveillance dont il était l'objet, que je ue voulais être pour rien dans son élection, mais qu'elle avait mon assentiment et Oies vœux. Toutefois, le dirai-je, j'éprouvais un arrière -instinct qui nie rendait là chose désagréable et pénible. En effet , Bernadoite a élé le serpent nourri dans notre sein; à peine il nous a\ait quittés, qu'il était dan» le système de nos ennemis, et que nous avions à le surveiller et à le craindre. Plus lard il a été une des grandes causes actives de nos malheurs ; c'est lui qui a donné à nos ennemis la clef de notre politique, la tactique de nos armées; c'est lui qui leur a montré le chemin du sol sacré! Vainement dirait-il pour exruse qu'en acceptant le trône de la Suéde il n'a plus dû qu'être Suédois; excuse banale, bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme ou ne renonce point à sa mère , encore moins est-on tenu à lui percer le sein et à lui déchirer les entrailles. On dit qu'il s'en e>t repenti plus lard, c'esl-àdire, quand il n'était plus temps et que le mal était accompli. Le fait est qu'en se retrouvant au milieu de nous, il s'est aperçu que l'opinion en faisait justice; il s'est senti frappé de mort. Alors ses jeux se sont dessillés ; car ou ne sait pas dans son aveuglement à quels rè\es n'auront pas pu le porter sa présomption et sa vanité, etc. »

Nous avons fait connaître l'attaque; donnons maintenant la réponse que nous empruntons à îles mémoires inédits qui ont été communiqués aux auteurs de la Biographie des hommes du jour.

« On lisait au roi Charles-Jean le Mémorial de Sainte-Hélène. A la fin d une page où l'auteur fait dire à Napoléon, accusant Bernadolte d'avoir été une des grandes causes de nos malheurs : Vainement dirait-il qu'en acceptant te trône de Suède il n'a dti être que Suédois. Excuse banale , bonne tout au plus pour la multitude et le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme on ne renonce point à sa mère , encore moins est-on tenu ae lui percer le sein, Ce bon M. de Lascases, dit le roi , interrompant le lecteur, comme il dut être content de sa faconde après avoir écrit ces balivernes! Et, remarquant dans le lecteur un mouvement de surprise , il ajouta : « Est-ce que vous penseriez que Napoléon lui ait dit tout cela ?

cret et celle du conseil d'ijtal, devait proposer un candidat à la diète. Le 18

Vous le connaîtriez mal. C'était Tarant le plus positif, et son langage exprimait nettement ses pensées. Il savait bien que la France n'était pas plus sa patrie que la mienne , que celle d'Eugène, de Murât, du brave et trop malheureux Ney, etc., etc. Dans le langage figuré elle était notre mère à tous. Napoléon peut-il avoir pensé que cette mt-resoil devenue sa femme quand elle le reconnut pour consul ou pour empereur? Et quand la Suède m'a reconnu pour prince héréditaire, pourquoi l'aurai s- je regardée comme fmme et non comme mère adoptive.

Napoléon était fils aîné si Ton veut , l'enfant chéri , et si ion veut encore le plus méritant de cette belle France, notre mère commune ; jeu étais fils aussi, et je m'en suis toujours glorifié. Pendant trente aus je l'ai prouvé par mes senires , et l'on sait bien que j'avais contribué à augmenter sa gloire et ses domaines avant l'apparition de celui qui voulut les étendre au point de ne pouvoir les conserver. Appelé par les vœux unanimes d'une nation à laquelle j'étais tout à fait étranger, Napoléon , qui tient en main les destinées de ma patrie , m'engage à profiter de la bienveillance dont je suis l'objet, me disant , qu'Une veut être pour rien dans mon élection , mais quelle aura son assentiment et ses voeux. L'élection faite, il me relève de mes serments ; je fais abandon de mes droits, et, fils km au ci ri, je quitte la/ mère patrie au plus haut point de splendeur, pour vouer le reste de mou existence à améliorer le sort de ma patrie adoptive. Ayant dès lors avec Napoléon une mère commune, j'avais de plus une mère adoptive. Telle fut notre position bien réelle et sans la moindre

équivoque Tout cela n'est-il pas d'une

vérité incontestable ?... Eh bien ! reportezvous à l'époque où la Corse était indépendante; supposez que Bonaparte ait été appelé et reçu en France au même titre , aux mêmes conditions que je le fus en Suéde, et qu'il apprend un beau matin que les troupes d'un Paoli ont débarqué nuitamment à Fréjus et se sont emparées de la Provence; qu'elles en ont saisi les caisses publiques, fait prisonniers et emmené en Corse tous les administrateurs avec leurs employés » ainsi que deux régiments qui n'avaient pas songé à se défendre, croyant avoir à faire à des alliés , etc. , etc : souvenez-vous du i3 vendémiaire , et voyez si Bonaparte aurait

L'UNIVERS

août, il vînt lui déclarer qu'une grande majorité du comité secret et le conseil d'Etat d'tftie voix unanime s'étant prononcés pour le prince de Ponte-Corvo, il le proposait pour candidat', et, dans la séance du 21 août, les états le proclamèrent prince héréditaire de la couronne de Suède. Voici en quels termes Charles XIII s'exprima en proposant le prince de Ponte-Corvo au choix de la diète :

« La voix de la nation se déclare « hautement pour le prince de Ponte- « Corvo. Des talents militaires et des « qualités distinguées comme homme « d'État avaient illustré son nom, qui « occupera une place éminente dans « l'histoire. Sa douceur, sa loyauté « l'ont fait chérir; et les rapports que o des guerriers suédois out eus avec «lui, par suite des malheurs de la « guerre, leur ont fait connaître I l'at- « tachement de ce prince pour un peu- « pie qu'il combattait à regret. »

En se prononçant ainsi pour le prince de Ponte-Corvo, Charles XIII sacri-

dit à sa patrie adoptive : Pour prendre femme on ne renonce pas à sa mère , et je dots laisser faire les Corses, etc.»

On peut d'ailleurs, sur celle grave accusation , laisser à Napoléon le soin de se répondre à lui-même. Voici les paroles que met dans la bouche de l'empereur le docteur O'Meara. (Napoléon en exil , t. II , p. 401) :

« Je ne puis dire qu'il m'ait trahi; il était devenu Suédois en quelque manière , et n'a jamais promis que ce qu'il avait l'intention de tenir. Ni lui , ni Murât ne se fussent jamais déclarés contre moi , s'ils avaient cru que je dusse être détrôné. Ils désiraient voir mon pouvoir abaissé, mais non pas détruit. » Nous reviendrons plus tard sur celle grave question, et nous prouverons que Bernadotte ne saurait mériter le reproche de fils ingrat ; qu'un fatal enchaînement de circonstances et d'événements imposèrent à Napoléon et à son ancien frère d'armes des devoirs différents que l'honneur obligeait chacun d'eux à remplir, et que ces devoirs, contre leurs dispositions réciproques, et pour ainsi dire malgré eux , les opposèrent l'un à l'autre dans une lutte qui devait être si funeste à la France, mais que Bernadette avait tout fait pour éviter.

fiait au vœu de son peuple sa prédilection pour la maison de Holstem. Il en fut récompensé. Jamais souverain ne trouva dans un fils issu de son sang une piété filiale plus tendre et plus persévérante. Pendant les huit années qu'il vécut encore, il fut heureux père et roi non moins heureux. Il dut à ce fils de son choix le bonheur le plus digne de sa grande âme. La Suède fut, sous son règne, replacée au rang des nations indépendantes, et ses derniers regards la virent heureuse et tranquille (*).

Cette élection nationale du prince de Ponte-Corvo fut libre, spontanée; elle ne fut ni influencée par Napoléon (**), ni sollicitée par le prince. Ce fut le comte Gustave Mœrner, qui, sortant précipitamment de la diète au moment de l'élection, se rendit chez le roi pour lui rendre compte de ce résultat. Il reçut aussitôt de Charles XIII une lettre qu'il fut chargé de porter au prince. Il partit en poste, courut nuit et jour, et lui en donna la première 'nouvelle. Le comte Rosen se rendit ensuite à Paris, où il fut^chargé d'annoncer l'élection à l'empereur, et de lui remettre l'acte par lequel le roi adoptait pour fils le nouveau prince héréditaire. Il repartit peu de temps après pour Stockholm avec les lettres d'ac-

(*) Peu de temps après l'adoption, Charles XIII disait, et il répéta souvent depuis : « Dieu « m'a magnifiquement récompensé d'avoir « sacrifié mes sentiments personnels au vœu « de mon peuple. Les Suédois m'ont donné « un fils tel qu'il me le fallait pour être le « plus heureux des pères et le plus heureux « des rois. »

(**) Beaucoup de personnes en France, s'imaginèrent alors, et il en est beaucoup encore aujourd'hui qui croient que le prince de Ponte-Corvo avait été envoie eu Suède par l'empereur, à, peu près comme il envoyait ses frères régner sur des peuples étrangers, ou ses généraux gouverner ses conquêtes , ou même les préfets administrer ses départements. D'autres se sont persuadés que t'est à l'influence de Napoléon que le prince fut redevable de son élévation au trône. Tout ce qui précède prouve que cet opinions n'ont aucun fondement.

ceptation du prince, et la réponse approbative de Napoléon à Charles XIII.

Dû reste, il n'y eut entre Napoléon et Bernadotte aucun pacte, ni formel, ni tacite, qui mit la moindre restriction aux devoirs du nouveau prince suédois.

Quelques jours avant son départ, le prince vint presser l'empereur de lui faire délivrer des lettres d'émancipation, a Le conseil privé, lui dit Napo- «léon, est d'avis que vous signiez, « avant votre départ, un acte par le- « quel vous vous engagerez à ne jamais « porter les armes contre la France. » , « Je ne puis, répondit le prince, me «soumettre à cette obligation; mon • acte d'élection me défend de con- « tracter aucun engagement de vassa- « lité étrangère. Devenu sujet du roi « de Suède , je lui ai déjà prêté serment « de fidélité en acceptant, par suite de « votre autorisation , la succession au « trône, décrétée nar les états généraux. La condition que Ton veut « m'imposer maintenant ne vient pas* « de Votre Majesté; ce ne peut être «qu'une idée du grand juge ou de « 1 archichancelier. Au reste, par là « ils m'honorent infiniment , puisqu'ils « me placent au même rang que Votre «Majesté comme capitaine. Ce glorieux parallèle vaut une couronne.

« Si Votre Majesté insiste, je vais ex- « pédier un de mes officiers au roi de « Suède pour le prévenir que , par suite «des obligations que Votre Maiesté « m'impose, ie me trouve dans i'im- « possibilité de faire usage des droits « qui m'ont été décernés comme prince « suédois , et que c'est avec regret que « je suis forcé d'j renoncer. »

Napoléon, qui avait écouté attentivement et avec quelque émotion, fixa ses regards sur le prince et lui répondit : « Partez; que nos destinées s'accomplissent.» Le prince, qui avait bien entendu, mais qui voulait avoir la certitude que telle était la réponse de Napoléon, s'excusa de ce qull n'avait pas compris ses dernières paroles , et pria l'empereur de vouloir les redire. L'em* pereur répéta donc : « Partez; que nos « destinées s'accomplissent ! » et, repre- »>• Livraison. (Suède.)

SUÈDE. *Qft

nant tout à coup son calme ordinaire, il parla du système continental, et de l'obligation où était la Suéde de s'y soumettre; à quoi le prince répondit qu'il ignorait les principes d'administration et l'état du commerce de la Suède; qu'il suppliait l'empereur de lui donner quelque temps pour juger l'opinion , et connaître par lui-même ce qui pouvait être le plus avantageux pour sa nouvelle patrie. « Combien de mois vous faut-il,? » répondit l'empereur brusquement. —«Jusqu'au mois de mai. » — « J'y consens ; à cette époque prononcez- « vous : ami ou ennemi. » Prenant ensuite le ton le plus amical, Napoléon promit au prince trois millions en indemnité de sa principauté de Ponte-Corvo et de ses dotations en Pologne, en lui laissant toutes ses autres propriétés; il lui fit remettre un million en or, et lui permit d'emmener tous ses aides de camp.

Cependant les lettres d'émancipation avaientété expédiées (*), et le prince de Ponte-Corvo quitta la France pour aller se consacrer à sa nouvelle patrie. Il arriva le 19 octobre à Elseneur. La principale noblesse du royaume était réunie dans cette ville; le maréchal de la cour, comte Platen, et le général comte d'Essen avaient été chargés par le roi d'aller au-devant du prince, qui fut reçu par le comte Charles-Axel de Lœwenhielm , grand chambellan , et par le comte Gustave de Lœwenhielm , chef de Pétat-major général , commandant les troupes. L'archevêque d'Upsal et l'évêque de Lund vinrent aussi pour

• (*) Voici la lettre que Napoléon écrivit au prince de Ponte-Corvo pour lui annoncer sa décision à cet égard.

Saint-Cioud , le 10 septembre 1810.

«Mon cousin, j'ai donné Tordre au grand « juge de rédiger les lettres patentes qui « vous autorisent à accepter la nouvelle ai- • gnité à laquelle vous êtes appelé parle rot « et parla diète de Suède. Je vous souhaite « succès et bonheur pour vous et pour les « Suédois.

« Sur ce, je prie Dieu qu'il tous ait, mon « cousin , eu sa sainte et digne garde.

« Signé Napol£o*.

« Au maréchal prince de Ponte-Corvo, *

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roevolr sa profession de foi à la reli-

S ion lu^nenne, avant son entrée ans le royaume.

Le lendemain, le prince passa le Sund et débarqua à Hefsingborg, où un corps de cavalerie vint le recevoir. 11 leur adressa ces paroles, qui font présager tout son règne :

«Messieurs, « Le roi et la nation suédoise m'ont « donné une grande preuve d'estime « et de conGance. J'ai tout sacrifié afin « d'y répondre. J'ai quitté la France « pour laquelle j'avais vécu jusqu'à ce «jour; je me suis séparé de l'empe- «reur Napoléon, auquel la plus vive « reconnaissance et une infinité d'au- « très liens m'attachaient. Ce n'est pas « l'espoir d'une couronne qui peut dé- « dommager mon cœur de sacrifices si «sensibles; npn. Messieurs, je ne «trouverai de véritable dédommage- « ment que dans le bonheur de ma «nouvelle patrie. Je viens donc au « milieu de vous avec l'abandon le plus « absolu , et avec le désir le plus ardent , « de tout faire pour contribuer à ce « bonheur. J'apporte au roi, que vous « chérissez à si juste titre, un dévoue- « ment sans bornes. Unissons-nous à «l'envi, Messieurs, pour remplir ses « vues paternelles, et ne souffrons ja- « mais que la patrie perde rien de cet « illustre rang qu'elle doit à la valeur « et aux vertus de ses ancêtres. »

A peine arrivé à Helsingbord, le prince de Ponte-Corvo adressa à Napoléon la lettre suivante, où se peint tout à la fois son respect et sa déférence pour l'empereur, et son vif désir de maintenir la bonne intelligence entre son ancienne et sa nouvelle patrie.

A Sa Majesté l'empereur et rot.

Htlsinfborf , U ao octobre 1810.

«Sire, « Au moment où je viens de débar- «quer sur cette terre pour laquelle « j'ai fait le sacrifice de mes plus chères «affections, je ne puis résister au « désir de renouveler à Votre Majesté

« n'espérais que, de loin comme de «près, Votre Majesté daignera me «conserver les bontés dont elle m'a « toujours honoré. Je réclame égale- « ment vos conseils, Sire; vous ne les «refuserez pas, j'ose l'espérer, à un « prince qui sera toujours fier d'avoir « été un de vos lieutenants dès les pre- « mières époques de votre glorieuse « carrière. A mon passage à Cassel , le « roi de "Westphalie a bien voulu me « conférer le grand ordre de sa cou- « ronne ; le roi de Danemark m'a com- « blé d'attentions pendant tout mon « voyage dans ses États. J'ai passé fort «heureusement le grand Belt, au mî- « lieu de cinq cents voiles anglaises « stationnées au nord et au sud du ca- « nal. J'ai été reçu sur le rivage sué- « dois par une deputation des états et «par le comte d'Essen, grand maré- «chal du royaume. La noblesse sca- « nienne, qu'on soupçonnait d'avoir été « opposée a mon élection , est venue en « corps me rendre hommage. Au mi- « lieu des protestations de fidélité de « la part de tous les ordres de l'État, «je reconnais, avec le juste orgueil «d'un cœur français, la prédilection «particulière des Suédois pour mon « ancienne patrie , et la haute vénéra- « tion dont chacun est pénétré pour le « grand empereur. On m'a fait la ga- « lanterie d'arborer le pavillon impérial « sur la tour d'Helsingborg, et les An- « glais peuvent apercevoir de leurs « vaisseaux ce signe de l'union de deux « nations qu'il n est plus en leur pou- « voir de diviser. »

Cette lettre prouve que le prince était parti plein de confiance en Napoléon; mais son illusion ne dura pas longtemps. Même avant d'arriver en Suède , il avait appris d'un de ses amis , le duc de Frioul, qu'il savait en grande faveur auprès de Napoléon, que le jour même de son départ l'empereur avait dit : « Eh bien ! le prince ne re- « grette-t-il pas la France? — Oui, « sans -doute. — Et moi, j'aurais été « charmé qu'il n'eût pas accepté; mais

«l'expression des regrets que mon» « que voulez-vous ? Au reste, il ne

« cœur a éprouvés en me séparant « m'aime pas. » Sur la réponse du duc « d'elle. J'en serais inconsolable si je de Frioul à Napoléon quHl était dans

SUÈDE

Terreur, et que le prince était franche* nient et cordialement revenu à lui depuis longtemps, l'empereur avait dit :

« Mous ne nous sommes pas entendus; « à présent il est trop tard ,ifa ses ina tèrête; ma politique et la sienne ne « pourront facilement Raccorder. •

D'Helsingborg , ie prince continua sa route jusqu'à Stockholm, ou il fit son entrée le 3 novembre. Partout sur son passage se pressait une population

m nombreuse, avide de le voir; partout son affabilité et sa bienveillance excitaient l'admiration et l'enthousiasme.

Reconnu comme fils adoptif du souverain et héritier du trône, il fut bientôt investi du commandement général des armées de terre et de mer, et la maladie du roi lui offrit l'occasion de déployer, dès son arrivée, ses talents supérieurs et sa haute capacité; mais dès son arrivée aussi dut commencer pour lui un combat bien pénible entre son affection pour la France et ses devoirs envers sa nouvelle patrie ; bientôt il dut prévoir qu'il lui serait impossible de réaliser son vœu le plus cher, celui de concilier et de servir les intérêts des deux pays.

Les rapports de la Suède avec la Grande-Bretagne n'avaient pas encore , au commencement du mois de novembre 1810, pris un caractère d'hostilité ouverte. Le commerce de la Suède, quoique limité dans son activité, surtout par la paix de Paris, n'était cependant pas entièrement interrompu, grâce à la modération du cabinet anglais.

Les manifestations de malveillance de la part de la France, qui, dans le cours de 18 1 0 , menacèrent souvent de devenir des prétentions sérieuses, parurent d'abord se borner au maintien sévère des principes du système conti-

1 . nental dans la Pomérani'e ; mais elles se dirigèrent ensuite ouvertement contre la Suède, et l'on porta l'exigence jusqu'à vouloir qu'elle exclût les Américains de ses ports; mais le roi résista , et ces prétentions n'eurent pas de

v suite.

Il était néanmoins à présumer que

; «ette situation si heureuse, qui offrait

à la Suède les moyens de réparer ses forces épuisées par une guerre destructive, ne pourrait pas longtemps se prolonger. Napoléon avait établi pour l'Europe subjuguée cette règle péremptoire, qu'il ne reconnaissait pour amis que les ennemis de la Grande-Bretagne; que la neutralité, autrefois le rempart des États faibles durant la lutte des plus puissants, n'était plus désormais qu'un mot vide de sens, et que toute combinaison politique, tout sentiment de dignité devait disparaître devant l'omnipotence de ses armes et de son immuable volonté.

Napoléon avait, nous l'avons vu plus haut, promis d'attendre jusqu'au mois de mai 1811 l'adhésion de la Suède au blocus continental; mais sa patience n'alla pas jusque-là. Dès le 7 novembre, cinq jours après l'arrivée du prince, et peu de jours avant la séparation des états du royaume , le baron Alquier, ambassadeur de France à Stockholm, vint exiger que la Suède déclarât la guerre à l'Angleterre, et.

cela avec un ton de hauteur qui annonçait l'intention de jouer le rôle de proconsul , et ne contribua pas peu aux funestes divisions qui devaient bientôt éclater entre les deux États.

Surpris de cette injonction si formelle, le prince royal adressa le 11 novembre la lettre suivante à l'empereur :

«Sire,

« Dans ma première entrevue avec « M.' le baron Alquier, il m'a été fa- « cite de voir que ce ministre avait reçu « des instructions très-sévères reiatf- « vement au commerce anglais , et « qu'elles avaient été motivées sur des « plaintes portées à V. M., eotlre la « laveur que la Suède semblerait ac- « corder à ce commerce.

« J 'ai voulu connaître la vérité. J'ai en- « voyé , tout de suite, une personne sûre « à Gothembourg , pour y prendre des « informations. Le commerce anglais « n'y est point toléré , comme on a pu « le dire a V. M. Il est vrai qu'il y a « eu , comme partout , des contreban- «diers; et ce sont, pour la plupart, « des juifs qui s'entendent avec d'au-

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