‹ Suède et NorwégeChapitre 2 sur 60 · INSCRIPTION · texte numérisé non relu

INSCRIPTION

ïffliH^KiagBHHi

iMimiim.

SUÈDE

lit que les mythes de cette époque ►ont presque entièrement historiques.

> n'est pas que de nos jours on n'ait cherché en Allemagne à leur donner in sens mystique et astronomique; nais ces théories supposent que les mrbares du Nord possédaient au luitième siècle des connaissances asronomiques aussi étendues que celles lu'on acquiert aujourd'hui, non sans juelque peijie, et cela seul suffit pour aire apprécier le système de M. Mme.

Odin arriva sûr les bords de la Baltique d'Mgard,, l'ancienne patrie les peuples Scandinaves; il arriva \u\ louzième, et bientôt lui et ses compagnons se donnèrent pour des incarnions des anciens dieux du pays. On ie saura jamais avec certitude si l'on loit voir dans Odin, le Decœneus >u Caeneus dont parlent Strabon et romandes , et qui au temps de la die- :ature de Svlla vint chez le coi des jètes , Byrebistes, obtint, avec l'amitié lu roi , un pouvoir égal à celui de ce nonarque, étendit la domination des j êtes sur une grande partie de P Allemagne* donna des lois, enseigna la )hilosophie, la morale, la physique & l'astronomie, et fut regardé comme a résurrection de Zamolxis. Ce dont il but convenir, c'est que toutes ces don- • aées s'appliquent assez bien à l'Odin lu Nord : il introduisit les lettres ru> tiques (*) dans les contrées sept en -

(*) On fait dériver ce moi de ntna, signe u>stcrieux. L'alphabet connu sous ce nom était en usage dans le Nord, et même en Allemagne , avant la propagation du christianisme. On peut croire qu'il y a élé apporté le l'Oriente! qu'il n'est pas tant-à-fait étranger à l'alphabet hiéroglyphico-phénicien , \uï est. la base primitive du nôtre. Dans l'im? possibilité d'entrer ici dans de longs détails i ce sujet, nous nous contenterons de remarquer que, comme l'ancien alphabet ionien , l'alphabet moi que n'eut d'abord que 16 lettres, auxquelles, on en a ajouté plus tard trois autres; mais, d'un autre côté, par l'ordre des lettres et par leur valeur numérique, il diffère entièrement des autres alphabets européens, comme on pourra s'en con vaincre par « franche r.

Bien que dans les temps postérieurs on

trîooates., enseigna une cosmogonie dont nous parlerons plus tard , et une morale qui, il faut le reconnaître, est plutôt celle d'un aventurier adroit que celle d'un dieu , et sut profiter habilement de l'humeur guerrière des Scandinaves, bien qu'A ne soit pas fait mention des faits d'armes par lesquels il put s'illustrer lui-même ; mais il savait imposer à la multitude par une langue poétique et énigmatiaue, dans le gpût oriental , et il possédait toutes les ressources de la sorcellerie, par laquelle, même encore aujourd'hui, les senamans en Sibérie et les angeroks chez les Groenlandais exercent une si grande influence. « Usait,

ait employé quelquefois les lettres runiques sur le papier ou sur le parchemin, il parait qu'on s'en servait particulièrement dans les inscriptions lapidaires; or, pour peu que l'on soit familiarise avec ce genre de monuments , on sait que la forme des caractères épigraphiques varie à riufini. Aussi ne donneronsnous que deux variétés de l'alphabet runique : d'abord (pL I, i), les caractères dn Helsingaland , qui se distinguent des autres par l'absence de la barre perpendiculaire, et qui paraissent offrir une analogie, au moins extérieure, avec les caractères, cunéiformes des mounments de Persépolis ; ensuite (pi. II, a) , les caractères les plus ordinaires , et nous y joignons une inscription funéraire (pL fil, 1), afin de montrer de quelle manière on écrivait. II. faut remarquer que chaque lettre a un nom significatif et que ces noms se rapportent en partie à l'ancienne mythologie. Parmi les monuments lapidaires où ces caractères figurent, il en est qui descendent jusqu'au treizième siècle;. mais on n'en connaît pas que Ton puisse faire remonter au delà du huitième. La plupart sont des inscriptions tuioulaires : celle que uous publions. (pi. III, i),.a été trouvée dans l'île d*Oeland. Il faut pour la lire commencer par l'extrémité inférieure à gauche ,. suivre tè cercle et remonter ensuite verticalement. Nous croyons devoir la donner ici eu lettres italiques : Hardrudr raisti stain dinaa atstir stim sin Smidt, trek gudan, haffitrin brudir ans site a gardttm Orantr liir iakdu roda kan; ce qui signifie : • Hardrudr éleva cette pierre pour son fils Smith, bon guerrier; son beau-frère possède l'héritage; Orantr la fit sculpter par un homme habite. »

L'UNIVERS

dit l'ancienne Edda, guérir les maladies , émousser le glaive de l'ennemi, faire tomber les chaînes des prisonniers. Son regard retient la flèche dans l'air; il fait retomber les imprécations sur ceux qui en prononcent contre lui. Par ses charmes il éteint la flamme et amortit la haine dans le cœur de ses ennemis , il commande au vent de la mer , il apaise les vagues. Son seul regard est un charme puissant qui maîtrise les esprits malins.

Il sait rendre la vie à un homme pendu; qu'il jette quelques gouttes d'eau sur un enfant nouveau-né, et celui-ci devient invulnérable. Enfin, s'il veut posséder seul le cœur d'une jeune fille aux blanches mains, il sait à son gré captiver ses pensées.»

Odin réussit complètement en Danemark; mais en Norvège l'ancien culte de Thor se maintint presque sans altération; en Suède, où il avait bâti le premier temple à Sigtuna sur le lac Mœlar , un de ses compagnons lui succéda. Il se fît paver un impôt personnel , que l'on appela l'impôt des liez , et moyennant lequel il s'obligea à défendre le pays contre les ennemis et à faire les sacrifices dus au* dieux. Partout il sut s'accommoder aux idées religieuses du pays , et c'est ainsi qu'B n'abolit point le sacrifice des prisonniers. On connaît la prière que les Saxons lui adressèrent, lors de leur dernier effort pour résister aux armes victorieuses de Charlemagne : « Saint « et grand Wudan (c'est la modifica- « tion allemande d'Odin ) * sois-nous « en aide à nous et à nos princes « Wittekind etKelta, contre le roé- « chant Charles ! Fi , le boucher ! Je « te donnerai un ure , deux brebis et u le butin! Je t'immolerai tous les <*. Francs sur ta sainte montagne du « Hartz! »

Odin donna aux Suédois les lois qui, existaient dans le Caucase, sa patrie. La, tradition nomme parmi ses successeurs en Suède trois dieux > c'est-à-dire, trois de ses compagnons.

Le troisième, qui se donnait pour le dieu Freyr, s'appelait Yngwe; de lui descendent les rois mythiques , appe-

lés Ynalinges , qui n'étaient rois que qu district d'Upsala. La série des roU historiques ne commence qu'au neuvième siècle , alors que saint Anschaire porta l'Évangile en Suède. Nous parlerons de leur histoire après avoir donné un aperçu rapide du système cosmogonîque et dogmatique d'Odin, ainsi que dès mœurs du peuple durant l'époque du paganisme.

On reconnaît dans les mythes des Eddas deux systèmes différents sur la cosmogonie : l'un emprunte de préférence ses images au règne animal, l'autre au règne végétal; tous deux, m ne saurait le méconnaître, sont nés sous le ciel de l'Asie et sous l'influence d'un climat plus fécond et plus riche que celui du Nord. L'un d'eux appartenait-il au culte d'Odin et l'autre à celui de Thor ? c'est une question sur laquelle on pourra long-temps discuter , sans jamais arriver à une solution définitive.

Suivant le premier de ces deux systèmes, deux mondes existaient en même temps avant le monde d'auiourd'hui , au sud MuspeU&heimr , le pays du feu -et de la lumière , au nord N\flheimry le pays du brouillard et du froid. Ces deux mondes étaient séparés par l'abîme Ginunga-gap, léger comme l'air, lorsque le vent ne se fait pas sentir. I)n grand nombre de fleuves sortaient du puits Hvergelmir. Le poison mie ces fleuves contenaient se durcissait à mesure qu'ils s'éloignaient de leur source, et dans le Ginunga-gap ils se transformaient en glace et en frimas. Mais la glace fondait à la chaleur de Muspellzheimr, et des gouttes qui en découlaient s'était formé le corps du géant-monde Ymir. Celui-ci transpira pendant son sommeil , et de sa- main gauche sortirent un homme et une femme, et l'un de ses pieds engendra avec l'autre le père des Hrimthurses , géants 4e glace.

En même temps qu'Ymir naquit, des gouttes de la glace fondue, la vache Audhumbla* des pis de laquelle coulèrent quatre fleuves de lait dont Ymir se nourrit. Puis elle lécha les

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frimas qui recouvraient les rochers , et en fit ainsi sortir le premier jour les cheveux , le second fa tête et Je troisième, le reste du corps d'un homme nommé Suri* qui fut beau, grand et fort; son Gis B6rr épousa la fille d'un géant, et en eut pour fils les trois dieux OtfÛn, /fUt et TVè.

Ceux-ci tuèrent le géant Yf&tr , et des blessures de ce dernier il sortit tant de sans que tous les géants s'y noyèrent, à "exception de Bergelmir, qui se sauva avec sa femme dans une nacelle, et devint le fondateur de la seconde race de géants. Les trois frères traînèrent le corps d'Ymir au milieu du Ginunga-gap, et en formèrent le monde que nous habitons; son sang devint la mer et les eaux , sa chair les ".ontinents, sa chevelure les arbres et (es plantes, ses os les montagnes, son crâne le ciel. Ils le posèrent audessus de la terre sur quatre piliers, ou cornes,, et sous chacune de ces colonnes ils placèrent un nain pour veiller à sa garde : ces nains s appellent l'Est, l'Ouest, le Nord et le Sud. De sa cervelle ils firent les nuées , et des étincelles que Wuspefizheimr lançait continuellement, ils formèrent les étoiles , à chacune desquelles les trois frères assignèrent sa place et sa route.

La terre est ronde comme un anneau , la mer l'entoure , et les géants habitent ses bords. Des sourcils d'Ymir, Othin , Wili et Wé ont construit sur la terre un château immense pour s'y défendre contre les géants : ils ï'apr pelèrent Midqard ( le monde). Au centre de ce château se trouva Asgarthr, la résidence des dieux, et au centre <X Asgarthr la salle nommée IthavôUr, la plus grande et la plus magnifique demeure qui existe, car elle est construite d'or pur. C'est laque les douze grands dieux s'assemblent. Une habitation séparée fut destinée aux déesses.

Puis les dieux construisirent un pont , pour aller de la terre au ciel; ils le nommèrent Bifraust, les hommes l'appellent arc-en-ciel. C'est le monument le plus solide et le plus élégant mi existe. Il est de trois couleurs , et la ligne du milieu est de feu brûlant,

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afin que les géants ne puissent pas traverser ce pont pour se repdre dans le ciel. Ce pont, comme l'univers , et les dieux eux-mêmes, sera détruit au dernier iour.

Cela fait, des êtres furent placés au ciel pour conduire le soleil et la lune. Nôtt (la nuit), fille d'un géant, naine comme toute sa race, avait trois enfants. Son fils aîné s'appelait Audr (richesse) , sa fille , Jûfd (terre} ; son autre fils Daar (jour), qu'elle avait eu du dieu Delhngr , était blond et aussi beau que son père. Othin plaça Nôtt et son fils Dagr dans le ciel, et donna à chacun d'eux un cheval et un char avec lequel ils font journellement le tour de la terre. Nôtt marche la première, et l'écume oui tombe de la bouche de son cheval forme la rosée matinale. La crinière du cheval de Daçr est si brillante qu'elle suffit pour éclairer l'air et la terre. Le soleil et la lune sont conduits par les enfants de MunMfôri (conducteur du monde):

son fils Sœl conduit le soleil, sa fille Mani la lune; tous deux vont sans cesse au galop, parce qu'ils sont poursuivis par deux loups, qui occasionnent les éclipses et les tempêtes.

Les hommes, dans la mythologie Scandinave, comme dans celle de tous les peuples germaniques , ne sont pas créés jpar les dieux, mais seulement animes par eux, Trois dieux sortis d' Asgarthr trouvèrent sur le bord de la mer deux arbres , le frêne et l'aune, qui étaient là sans force et sans avenir. Les dieux en eurent pitié et en formèrent l'homme et la femme. Othin leur donna l'ame et la vie, Lodur le sang , la parole, la beauté, l'ouïe et la vue , Flœnir l'esprit et le mouvement.

Midgard leur fut assigné pour habitation.

Ce mythe forme la transition au second système, qui parait antérieur à l'autre , plus germanique et moins altéré par la réforme odi nique; mais malheureusement il est encore plus fragmentaire. Nous n'en possédons plus que ce qu'on en a pu. intercaler dans le premier, sans tomber dans trop de contradictions. Le séjour fa-

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vori des dieux, le lieu saint, est près du frêne Yggdrasill ( yggr • terrible, drûsUly fertile). C'est là qu'ils s'assemblent en cour de justice. Les rameaux dTggdrasill s'étendent sur toute la terre et montent jusqu'au-dessus du l ciel. Trois racines soutiennent l'arbre et s'étendent dans trois directions:

Tune se dirige vers Asçartbr , l'autre vers la demeure des géants, qui séjournent où autrefois se trouvait Ginunga-gap, la troisième vers Nifllheimr. Au-dessous de cette dernière est le puits Hveraelmir et le serpent Nidkavggr, qui du fond de l'abîme ronge cette racine. Sous la racine des

Séants se trouve le puits de la sagesse, ans lequel Mimin boit chaque jour.

La racine qui se dirige vers Asgarthr est au ciel; au-dessous d'elle est la source sacrée dTFrthar : c'est là que les dieux s'assemblent. Dans une salle magnifique, voisine de ce puits, demeurent les trois Nomes; elles descendent des dieux et des nains, et assistent à la naissancejde chaque homme, dont elles préparent la destinée. Chaque jour elles arrosent le frêne avec Peau d'Urthan* afin que le feuillage ne puisse pas se dessécher et tomber.

L'eau de cette source est si sainte que tout ce qui en est arrosé devient blanc comme la pellicule qui se trouve entre la coque et le glaire de l'œuf. De cet arbre tombe sur la terre la rosée dont se nourrissent les abeilles.

Durant Le siècle d'or, Othin était assis sur son trône d'où il voyait l'intérieur de tous les hommes et comprenait tout ce qu'il voyait. Les dieux construisirent des fourneaux, ils forcèrent des marteaux, des tenailles, des enclumes et d'autres outils, puis fabriquèrent une infinité d'ustensiles d'or massif, car ils possédaient une telle quantité de ce métal que tous leurs meubles étaient d'or ; ce qui fit donner à cette époque le nom d'âge d'or. Ils vécurent ainsi au sein des plaisirs et de l'abondance, jusqu'au jour où trois filles de géants arrivèrent au milieu d'eux, et des lors la paix avec les géants fut rompue. Othin jeta sa lance au milieu du peuple, et la

le

première guerre s'alluma. Cette guerre, Jongue et funeste, bien que terminée par une victoire, fut continuée par les néros lorsque les dieux se* furent retirés dans le ciel.

Cest depuis cette guêtre, qui figure dans toutes les traditions, qu*Othîn accueille dans le WalhaHa tous ceux

?[ui sont tombés sur le champ de baaitle, pour aller un jour avec eux combattre l'ennemi dans la bataille de Ragnarauk (crépuscule des dieux).

Le Ragnarauk sera précédé par trois , années sans été, et par trois autres durant lesquelles les hommes s'entretueront. La septième année , le lien qui depuis le commencement des temps retient les forces de la nature, sera enfin rompu, le monde sera incendié, le soleil et la lune seront dévorés par les loups qui les poursuivent, les étoiles tomberont du ciel ; la mer, soulevée par ie serpent couché dans ses'abînies, inondera la terre 5 le loup Feuris , aHié a Loki et suivi de tous les esprits de l'abîme, s'avancera dans une plaine immense; les dieux et les héros iront à sa rencontre pour lui livrer une bataille dont ils savent depuis le commencement des temps quelle sera l'issue désastreuse. Tous les combattants, y périront et la terre sera consumée par le feu; mais une nouvelle terre, plus belle que celle qui doit disparaître, sortira du sein des eaux , les meil* leurs d'entre les hommes et d'entre les dieux seront ranimés, et les champs produiront le blé sans culture.

Cette idée d'une mort qui, quoique bien éloignée, doit frapper un jour les dieux, est assurément ce qui distingue le plus la mythologie aes Scandinaves de celle des autres peuples connus. Du. moment qu'on croyait a l'immortalité de l'ame et à la régené» ration de l'espèce humaine, n*aurait-îl pas été injuste d'exclure de ses bien- * faits les dieux, formés, du reste, entièrement à l'image de l'homme? Cette idée donnait à l'homme plus de liberté et d'indépendance que n'en peut admettre celle d'un dieu' éternel (*) : aussi (*) Sous ce rapport elle avait quelque ressemblance avec le fatum des anciens.

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n'est - il porté gue rarement de cette Croyance dans les traditions d'Othin:

les prêtres auraient bien voulu la faire entièrement disparaître , mais le peu-

Sle y tenait trop pour que cette tentaive réussît.

C'est aux chants de l'ancienne Edda <Jue nous avons emprunté ce que nous Tenons de dire sur la cosmogonie des Scandinaves. Nous avons déjà fait remarquer plus haut que , dans d'autres traditions, Odin nous est représenté comme personnage historique, comme le fondateur de la monarchie et du culte eh Suède. Suivant ces différentes traditions, l'établissement de la puissance des dieux fut suivi d*un siècle de bonheur. Fjolner est entre les rois Ynglinges le premier qui ne fut pas un dieu; il mourut heureux au sein de l'abondance. In jour qull était ivre, il se précipita dans un vase plein d'hydromel , et, comme le dit l'ancien poète, « périt dans cette mer pacifique. » Mais déjà sous son règne la paix avait cessé dans le Nord , et cette lois encore la guerre fut allumée par deux filles de géants. Toutes deux étaient esclaves dans la maison de Frode , roi du Danemark : elles tournaient la meule en chantant l'or, la paix et le bonheur; mais le roi les contraignant toujours à travailler, elles tournèrent avec tant de force que les meules se brisèrent, et alors elles chantèrent la guerre , qui ne tarda pas à éclater, et dont le roi fut la première victime.

Eri Suède, les Ois du roi TVïsbur,

Sour se venger de leur père , demanèrent assistance à la reine des sorcières, à dame Huile , qui encore aujourd'hui est redoutée dans les campagnes de la- Suède et dans tout le ftord. Elle leur accorda son secours à la condition que la race des Ynglinges périrait sous les coups de ses propres çnfants , ce qui arriva après le règne de vingt rois.

Les premiers rois avaient eu la Suède entière sous leur dépendance; mais bientôt les frères se partagèrent le royaume , et il ne resta aux rois d'Up-

sala qu'une vaine suzeraineté. Le vingtième des Ynglinges, Anund, mérita bien du pays par ses soins à propage* la civilisation , et reçut le surnom de Braut, à cause des routes qu'il avait fait frayer. A sa mort, son (ils tntjjabd,

Sour prendre possession de l'héritage e son père, fit préparer un grand festin, et construisit à cet effet une salle magnifique x semblable à celle des anciens rois, qu'il appela la salle des sept rois; puis il envoya des messagers par toute la Suède, avec Tordre d'inviter des rois , des comtes et d'autres personnages distingués. Six rois vinrent prendre leur place dans la nouvelle salle; une suite nombreuse les accompagnait. Il était d'usage dans ces temps, que dans un repas célébré en l'honneur d'un mort, l'héritier s'assît sur un escabeau , jusqu'à ce qu'on apportât la grande coupe , nui était vidée Sar chaque convive en l'honneur du éfunt. L'héritier, avant de la vider à son tour, devait faire un vœu , et alors on le conduisait sur le trône de son père. Lorsqu'on présenta la grande coupe à Ingjald , u Ct vœu d'étendre son royaume de la moitié dans l'une et dans l'autre direction, ou de mourir à la tâche ; puis il but. Le soir venu , il fit enfermer les six rois , ses parents, dans la salle neuve, à laquelle il mit ïe feu. Six autres rois furent tués par lui de la même manière, et il fit administrer leur pays par des gouverneurs nommés à vie. Son fils Hatfltan fut tué par son beau-frère Gudroed, roi de Scanie, qui lui-même mourut assassiné par sa femme Asa. Celle-ci se réfugia chez son père, mais à l'approche &/war ft'idfamne, Ingjald et Asa , après avoir enivré tous leurs soldats, s enfermèrent avec eux dans la vieille salle des rois, qu'ils firent incendier. Tous y périrent 2 et après la mort d'Infciald les Suédois ne voulurent plus de roi de cette famille crimi nèfle : ceux qui survécurent se réfugièrent en Norvège.

Sous les rois qui suivirent, tout le Nord Scandinave fut plusieurs fois soumis à un seul maître, et c'est alors que les excursions vers l'Occident com-

L'UNIVERS

mencèrent. Les traditions, soit verbales, soit écrites, recueillies en Islande, nous apprennent fort peu de choses sur l'état intérieur du pays et sur ses relations avec l'Orient : nous devons même ce qu'elles nous ont conservé sur les Ynglinges, à cette seule circonstance qu' Harald Harfagri, fameux chef norvégien , à la cour duquel beaucoup de bardes s'étaient réunis, prétendait descendre des Ynglinges qui, comme nous venons de le dire, s'étaient réfugiés en Norvège.

Le royaume de Suède est encore aujourd'hui séparé en trois grandes provinces : celle du Nord^ dans les temps dont nous parlons, était encore occupée par les Lapons et les Finnois , et tort peu cultivée; au sud se trouve la province de Gothie } séparée de la Suède proprement dite par les monts Kolmarden. Aujourd'hui les Goths, les Suédois, ne forment plus qu'un seul et même peuple, et la langue des uns et des autres n'offre plus d'autre différence que celle qui existe partout de province à province; mais il paraît qu'autrefois ces deux contrées étaient habitées par deux peuples bien distincts, quoique tous deux fussent venus de r Asie et eussent la même origine. Tout porte à croire que ce furent les Goths qui arrivèrent les premiers ; mais c'était chez les Suédois qu'existait la royauté suzeraine , et ils devaient cet avantage au grand temple d'Upsala.

Du reste, la séparation aes deux pays était telle que les traditions inclinées ne comprennent même pas la Gothie dans l'empire d'Othin et de ses successeurs.

Iwar Widfamne réunit sous sa domination , non seulement la Suède et la Gothie, mais encore le Danemark, une partie de l'Angleterre et tout le littoral de la Baltique. Sa fille And, qui avait été mariée au roi de Danemark , se voyant menacée par son père après la mort de son mari, s'enfuit eu Russie avec son jeune fils Harald, et le roi des Russes, Hadbard> devint son second époux. Alors Iwar rassembla des forces immenses pour aller attaquer Radbard; mais en arrivant

avec sa flotte dans le golfe de Carélie, il eut un songe, qu'il désira se faire expliquer par le vieil Hordr, son père nourricier : celui-ci refusa de se rendre sur la Motte , et se tenant sur un promontoire, s'entretint ainsi avec le roi resté sur son navire. Il lui annonça que les dieux étaient irrités contre lui, que son royaume serait bientôt démembré, et qu'il ne transmettrait sa couronne à aucun des siens. Iwar courroucé répond de dures paroles au prophète, et la dispute anime tellement les deux vieillards qu'ils s'élancent l'un sur l'autre et sont tous deux engloutis par la mer.

L'expédition contre la Russie finit avec la mort d'Iwar. Radbard donna des hommes et des navires à Harald, son beau-fils, qui fut reconnu pour roi par les Séelandais et par les habitants de la Scanie. De la Harald alla soumettre la Suède et la Jutie. Il était grand guerrier, un charme magique le rendait invulnérable , et il dut à sa valeur le surnom de HUdetand (dent de guerre ). Devenu vieux, il donna la Suède et l'Ostrogothie à Sigurd liing , fils de son beau -frère Randwer et d'une princesse norvégienne ; mais bientôt une guerre s'alluma entre Sigurd et Harald.

Othin, sous la forme de Bruno, conseiller qui avait la confiance des deux adversaires, envenimait leur haine mutuelle. Harald était déjà si âgé que la vie lui était devenue à charge. Il préféra la mort dans les combats à une mort naturelle, et désira partir pour le Walhalla en compagnie d'un grand nombre de braves; il fit donc dire à Sigurd de se préparer à la guerre. Sigurd rassemb.a plus de 2,500 navires , les navires de Harald couvraient le Sund, et formaient comme un pont

2ui réunissait la Séelande à la Scanie. .a bataille fut livrée en Ostrogothie, dans une plaine qui reçut le nom de BravaUa-hed (*) : elle fut si acharnée

(*) Voyez, pi. VI, la représentation des pierres lu m nia ires qui se trouvent aujoiird hui encore sur remplacement de ce champ du bataille.

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SUÈDE

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que la vapeur qui s'élevait des blessures et du sang versé, forma comme un brouillard qui obscurcit le soleil.

Lorsque Harald , que la vieillesse avait rendu aveugle, entendit, par le mur* mure des siens , que l'ennemi prenait le dessus, il demanda à Bruno, qui conduisait son char, comment Sigurd avait rangé son année. Le pseudo- Bruno lui répondit en riant, qu'il avait adopté Tordre cunéiforme. Comment a-t-il pu apprendre cette manœuvre, s'écria le vieillard, puisque c'est Othin qui Ta inventée et qu'il ne Ta enseignée qu'à moi ! Puis prenant un glaive dans chaque main, il fait pousser ses chevaux vers le centre de l'armée de Sigurd , immole un grand nombre d'ennemis, jusqu'à ce qu'enfin Otliin le renverse de son char et le tue d'un coup de massue sur la tête.

Aussitôt que Sigurd vit le char du roi vide, il fit cesser le combat et chercher le corps de son oncle. On le trouva sous un monceau de morts. Il périt dans cette bataille 30,000 nobles du côté des Danois, et 12,000 du côté des Suédois. Le corps d'Harald fut brillé sur un bûcher fait de la proue dorée de son navire, et le feu fut entretenu avec tout ce que l'on put trouver de plus précieux. Sigurd y fit placer un cheval magnifiquement harnaché, et demanda aux dieux que Harald, porté sur son coursier, arrivât le premier dans le Walhalla, pour y préparer une bonne réception à ses amis et à ses ennemis. C est ainsi que Sigurd Rins devint roi de Suède et de Danemark.

Son fils Ragnar était le plus fort et le plus beau de tous les nommes.

C'est sur lui que la tradition a accumulé tous les hauts faits des peuples du Nord pendant le huitième et le neuvième siècle; ce n'est plus un personnage mythique, mais, comme Charlemagne dans les poésies épiques du moyen âge, il est le tvpe des exploits de la nation entière. Nous allons donner un aperçu de ces traditions, sans entrer dans tous les détails.

Il paraît que l'union des différents états du Nord ne fut pas de longue du-

rée, car les exploits de Ragnar commencent par une expédition dans la Norvège, qu'un chef suédois nommé Froé tyrannisait après avoir tué le roi Sy vara. Froé ayant fait déshonorer les plus nobles femmes de la Norvège, un grand nombre d'entre elles, à la nouvelle de l'approche de Ragnar, vint rejoindre ce prince, et dans la bataille qu'il livra à Froé, Tune d'elles, Laibr gertha*, toujours présente au plus fort de la mêlée , décida la victoire en faveur du roi de Suède. Après la bataille Ragnar envoya demander sa main. La vierge demeurait seule dans la montagne ; elle feignit d'être favorable aux vœux de Ragnar, et lui fit dire de venir à la nuit tombante. Puis elle attacha à sa porte un ours et un chien.

Ragnar vint seul, tua l'ours de sa lance, étrangla le chien de ses mains, et s'empara de la vienre.

Pendant qu'il restait en Norvège, retenu par l'amour qu'il ressentait pour sa femme, les habitants de la Jutie et de la Scanie attaquaient les Séelandais, qui lui étaient restés fidèles; Raçnar les vainquit dans une grande bataille et s'avança dans la Scanie; là, ayant entendu parler ds Thora y fille de Heroth x roi ou, selon d'autres, comte de Suéde, il devint amoureux d'elle et répudia Lathçertha, qui lui avait donné un fils et deux filles.

Heroth avait trouvé h la chasse un serpent qu'il rapporta à sa fille Thora; mais entre les mains de Thora ce serpent grandit bientôt outre mesure. Chaque jour il dévorait un bœuf, et, roulé autour de la maison qu'habitait la princesse, il en interdisait l'accès à qui conque aurait voulu s'en approcher, car son haleine donnait la mort. Le roi Heroth, dans le désir de se voir délivré d'un si cruel fléau, fit proclamer qu'il donnerait la main de sa fille à celui qui tuerait le serpent. Une nombreuse jeunesse périt dans cette épreuve : néanmoins Ragnar résolut de tenter l'entreprise. II se fit faire des habits de laine et de peaux, de telle manière que le poil était en dehors ; couvert de ces vêtements, il se

L'UNIVERS

jeta à la mer en plein hive», et l'eau qui resta attachée aux poils de ses vêtements se condensa bientôt en glace et le couvrit comme d'une enveloppe de corne. Au moyen de ce stratagème»

le poison que le serpent vomit sur lui ne lui. ût aucun mal; et comme d'ailleurs il repoussait à l'aide de son (khi* clier les morsures du monstre, il finit par le tuer avec son épée. Alors Thora sortit de sa prison et lui demanda qui il était : Ragnar lui répondît qu'il avait hasardé sa vie et combattu le

soldât avait à se laver de stn anfiieantj

ignominie.

Ensuite il décréta que toutes le* contestations, sans admettre les lenteurs d'une procédure, seraient décidées par douze personnages notables :

ce qui est la plus ancienne trace du jury que l'on ait découverte jusqu'à présent.

Le premier pays contre lequel il tourna ses armes, fut l'Angleterre; il tua le roi de cette contrée , ainsi que les chefe de l'Ecosse et des Hébrides, et il donna le gouvernement de ces

serpent pour l'amour d'elle; que bien — ~ __ „. . .„ .. ^ %^mf

ou'il ne fût âgé que de quinze ans , il pays à ses fils Syvard et Rathbarth ;

était parvenu a vaincre le monstre, et le fils qu'il avaii eu de Lathgertha , tue désormais elle était libre. Le roi

le Suède et ses courtisans, qui pendant le combat s'étaient réfugiés dans des tours, se mirent, quand le danger rut passé, à plaisanter Ragnar sur ses vêtements, et lui donnèrent le surnom de Lodbrog ( broc, braeca, et lodj hirsutus) (*). Toutefois on ne put lui refuser Thora, dont il eut six fils.

Pendant que Ragnar Lodbrog se livrait tout entier à son amour pour sa femme, la Jutie et la Scanie se révoltèrent de nouveau. Dans son impuissance de leur résister, il se vit forcé d'implorer l'appui de Lathgertha, sa première femme, qui s'était mariée à un chef norvégien. Celle-ci, oubliant l'affront qu'elle avait reçu, pour ne se rappeler que son premier amour , vint au secours de Ragnar avec son fils et son mari , et repoussa les insurgés. Peu de temps après, Thora mourut, et Ragnar, pour se distraire de sa douleur, songea à de nouvelles entreprises, et voulant se former une armée qui fût entièrement dans sa.

dépendance, il ordonna que chaque père de famille envoyât à sa cour le Bis dont il ferait le moins de cas, ou un esclave dont la fidélité lui paraîtrait suspecte. De ce ramas d'hommes méprisables il forma une armée redoutable par sa discipline, et d'autant plus acharnée au combat que chaque

(*) C'est sous cenon qu'il est désigné dans plusieurs chroniques des Francs.

Frîedleb, fut chargé de la Norvège et des Orcades.

Mais bientôt une nouvelle insurrection du Danemark vint interrompre ses conquêtes ; il battit Harald , le chef de cette révolte et de celles qui la suivirent. Celui-ci s'enfuit en Allemagne.

Ragnar, après a voir distribué à ses soldats les biens des révoltés , alla attaquer l'Allemagne, fit éprouver une défaite à Charlemagne, et imposa un tribut aux Saxons.

Pendant ce temps, le roi de Suède Heroth était mort; Ragnar alla conquérir le royaume pour ses fils. Il y avait parmi les Suédois un homme très-fort, qui avait sept fils; on convint que Ragnar le combattrait avec trois de ses fils , et que l'issue du convbat déciderait de celle de la guerre.

Le Suédois et ses sept fils furent tués, et Bioern , fils de Ragnar, devint roi de Suède. On lui donna pour surnom Jernsida (flanc de fer), parce qu'il n'avait pas même été blessé dans le •combat.

Ragnar rassembla en Danemark une nouvelle armée, et étendit son royaume vers l'est et YHeUespont, en Russie et en Biarmic; mais pendant qu'il était, ainsi que ses fils, occupé a la conquête de ces pays lointains, Ubbo, son plus jeune fils, qui, au commencement de la campagne, était trop jeune pour porter les armes, se révolta contre son père en Gothie. La mère de cet Ubbo était la fille d'un simple citoyen, dans la maison duquel Ragnar s'etaH

SUfcDE.

introduit «nu des habit» de femme.

Ubbo vénérait sa mère, parce ajuste avait pris un roi pour amant, mais il méprisait son père qui n'avait pas rougi de descendre i l'amour d'une fille de basse eouditîoo. Battu par Ragnar en Gothfe, il s'enfuit pour rassembler quelques troupes et attaquer de nouveau son père en Séelande. Bon armée l'ayant abandonné pour prendre fat tinte, il résista seul aux ennemis , et eu tua ml sf grand nombre que leurs cadavres formaient autour de lui comme un bastion , d'où il se défendit pendant long -temps; enfin, il fut pris et tué, non sans avoir auparavant rompu les chaînes dont on l'avait chargé.

Ragnar était retourné en Russie , quand il en fut rappelé par de nouvelles révoltes qui éclatèrent en Norvège et en Suède, et dont nous épargnerons te récit à nos lecteurs. Harald, qui les avait suscitées, tenta encore la fortune avec le secours des Saxons, mais il fut battu et s'enfuit à Mayence près de Louis-le-Débonnaire. Devenu chrétien, il établit pendant quelque temps sa domination, ainsi que la religion chrétienne, dans la Jutie méridionale; mais Ragnar parvint à le chasser et à rétablir le paganisme.

Enfin Rasnar, dans une de ses excursions, fut fait prisonnier parHella, roi d'Irlande , qui le fit jeter dans une tosse remplie de serpents, sous les morsures desquels il expira en chantant ses hauts faits. L'ancien chant que Ragnar est supposé avoir chanté dans la fosse aux serpents est parvenu jusqu'à nous, et sous beaucoup de rapports il s'accorde avec le récit de la chronique de Saxon le grammairien, dont nous venons de donner une analyse : il s'y trouve pourtant des faits intéressants que Saxon n'a pas recueillis et que d'autres traditions nous ont transmis. Nous en citerons un qui concerne particulièrement la Suède.

« Après la mort de Thora , dit le chant dont nous venons de parler, Ragnar, fuyant l'amour des femmes, laissa le gouvernement de son pays à ses ils et s'en alla faire des conquê-

tes* Un jour qu'A Asft avec si Bot* dans une baie delà Norvège, tes'ser* viteurs qu'il irait envoyés à terre peur faire du pain , lui apportèrent des pains broies. Le roi mécontent les réprimanda. Alors ceux-ci lui ro* contèrent qu'ils avaient vu une jeune fille, nommée Kraka; que c'était la plus belle de toutes les femmes, et que ses cheveux de soie descendaient jusqu'à terre. Raignar en fit sa femme; mais lorsqu'elle lui eut donné quatre fils, il songea à la répudier pour épouser la fille d'Oeslen, roi d'Upsala. Alors Kraka découvrit à Ragnar qu'elle était Jslang, la fille de Sigurd et de Brynhilda. Ragnar le crut, et fit la guerre à Oesten, qui, aorte bien des revers, finit par être battu, non par Ragnar, mais par ses fils. A Ragnar succéda en Suède Bj&rn Jernséda.»

Ces traditions, plutôt historiques que mythiques, étaient autrefois trèsrépandues dans le Nord : naguère encore on les rencontrait chez les paysans de la Norvège, et même aujourd'hui on les retrouve souvent chez les habitants des tles Férôe. Elles furent pour le Nord ce que furent les traditions de Charlemagne pour la France, les Nibelungen pour l'Allemagne, Arthur pour la Grande-Bretagne. Elles prirent naissance et se propagèrent à l'époque où le christianisme commença à remplacer le paganisme, etnecontribuèrent pas peu a taire oublier l'ancienne mythologie. Oh a vu quedahs ces traditions

naires venus de l'empire des Francs découvrir le Nord et le convertir; mais , avant de les suivre dans cette généreuse entreprise* nous dirons quelques mots sur la constitution politique dés petits états dont se composait la Suède pendant l'époque païenne.

Ce qu'il importe surtout de se rappeler en jugeant la société barbare des peuples ou Nord , c'est que l'édifice social et l'organisation politique étaient regardés comme- l'œuvre ues dieux.

Presque jamais des troubles inté-

L'UNIVERS

rieurs ne changèrent la base des états ; toute révolution oocasionée par In conquête était accompagnée d'une ré* volution religieuse, car les conquérants apportaient presque toujours de nouveaux dieux aux vaincus ; et c'est ainsi que l'introduction du christianisme fut précédée et suivie d'une révolution totale dans l'état.

Les premiers cliefs étaient nommés Diar ou Drottnar, mot qui signifie dieu, maître, prêtre et juge. Othin, auquel les mythes attribuent les institutions sociales, rendait lui-même la justice accompagné de douze diars, comme le fit plus tard le roi d'Upsala. Le peuple s'assemblait trois fois par an pour les grands sacrifices, et l'endroit où cette solennité avait lieu était sacré. Participer aux mêmes sacrifices était pour les différentes tribus un signe de paix et de bonne intelligence. Dans ces assemblées périodiques, on terminait les contestations , on délibérait sur les entreprises qui auraient lieu dans Tannée, et l'on faisait le commerce d'échange. Le mot Tina y qui désigne ces assemblées, signifie fout à la fois sacrifice, repas, assemblée politique, tribunal et foire.

Tout père de famille était le drottnar de sa maison; il y était souverain.

Une infinité de petits rois ou princes remplissaient des fonctions analogues dans une plus ou moins grande étendue de pays.

Le roi d'Upland exerçait une sorte de suzeraineté sur la Suède, parce que dans son district se trouvait le temple d'Upsala (*), qui était le centre du culte; mais il n'était élu que par les Uplandais, et, comme tous les autres rois, il était pris dans la famille royale.

La suite au roi, les jarls ou comtes, formaient une sorte de noblesse , mais ils n'avaient aucun privilège sur les autres hommes libres, qui pouvaient devenir comtes en se taisant admettre parmi les compagnons du roi.

La prjnciçale attribution du roi consistait à offhi les sacrifices et à rendre

(•) Voyez, pi. VII, la restauration de ce temple d'après les traditions — -:

les dieux favorables. S'il survenait une disette ou quelque autre malheur public, on le chassait ou on l'immolait pour apaiser le courroux des dieux.

La nation proprement dite était com* posée des propriétaires libres et nobles; l'esclave n'avait aucun droit, même dans l'autre vie. Il ne pouvait entrer dans le Walhalla, à moins qu'il ne fût mort en combattant près de son maître.

Les Suédois les méprisaient tellement que c'est à peine s ils daignaient accepter leurs services. Storkodder, dangereusement blessé dans une bataille , refusa les secours que lui offrait une esclave, et Eystein, roi d'Upsala, ayant demandé aux habitants du Throndelag qui ils voulaient pour roi, de son esclave Faxe ou de son chien Sar, ils choisirent le chien. L'Upland abolit l'esclavage en 1295 : dans les autres provinces delà Suède il ne disparut au*en 1335.

Le peuple et l'armée étaient une seule et même chose, et la grande assemblée d'Upsala était appelée l'assemblée de toute l'armée : aussi les rois d'Upsala cherchèrent-ils bientôt à étendre de plus en plus leur domination sur les autres rois. Ingjald Illrada mourut sans avoir pu réaliser cette tentative, bien qu'il eût fait assassiner plusieurs souverains; et en effet, indépendamment de la dynastie ywarienne, nous en retrouvons encore un grand nombre.

Alamortd'un souverain, tous ses (ils prenaient le titre de roi (Sœkongar, rot de la mer)f et pour leur part de l'héritage on leur distribuait (tes armes et des navires. Ils rassemblaient alors des compagnons, ou champions, et allaient infester l'Europe; souvent ils revenaient avec leurs bandes , et portaient le trouble dans l'état, surtout aux derniers temps du paganisme; souvent aussi les souverains eux-mêmes partaient pour des expéditions lointaines, et, au retour, l'armée qu'ils s'étaient formée servait parfois d'instrument à leur despotisme.

Ces usurpations du pouvoir royal déterminèrent le peuple à créer des magistrats pour défendre ses intérêts.

Les Lagmanner étaient dans les gran-

* &La**4 */,**. ^ ■^■ytA- .V'^U^r' * •-M,***, S~* J?*y4/{'

Wsehefr du peuple, des nobles ci des paysans; car ces trois classes peuvent être considérées comme n'coayantfonnéatoraqu'uœseule.Une fois que le pouvoir royal fut sorti du corde de l'ancienne constitution, et qu'on lui crut des intérêts autres que ceux de la nation, il devint de plus en pkia dangereux pour la liberté pu* Mique. Aussi, dans les colonies qui furent établies en Islande dans les derniers temps du paganisme , on se passa tout-à-fait de h royauté : le lagman y était le chef de l'état.

Le père étant le souverain de sa fa* mille, il y exerçait le droit de vie et de mort, et, comme à Rome jusqu'au règne de Constantin, il pouvait a son • gré reconnaître ou foire exposer ses enfants : la haine qu'il portait à la mère de l'enfant ou à ses parents, un rêve , un augure, suffisaient pour qu'il prononçât l'arrêt fatal. Cet usage, qui se retrouve ches beaucoup de peuples païens, même ches les plus civilisés, et qui existe encore en Chine, était autorisé par les lois en Islande. Il est très-probable que dans l'origine c'était un sacrifice offert aux dieux, et la coutume que quelques peuples de l'Asie avaient de prostituer leurs filles dans les temples <r Astarté n'était peutêtre qu'un adoucissement de la loi religieuse. Dans le Nord, les missionnaires chrétiens employèrent toute leur influence pour abolir cet usage, mais ils n'y parvinrent que peu à »peu. Les premières lois cléricales permettaient encore d'exposer les enfants qui n'étaient pas bien faits, et les Islandais, en embrassant le christianisme , se réservèrent le droit de foire de leurs enfonts ce que bon leur semblerait , comme aussi de continuer à se nourrir de la chair du cheval.

La monogamie était de règle, mais les rois épousaient quelquefois plus (Tune femme, et chaque citoyen pouvait avoir autant de concubines qu'il hu plaisait Les fils légitimes , ou plutêt l'urné seul, héritaient des biensfonds, mais tes enfants naturels avaient aussi quelque part à l'héritage.

Les femmes n'étaient pas sans con-

2" livraison. (Suède.)

StJÈDE. if

sidération dans l'intérieur de la fomille, qu'elles gouvernaient pendant l'absence du mari. Comme les femmes des temps héroïques de la Grèce, elles s'occupaient a préparer des étoffes et des vêtements; de plus elles exerçaient la médecine et l'art divinatoire; souvent encore elles accompagnaient leurs époux et leurs parents uans les combats. Il y avait aussi dans les armées des vierges aux boucliers, consacrées à Othin , aui ne pouvaient se marier, et dont f amour était funeste. Les femmes ne furent jamais enfermées dans un harem ou dans un gynécée; elles jouissaient d'une entière liberté, et ni dans l'histoire ni dans les mythes il n'est jamais fait mention d'adultère. Les filles des rois étaient bien quelquefois gardées dans des tours, que la fable suppose entourées de dragons et de serpents , mais c'était uniquement une précaution pour empêcher qu'elles ne fussent enlevées; car le désir de s'unir à une femme de haute condition, ou au moins d'une condition égale, a toujours été trèsvif chez ces peuples ; et même encore aujourd'hui les lois punissent sévèrement quiconque enlève une femme d'une condition plus élevée que la sienne, et cela seul prouve l'existence du désir.

Le divorce était permis, même à la femme : souvent elle quittait son niarif parce que les concubines de celui-a avaient trop d'autorité; souvent aussi, quand elle était vieille ou malade, elle rendait à son mari les clefs de la maison, et le quittait à l'amiable. La femme qu'on avait obtenue de ses parents, moyennant des dons, était plus honorée que celle qui avait été ravie ou enlevée.

Après le métier de guerrier, celui du barde, qui chantait les hauts faits des héros, et celui du forgeron, oui fabriquait leurs armes , étaient le plus estimés. L'humeur guerrière du peuple était entretenue, non seulement parles traditions mythologiques, mais aussi par des circonstances extérieures.

Othin ne voyait pas de bon œil ceux qui arrivaient pauvres daus le Wal-

là

L*U!ft¥ftiti.

lûiifa. On trAlaît floné avec lé eadavré lés richesses que le mort avait acquises : celles qu'H avait obtenues par héritage restaient seules à ses enfants. Ainsi l'homme oui aspirait aux plaisirs éternels du walhalla devait consacrer' une partie de son existence à la piraterie et au pillage. L'homme mort de nia^ iâdie n'était pas reçu dans le séjour des braves, et c'est pour ce motif qu'on rencontre dans f'Edda tant de' suicides après une bataille -, ou quand la vieillesse laisse un guerrier sans vtgueur. Dans les batailles on ne cherchait que la mort et les Walkyries , qui conduisaient au Walhalla les aines des guerriers morts en combattant.

Les neros affectaient le plus grand mépris pour les douleurs de la mort. Un des fus de Ragnar se fait précipiter sur des lances, et chante ses exploits peu* dant que le fer pénètre peu a peu dans son corps ; un autre se fait brûler sur un bâcher de crânes. Rien ne peint mieux cette force d'âme qui distingue le Scandinave que le chant de mignar dans la fosse aux serpenta; en voici les derniers vers :

«Nous avons combattu avee le glaive, > aujourd'hui nous marchons à la ntortl « Les serpents me déchirent cruelle* « ment, la vipère fait son nkldans moi « coeur* mais j'espère que mes fils sein» « dront leurs fancesdanslesangd'HelIa.

« Autrefois l'acier des piquesétaitblau, «bientôt il sera rouge! 'Les hardis « guerriers né prépareront pas à Hetla « une couche paisible. — Nous avoue - combattu avec le glaive; Je puis iiom>

* mer cinquante et une batailles, tou* « tes livrées sous mon drapeau; je n'ai « jamais pu trouver de rot plus grand « que moi. Dès mon enfonce j'ai appris a à teindre le glaive de rouge, amôtuv « d*hnfte$ dieux me réetamtnt; u ne « faut pas pleurer la mort) — Je vais « bientôt atteindre le but} les Dyses « envoyées par OCMn m'appetteetdans '■ la pftrle des braves, dans les suite

♦ du Walhalla. Dans le palais élevé ^dés dieux, je vais boire de la bien « avec les Ases. Le temps de ma vie est •f ftputé, fe meursèu seuifaut î -^ »

On ¥eÀè eiusta*)nie*is sisuissp

du métfris le h «est ses* susse àeV quents dans llïurtornr que dans là «s> tnologre.

' Remarquons essore ici jUuVm ae respectait pas plus la via dus eptses que la sienne propre. Las priasnsisiu étaient presque toujours' sacrifiés a*rx (Haut. I^inhrûtiésdBS&miuesssamsd transmises du paru en fila, notasse tua héritage , et s'était un devoir religieux que de venger les outrages de se* se* rents; Souvent ta adversaires se édstenalent, pour combattre, un endroit solitaire, et il était lurn que le duel ne flntt pas par la mort de l'un des combattants. Toutefois ou ne dédai-

gnai t pas de recourir/ à la ruse, et i vent oh vena.it environner soudainement la maison de son ennemi , «t y mettre le fou. C'est deôette mamèru que, dans latraditioa+llamletseveiige de la mort de sbn père sur le mari de sa mère ut sur tous ses convives.

Las premiers missionnaires parlent de là Suède comme d'un pays fertile et riche en troupeaux, mais presmie entièrement «ouvert de furets. Les an* ciennea traditions prouvent que dès le temps le plus reculé on y cultivait le seigle et l'orge, qu'on s'y servait pour l'agriculture de charrues .attelées de boni&4 et qu'où y savait faire le pain et préparer la bière. Entre les dons aù'on offrait du toi, le jour de Noël, figurait ■ le beurre et la drèobe. Ou méprisait comme de* barbares ceux qui mangeaient de la viande enie.

Les matons et las temples étaient eu bois; une eneafnte en palissades indiquait les limites de la cour et les bernes de la souvetajeeté du père 4* famille. Dana des orJcatfjous ettreoc • dlmdres oui couvrait le toi de pailles le fou était aflumé eu UHëèu de le chambre, un trou pratiqué d*P* le muraille ou datte le sait ofluajt une Issue à la fumée. Des *aucs éftpieuf rancés la long de la murejUa, et de* saut émanas* étaient de ioegu* tabla* où l'on s'asseyait eu a'eimuyunteontre la mdnnUe. Ou se porta* des santés en asésadt nssser ia couse* Bssanlisds bière, au slistua du las.

t^nmUsetoé^aèae^assieaur

SUEDE

UûlSWii' ( WxLLU£

^'TtriL*',* *-S /&//V//^r/f./.

ÉVÈDÊ.

àk$ cpuwtnà , m milieu du banc qui $ prouvait en ftce du soieil ; on plaçait vis-à-vis d'eux, à l'autre extrémité de te salle, I étranger que J'on voulait honorer. Pendant la paix , on se rangeait toujours de niamère qu'il y edt Une femme à côté d'un homme j mais, pendant leurs expéditions, les guerriers éloignaient les femmes des banquets.

L or et f argent n'étaient pas rares chez les Scandinaves, car les pirateries contribuaient à accroîtresans cesse ce genre de richesse. Il y avait si peu de pauvres dans le pays, que les premiers chrétiens se virent obligés d'envoyer à l'étranger les aumônes que la religion leur prescrivait.

Le commerce de la Baltique entre la Suède , la Russie , l'Allemagne du nord-est , et les pays les plue lointain^, existait sans doute dès les temps du paganisme. Bans les onzième et dou?

zième siècles son développement ejjjt déjà si considérable , qu'on doit croire qu'il existait bien antérieurement.

Il ne nous reste guère, des constructions de cette époque, que des tombeaux, dont quelques-uns consistent en pierres énormessuperposéesles unes aux autres, de manière I former une grotte rectangulaire. Celui que nous donnons (pi. VIII , t) a été trouvé ei| Westrogothie, et offre une grande ressemblance avec un monument du même genre qui se trouve près de Saumur, entre fcoudray et Moiftbttutl- Bellay.

PÇJTjXIÈMB PÉRIODE

Là §Bèm CATSOUQCR.

Mous mom <Rtf *n parlant de Rar gnar Lodbrok, que Harald, roi dé la lutte mérldioaale, pour obtenir te secours de Loiris-te-Béboanaire, se Ht baptiser à Mayenee, en 426. Saint Ansehaire , moine à Corvey, sur le W* ser, solicita ta faveur 4e te suivie ea Jutle pour y prêcher PE* angite , et ofe~ tint, ioatettet, un -bref du pape; mats Harald fttf de noateafti ettaatépar R& pur* #tf*p*m<, &*& M pàik «st*

Ijii, fond*, pr& de Hambourg, i école on J) enseignait publujuameiL .

christianisme à des enfaftte qu'il gy* rachetés de Pesclavage.

Peu de temps après , des nwdhwfa suédois ayant demandé a Ldui$-Iè?

Débonnaire pn prêtre qjtf consj^t à se rendre en Suède pour y propager la religion à laquelle ifs étafem convertis, on jeta les yeu* sur le jepjpe et fervent missionnaire, qui sa$ft avec joie cette nouvelle occasion de déployer son zèle, et s'adjoignit un apjrefapjnç. Tout Je Nord était alors Inconnu, adonné à Pldolfltrie et déchiré par des guerres continuelles; mais Anschafre ne redoutait point le martyre, jïes marchands qu'il accompagnait furent plu.* sieurs fols attaqués par des pirates ijûj finirent par détruire leurs vaisseau^ ; , Papôtre et "son compagnon fie sauvèrent à terre , non sans beaucoup de peine , et se vfrenf contraints de traverser le pays pour arriver dans fa capitale, que le biographe (PAnschaire appelle mrca\ nom générioue qui désigne une ville et répond à Pailemand B&rg. Suivant ce biographe, elle était située dans une fie du lac Mœlar ; et tout porte à croire que ce devait être la ville de Sigtma (*). Anschairéfut accueflli av^e bienveillance par te roi Bjoern, et trouva réduits en esclavage un grand nombre de chrétiens qui avaient fait embrasser PÉvangilea des habitante du pays, entre autres à Un guerrier; nommé Hergeir, qui demanda le baptême et fit construire la première église. Ansehaire passa en Suède l'année &Wt puis il s'en retourna et fut nommé m* ehevéque du Word. H .avait *a rérfdence dans un petit ëWteau noimné Hammaburg. que ChorïemagDe avrft construit sur l'Elbe inférieur, pour défendre ses frontières contre les {peur" sions des Danois; mais ceui -cj ëvàitt repris le dessus soiis le règne ejn tfjJBfè ffts de ce grand roi, Anscnaire s^-vifau bout de quelques années , conti£ffl|' de reporter son slégesur le We«et>(Hii|f la ville de Brème. ' " -

Cependant le roi Bjoern était mort ,

(t) yopatet tute» d* «*tè*ill«, pf. %£>

LTT1WYERS.

et comme Émund, son successeur, chassait les chrétiens de ses états, ou lès faisait mourir dans les supplices, personne ne voulait plus aller eu Suède prêcher l'Évangile. Mais Anschaire ne craignit pas éj retourner encore une fois en 853. Le roi qui régnait alors s'appelait Olof; Anschaire le gagna par des présents, et il promit de parler en faveur de l'apôtre dans rassemblée générale de la nation ; « car, dans ce pays, dit le biographe d'AiiSchaire, qui accompagnait le saint dans ce second voyage, les affaires publiques dépendent plus du vœu unanime du peuple Sue du pouvoir du roi. » On consulta onc les dieux du pays, en jetant le sort pour savoir s'il serait .convenable d'introduire la nouvelle doctrine :

la réponse fut favorable, et un vieillard se leva pour rappeler que souvent, dans les expéditions maritimes, on avait invoaué le nouveau dieu avec beaucoup ae succès, et qu'il fallait profiter de la présence de «es prêtres. En conséquence, on permit à Anschaire de prêcher dans le pays, et d'y fonder des églises.

Pendant toute la durée de son existence, le saint s'occupa d'envoyer des missionnaires, et de les diriger luimime. Il leur enjoignait surtout de ne, pas s'approprier les biensdu peuple,

et de gagner par le travail ce qui était nécessaire à leurs besoins : lui-mêine il faisait des filets, et employait les revenus de son archevêché à racheter des prisonniers, qu'il instruisait dans le christianisme, et qu'il renvoyait en* suite dans leur patrie.

Tout ce qu'il avait fait disparut avec lui; et lorsWen 935, un autre archevêque de Brème, Unnen. pénétra jusqu'à Birea. il ne trouva plus aucune trace du christianisme; car, dans l'intervalle qui s'était écoulé depuis la mort d* Anschaire, il s'était opérédans le Nord Scandinave une révolution complète. Toutefois, si cette révolu* tion fit dans les premiers temps oublier l'Évangile, elle lui prépara plus sûrement les voies pour I avenir.

Nous avons dit que tout le Nord était partagé entre une foule de petits

rois sur »esquels ceux dTJpsal, en Suède , et de Letthra , en Danemark , n'exerçaient une sorte de souveraineté que parce qu'ils étaient les gardiens du temple central. Vers la fin du IXe siècle, les rois du centre devinrent tout à coup dominants dans les trois narties du Nord Scandinave : Gorm t ancien y en Danemark, Harald aux beaux cheveux 7 en Norvège, et Erik, JUs d' Émund, en Suède. L'ancienne constitution du pays étant ainsi détruite, on sentit bientôt le besoin de faire tomber l'ancienne religion qui lui servait d'appui : en Danemark , le fils de Gorm rut contraint par l'empereur Othon Ier à recevoir le baptême; en Norvège, où il n'avait point existé de temple central , les nouveaux rois de la famille de Harald accueillirent volontairement le christianisme, et la lutte pour le maintien de l'ancienne religion s'identifia avec la défense de l'ancienne liberté; mais en Suède, l'Evangile ne tut victorieux que plus tard.

Après la mort d'Erik, et après le règne fortuné de son fils Bjoern Van- ■ rien, un autre Erik et un certain Olof régnèrent en commun, jusqu'à la mort de ce dernier, qui laissa un jeune fils nommé Bjoern. Lorsque ce Bjoern, surnomme le fort, fut parvenu a l'âge de 12 ans, il alla s'asseoir sur le tombeau de Son père, et réclama son héritage. Erik promit de le lui rendre dès qu'il aurait 16 ans; mais comme Bjoern refusait de prendre place à la table de son oncle', et ne cessait d'exciter des troubles, on lui donna 60 navires pour aller tenter la fortune dans des expéditions maritimes. Il devint chef des Jomsvikinges , pirates qui avaient formé, à Jomsbourg, en Poméranie, une république dans le genre de celle des boucaniers des Antilles, et il ne tarda pas à effectuer une descente en Suède. Alors, après avoir brûlé ses navires et offert des voeux à Thor, il se dirigea sur Upsal; Erik, de son côté, promit de se vouer, dix ans après, à Othin, et lesdeux armées se rencontrèrent sur le fleuve Fyris, près d' Upsal. La bataille dura près de

SUÈDE

trois jours; Bjoern et presque tous les compagnons furent tués.

Erik dut à ce brillant succès le surnom de victorieux^ marcha aussitôt contre le Danemark, dont il chassa Suénon à la double barbe , dont le père avait été contraint de seconder Bjoern le fort, et il devint ainsi maître des deux royaumes. Toutefois, en Suède, le pouvoir royal était encore bien circonscrit : un ambassadeur norvégien s'étant plaint à Erik de ce qu'un paysan suédois donnait asile à une reine chassée de la Norvège, le roi lui répondit : • Ce paysan a plus d'influence que moi ; il n'y a pas long-temps que, dans rassemblée, son avis a prévalu sur le mien. »

A la tête d'une "puissante faction était SigridrlarSvperbe ? femme divorcée d'Erik, que celui-ci n'avait pas eu le pouvoir de chasser du pays. Après son divorce, plusieurs petits rois de la Norvège avaient demandé sa main; elle en fit brûler un tout vif, pour rebuter ces prétendants,* qu'elle jugeait indignes d elle ; mats elle céda aux recherches d'Olof, roi de Norvège, en refusant toutefois d'embrasser le christianisme. Olof, récemment converti, fut si indigné de son refus , qu'il la frappa à la figure avec son gant. « Cela sera ta mort,» lui dit-elle, et elle épousa Suénon à la double barbe, auquel elle fit rendre son royaume de Danemark ; puis elle parvint à faire conclure une alliance entre son fils Olof, successeur d'Erik , en Suède , son mari Suénon et les mécontents de la Norvège. La flotte du roi de Norvège, cernée de toutes parts par les allia, fut détruite, et le roi lui-même se noya pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis. Ces événements se passaient en Tan 1000.

La paix et la bonne intelligence entre les royaumes de Danemark et de Suède dura pendant tout le règne d'Olof; les Suédois prirent même part aux expéditions de Suénon et de son fils Canut en Angleterre. Mais la domination des deux rois en Norvège fut de courte durée. Un autre fils d Harald se rendit maître de ce royaume; et le roi de

Suèo>, ayant refusé de le reeomiatto, il vint inquiéter ses frontières. La nouvelle <fe cette attaque excita les murmures de la nation suédoise, et le Jarly ou comte de Westrogothie, Ragwald , invita le roi de Norvège à envoyer des ambassadeurs pour demander la paix et la main d'une princesse suédoise. Ragwald , vers les premiers jours du printemps , conduisît ces ambassadeurs à Upsal, où l'assemblée

générale devait avoir lieu ; cette assem- Iée se tenait dans un vaste champ :

le roi , les jarls ou comtes, et Jes lagmans ou magistrats du peuple, étaient assis en cercle, environnes de leurs domestiques; derrière eux se pressait le peuple. On s'occupa d'abord des affaires du roi; lorsqu'elles furent réglées, un des ambassadeurs norvégiens se leva, et exposa à haute voix le but de son voyage; mais Olof, irrité, s'élança de son siéee et l'interrompit tout à coup. Ragwald , qui appuya la demande de l'ambassadeur au nom des Westrogoths, ne fut pas mieux accueilli.

Alors tous les paysans se levèrent d'un mouvement spontané et firent retentir leurs armes.

Quand le calme fut rétabli , un vieux paysan parla au roi en ces termes :

« Il paraît que les rois de Suède « sont bien chances : mon grand-père « a souvent parle à son fils d'Erik, fils « d'Émund , qui conquit la Courlande, « l'Esthonieetla Finlande, et qui ncre- « fusa jamais d'écouter ceux qui avaient « quelque chose à lui dire; mon père « m'en a raconté autant du roi Bjoern ; « moi-même, j'ai accompagné le roi « Erik-ie-Victorieux dans toutes ses « conquêtes, et je l'ai toujours trouvé « affable; mais le roi d'aujourd'hui ne « veut écouter personne , et exige qu'on « ne lui dise que ce qui peut lui plaire. « Ilselaisseenlevernosconquêtesdans « l'est, et prétend dominer en Norvège, « prétention que n'a jamais eue aucun « roi de Suède. Un tel état de choses ne « saurait nous convenir à nous autres « paysans, et voilà pourquoi nous de- « mandons que tu fasses la paix avec le « roi de Norvège, et que tu lui donnes « tafillelngegardenniariage.SiUiveux

L'DNlVfiftS.

» teeenqiiçrir Jes provinces de Pcst, ^ noua sommes tous prêts à t'aeeon)f pagne* ; mai? s* Ui méprise* fie* avis, f ta ¥o^ fcoué soir, tomber mr toi et te 5 donner ta mort; car nous ne sao- « non* souffrir. 00 gui est contraire « *iijl lois* C'est ainsi qu'en ont agi s no* pères, î île ont jeté dans un puits

# cinq rois gonflés {(.'orgueil comme

* m, Allons* portai fais-nou* et*He- 1 ; chainpooftoaUre ton choix*» Et, en disant ces paroles* il frappa de nouveau son bouclier de son épée*

Ia roi promit de faire ce qu'on loi .demandait* en ajoutant que c'était .aussi un ancien usage que les rois de «Suède se conformassent aux volontés des paysans* Toutefois, il tarda à exécuter ses promesses , et les paysans se réunirent de nouveau, dans l'intention

Èle déposer comme ayant enfreint oécjsioos de l'assemblée générale:

on parla même de chasser toute sa dynastie^ mais des chefs de la Suède supérieure amenèrent dans rassemblée le lus du roi* encore enfant, et la vue de ce jeune prince ayant changé les esprits 1 on convint que le vieux roi ne serait pas chassé s'il consentait à faire m qu'il avait promis; cependant on lui associa comme roi, son fils, qui Rappelait Jacquet. Ce nom déplut aux paysanst Jamais roi, dirent-ils, ne rest appelé Jacques, et ils lui donnèrent le nom à'jéatukd.

Deux ans après, le roi Olof mourut.

21 fut le premier roi chrétien de la Suède* Anund, son fils et son successeur , favorisa , comme lui, la propagation de l'Evangile. Et , comme si le dévouement pour le christianisme devait être le partage de la famille, le beaufrèi*drAnund, Olof Haraldsoo, roi de Norvège, fut mis à mort par suite de son sele pour la nouvelle religion, et plus tara révéré comme saint dans tout le Word.

Anund fut aimé du peuple, maigre la sévérité de ses jugements. On l'avait surnommé Yinte<mwr€f parce qu'il faisait mettre le (eu aux maisons des malfaiteurs; puntCfon en usage dans toute l'Europe* pendant la durée du moyen Âge*

. Aftè9àwùé2*9uf&rt*QéÉmmld monta sur le troue* Malgré l'avantage que devait lui donner son âjçe , ce dernier ne lot rot qu'après son jeune frère, parce qu'il était né d'une mère esclave. Avec Émané1 finit, vers 1060, la Maison d'Iwar Widfamnc* ou des anciens rois d'Upsal.

ifTHAsna ois sthikiia.

S tenait* qui fat choisi pour monter sur le trône, était parent des anciens rois* et Ulsde Ragwald.jari de Westrogothie, où son parti était très-puissant. Bon élection est la première preuve que nous ayons de l'ascendant obtenu par les chrétiens dans le royaume; et cependant il s'en fallait encore de beaucoup que la nouvelle religion fut généralement adoptée. Les Suédois, possesseurs du temple central, tenaient fortement à l'ancienne religion, tandis que les Goths avaient de nonne heure embrassé le christianisme qui les affranchissait dé la prépondérance des Suédois.

L'époque que nous allons parcourir est féconde en guerres intérieures, et ces guerres eurent diverses causes:

d'abord, l'année même oèStenkil mourut, Gmllaume^e-Coaquérant gagna la bataille d'Hattints, et établit en Angleterre une royauté assez puissante pour que dès lors des incursions dans ses états devinssent impossibles; résultat que déjà avait obtenu la France par l'avènement des Capétiens, l'Allemagne par celui des empereurs de la maison de Saxe. Déplus, le christianisme, à mesure qu*lfse répandait en Suède» tendait aussi de son coté a faire cesser toute piraterie contre des peuples auxquels on était désormais uni par la même religion. Ainsi 1 tous les éléments dé troubles se trouvaient concentrés dans le pays, et comme d'ailleurs les peuples Scandinaves prirent peu de part aux croisades, on conçoit que les guerres intérieures aient duré plus hing-temps dans ces contrées nue dans le reste de P Europe. I* première lutte fut celle des Gotha contre les Suédois du christianisme contre le

IWtlHl

* sur te trône, il emhmae >•• et k lutte recom-

ft Stenkfl* o^ejmectarétiet», n'avaient jaïpajs tuauiatéles pftfeos. Cfe 4eraî#e aftondit $a*me au* nriesipatiailesquj te suppliaient 4e brûler |e temple d'Upsai, que e'était lui demander sa propre ruine et celle 4e la nouvelle reliaioa; mais ses successeurs montrèrent moins de modération , et bientôt tous les prêtre» chrétiens se virent chassés du royaume. Le roi Inge ayant voulu les rétablir par la force , le pénale, assemblé lui donna le choix entre "abandon du christianisme ou la perte de sa couronne: et comme il déclara ne pas vouloir abjurer sa foi religieuse) on le chassa de Rassemblée à coups de pierres* Swen , beau-frère du roi r surnommé h ëacrifîcateur, nromit de protéger le paganisme et Ait nommé roi ; mai*, trois ans après, Inge revint, les chrétiens prirent le dessus, et Swen fut brûlé dans sa demeure.

înge et ses successeurs régnèrent plus par fa, force que par les lois : aussi turent-ils à lutter contre des troubles continuels, et la maison de Stenkil fibit vers 1128.

pe$ Goths choisirent pour roi le prince danois Afagnus l qui par sa mère descendait des Stenkils; les Suédois de leur cité appelèrent au trône Ragwald à la têk courte. Bientôt cependant les Gotbs parurent vouloir se' soumettre à Ragwald, qui se bâta de se

Sréseuter à leur assemblée. Il était "usage que lorsqu'un roi se rendait à une assemblée du peuple, il exigeât, avant d'y entrer, qu'on lui donnât des, otages. Ragwatd ayant négligé cette précaution, lés Goths crurent voir 3an$ sa conduite une preuve de dédain, et ils l'assommèrent. Magnuslui-raêma njt peu dé temps après tué en Danemark dans une guerre civile.

En Westrogolhie, on se passa pendant quelque temps de rot; mais les Goths orientaux et les Suédois prirent peiir rot Swèrkèr, petit-fils Je Swen

de celle son

me son père» et la eon fanllle wk. (Mndn an damier appui. CFcst soda son tèmim «ne les pntroiets couvents forent et*bhsen Aède; le cardinal légat Hie»

lais de Saint^Aibene, devenu plue tard pape sous le non d'Adrien LV, vint dans le pays organiser M ndÉveHa église et imposer le denier de San* Pierre. Le dessein d'établir un aièbat YÔcbé pour tout le royaume échoua par suite de ht jalousie qui existait eaV tre les Suédois et les Goths.- Ah restai gwerker était un prince faible » et sous êoq règne les frontières furent contfc nuellemeot inquiétées, tandis que Pii> teneur était en proie aux dissension*.

Il fut assassiné en 1165, au mènent où il se rendait à l'église.

Les Suédois, firent monter sot la trêne à Upsel* Erik, surnommé Bonde ou te penpem , et le neuvième du nom* suivant la généalogie officielle. Erik se proposa trois choies, dit l'ancienne chronique, de fonder des églises et de réformer le culte, de régner selon les lois et la justice, et de soumettre les ennemis du royaume et de la reUckm.

(Testé lui que Ton attribue la lot uni donne aux femmes une part dans l'neV ritage; ee qui partout fut une des prêt mières conséquences de l'introduction du christianisme. \a Suède lui dut la soumission de la Finlande, dont, iléons yertit les habitants le fer e$ le flamme à la main. Après sa mort, il Ait révéré comme saint dans tout le Nord , quoi* qu'il n'eût pas été canonisé, et eek parce que la dynastie des BaruJh était moins favorisée de la cour de Rome:

que la dynastie rivale des Stce*.

En 1160, Erik IX fut inopinément attaqué à Upsal pqr le prince danois ïlagnus, fils de Henri. Il était à l'fb glise lorsqu'on lui annonça l'apparition soudaine de l'armée danoise. Tr#a+ quille à cette nouvelle, il attendit ppv» marcher a. l'ennemi que la messe ffl| dite, et tomba perce de coups un combat acharné, ifagnus Tannée suivante par Chprtcs, * Swerker. Jl ait le Drapier roi m ee, nom, bien quç, sur iafei dupea/ney

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L'UNIVERS

J0gM nBOiQnOy on m oompvoranMifv*

Cependant les enfante df Erik Bonde tétaient réfugié* en Norvège; l'un d'eux, Canut, revint en 1 167, tuaCharles, ainsi que deux de ses neveux, qui •'étaient maintenus quelque temps en Gothie. Il mourut en 1 195, etSiver- Mer II, fils de Charles VII, fut placé «nr le trône. Celui-ci fit assassiner tarais fils de Canut, mais un quatrième, Erik, s'enfuit en Norvège, et revînt , bientôt chasser à son tour Swerker ,

Si lui-même chercha, avec l'appui des mois, à reprendre son sceptre; mais il perdit deux batailles sanglantes où il laissa la vie. Son' fils Jean régna après Erik, fils de Canut, et avec lui reteignit, en 1222, la race dtSwen h sacrificateur y comme avec Erik, fils d'Erik, qui lui succéda, finît, en 1250, celle des Bonde. Toute ce*te époque est remplie de guerres intérieures sans intérêt, et peu connues. La correspondance des papes nous fournit des ren* seignements plus positifs sur les pro»

grès de l'église.

Sous le règne de Charles VII , la Suède avait six évoques et un archevêque résidant à Upsal; et pourtant les plaintes au sujet des infractions aux décrets de l'égHse sont encore fréquentes; des séculiers s'arrogent le droit de nommer aux prébendes vacantes, sans le concours de l'autorité ecclésiastique, et souvent ils nomment des personnes diffamées; ils s'approprient les biens des églises pendant la vacance des sièges , et vendent même les places. On ne reconnaît point les immunités et la juridiction de l'église; les prêtres sont traduits devant les tribunaux, et contraints de se défendrenar le duel, ou d'accepter l'épreuve de Peau bouillante : s'ils ne se présentent pas, on les déclare contumaces, et f on brûle leurs maisons. D'un autre côté, les legs immenses faits à l'église excitaient des plaintes si graves, que le pape Alexandre III lança une bulle qui défendait à qui que ce fût de donner à régîtes toute sa fortune : il était permit seulement d'en abandon* •

ner une partie. La dtme fut introduite dans le courant du douiième siècle, mais , même au troisième, ce genre de revenus était encore très-précaire.

La consécration du mariage par un prêtre n'était pas encore communément réclamée, et l'usage d'exposer les enfants se maintenait.

Les couvents, en Suède comme partout ailleurs, rendirent dans le principe des services réels. Les moines ensemençaient eux-mêmes la terre, ils cultivaient des jardins, exploitaient des mines de sel et de métaux. Enfin les évoques, comme autrefois les pontifes romains, firent construire des ponts et frayer des routes.

La puissance du pape était déjà si généralement reconnue, que les parents d'Erik XI. protestèrent près du saintsiége contre l'élection du roi Jean. Le cardinal Guillaume, évêque de Sabine, qui vint en Suède en 1246, régla les maires de l'église, pour ainsi dire .

sans le concours du roi. Néanmoins il eut le bon esprit de se conformer dans cette organisation à la constitution presque républicaine de l'état. Les curés étaient choisis par le peuple et confirmés par Févéque; les évêques, choisis de la même manière, recevaient la sanction du roi : ce qui n'empêcha pas de chercher à établir près de chaque évêoue un chapitre régulier auquel réfection pourrait être confiée.

Mais le point qui offrit les plus grandes difficultés, ce fut le célibat des prêtres : le cardinal eut beau excommunier les prêtres mariés, les paysans ne voulaient pas de curés célibataires, et les prêtres eux-mimes formaient des associations pour désobéir aux évêques.

Pendantles longues dissensions auxquelles donnait heu la succession au trône, la puissance de l'uue et l'autre aristocratie, ecclésiastique et laïque, s'affermit de plus en plus ; aussi presque chaque roi fut-il contraint à son avènement d'accorder aux évêques de nouveaux privilèges et de nouvelles immunités. Les plus puissants d'entre les laïques commencèrent à se nommer grinces et magnats , et il arriva ce qui était arrivé en France, sous la

SUEDE

f nUr-rt4*S srV^ f^f-r^ f * *M.-*t *sSw*^€*-r i.

f .i *prte Ut S.-uJf>tur«e 4* Uure Timi'^u^c J

SUÈDE

première née, \tjarl qui, dans le principe, n'était autre chose qu'un majordome, ou simple chef des domestiques du rot, acquit peu à peu une autorité qui finit par égaler, pour ainsi dire, celle du souverain, surtout pendant la lutte entre les maisons de Bonde et Swen , alors que cette dignité devint héréditaire dans ta maison des Folkunges , qui s'appelèrent ducs de Suède par la grâce de Dieu.

Canut , issu de cette maison , se révolta contre Erik XI en Iî29, et pendant cinq ans se maintint sur le trône. Après le rétablissement d'Erik, un autre Fo\bunge,Ulf FaH, obtint plus d'influence que le roi. Bkrger> qui était jari en 1248, à l'époque où le cardinal de Sabina vint en Suéde, gouvernait le royaume comme roi. Dans le désir de se procurer l'assistance de l'église, et de faciliter ainsi son avènement au trône, il entreprit une croisade contre les Finnois, qui furent <fe nouveau soumis; mais quand il voulut attaquer les Russes, il se vit repoussé par le grand-duc Alexandre Newsky.

Pendant que ces expéditions retenaient Bnrger loin de la Suède, Erik mourut, et les Suédois firent monter sur le trône le jeune fils du jarl absent, Waldemar. Birger de retour, se présenta à l'assemblée, et demanda qui avait osé nommer un roi pendant son absence. « Moi, lui répondit un noble; et si la nomination de ton fils ne te convient pas, nous saurons trouver un autre roi. » Le jarl garda quelques instants le silence, puis il reprit : « Et qui donc nommerez- vous? — Sous le manteau que je porte, repartit le noble, on trouverait facilement un roi.»

Briger n'osa pas insister, et son fils Watdemar, âgé de neuf ans, fut couronné roi Tan 1251. Les concurrents de Waldemar, tous de la famille des Folkunges, excitèrent pendant quelque temps des troubles; mais Birger Jari les soumit bientôt , soit par la force, •oit par la ruse.

DTHASYIB DBS FOLKCTfOlS.

La dynastie des Folkunges en Suède

offre* comme nous l'avons déjà dit, de nombreuses ressemblances avec la seconde race des rois de France.

L'influence des deux familles avant • leur avènement au tréne était fondée sur la noblesse, et cette influence, les uns l'exerçaient comme maires du palais, les autres comme jaris.

Les uns et les autres furent favorisés moins parle clergé que par le pape; car les princes qui les précédèrent descendaient des anciennes familles de rois oui étaient regardées comme sacrées dès le temps du paganisme , et auxquelles le peuple rut toujours fortement attaché. Quand la liberté universelle et l'ancienne constitution eurent fait place à une aristocratie de nobles et d évoques , cette aristocratie dut être exempte des anciennes affections et des anciens préjugés. Les barrières de la puissance des anciens rois avaient été posées par les lois et par la constitution religieuse de l'état, profondément gravée dans le cœur de chacun de ses membres. La nouvelle royauté au contraire) fondée sur une usurpation consommée au nom du droit divin, ne trouvait de bornes que dans le pouvoir qui disposait de ce droit, c'est-à-dire dans le pape, et, de l'autre côté, dans la force, plutôt brutale que légale, exercée par les grands de l'empire. Cette noblesse guerrière excitait continuellement des troubles intérieurs, lorsqu'elle n'était pas occupée ou décimée par des guerres étrangères; les théories nouvelles sur le pouvoir royal ne permettant plus d'opposer d'autres familles à la famille régnante, les guerres intérieures eurent lieu de frères a frères, de parents à parents , et jamais aucun parti ne put se maintenir qu'autant qu'il avait à sa tète un prince de la famille régnante.

Mais, s'il est vrai qu'il existe de nombreuses ressemblances entre les Folkunges et les Carlovingiens , il faut aussi convenir qu'ils différent par plus d'un point. Les éléments divers qui composaient l'empire des successeurs de Clovis contribuèrent beaucoup, dès le principe, à accroître le pouvoir royal: le chef de l'état jouissait de l'autorité

VVlHtULS.

P avinées et état l'état qui formait centre de l'empire ; la pébJesse était non Mi sortie peu à peu du sein du peuple , elle était pour la majorité de h nation d'origine différente. Qr, rien 4e tout cela en Suède. La différence qui avait pu exister entre les Suédois et les Gotne , et qui n'avait jamais été bien grande, était presque entièrement effacée lors de l'avènement des Folkunges; aussi l'ancienne forme de l'état v fût -elle maintenue, du moins quant aux principes constitutifs. En France, au contraire « on sentit bientôt le besoin d'une organisation non> voile , et Charlemagne sut reconnaître cette nécessité*

D'un. autre côté, il suffisait en France de revenir sur le passé , pour faire disparaître la barbarie: tandis qu'en Suède tout restait à faire, A l'époque où les Carlovingiens monter rent «ur le trône , la papauté, établie dans le voisinage de leur empire, était elle-même à peine naissante , son sysr tème commençait à peine à se former, et eut en grande partie pour but l'influence qu elle pouvait exercer sur la France ; mais dans un royaume aussi éloigné que l'était la Suède, la papauté, bien loin de pouvoir se flatter d'une influence continuelle, ne fit sentir son autorité qu'à de certaines époques. Le clergé, loin d'être soumis au pouvoir de Rome, se constitua sur des bases presque républicaines. Rien ne s'opposait donc à ce qu'il prît part au mouvement politique, et à ce que chacun de 6es membres exerçât l'influence à laquelle il pouvait prétendre , soit par ses richesses, soit par ses qualités par* sonnelles.

Au reste, la seconde race des rois de France commença à régner au VIIIe siècle , tandis que l'avènement dés Folkunges date du XIIÎ". Au moyen âge, une différence de cinq si»

clés est Beaucoup plus grande qu'on, ne serait tenté de le croire. Il est vrai ijue cette différence peut être , jusqu'à pn certain point, compensée par la situation isolée ne la Suède. Mais re* tenons à notre sujet.

attribue* les gucrjae* intestine* ta princes de sa famille. Pendant qu'il administrait k royaume pour son fila Waldemar, il se fit accorder par In pape la permission de laissée a ses autres us quelques provinces du royaume.

Ce penchant des rois a partager leurs états entre tous leurs fils cet un des traits caractéristiques du moyen âge; il tient à la révolution fondamentale que le christianisme avait opérée dans le droit d'hérédité. Afin

propager! . ....

droit romain, comme permettant , jusqu'à un certain point, la libre déposition des biens, qui, dans l'aceieadroit des peuples germaniques, n'étaient qu'administrés par les fils aînée, et restaient la propriété aes famille* est» tièrea. Ce plus, le christianisnit ae* cordait un droit dans l'héritage aux femmes, qui , jusque-là, n'y avaient été admises qu'à défaut de maies.

différentes circonstances, ..,

avec ridée d'égalité que la nouvelle religion .proclamait comme se base fondamentale, naquirent les partages égaux entre tous les enfants; partagée que les lois ont aujourd'hui restreints i la propriété privée, niaisqui, à cette époque, avaient été étendus à la souveraineté.

Bireer Jarl ne borna pas à cette modification la réforme de l'ancien droit. On lui dut encore d'importants changements. Ainsi, il défendit les guerres privées 6ous des peines sévè* res: il abolit réprouve du for chaud, et déclara nuls les contrats par lesquels des hommes libres se donnaient à d'autres comme serfs.

C'est à Birger qu'est due la fondation de Stockholm, capitale actuelle du royaume, qui, avant lui, n'était qu'un petit tort construit à l'embou* coure du lac Mœlar, pour défendre l'entrée de ce lac aux pirates. Il lui conféra les droits de vyle, ainsi qu'à plusieurs autres établissements; fit arec les villes anaéatiques de Bapn-

ftltèDfi.

Mpnj» éèJMmk et de Bjej*, de* traite» de cenpneree ^i stipulaient une liberté récfrroque, et entra en négociation avec l'Angleterre,

À l'intérieur, il était plus puissant eju'aueun roi ne l'avait jamais été; roots il ne voulut jamais prendre d'au* lie titre que celui de Jarl.On put bien, pendant sa rit» blâmer quelques-unes 00 ses actions, mais, après sa mort, son mérita fut généralement reconnu , et tes fcmfiaes surtout t dont il avait protégé les droits, prièrent pour le repos de son ame.

Ce na fut qu'à la mort de Btrger, arrivéeen I266,que Walkxm au devint véritablement roi ; depuis plus dé seize ans, il ne l'était que de nom. Il avait alors 24 ans ; il passait pour le plus bel homme de son époque , et était marié à Sophie, princesse de Danemark, Cette reine « d'un caractère hautain et moqueur, fut cause de la désunion qui éclata bientôt entre Waldemar et Ses frères : le duc Magnas, qui possédait la Sodermairie, et qui était maigre et bran, Ait surnommé par elle le ehaudromnier; et Erik, autre frère du roi, )e prince de rien. Magnus tenait une cour plus brillante que celle du roi , et s'entoura d'une noblesse aguerrie* Quant à Erik , il Se retira en Norvège, et il était facile de prévoir que les deux frères prendraient les armes à la première occasion.

Cette occasion ne se fit pas attendre. Jwtta, soeur de la reine, et belle comme un ange du eiei9 au dire de la chronique rknée qui est la source principale pour l'histoire dé cette épocpie, Jutta quitta son couvent et vint a la cour de Suède. Elle eut un enfant du roi, qui, par cet adultère, se de* ffada aux yeux du peuple et provoqua les plaintes dn clergé à un tel point qu'il se vit contraint d'entreprendre un pèlerinage à Rome, pour se faire absoudre. Pendant son absence , Magnus ait chargé de la régence , et , au retour du roi, refusa de lui rendre le pouvoir, car il s'était affermi par une al* lianca avec le roi de: Danemark. La guerre éclata, et, pendant que MagnuS attaquait et anéantissait l'année de

WaWemarT ealui-oi donnait; et sa femme iouaii aux échecs, en se moouant de son beau-frère. Lé roi s'enfuit en Norvège* non sans beaucoup de S «ne, revint quelque temps après, fitt it prisonnier par Magnus, et se vit contraint de 6e contenter de la Gothie.

Cependant il ne se résigna pas à son sort, et parvjnt à obtenir l'appui de* Danois et des Norvégiens; mais, au moment où ses anaires commençaient à présenter un meilleur aspect, ce prince inconstant abandonna tout juaou'à la reine Sophie elle-même, an* 4e se livrer plus librement à sa passion pour une autre femme, a laquelle en succédèrent d'autres encore.

Plusieurs fois il passa en Danemark, et revint aussitôt en Suéde renouveler ses prétentions à la couronne; mais i) finit par être, fait prisonnier, et fut en? voyé auchâteaMuelSikoeping, où i) nesta enfermé jusqu'en 1908 » éppque de sa mort.

Matous Vr fut couronné en 1379, et le premier prit le titre de roi des site» dots et des Gajths. Le commencement de son règne fut signalé par des trou* blés que suscitèrent quelques membres de la famiHe des Folkunges. ils se pjai* gnaient de la préférence /tecordée par fe roi à des étrangers, et surtout au* Danois, et prirent lés armes dès i278& ils tuèrent Ingemar JNiisson , favori du roi ; firent prisonnier son beau-père , le comte deHolsteiu* qui était venu voir sa Jillc; contraignirent la reine a se réfugier dans un couvent, et parlaient, même de rétablir Waldemar sur le trdne. Magnus s'efforça de les calmer par des promesses et par des prévenant ces. Il.ee rendit à un repas qu'ils lui donnèrent dans un de leurs châteaux»

et (es invita à son tour; mais à peine se furent-ils présentés, qu'il les fit arrêter dans la même salle pu ils avaient assassiné son favori. On les conduisit à Stockholm , où quatre d'entre eux fu* reut décapités, après avoir été condamnés i en vertu de la loi romaine, eomntecoupables de lésera ajesté.

Dès lors la puissance de Magnua s'établit de plus eu plus. Il défendit, r**s les peines les plus sévères, lésas*

L'UNIVERS

sorîations des nobles entre eux , régla les assemblées de la noblesse, qui peu à peu avaient pris la place de celles du peuple, et dérendit de s'y rendre en armes ou accompagné de domestiques. De plus, il protégea les paysans contre les exactions des nobles; ce qui lui fit donner le nom de Ladulas , ou serrure de grange. « Le nom de Ladulas, dit une chronique suédoise, est un titre bien honorable, et il a fait plus de gloire au roi Magnus que n'aurait pu lui en faire celui d'empereur des Romains; car bien peu de princes jusqu'ici auraient mérite d'être surnommés Ladulas : les Ladubrott (qui brise la porte des granges) ont toujours été beaucoup plus communs.» On remarque en général , dans tous les actes de M agiras, l'introductiond'un nouveau droit de majesté, c'est-à-dire, du droit qui , base sur les édits des empereurs romains, avait été modifié, d'une part, par le droit canon, et de l'autre , par la conquête qui avait fondé presque tous les états de l'Europe.

Quoique le titre sur lequel reposait l'autorité de Magnus fût assez contestable, et bien que l'ancienne constitution n'offrit aucune trace de ce qu'on appelle droit de majesté et inviolabilité royale, l'application soudaine d'une loi romaine contre les Folkunges ne parut pas caractériser suffisamment Fère nouvelle, ni offrir assez de sûreté contre de semblables agressions ; aussi , au conseil national oe 1379, Magnus fit déclarer que quiconque attenterait à la personne d'un roi couronné, serait excommunié et perdrait ses droits éventuels à la couronne.

| Les courtisans et les suppôts des rois despotiques, au XVI* siècle, profitèrent de la tendance qui se manifesta dans la conduite politique de Magnus, pour forcer des actes qtf ils supposaient avoir été sanctionnés sous son règne, et qui donnaient au roi de Suède tous les droits dont les rois féodaux jouissaient dans les pays autrefois conquis; mais il est bien constaté uu'en Suède les rois n'eurent jamais fa propriété exclusive et directe du sol , des grandes forêts, de la pêche sur les côtes, des

mines, etc. H n'est pas mi non plus que ce soit sous Magnus mie les impositions foncières aient été introduites; elles existaient avant lui, et, depuis long-temps, le domaine privé des rois ne suffisait plus aux dépenses du royaume, surtout depuis que, pour faire la guerre, on ne recourait plus aux compagnonnages, mais à la levée en masse de la nation. M. Geijer,dans son Histoire de Suède, qui sert de base principale à notre travail, a prouvé toutes ces assertions, à l'aide de do* cuments incontestables.

Une institution manquait encore à Magnus pour constituer une monarchie féodale : c'était une noblesse chevaleresque semblable à celle qui , dans les autres états de l'Europe, avait été formée par les compagnons de chacun des rois, lors de la première conquête. Il y* avait bien d'anciennes familles , descendants, vrais ou prétendus, des rois ; mais cette noblesse primitive différait essentiellement de la noblesse féodale : elle jouissait de l'indépendance que la noblesse domestique des rois féodaux chercha toujours vainement à conquérir; et néanmoins elle disparut avec i'anciennelbrme de l'état, et se confondit bientôt avec la noblesse féodale. Comme les personnes qui composaient la cour du roi avaient toujours joui de certaines prérogatives personnelles, il ne s'agit plus que de régler et d'étendre leurs privilèges pour organiser une caste guerrière', surtout a cette époque où la masse du peuple avait perdu toutes les traditions du patriotisme, des droits politiques et de l'honneur guerrier.

Magnus ne chercha pas, pour le moment, à dépouiller les chefs séculiers et ecclésiastiques de l'autorité dont ils jouissaient dans leurs provinces; il parut, au contraire, l'augmenter en déclarant libres d'impôts tous ceux qui faisaient le service a cheval , soit près d'un de ces chefs, soit près de la personne du roi. Ainsi se forma une chevalerie, avec des intérêts séparés de ceux du peuple, et qui devait bientôt foire disparaître l'ancienne noblesse.

C'est ainsi que* plus tard, labourgeoisie

SUEDE

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StJÈDË.

Ait, cd Europe, ralliée la trias puissante des rois contre la noblesse féodale , quand ceux-ci aspirèrent au pouvoir absolu.

Les dernières années du règne de Magnus furent assez tranquilles. Une sage économie lui permettait de dépenser des sommes considérables pour accroître son influence à l'étranger. Sa cour était brillante et toute chevaleresque, et lui-même il donnait souvent l'accolade. Il releva la dignité de maréchal et d'échanson, qui paraissait devoir remplacer désormais celle des anciens jarls. Il dota richement les couvents et les églises, et prit même la croix contre les infidèles de la Terre- Sainte; mais la mort l'empêcha de réaliser ce projet, et, pour racheter ce vœu, la Suéde paya quelque temps la dîme au pape.

A la mort de Magnus, en 1390 , le plus âgé de ses fils, Bibgeb, qui avait été reconnu pour son successeur, en 1284 , n'avait encore que dix ans. Conformément aux dernières volontés de son père, il eut pour tuteur le maréchal Torkel f fis de Canut, qui avait été nommé également administrateur du royaume.Torkel continua à gouverner lé pavs d'après les principes de Magnus. tl débuta par une expédition heureuse contre les Russes et les Finlandais encore païens , ce qui était un sûr moyen de s'assurer "amitié du pape, et étendit les frontières du royaume jusqu'à Rexholm et Landscrona. En 1298, le roi épousa une princesse danoise, et fut couronné, ainsi que la reine, en 1302. A la même époque, fTaldémar, frère puîné de Birger, fut marié à la fille du maréchal Torkel , qui , l'année suivante, se démit de la régence.

A peine Birger fut-il entré en jouissance de ses droits, et à peine eut-il remisa ses frères , Erik et PTaldemar, les provinces que le testament de Magnus leur assignait, que ceux-ci, se rappelant sans doute que leur père avait autrefois détrôné son frère Waldemar, commencèrent à comploter contre le roL Amhjoem, échansoududucÉrik, était à La tête du parti des princes;

Torkel, de son côté, eontinnait à administrer la Suède au nom do foi; mais il avait pour ennemis* les grandi . du royaume et le haut clergé, parce qu'il. prétendait leur faire payer une partie des dépenses occasionnes par la guerre contre les Russes et celles que nécessitait l'entretien de la cour; et, comme ils s'y refusaient obstinément, le maréchal se disposait à les faire incarcérer quand ils se dérobèrent par la fuite à ses persécutions. Le roi, vovant la lutte ainsi engagée, promit publiquement de ne jamais se séparer de Torkel, et fit reconnaître pour son successeur à la couronne, son jeune fils Magnus.

Ce fut en 1 304 que la discorde éclata entre les trois frères. Un traité favorable au roi fut rompu aussitôt que conclu , et les princes , assistés par le roi de Norvège, déclarèrent la guerre à Birger. Mais ils s'aperçurent bientôt qu'il fallait, à tout prix, le séparer de son sage conseiller; ils lui firent donc offrir leur soumission, à condition qu'il éloignerait Torkel, dont Waldemar répudia la fille, en déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de rester uni à la fille de son parrain. Birger donna dans le piège , et Torkel fut exécuté le 6 février 1306; mais, huit mois après, les princes arrêtèrent le roi ainsi que sa femme et ses enfants; le prince royal seul fut sauvé et emporté en Danemark par un serviteur fidèle.

Erik Menwed, roi de Danemark, qui était frère de la femme de Birger, et qui avait épousé la sœur de ce prince, ne laissa pas un pareil crime impuni; il attaqua les ducs, et, en.

1308, Birger fut mis en liberté, à la condition, toutefois, qu'il se contenterait de la portion de son royaume que les ducs lui assigneraient. Avide de vengeance, il se rendit aussitôt en Dauemark, et revint avec une armée danoise, au moment où, de leur côté, les Norvégiens entraient en Suède.

Par la paix d'Helsinborg, conclue et 1310, le roi fut rétabli dans la plus grande partie de ses états, et reconnu comme suzerain par les ducs.

Pandaut Je* années qui suivirent ce l$ï( , en ajjj>re.i#ht quV&ti feflfcîrjbraité, le royaume tut désolé par la Jius, cpntramj de capituler,, atjilteté

4iaetté et par les épidémies, jl cas Maux venaient se joindre les impôts excessif» que le roi, aussi bien que Jes princes, exigeaient de» Suédois pour l'entretien d'une cour magnifique, presque entièrement composée d'éftanfers.

, Cependant f la bonne intelligence paraissait rétablie entre lés trois fré* res. Le duc Waldemar » qui vint visiter Birger dans son château , Ait sj cordialement reçu par celui -*cî et par la reine, qu'A persuada a Erik d'Imiter son exemple et de raccompagner à la comt. Vainement on les avertit de ne pas s'y rendre ensemble; pleins de confiance l'un et Pautre dans la loyauté du roi» ils dédaignèrent ces sages conseils et persévérèrent dans leur résolution. Mais à peine leur suite, à laquelle on avait donné des logements dans la ville, .eut-elle quitté C château , qu'il» se virent arrêtés et jetés {Uns un cachot , les fers aux mains. Le roi distribua aussitôt leurs biens et ceux de leur suite aux serviteurs de sa maison, et , se félicitant d'avoir suivi le conseil de sa femme, H s'écria : « Maintenant je tiens la Suède en mon pouvoir! » et, suivant l'expression d'une ancienne chronique, s'abandonna, comme un nouvel Hamlet, à tous les transports de sa joie. Mais bientôt, exaspère par le soulèvement général des partisane des princes , Birger fit fermer les portes de la tour ou les princes étaient enfarinés, et jeta les clefs à la nier. Livrés ainsi aux horreurs de la faim, ils moururent tous deux, Pim autant de trois jours, et f autre au bout de onje.

Cette conduite baibare causa la perte . de Birger. La ville de Stockholm lui ferma ses portes, et le siège fut mis devant le château de Nykôptng , qu'il occuualt , et qui fut pris'et rasé. Toutefois Birger se maintint encore quelque temps au moyen des troupes que son fils Magniie lui amena du Danemark Mais bientôt il fut contraint de s'enfuii d'abord dans Plie de ©othland ,et ptes tard en Danemark, ne 41 mourut en

exécuté à Stockholm \ cbntré les &v£ ses de sa capitulation.

Il ne restait plus de toute la famille des Folkunges qu'un enfant de trois 4ns, Magnus JUs du duc Ér(k. On convoqua donc, àupsal, les grands de Pempire, Jes évéaues, la noblesse; les députés des villes , aont fl est fait mention pour la première fois dans cette circonstance, et quatre paysans de chaque district. MaU, fik de KetHimma. cjief du parti des ducs , et récent par

Îa volonté des grands, prit dans ses u-as et porta au milieu de f assemblée le jeune Maçnus , qui fiit nommé roi par acclamation 3 en même temps que fiaqtdn f'Ul , père de sa mère , lut laissait le royaume de Korvège. Deux régences différentes furent établies flans les deux royaumes. Celle de Suède, qui dura jusqu'en 1S3S, rétablit la tranquillité et affermit le pouvoir de la noblesse. Cette noblesse, par les confédérations que formèrent Ses différents membres, commença bientôt à constituer le pays eh aristocratie républicaine.

Le même jour où Pan éleva sur le trône un roi de trois ans , les nersonnages les plus éminents parmi les nobles et les évoques se nguèreot pour porter assistance et conseil à Mats, ou à quiconque lui succéderait dans la régence; ils promirent au ftétéple que enacun serait maintenu dans son ancienne Kberté et dans ses anciens droits; que de nouveaux impôts ne seraient décrétés qu'autant Mills aéraient nécessaires pouf là défense 4u royaume , et que le Mtfple y aurait donné son assentiment ; qnelet fondas de pouvoir, chargés par (es aeignauiv de lever ces impots , seraient apsompagnés par deux paysans de cnainae province, oui veilleraient et a ta pnvoepiion et à remploi des deniers pnbttes.

En 1822 , une nouvelle tJtfuese forma.

Elle se composait de aades priacspaqx îêmark. seigneurs séculiers et eociécissttqnas , s'enfuir tous 4u parti des prinens et êm mis. , et ptes Us promirent de s'aimer mutuellement tomme des firnrns , 4e soumettre lan»

.ttrifftatioQ» à la iàtisxm de-iaiiguf , jt flç hç ianiais i'en détacher, sôus aucun prétexte. Cette ligue avait surtout pour but <te résister aux étranger? qui, depuis le règne de Magnus Laoulas, pétaient introduits à ia cour, 5fuft à cette épooue , relevaient la tête, parce aue Tuncf entre eux, Canut Porse, était le favori de la reine-mère. Les seigneurs confédéré* l'ayant forcf â quitter le royaume, la reine, pour te retenir , le prit pour époux , et , par cela même , perdittoute influence dans' le royaume , bien qu'il fttt mort peu de temps après. Une semblable révolution s'était opérée en Danemark : les seigneurs y dominèrent aussi à cette epojjue; mais ils étaient beaucoup moins unis que ceux de la Suède.

borant la minorité de Magnus, Jet paysans de la Scanie se révoltèrent ?

et se donnèrent à la Suède, de sorti

3 ne, lorsqu'eri 1833, ce prince fut éclaré majeur, à fâge de 18 ans, Si prit Je titre de roi de Suède, de Horvègë et de Scanie/Mats, fils de Kettilmund , mourut en 1336, apie$ avoir assisté au couronnement de Magnus et de sa femme Blanche , Allé d'un comte de Itamur. NUs, fis <T4mb»

jfofm9îmccéda à Mats, et H «forma t aussitôt, entre 23 seigneurs dé se; amis , une nouvelle ligue , dans laquelle le roi lui-même et sa soeur Euphemlè entrèrent. On prit quelques mesure!

contre le brigandage; on abolit f esclavage pour les chrétiens , et l'on tt rédiger fes coutumes de plusieurs provinces: niais le roi était entièrement «eus fa dépendance de la noblesse.

Quelques efforts knfil Ht pour s'en a£ .francbfr.

Une des suites funestes fit ce gouvernement aristocratique, c'est que les chargés du peuple anaieni toujours croissant. Beaucoup dé paysans, dans rimpossibilrté de payer fes impôts, quittèrent leur héritage j et , en 134«, on se -Vît contraint eraccorder une exemption pour six ans a tous ceux qui consentiraient à revenir. Le maùgfa état des finances avait eu pour "première cause les guerres coûteuses entreprises contre la Russie. U parait

d'aiUeui^que ^acquisition de ta Scanie avaft dû être fort onéreuse, car Magnus, dans un écrit qu'il fit publier, pour se disculper d'avoir épuisé le trésor, insiste particulièrement sur l'obligation ou s'est trouvé le gouvernement oe payer des sommes, considérables aux anciens possesseurs et aux créancfess de cette province. Mais ce que lepeupla iui reprochait par-dessus fout, c'était son incurie, qui laissait les nobles dilapider les biens de la couronne, etlei dérèglements de sa vie privée, qui lui firent donner le surnom de Smek(nfc gnon), et qui le dégradaient totalement Juix yeux d'un peuple qui ignorait encore ce vice des peuples du midi.

' Telle était la factieuse impression; produite par les désordres du prince, qu'en 1348, Magnus, pour se réhabiliter un peu dans l'opinion publique et pour mériter le pardon de l'église, crut devoir entreprendre contre les Russes^ Une expédition non moins coûteuse que les précédentes. A tous ceux qu'il pouvait atteindre , il donnait à choisir entre le pape et la mort , et lorsqu'ils se décidaient ppur le premier , il leur faisait couper la barbe et administrer le baptême. Mais bientôt ces mêmes Russes, dont la barbe avait repoussé #

cernèrent de tous côtés dans son camj

le roi

fuite.

roi, qui ne dut son salut qu'à

Ce désastre fut suivi de nouveaux malheurs. Les mercenaires étrangers] que l'on s'était flatté de payer avec le Sufîn fait sur les Russes, commencèrent à ravager la Suède, et il fallut; pour les taire rentrer dans l'ordre f accorder des terres à leurs chefe; d'un autre côté, le detgé , après avoir inutilement demande le paiement des sommes qu'il avait prêtées pour la croisade contre les Russes , fit lancer contre le roi f excommunication: Enfin, et comme pour mettre le comble a tant de maux , la peste noire, qui ravageait l'Europe vers le milieu du XIV* siècle, sévit également en Suède. Dans quelnues provinces, il ne resta que le sixième des habitants; cf autres -furent entièrement dépeuplées, et, tong-temp après, ou retrouva, dans les

ta

i/tn«VMia.

des églises dont on arait tout à fait perdu la mémoire. Ce cruel fléau , qui s'atfaquait aussi bien aux animaux qu'aux hommes, reparut en 1360 , et, cette fois , il moissonna surtout les enfants.

Cependant, au milieu de tant de désastres, Hagidn, fils puîné du roi Magnus, avait été nommé roi de Norvège, et son fils aîné, Erik, avait été mis sur le trône de Suède par les mécontents. De là, entre le père et le fils, une guerre qui finit par un traité, dans lequel Magnus promit de chasser du royaume son jeune favori Bengt, fils (TÀlgoty qui était tout à la rois mignon du roi et amant de la reine , et qui , de plus, gouvernait le royaume. Par le même traité, il céda à son fils Erik quelques provinces et, entre autres , la Scanie , qu'on le soupçonnait de vouloir rendre au Danemark. Il paraît qu'il avait été conclu entre Magnus et waldemar, roi de Danemark, un traité secret , par lequel celui-ci cédait au premier plusieurs provinces, pour obtenir son assistance contre Erik et contre les seigneurs. Déjà Waldemar était sur le point d'entrer en campagne, quand tout à coup, en 1359 , Erik , sa femme et ses enfants moururent, soit de la peste , soit par le poison. Magnus fut de nouveau reconnu roi de toute la Suède, et aussitôt il rappela son favori et céda la Scanie au Danemark.

En même temps Waldemar, que le roi appelait son ami , ravageait les îles d'Oeland et de Gothland. Cet oubli de tous les devoirs d'un roi attira sur Magnus tant de inépris, que les enfants euxmêmes lui jetaient de la boue, et que, partout, on chantait contre lui des vers qui offrent quelque ressemblance avec ceux qu'un mépris, non moins mérité, fit composer plus tard, en France , contre Henri III. Les choses en vinrent au point que Haquin , à la prière des nobles , quitta la Norvège, attaqua son père, le fit prisonnier , et se fit couronner roi de Suède ; mais bientôt après, il se réconcilie avec Magnus, se marie, contre l'avis de la noblesse, avec Marguerite , princesse danoise , et

chasse du royaume U lies principaux seigneurs. Irrités d'une semblable conduite, les seigneurs se liguent , déposent Magnus et Haquin, et vont en Allemagne chercher Albert, duc de Meklembourg , fils de la princesse Euphémie, qu'ils proclament roi de Suède. Cependant Magnus et Haquin, auxquels une partie du royaume est restée fidèle , perdent , en 1 365 , la bataille d'Enkoeping, où Haquin est blessé, et Masnus lait prisonnier.

La captivité de Magnus dora jusqu'en 1371. A cette époque , le roi de Norvège , son fils, et le roi de Danemark ayant attaqué la Suède , et s'étant avancés jusqu'à Stockholm , les villes anséatiques firent conclure entre les trois royaumes une paix qui rendit la liberté à Maenus (*), et laissa le trône de Suède à leur protégé Albert. Ce* républiques marchandes, alors toutes-puissantes dans le Nord, purent bien défendre Albert contre ses ennemis extérieurs , mais non le rendre indépendant à l'intérieur. En effet , le parti de Magnus était encore assez considérable, surtout dans les provinces habitées par les Goths, et, d'un autre côté, la préférence que le roi accordait partout aux Allemands augmentait le nombre de ses ennemis; car si les seigneurs avaient pris pour roi un étranger, c'était uniquement parce qu'ils ne pouvaient en choisir un parmi eux, sans donner Ueu à des guerres intestines, ruineuses pour leur autorité. Aussi, lorsque Haquin s'avança en Suède , soutenu par les villes anséatiques, il ne resta plus d'autre ressource à Albert que de se soumettre entièrement aux nobles. Il nomma BOyfiU de Jon> chef de sa cour , et lui donna plein pouvoir pour exercer dans sa plénitude l'autorité royale , et pour administrer les domaines de la couronne.

Quelques années plus tard, il reconnut, dans un traité fait avec le conseil de l'empire (l'assemblée des seigneurs) , que ses préposés s'étaient permis beaucoup d'illégalités, et en

(*) Il mourut chei ton fiU en 1374.

SUÉDE.

conséquence il abandonna au sénat 1 Padmioistration de tous les châteaux ' royaux et de toutes les forteresses , et

lui permit de pourvoir lui-même aux

&ces qui vaqueraient dans son sein, puissance des seigneurs s'accrut en- 1 core par les immenses richesses que la 1 peste accumulait entre les mains d'un • petit nombre d'entre eux. Voilà com- : ment Bo put prêter des sommes considérables a l'état, et obtint en garantie toute la Finlande, une partie de la Suède, les principaux éhâteaux du royaume et une grande partie du domaine de la couronne.

Les tentatives du roi pour le rétablissement de sou autorité Unirent par le dépouiller du peu oui lui en restait, et comme d'ailleurs le besoin d'argent se faisait de plus en plus sentir , sa position devint tellement insupportable, qu'il se vit dans la nécessite de tenter quelque grande entreprise, et de chercher son salut dans le désespoir. Bo mourut en 1386 ; Albert crut que le moment favorable était venu , et réclama auprès des seigneurs une

Partie des biens de la couronne et de état qu'ils s'étaient appropriés. Les héritiers de Bo , qui auraient eu surtout à souffrir ae cette mesure , prirent les armes et offrirent la couronne à la célèbre Marguerite , veuve de Ha-

3uin , roi de Norvège et le dernier es Folkunges. Déjà reconnue comme régente en Danemark et comme reine régnante en Norvège , Marguerite accepta cette offre, et la guerre éclata de nouveau. Albert , son fils, et beaucoup de chevaliers allemands furent faits prisonniers à la bataille de Falkôping , que le maréchal Erik , fils de Kjèfly lui livra en 1389. Albert avait toujours parlé de Marguerite avec le plus profond mépris; il avait fait vœu de ne mettre sur sa tête le bonnet royal que lorsqu'il aurait conquis le Danemark et la Norvège ; aussi quand il fut tombé au pouvoir de son ennemie, celle-ci, comme pour punir son arrogance , lui fit faire un manteau large de quinze aunes , avec un camail dont la queue avait dix-neuf aunes de long.

3* Livraison, (Sutofi.)

Cependant sur plusieurs points du royaume les partisans d'Albert se te* liaient toujours sous les armes; ils s'emparèrent de Stockholm, ravagèrent le pays , et obtinrent l'assistance des ducs de Meklembourg et de la ligue anséatique. Les villes de Wismar et de Rostock ouvrirent leurs ports aux Frère* f italiens, pirates qui, sous prétexte de porter des vivres à Stockholm , infestaient les côtes de la Suède et toute la Baltique. Ces brigands , qui inquiétèrent le commerce pendant

f>lus de cent ans , tournèrent bientôt eurs armes contre les villes anséatiques, non moins que contre les Danois et Suédois, et ces différents états réunis eurent beaucoup de peine à les faire disparaître.

Malgré la nécessité de se réunir contre les dangers communs , l'anarchie en Suède était complète. Les nobles construisaient partout des châteaux pour se faire la guerre entre eux, et pour dominer et ravager lepays. Enfin, en 1395, on convint de faire la paix. Albert et son fils, qui mourut deux ans plus tard , furent rendus à la liberté, moyennant une rançon de 60,000 marcs d'argent; mais depuis lors il est si peu question d'Albert , que l'on ignore même Tannée de sa mort.

Désormais sans rivais Marguerite, qui n'avait pas d'enfants , fit couronner rot de Suède le fils de sa nièce, Ébik, duc ,4e Poméranie, que le Danemark et la Norvège avaient déjà reconnu. A l'occasion de ce couronnement , fut conclue, le 20 juillet 1397 , la fameuse ligue de Calmar (*) , qui fut signée par dix-sept seigneurs, et resta si inconnue en Suède qu'aucun des historiens contemporains n'en parle. Cette ligue n'était rien autre chose qu'une association conclue, comme nous en avons déjà vu plusieurs, entre quelques seigneurs des trois royaumes. On convint de maintenir la paix entre les trois royaumes , d'élire les rois en commun , et de donner la préférence au fils du roi précédent,

(*) Voyei pi. lui.

L'UNIVERS

(otites les fois qu'il en existerait un , de détendre dvec lé» force» des trois royaumes l'état qui serait attaqué, et de ne jamais dooner asile daas l'un des trois a quiconque serait banni de l'un des deux autres. .

» Le. roi Erik n'avait que 6eize ans quand il monta sur le trtfne, et Marguerite gouverna* jusqu'en 14 12, où elle mourut. Le règne de ce prince ne fut pas aussi troublé que les précédents, Inais les exactions des seigneurs» et lès impdis extraordinaires continuèrent a peser sur le pays. Peu de temps a vaut la mort de Marguerite Erik parut vouloir s'émanciper ; il ilt même décaniter le favori de la reiue* et, saus la lui de cette princesse, tout porte à croire qu'une guerre edt été le résultat d'une semblable tentative.

Resté seul maître du trône , Erik se proposa deux buts vers lesque.s il concentra tous ses efforts, c'était de rendre héréditaire dans sa maison ia •couronne des troiâ . royaumes , et de réuuir les états des ducs de Holstein à la couronne de Danemark., Mais là

guerre entreprise contre ces ducs, que i ligue auseatique. protégeait , moissonnait la jeunesse des. trois royaumes, et exigeait sans cesse de nouveaux im-

KÔts, d'autant plus buéreux qu'il fallait » payer eu argent cjni^taut, a Un qu'on pdt tes. envoyer eu Danemark.

Les nobles et les gouverneurs étrangers des châteaux royaux rivalisaient en Suède de tyrannie et d'exactions.

Un avoyer royal fa sait jsuspendre les paysans dans* la cheminée, et attelait aux voitures, des. femmes enceintes, L'archevêque d'iipsai exerçait eu grand la piraterie , à laquelle s'adonnaient presque tous les seigneurs. Son prédécesseur* étranger comme lui, avait été déposé par un chapitre, pour s'être livré a des vices abominables; nommé par le roi à l'évéché de Skalholt en Islande, il s'abandonna de nouveau à ses tfodts dépravés, et avec tan. de scandale que les paysans lui attachèrent une meule au cou , et le précipitèrent dans le lleuve ttruar.

Cependant, las de tant d'oppressions, les paysans relevèrent enfin la tête.

Ge fut ceux de la Dalécarlie qui donnèrent le signal ; ils envoyèrent à la cour eu Danemark, l'un d'entre eilff, Engilbert , lils d'fcngîlbërt. Le rbl fit examiner leurs plaintes par le conseil de.Stocklioim qui les trouva fondées , mais les officiers coupables conservèrent leurs emplois. Engilbert revînt à la charge, et parla cette fois avec tant d'énergie que lé roi lui défendit de jamais reparaître en sa présence:

a Je reviendrai pourtant encore une fois , » dit Engilbert ; puis il s'en retourna chez lui , fit prendre 4es armes à ses amis , chassa les officiers royaux de la Dalécarlie et de la Westmaûnie, puis il se rendit à Lpsal où il persuada aux paysans de tout le royaume de le suivre, et en moins de cinq mois tous les officiers étrangers furent chassés du royaume, et tous les châteaux au pouvoir des paysans. Les seigneurs et les évéques, qui ne voulaient pas abandonner la cause du roi sous prétexte qu'ils lu* avaient prêté serment , furent contraints de céder aux menaces; mais en général Engilbert montra tant de modération qu'aucun des officiers du roi ne fut tué, et que la propriété privée fut partout respectée. Le 16 août 1434, les paysans déclarèrent qu'ils ne voulaient plus du roi Erik, et ayant la fin d'octobre tout était fini , et chacun rentra dans ses foyers.

En janvier 1435, les paysans se réunirent de nouveau , et Engilbert fut à l'unanimité nommé administrateur du royaume. Jusque-là il avait siçné ses ordres : « Moi Engilbert, ûis d Engilbert, et tous mes consorts. » Quelque temps après, par suite de l'intervention des seigneurs , un traité fut conclu avec le roi, qui promit de ne plus employer d'étrangers , et nomma administrateur du royaume Chartes Bonde, JUs de Canut , et grande-chanson Chris ter lVam9 fwt de Aï/s; mais aussitôt la discorde éclata entre le roi et la noblesse, et le roi, pendant son retour eu Danemark , ayant fait ravager les cotes de la Suède, Charles Ho de et Engilbert s'emparèrent de Stockholm, et administrèrent en commun, car les seigneurs n'étaient

SUÈDE

m encore asset forts pour se défoire n dernier. Peu de temps après, ils le firent assassiner. par un seigneur avec lequel il venait de se réconcilier , et à b bonne foi duqufel cet homme générais n'avait pas craint de se lier. Charte Bonde amnistia l'assassin * mais (e peuple révéra la mém iredEugilbert* comme celle d'un martyr de la liberté:

<n crut même que des miracles s'opéraent sur sa tombe. .

Charles, par de semblables moyens; te défit peu à peu de ses adversaires et de ses compétiteurs parmi les nobles et les paysans. Il était déjà roi de fait; mais tant qu'il pensa que lit noblesse ne lui était pas encore assez dévouée, il continua à traiter avec Erik* plutôt pour amuser les Suédois que dans l'intention d'arriver à un résultat. De 1 434 à 1 439 î on né conclut pas moins de dfx unions, confirmations* traités et fédérations; enfin, en 1439, les Danois et les Suédois renoncèrent formellement à Erik, qui se retira à Hle de Gothiand , où il vécut encore dix ans avec ses maîtresses , exerçant la piraterie* sans être inquiété par son neveu et son successeur , qui tolérait «s brigandages en disant : « Il faut bien que mon oncle ait de quoi vivre ! »

Ce successeur était Christophe de Bavière, fils du duc palatin et d'une sœur d'Erik; les Danois l'avaient nommé roi après l'expulsion d'Erik.

En Suède, on se décida moins vite; mais, comme les maisons de fVasa et fOxenxtierna, adversaires des Bonde «tdes fijelte) exerçaient encore une grande influence, Chartes Bonde trouva ton de faire nommer roi Christophe, après avoir obtenu de ce prince de grands avantages pour sa maison et pour lui-même. Contraidt de différer 1 exécution de ses projets ambitieux , il préparait sa propre royauté par des prophéties qu'il faisait répandre dans

Çétait surtout le clergé qui tenait

• nwion; it ftrt le plus ferme sou- «eade Christophe* qui de son coté

* Rédigeait rien pour se rendre Jjrértfe aux prêtres. Il se fit memwc d'une confrérie religieuse, et af-

fectait la plus grande dévotion, bien

3ue ses mœurs faciles donnassent uq émenti continuel à ses pratiques. jÇa fut sous snji règne que le premier procès inquisitoriol eut lieu en Suède : un 1>auvre paysan se croyant inspiré paît a sainte Vierge» osa s'attaquer aux moines; on le mit en prison, on le fit jeOner jusqu'à ce qu'ii se rétractât »

puis on le promena professionnellement i nu jusqu'à la ceinture, portant un flambeau a la main et un fagot sur le dos, comme pour indiquer qu'il serait brûlé s'il récidivait.

Charles Ronde, d'abord très-honoré par Christophe , fut bientôt supplanté par ses rivaux ; il se relira dans ses domaines, et fut exclu de la régence qu'on nomma au départ de Christophe.

Le roi s'abstint d'appeler , comme ses prédécesseurs, des étrangers aux premiers emplois j mais il ei résulta pey d'avantage pour le payables seigneurs suédois se disputèrent les places avec plus d'acharnement que jamais. D'im autre coté, le besoin d'argent se faisait toujours sentir, et une expédition malheureuse contre 1 île de Gothiand vint encore l'augmenter. Néanmoins le roi ne laissa pas de réunir une grande armée et une flotte considérable pour tenter un coup décisif contre la ligue anséatique : son dessein était de surprendre Lubeck , où plusieurs princes allemands, qui étaient du complot, se trouvaient comme par hasard. On y avait introduit des armes dans des tonneaux , et un incendie devait servir de signal à l'attaque; mais les bourgeois s'emparèrent des princes au moment où ils couraient aux armes, et les chassèrent de la ville. Christophe, contraint de battre en retraite, mourut pendant son retour à Helsingborg en 1448. Il ne laissa pas d'héritiers, et ne fut regretté de personne.

Charles Bonde, fils de Canut, vivait depuis quelques années retiré dans ses châteaux en Finlande; il laissa les prélats, les seigneurs, lés nobles et les paysans s'assembler à Stockholm pour choisir un roi, et se borna à faire répandre de nouveau ,

L'UNIVERS

£or ses amis, les prophéties qui lui promettaient la couronne. Mais au montent décisif, il parut à Stockholm avec une suite nombreuse de cens de

{juerre. Au moment où il entrait dans a ville, une pluie abondante tomba, et comme depuis plusieurs années le pays était en proie à la sécheresse , le peuple superstitieux cria au miracle.

Cependant les Oxenstierna, qui occupaient la citadelle , parlaient de maintenir l'union. Déjà Ton s'insultait de part et d'autre , et l'on était au moment d'en venir aux mains, lorsque Charles sut ménager une assemblée des notables, dans laquelle il fut élu roi, par sjixante-deux voix sur soixantedix. Les Oxenstierna parurent d'abord vouloir ne pas se soumettre, mais quelques jours après, Bengt Oxenstierna, archevêque d'Upsal , couronna la reine, épouse de Charles et la plus belle femme ùe son temps.

La première entreprise de Charles devenu roi iat dirigée contre l'Ile de Gothland ; Charles en confia la conduite à son ancien ennemi Magnus Gren, qui venait de se réconcilier avec lui , et qui ne prit l'île que pour la livrer avec la flotte suédoise aux Danois.

Peu de temps après, Charles fut aussi élu roi en Norvège; les Danois prirent pour roi Christian, duc d'Oldenbourg, qui sut adroitement se ménager un parti en Norvège. La guerre était prête à éclater entre Christian et Charles , lorsqu'on envoya de part etd'autre à Halmstadt douze seigneurs danois et suédois , avec mission d'arranger le différend à l'amiable. Après quelques pourparlers, on convint que les Norvégiens seraient libres de choisir entre Charles et Christian; mais les seigneurs suédois, ambassadeurs de Charles , stipulèrent encore , dans un article secret, que toutes les hautes charges de la Suède seraient désormais à la disposition du conseil des sei-

reurs; qu'on tiendrait un congrès Calmar, où l'on demanderait à Charles de consentir à cette condition, et qu'en cas de refus , la couronne serait offerte à Christian, qui fut choisi

par les Norvégiens. Mais Charles eut probablement connaissance de cet article secret , car le congrès de Calmar n'eut pas de suites , et la guerre avec le Danemark éclata bientôt.

Charles , qui avait le peuple de son côté, assembla une armée considérable en 1452, et pour la première fois on vit en Suède de l'artillerie de campagne :

elle consistait en vingt canons , montés sur des traîneaux ; mais il se contenta de ravager le pays, sans prendre aucune place forte, et bientôt son armée se débanda. Alors Christian s'avança en Suède, et Charles fut contraint de s'enfuir à Stockholm.

Les années suivantes , le pays fut affligé par des troubles intérieurs, par la peste et par la disette. Des expéditions sans résultat furent terminées par des traités de paix sans exécution , et le roi paraissait ne songer qu'à amasser des richesses. D'un autre côté, ses capitaines et ses officiers étaient pour la plupart Danois , car il ne pouvait se fier aux seigneurs suédois, et il en était de même pour le Danemark. Les paysans seuls et les gens de basse condition avaient encore une patrie , les nobles et les seigneurs n'avaient plus que des intérêts départi.

La perte de Charles semblait déjà presque assurée, lorsqu'il s'attaqua aux tiens de l'église. Il crut occuper les mécontents pr une entreprise contre l'île d'Oeland, qui venait de tomber entre les mains des Danois. Il partit donc pour le sud du royaume , afin d'y faire lui-même les préparatifs de guerre nécessaires, et confia les levées dans le nord à l'archevêque d'Upsal. Mais l'archevêque, Jôns Oxenstierna, déposa sa soutane sur le maftre-autél de la cathédrale, prit le casque et l'épée , afficha à la porte de l'église une déclaration de guerre contre Charles, et le surprit à Strengnas (*). Le roi s'enfuit , non sans beaucoup de peine, à Stockholm, et comme il voyait (jue l'archevêque devenait de jour en jour plus puissant, et que d'ailleurs

(*) Noui donnons un* vu* de cette ville pi. XIV.

SUÈDE

il doutait de la fidélité des bourgeois , il disposa de ses trésors, partit durant la nuit, et aborda à Dantzick , où il séjourna sept ans. Ce chef de parti si redoutable était devenu un roi trèsfaible, et dans la lutte qu'il eut à soutenir contre l'archevêque d'Upsal ce dernier se montra meilleur capitaine que lui.

La ville de Stockholm capitula après un siège de quatre semaines , les châteaux se rendirent encore plus vite, et lorsque Christian arriva avec sa flotte, tout le pays était déjà soumis. Chhistian fut couronné à Upsal en 1457, après avoir confirmé le clergé dans tous ses privilèges. Les paysans,

3ui tenaient encore pour Charles , céèrent à la force du fait accompli.

Le début du règne de Christian en Suède fut assez heureux ; mais ayant acheté le Uolstein des comtes de Schaumbourg , il se vit obligé d'exiger d'énormes impôts, ce qui lui fit donner le surnom de poche sans fond. L'archevêque, qui était à la tête de l'état pendant que le roi séjournait en Danemark , avait sa part de la haine publique.

En 1463, comme on redoutait une descente de Charles Bonde, Christian revint en Suède , et voyant que Charles n'arrivait pas , il "entreprit une expédition contre la Russie, et tonna à l'archevêque le soin de faire rentrer, pendant cette expédition , un nouvel impôt , dont les paysans feudataires de 1 église ne devaient pas même être exempts. Mais comme ceux-ci annonçaient l'intention de résister les armes à la main , l'archevêque se hâta de promettre la suppression de cet impôt. Christian , à son retour de Russie, l'accusa d'avoir lui-même excité les paysans à la révolte , et le fit arrêter ; les paysans, qui voulaient le délivrer , furent trompes par le roi , et surpris par son maréchal Thune, le boucher des paysans. Christian, oui commençait à desespérer de la Suède, emmena en Danemark son prisonnier, et tout ce qu'il trouva de précieux à Sto kholm , depuis la boule d'or qui surmontait la coupole du château jus-

qu'à des vases , des fenêtres (*) et des chaudrons. Il fit fouiller dans la terre, dans les lacs et dans les murailles du château, croyant y trouver des trésors.

Une lettre contemporaine dit qu'il chercha de l'argent dans trois éléments, dans l'eau , dans la terre et dans l'air.

A peine fut-il parti, que Févéque de Linkoping, Kettl Wasa, se mit à la tête des paysans „ et le déclara déchu de la couronne. Christian revint pendant l'hiver ; les paysans alors se retirent dans les forêts , il les poursuit , est entièrement battu , et parvient difficilement à s'enfuir à Stockholm. Animés par la victoire, les paysans ne font plus aucun cas de l'éveque Kettl , ils déclarent que la Suède n'est ni une commanderie ni une paroisse, mais un royaume, et ils rappellent Charles Bondé. Alors Christian relâche l'archevêque, et au bout de six mois, Charles est contraint de se retirer en Finlande, après avoir dépensé tous ses trésors.

Pendant les trois années suivantes, la Suède resta sans roi et en proie aux fureurs des partis Les seigneurs voulaient démembrer le royaume en quatre cercles pour s'en rendre plus facilement les maîtres; mais depuis Engilbert, fils d'Engilbert , les paysans sentaient leur force ; ils s'opposèrent à ces desseins funestes, et en 1467, «Charles Ronde fut rappelé pour la troisième fois. Il mourut roi en H 70, âgé de soixante et un ans. Pendant ses dernières années il eut encore à lutter contre Christian et les Danois sur les frontières, et contre les seigneurs conduits par Erik Wasa à l'intérieur. Stéuon Sture, à la tête des paysans, le défendit contre les uns et contre les autres, et Charles, en lui laissant le pouvoir, lui conseilla, peu de moments avant de mourir, de ne jamais prendre la couronne. Il avait bien montré par son propre exemple, qu'en s'a ppuyant sur les paysans, on pouvait alors en Suède tout,' hors por-

(*) Le verre h cette époque était du plus haut prix en Suède. Les fenêtres même dans les maisons des nobles étaient encore pratiquées ilans le toit, et au lieu de verre on se servait de parchemin ou de toile goudronnée.

L'UNIVERS

ter le sceptre. Les Stures profitèrent de la leçon, ils n'aspirèrent pas au trône , et se dévouèrent sans arrièrepensée aux intérêts du peuple. Leur époque n'en fut pas moins en proie à des troubles continuels:

Immédiatement après la mort de Charles, S té non Sture fut proclamé administrateur par les bourgeois de Stockholm et par les paysans de la Dalécarlie; mais le conseil ne le reconnut qu'un an plus tard , alors que les seigneurs s'aperçurent que Sténon était assez fort pour se passer de leur suffrage. Quelque temps après, Christian II arriva avec sa flotte devant Stockholm, et Ton entama des négociations, à la suite desquelles il fut enfin convenu qu'une commission, composée d'un certain nombre de membres des conseils des trois royaumes, prononcerait sur tous les points en litige. Mais au jour assigné pour cette assemblée, ni Sténon, ni aucun de ses amis ne parut. Il n'avait voulu qu'amuser quelque temps les Danois, et s'était rendu en Ostrogothie pour lever des troupes. NUs Sture , 91s du maréchal Bo, qui, quoique portant le même nom que Sténon , était cependant d'une autre famille; Nils Sture, l'ami fidèle de Sténon, s'était rendu dans le .même temps en Dalécarlie. L'Upland. province où Stockholm est située, était, sauf la capitale, entièrement soumise aux Danois, et Christian se croyait tellement sûr de posséder la 'Suède, que la seule chose qu'il regrettât , c'était la fuite de Sténon , de ce polisson ( c'est ainsi qu'il l'appelait), qui, pour ne pas être châtié avec des verges, était allé se cacher dans les forêts.

Mais bientôt les deux Sture descendirent du nord vers la capitale; Christian marcha à leur rencontre, et se plaça entre eux et la ville. Son quartier-général était sur le mont de Brunke, qu'il avait fortifié, du coté de la ville, « par de* nouvelles pratiqués , » c'est-à-dire par un rempart en bois , muni de quelques pièces d'artillerie; un autre corps était placé au bas de la montagne, près du couvent de

Sainte-Claire ; un troisième s'appuyait au rivage et à la flotte, et l'on avait jeté un pont sur un bras de mer qui le séparait du reste de l'armée. Sténon distribua également son armée en trois corps , et confia le commandement de l'un d'eux à Nils, qui devait se faire jour à travers des marais pour sur-

{)rendre la flotte et le corps danois qui a protégeait.

. Sténon et toute son armée passèrent la nuit en prières , tous se confessèrent, puis, quand vint le jour, ils attaquèrent avec vigueur le quartier général des Danois, en chantant la chanson de saint George. Quatre fois Sténon fit donner inutilement l'assaut au mont de Brunke; il ne parvint à s'en rendre maître que lorsque , ayant renforcé l'attaque contre le couvent de Sainte-Claire , il attira sur ce dernier point une partie des Danois, qui descendirent des hauteurs pour apporter du secours à leurs compatriotes.

Alors les bourgeois, qui étaient sortis de la ville, mirent le feu aux retranchements des Danois , et coupèrent le pont qui assurait In communication de l'armée ennemie avec le troisième corps. Nils Sture, qui avait eu la plus grande peine à surmonter les difficultés du terrain, tomba enfin sur cette division vers le soir. La déroute des Danois fut générale; Christian luimême, qui avait valeureusement combattu, rut blessé, et ne parvint à se sauver sur sa flotte qu'avec une faible suite; il arriva assez a temps pour empêcher que les Suédois de son paiti ne fussent jetés à la mer par les Danois. Sten Sture ne s'était pas moins exposé que Christian ; plus d'une fois il se trouva cerné par les ennemis ; mais un -pauvre paysan , nommé Vours valeureux, ne le quitta pas un seul instant, et, armé d'un énorme glaive, tua tout ce qui résistait à son général. L'épouse de Sten et les dames de Stockholm regardaient du haut des tour?

cette bataille , où les paysans , ai mes d'arcs et de haches , anéantirent une nombreuse armée de chevaliers , soutenue par le canon. Cette bataille eut lieq le 14 octobre 1471. Christian vé-

8UÊ»«.

ciit encore jusqu'en 1481, mais il n'osa plus attaquer fa Suède.

Ces dix années furent, pour la Suède, les plus heureuses de tout le quinzième siècle. Lés moyens employés par Christian pour a.fermir son pouvoir en Danemark, Orent voir aux seigneurs suédois qu'une fois étahli en Suède, il ne se contenterait plus d'être un roi sans pouvoir, comme les rois de l'union qui l'avaient précédé. Ils se réconcilièrent donc avec l'administrateur, qui profita de la pacification générale pour rétablir l'ordre. Il ne souffrit aucune exaction, et les paysans disaient que Sténon Sture se ferait plutôt tuer que de permettre qu'une seul? brebis fût enlevée à un paysan.

Par suite (les privilèges que la ligue anséatique avait su se faire accorder pendant les troubles intérieurs, les magistratures des villes étaient presque toujours confiées à des Allemands, et les choses étaient poussées au point qu'ils ne laissaient, disait-on, aux Suédois que les emplois de bourreau et.de fossoyeur. Sténon, les paysans et les bourgeois demandèrent qu on nommât des Suédois aux fonctions publiques , déclarant que s'il n'en était pas ainsi , ils ne viendraient jamais au secours des seigneurs. Il fallut céder. Aussitôt que la tranquillité fut rétablie, le commerce refleurit, et l'agriculture reprit un nouvel essor, surtout lorsque par , de sages mesures on eut empêche le démembreinentcontinueldes héritages.

Un des plus grands services rendus par Sténon a la Suède , fut la fondation de l'université d'Upsal. Une école çxistait dans cette ville dès le X1H' siècle. En 1438 on avait fait venir d'Italie un professeur académique pour y enseigner les shtdia primeaiata. Sténpn fit renouveler à Rome la permission que l'on avait déjà accordée à quelques rois, d'y établir un tiudiùm générale pour renseignement de la théologie, du droit canon et du , droit civil, de la médecine et de la phi- I taoçhie, avec pouvoir de conférer lés f dignités universitaires. Ep 1477 , l'uni- I jersité fut inaugurée. L'administrateur et le conseil lui accordèreut les

privilèges dont Jouissait Puntftfrslté de Paris , et l'archevêque lut n m"itt£ chancelier. Jusque-là lès gens qui cherchaient à s'instruire s'étaient rendu* à Paris , à Prague et à Bologne , et ort se plaignait, non saris raison, qu'ail lieu de connaissances utiles à la Suède; ils ne rapportassent dé ces universités que des théories de droit romain etd$ monarchie absolue.

Tant que Christian véeut, Sténon sut toujours rendre vaines lès négociations entamées entré les seigneurs suédois et ce prince; mais après sa mort', Il ne put empéc|ier le recez de Calmar.' qui renouvela l'union en M$3, et par lequel Jean, fils de Christian, fut nommé rot, après avoir promis, sous serment, de maintenir tousses privP léges de l'église , de résider successivement un an dans chacun des trois royaumes, de n'appeler aux emploi; que des nobles indigènes , de ne nommer les gouverneurs des eMtenux qu'avec le consentement des seigneurs, de la province, de:ne jamais s'immiscer dans le choix des membres du conseil, qui pourvoirait lui - même aux places vacantes, de ne pas acheter de$ terres dans le royaume , d'abandonner l'administration de la Suède z quatre conseillers responsables, de laisse?

chaque noble maître absolu dans sa maison, et libre d'y donner asile 5 ceux que le roi n'aimerait pas, etc.

Sténon Sture sut, pendant quatorze ans, empêcher l'exécution de cette' irv forme transaction , en réveillant Tant cienne querelle au sujet c|e Î11e àt Gothland; mais, de leur côté, |es sei»

gneurs ne cessèrent pas de corrèspôS?

dre avec Jean, et de susciter à Stenôii des obstacles, afin de |e porter J dei mesures qui détog nieraient tje lui 1$ bourgeoisie et le brouilleraient jjved le pape.

En 1495, les Busses attaquèrent la Finlande. Sténon réunit aussitôt uni armée nombreuse pour les en chasser" mais i| ne se mit en marche que dan$ l'automne , et ne s'avança que lentement, tenant l'œil toujours fixé sqr ses adversaires en Suéde, de sortQ que la plus grande partie de sou armée

L'UNIVERS

périt par suite des fatigues d'une campagne d'hiver. II revint donc en Suède, laissant le commandement de Farinée de Finlande à SvanteSturc, le fils de Nils; mais celui-ci, peu satisfait des faibles renforts que Sténon lui envoyait, s'unit au conseil des nobles.

On reprocha à Sténon d'avoir laissé ravager la Finlande par les Russes, «l'avoir perdu l'oriflamme de saint Erik , d'empêcher l'exécution du recez de Calmar, bien qu'il eût plusieurs fois promis de ne pas s'y opposer ; enfin, de vouloir rendre les paysans maîtres du gouvernement. D'un autre côté, la peste, des disettes et des incendies indisposèrent le peuple contre lui, et le pape l'excommunia. Alors les seigneurs appelèrent le roi Jean.

Sténon se retira en Dalécarlie, réunit les paysans, et traita avec les villes anseatiques, les adversaires éternels de l'union des trois royaumes.

Puis il se rendit à Stockholm, que Jean assiégeait du côté du mont de Brunke, comme l'avait fait son père quatorze ans auparavant. Sténon fit incendier les faubourgs , afin de pouvoir opérer une sortie pendant que les Dalécarliens attaqueraient les assiégeants; mais Jean leva le siège, surprit les Dalécarliens près de Rotebro, et les défit. Puis il revint devant Stockholm avec les drapeaux enlevés à l'ennemi. Sténon, prenant l'armée du roi pour celle des paysans , sortit de la ville, et ne parvint a éviter la captivité qu'en se précipitant avec son cheval dans les fossés du château.

Peu de temps après, il convint avec Jean de le reconnaître, à condition qu'on lui laisserait une partie du royaume en fief, et qu'on ne lui demanderait jamais compte de son administration. La convention conclue, il introduisit lui-même dans la ville et dans le château le roi , qui eut grande

Seine h empêcher ses partisans de tuer tenon. « M'avez-vous tout bien préparé ici? dit le roi, en entrant dans le château. — Demandez-le-leur , dit Sténon en indiquant les- seigneurs suédois, car ce sont eux qui ont préparé votre ménage!» « Sire Sténon, repartit le

roi , vous me laissez en Suède une succession bien triste; vous avez rendu maîtres les paysans , que Dieu a crées pour être esclaves, et ceux qui devaient être les maîtres , vous avez voulu en faire des esclaves. »

Il fallut l'intervention de Sténon pour décider les paysans à reconnaître le roi Jean, et à retourner dans leurs foyers. Jeau commença jpar faire un grand nombre de chevaliers, car les femmes , disait-on , n'avaient favorisé son parti que pour voir la chaîne d'or sur la poitrine de leurs maris. Ensuite il nomma Sténon Sture grandchambellan , Svante Sture grand-maréchal, et le premier, l'un des quatre gouverneurs.

A peine le roi avait-il quitté la Suède, que les seigneurs, ennemis de Sténon, commencèrent à lui susciter de nouveaux embarras. L'archevêque, muni d'un bref du pape, lui demanda compte de ce que les églises avaient perdu pendant la guerre. Le roi , convaincu que ce serait toujours son autorité qui aurait le plus à souffrir, si l'on en venait aux armes , s'efforça de terminer tous ces différends. Sténon céda une partie de la Finlande , et promit de ne plus jamais soulever les paysans.

Dans le cours de Vannée 1500, l'armée danoise du roi Jean , composée en grande partie de chevaliers , fut entièrement défaite par les paysans dithmarses , qui n'avaient jamafs reconnu de seigneurs. Le contre-coup de cet événement se fit sentir en Suéde, les paysans y relevèrent la tête, et les seigneurs se rallièrent à Sténon. Aussi, lorsque Jean exigea des impôts pour se mettre en état d'assembler une nouvelle armée, Sténon Oxenstierna, auquel le roi avait enlevé la pèche du saumon, prit le premier les armes, et Svante Sture déclara personnellement, la guerre au roi, parce que, est-il dit dans la déclaration , « Sa G race ne l'avait pas récompensé pour lui avoir procuré la couronne coqtre la volonté du peuple. »

Sténon Sture tut de nouveau nommé administrateur le 29 juillet 1501, les paysans se révoltèrent, l'archevêque

même n'osa plus s'opposer an soulèvement général, et Hemming Gadd, évoque désigné de Linkôping, vint assiéger Stockholm, où Jean avait laissé sa femme et ses enfants, en partant pour aller chercher du secours en Danemark. La ville reçut bientôt l'armée suédoise; mais le château ne se rendit qu'après un siège de huit mois, et trois jours seulement avant ' l'arrivée de Jean, qui fut contraint de s'en retourner avec sa flotte. De mille combattants renfermés dans le château, il n'en existait, plus que soixante-dix au moment de la reddition , et dix seulement n'étaient pas malades. Jean ne possédait plus en Suède que le château de Calmar. En Norvège , il étouffa la révolte dans le sang de la noblesse, après avoir fait assassiner le chef de cet ordre.

Au mois de décembre 1503, Sténon Sture accompagna jusqu'à la frontière la reine, épouse de Jean, qui était restée prisonnière un an et demi. Pendant le retour , il mourut à Jonkoplnp, empoisonné, dit-on, ou par le médecin de la reine danoise, ou par la maîtresse de Svanfe Sture. Celuici cacha la mort de Sténon a tout le monde , jusqu'à ce qu'il se fût mis en possession du château de Stockholm.

Il fut proclamé administrateur, le 31 janvier 1504. Les huit ans de son admin:stration offrent un état de guerre continuelle contre le Danemark. Le principal résultat de cette lutte fut la reprise du château de Calmar, après un siège de six ans, et la conquête de quelques îles.

Svante avait pour appui dans le conseil et dans les combats, Hemming Gadd y prêtre par état et par son savoir, mais soldat par ses inclinations.

Pendant trente ans, il avait été à Rome chargé des affaires de Sténon Sture, et, à son retour, animé d'une haine violente contre les Danois, il dirigea presque toutes les incursions faites par la Suède sur le territoire danois. Sa dignité épiscopale ne l'em- Pfchait pas de pilier les couvents, non plus que son grand âge ( il avait wrs soixante -dix ans) de prendre

SUÈDE. 41

part, avec neuf navires suédois, aux expéditions des villes anséatiques, qu'il avait liguées avec la Suède.

Svante Sture mourut en janvier 1512, à Westeras, dans une assemblée des montagnards, convoquée à l'occasion de la découverte d'une mine d'argent. Le peuple eut beaucoup à souffrir, durant son gouvernement, des guerres nombreuses qu'il fut forcé de soutenir; mais on l'aima pour son affabilité et pour l'amour paternel qu'il portait aux soldats. On garda le secret de sa mort jusqu'à ce que ses

S artisans eussent pu se rendre maîtres es châteaux de Westeras et de Stockholm, puis on proclama administrateur, son fils, Sténbn Sture le jeune.

Le conseil voulait ne pas le reconnaître , et se réconcilier avec le Danemark, à l'exemple des villes anséatiques, qui venaient de faire la paix.

L'on était au moment de prendre les armes ; mais le parti de Sténon était trop puissant, et il fallut se résigner, quoique de mauvais gré.

L'année suivante, Jean mourut, et laissa la couronne du Danemark à son fils, Christian II ( Christiern ) , appelé te tyran , qui, du vivant de son père , avait administré le Danemark , et qui désormais prétendait aussi à la couronne de Suède, qui lui avait été destinée dans un des nombreux traités faits avec Jean. Le nouvel archevêque Gustave Trotte, d'une famille qui avait de grandes possessions en Danemark, et qui avait toujours été hostile à celle des Sture , prit le premier les armes contre Sténon : il fut vaincu et déposé.

En 1518, Christian vint avec une armée débarquer près de Stockholm , mais Sténon le défit entièrement.

Après la bataille, le roi demanda à Sténon une entrevue, et aussitôt que Hemming Gadd, le jeune Gustave Wasa, qui avait porté le grand drapeau pendant la bataille, et quatre autres chevaliers suédois furent arrivés sur sa flotte en qualité d'otages, il fit lever l'ancre, et les emmena en Danemark. Puis il obtint à Rome, contre la Suède, un interdit, dont

L'uvivms.

f exécution lui fut confiée. On se prépara à là guerre pendant une année entière. Enfin, en 1520, les Danois entrèrent en Suède ; Sténon les rencontra sûr la glace du lac Asunder eh Westrogothie : malheureusement il fut Bfessé au commencement de la bataille, (juf, par suite de cet accident, fut gagnée par les Danois. A Strengnas, où il fut porté , Sténon reçut la nou-

?" elle que les Danois s'approchaient de IJ'pland,' âpres avoir une seconde fois battu les Suédois; 11 se dirigea en toute hâte sur Stockholm, mais il mourut dans son traîneau Sur le lac Mœlar.

A la mort de Sténon, l'anarchie fut générale; les seigneurs ne voulaient pas obéir, et n'osaient pas commander; les paysans , n'ayant plus de chef, dirent facilement disperses jpar la cavalerie étrangère de Christian. Dans cette situation désespérée, les seigneurs s'assemblèrent à Upsal, et reconnurent Christian pour roi, à la condition qu'il se conformerait au recez de Calmar ; il le promit, et fit proclamer en même temps une amnistie générale. Ckrùtlna Gyltenstlerna , veuve de Sténon et mère de quatre enfants , défendait encore le château et la ville de Stockholm avec la plus grande valeur. Hemming, croyant tout perdu , lui persuada de traiter avec Christian.

Dans le cours de l'automne suivant, Christian revint en Suède pour se faire couronner à Stockholm, et se montra plus affable que de coutume, afin dé mieux cacher ses projets sanguinaires. Deux jours après la couronnement, Gustave Trolle, l'ancien archevêque , entra dans le château , pour réclamer auprès du roi satisfaction des injures que Sténon le jeune lui avait faites. Jusque-là Gustave agissait sans doute de concert avec le roi ; mais on doit croire qu'il ne prévoyait pas les suites de cette démarche, puisqu'il demanda que la question fût décidée à Rome. Le roi répondit qu'il fallait en finir sur-lechamp. Alors Christina Gyllenstierna, Indignée, pour repousser les accusa-

tions qui pesaient sur son époux, représenta au roi que Gustave Trolle n'avait été déposé qu'en vertu d'ua décret des états, signé par un certain nombre d'évéques et de seigneurs séculiers. Cet acte devint une liste de {>roscription. Tous ceux d'entre les uges de Trolle qui étaient présente ( et parmi eux se trouvaient plusieurs évéaues) furent aussitôt arrêtés et jetés aans un cachot. Le lendemain, oq leur demanda si ce n'était pas une hérésie que de se liçuer contre le saint-siége ; et comme ils répondirent affirmativement, on les tint pour convaincus et condamnés.

Aussitôt on fit proclamer dans les rues , que personne ne devait sortir de sa maison avant un certain signal , et vers midi on invita les bourgeois à s*assembler sur la grande place, où les évoques de Strengnas etdeSkara('), douze seigneurs laïques, la plupart des membres du conseil, le bourgmestre , les sénateurs et plusieurs citoyens de Stockholm furent conduits garrottés.

Un chevalier danois harangua le peuple, lui dit de ne pas s'étonner de ce oui allait arriver; que Gustave Trolls était venu implorer à genoux la sévérité du roi contre les coupables , et cme Christian n'avait pu lui refuser justice. L'évéque de Skara et quelques autres prisonniers s'écrièrent que ce discours n'était qu'imposture; mais les bourreaux leur imposèrent silence, et ils furent tous décapités, sans avoir

Su obtenir le secours d'ud confesseur, flentôt le massacre devint général; les spectateurs qu'on yit pleurer, eurent immédiatement la tête tranchée, et l'on alla jusque dans l'intérieur des maisons chercher ceux qui étaient réputés pour ne pas aimer les Danois.

Olaus Mngnus, qui nous a conservé le récit de ce carnage, yit de ses yeux décapiter quatre-vingt-quatorze personnes; plusieurs autres furent étranglées ou massacrées. La nuit même ne mit pas un terme à cette scène d'hor- * reur : les maisons des victimes furent pillées, leurs femmes et leurs filles

(*) Voyez pi. XV, une vue de cette ville.

SUt DE.

ww..vw-, puis on proclama une

amnistie générale, afin de faire sortir de leur retraite ceux qui, le premier jour, étaient parvenus à* se soustraire aux bourreaux, et Ton continua les exécutions pendant deux jours encore.

Les corps ae Sténon Sture et de l'un de ses enfants furent, exhumés et brûles, on dit même que le roi les déchira, avec ses dents.

La Finlande et les autres provinces furent témoins de semblables boucheries : le vieil Hemmine Gadd , âgé de quatre-vingts ans, eut la tête tranchée. Le roi fît écrire dans les différentes contrées du royaume, que sur le jugement des éveques et des prélats , il avait fait exécuter des hérétiques , et lorsqu'il quitta la Suède en 1521 , plus

vécurent les poètes dont les ouvrages nous sont parvenus Y du moins 'par son esprit et par sa forme. Le commerce était presque en entier entré les mains de la ligue anséatique, et les villes, peu nombreuses, étaient, pat leurs institutions et par les principaux éléments de leur population, plutôt des villes ajlemanoes que des villes suédoises. Et cependant le résultat des luttes du moyep âgé fut assez ht ureux pour la Suède , car elles assurèrent sa liberté et son indépendance.

Lors de l'introduction de l'Évangile, l'esprit de fédéralisme était porte au

Ï>!us haut degré, les familles étaient conédérées par cantons, les cantons par provinces, et les provinces par royaumes. Le pouvoir central n'avait d'autre

de six cents têtes avaient tombé. Le k autorité que ceqûê chaque contrat lui

nFiniiliinl rtnaanncrA Aiiè I!aii In O ny>«««>vt An tttOncmâttlit t a i»r\î n'niiAit syiiA Ta

principal carnage eut lieu le 8 novem bre Io20:on l'appelle le bain de sang ; et Ton impute surtout ces atrocités au favori du roi, Dielric Slaghok, ancien barbier et parent de la fameuse Siegbritte, Hollandaise de basse extraction, qui domina le roi , même après la mort de sa fille Dyveka , surnommée la belle colombe , et empoisonnée en 1510, parde^ seigneurs danois, ou par la femme de Christian, sœur de Lharles-Quint.

Ces atrocités ne restèrent point impunies. Elles causèrent la ruine du pouvoir de Christian eh Suède , rompirent l'union de la Suède 'avec le Danemark , et portèrent un coup funeste à la religion catholique , au nom de laquelle on les avait exécutées.

Mais avant de raconter comment cette révolution s'opéra , jetpns encore un coup d'ail rapide sur les mœurs et sur les institutions des Suédois pendant I époque catholique.

La Suède resta presque étrangère à ce qui distingua surtout le moyen âge catholique dans les pays du sud de 1 Europe : la chevalerie et la poésie sa compagne , la richesse des villes f 1 architecture , le commerce et l'industrie. En effet, la poésie guerrière tons (e tord appartient entièrement *u paganisme, sinon par l'époque où

en transmettait. Le roi n'avait que le commandement pendant Ta guerre, qui devait être consentie par tous, l'usufruit du domaine rqyaf, îè droit de gracier, à son avériemèntj trois criminels dans chaque province, et d'être défrayé pendant ses voyages. Un ancien usage voulait qu'en prenant possession (Tune terre , tout acheteur fît le tour de sa nouvelle propriété:

c'était ainsi que le roi prenait possession du royaume (*). Cela s'appelait « voyager sur la route d'Erik. * Il se rendait dans chaque province, dont il jurait d'observer les lois. Nous avons raconté plus haut que Ragwald Knaphôfde fut tué, parce qu'il avait négligé de se faire donner des otages à cette occasion.

Les L'plandais , anciens possesseurs du temple central d'tlpsala, eurent d'abord quelques avantages, lors de l'élection des rois , mais ils les perdirent à' mesuré qu'on s'éloigna des temps du paganisme. Les statuts dé

(*) ht même mage paraît avoir existé autrefois en France; Grégoire de Tours r lait allusion dans plusieurs passages, lVf 14 ; «IgiturCblotarus post mortel» Théo* dovaldi cuqi reguuoi Iranciœ suscepisse} atqueillud circuniiret.» Idem, IVf 16: «Oui ne quod circumivi laxare non poterb. » Idem, vil, to; «Deinde (après I élection) ibat p©f civiutes jt* circuitu positas. »

L'UNIVERS

Sadermanie, rédigés en 1327, disent que tous les Suédois y doivent prendre part. A partir du commencement du AlV* siècle, le conseil ou sénat se composa des principaux seigneurs ecclésiastiques et laïques; les iagmanns ou tribuns des provinces en faisaient partie , et ce conseil disposa pendant long-temps de la couronne. La couronne ne fut jamais héréditaire, mais souvent on nommait les fils du vivant de leurs pères, et Ton choisissait de préférence le nouveau roi dans la famille de celui qui venait de mourir.

Nous avons déjà eu occasion de remarquer que la monarchie féodale ne put jamais s'établir en Suède, les droits et les privilèges des seigneurs restèrent toujours des usurpations, et ne furent jamais convertis en droit. Engilbert et les Sture rendirent aux paysans leur influence dans le royaume, et la noblesse ne se fondant que sur le service à cheval, Paccès en resta toujours libre à ceux qui étaient assez riches pour y figurer.

Pour juger de l'influence de l'église, il faut établir une distinction entre ce que firent des évêques, membres des familles aristocratiques du pays, c'est-à-dire des familles les plus riches, et descendants des anciens rois, et ce que l'église proprement dite exerça d'influence sur les mœurs et sur les lois. C'est à elle que la Suède doit la rédaction des lois écrites , l'abolition du duel judiciaire et des épreuves par le fer chaud , et la suspension des hostilités pendant les fêtes et le temps des semailles et des récoltes. C'est à l'église que les femmes et tes serfs durent l'amélioration de leur condition.

Ce furent les ecclésiastiques qui apportèrent en Suède les premiers arbres fruitiers, et qui encouragèrent la construction des ponts et des routes. Les biens du clçrge, quoique assez considérables, ne le turent jamais autant que dans les autres pays de l'Europe; et le nombre des couvents ne surpassa jamais soixante. Toutefois, les plaintes relatives à la conduite des moines ne lurent pas moins fréquentes en Suède que partout ailleurs. Les cou-

vents gui donnèrent le plus de scandale, turent ceux cfui suivaient la règle de sainte Brigitte, bien que cette sainte, qui vivait vers la fin du XIV siècle , eilt consacré presque toute sa vie à la réforme de la discipline monacale.

Les livres étaient alors très-rares ; mais on s'occupait si peu d'études que le manque de papier ne se faisait sentir que pour les contrats , qui, grâce à l'influence du clergé, commençaient à remplacer les anciens symboles de transmission.

L'éducation était rigide et guerrière :

on ne donnait a déjeuner aux jeunes garçons que lorsqu'ils avaient, avec leurs flèches , atteint le but proposé , car l'arc, la hache et la lance étaient les seules armes aue l'on connût. Plus d'une fois, on défendit le port des armes, mais ces lois ne furent pas observées. Le paysan ne sortait jamais qu'armé, les troubles civils et le grand nombre des loups lui en faisaient une obligation.

Les habitations étaient encore si disséminées dans le pays , que beaucoup de Suédois, même vers la fin du XVe siècle, n'allaient que deux fois par an à l'église; ils laissaient alors leurs armes dans le vestibule des églises, qui s'appelle encore aujourd'hui en suédois , la maison des armes.

Les principaux produits du pays consistaient en argent, en fer, en blé , en chevaux , en poissons , et surtout en saumon, en bois de charpente, en cire et en hydromel.

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