‹ Suède et NorwégeChapitre 59 sur 60 · DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE DE LA NORWÉGE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE DE LA NORWÉGE

ASPECT DB LA RORWiaK.

La Norwége présente tous les phénomènes des pays de montagnes: des rochers entassés, des neiges et des

S ces éternelles, des avalanches rej tables, des torrents qui se précipitent dans de sombres cavernes, des fleuves qui roulent leurs eaux en cascades imposantes, et des précipices dont l'œil ne peut mesurer la profondeur. Déjà, avant d'approcher de la Laponie, on rencontre quelques glaciers; mais c'est sous cette région polaire qu'ils se trouvent en plus grand nombre et sous les traits les plus fran-

Sants. Entre le Nordland et la Laponie e Lulea, on voit le Sulitelma, le plus vaste glacier du Nord. Celui de Justedal dont la planche 9 offre une vue , que nous devons à un voyageur qui l'a visité tont récemment , est situé dans la paroisse du même nom, appartenant au diocèse de Bergen. C'est l'un des plus vastes de la Norwége. Il forme une immense montagne de glace qui , descend fort bas dans les vallées où* elle se partage en trois bras principaux. Près de celui que représente la planche 9 on trouve une petite métairie et de verdoyants pâturages. Une haute voûte de glace d'où s'échappe une rivière, des fissures d'un bleu d'azur admirable, les rochers environnants d'où se sont détachés d'énormes blocs que les mouvements successifs de la glace ont portés jusqu'au milieu du glacier , forment un spectacle plein d'émotions, qu'augmentent encore les craquements de la glace , semblables au bruit lointain du tonnerre.

Montagnes. Les montagnesde la Norwége appartiennent naturellement au système scandinavique, lequel se divise en trois groupes : celui de Riôlen , qui s'étend de l'extrémité septentrionale de la Laponie jusqu'à son embranchement avec les monts Dover près du Sylt-Field, dont le sommet s'élève à dix-neuf cent soixante-seize mètres. Ce n'est, à vrai dire, qu'une grande chaîne; mais les rameaux qu'il envoie à droite et à gauche, les îles montueuses de Lofoden, qui ne sont que les sommets de quelques-unes de ses branches, les montagnes qui se terminent près du lac Enara dans la Laponie russe, lui méritent le nom de croupe. Celui du Dover peut être considère comme formant un second groupe avec le. Snœe- Hœttan, qui s'élève vers l'ouest à onze cent quatre-vingt-trois ou douze cent soixante et dix toises, et avec les monts Seveberg, dont les dernières collines vont se perdre dans la Suède méridionale. Ce groupe coupe la Norwége en deux grandes moitiés appelées Nordenflelds et Soendenfields.Le cours du Vog sépare le groupe du Dover de celui que forment les monts Langfield, Sognefield et Hardangerfield, dans le sud du royaume. Tout le système couvre une étendue de pays de trois cent cinquante lieues de longueur. La Norwége elle-même, située entre le 58* et 71* degré de latitude , est longue de plus de quatre cents lieues , sur une largeur d'environ vingt lieues au nord du 64e degré, et de quatre- vingtsau sud.

Fleuves. Le peu d'espace qui se trouve au nord, entre la mer et la crête des monts, ne permet pas au Kiôlen d'envoyer à la mer du Nord , à l'océan Atlantique et à l'océan Glacial , des cours d'eau d'une grande étendue.

La Tana, qui sert de limite entre la Suède et la Russie dans le Finmark oriental , a cependant un cours de cinquante lieues; l'Aiten, qui sort des mêmes montagnes, court droit au nord, en traversant le Finmark dans un cours de trente lieues; le Mais n'est pas plus long; le Salten en a Quarante, et va se perdre dans le Saltenûord , où règne un courant impétueux qui brise souvent

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.i/uniyeis.

toujours couvertes de neige, ne présentent point de végétation ; mais les collines sablonneuses qu'on trouve à leur base nourrissent quelques lichens que pâturent les rennes. Diverses plantes qui conservent toujours leur verdure , dédommagent le Norwégien de la rareté des arbres feuilles : la dka~ pensia laponica, Yandromeda cm* rulea, Yazalea procumbens, s'élèvent en touffes , en buissons , ou s'étendent en rameaux rampants. Le bouleau, dont la sève donne une boisson spiritueuse , l'érable , le pin , le sapin , qui s'élève jusqu'à cent soixante pieds de bauteur, forment souvent des forêts d'une immense étendue, lorsqu'ils s'élèvent sur les flancs d'une montagne neigeuse que les torrents ont sillonnée. A leurs formes pyramidales, à leurs mas* sifs régulièrement alignés, et qui se terminent en pointe vers le sommet, on dirait une armée de géants qui escaladent la montagne.

Dans les régions basses on voit l'arbousier tratnant, la camarine à fleur écariate et le bouleau nain. Dans la région moyenne le tremble prospère ; le chêne paraît dans les environs de Drontheim , mais ce n'est que dans les parties du sud que sa végétation est vigoureuse.

Règne animal. L'élan devient rare, mais l'ours est encore très -commun dans les plaines découvertes et sur les

S laces ; le loup multiplie dans les bois , 'où descendent en troupes nombreuses les lemmings pour dévaster les champs cultivés. Diverses espèces de renards habitent les bords de l'Océan , avec la mouette qui annonce les orages en se retirant à terre , la pvgargue et le canard eider (anasmollissima) oui fournit l'édredon. Une forte amende punit celui qui tue l'un de ces oiseaux, dont le duvet est une source de richesse pour la Norwége. Dans les vallées et dans les fies paissent d'assez nombreux troupeaux, et une race de chevaux petits, mais vifs , et d'un pied sûr.

Climat La température moyenne * de l'année est , à Christiania , de cinq " degrés Réaumur au-dessus de zéro.

Au sud , la température est assez éle-

vée; sur les côtes de l'ouest, les exhalaisons de la mer empêchent les golfes de geler , et le froid ne se fait sentir

3ue quand souffle le vent d'est, qui escend des montagnes glacées, ou celui du nord, qui vient de l'océan Glacial. L'hiver commence en octobre et finit en mai. Le printemps s'annonce alors par de terribles avalanches et des débordements qui dévastent le pays. La pluie et les brouillards sont fréquents, et un jour terne, un ciel pluvieux couvrent presque toujours ce pays sévère et triste , auquel du reste, ils conviennent mieux que la lumière éclatante du soleil méridional. C'est

2uand la nature du nord se voile de rumes, dit un spirituel voyageur, qu'elle apparaît dans sa véritable beauté. Une lumière pâle, un ciel nébuleux composent, avec la sombre verdure des pins et la teinte grisâtre des rochers , une harmonie douce et triste qui n'est pas sans charme. La présence continuelle de l'eau donne aussi à la Norwége un caractère particulier. Sans compter les golfes innombrables, la terre des lacs , comme l'appelle Ossian , en renferme, dit -on, trente mille; aussi , dans un paysage norvégien , c'est l'eau qui forme les principales masses et les premiers plans.

GBOGBAPH1B POLITIQUE DB hk SUEDE.

Diocèse de Christiansand. De tous les diocèses norwégiens, le plus méridional est celui de Christiansand , qui compte, de Test à l'ouest, soixantehuit lieues , et ,~du sud au nord , cinquante-sept. La capitale de ce diocèse est Christiansand, la quatrième cité du royaume, quoiqu'elle n'ait qu'une population de cinq à six mille âmes. Son port , vaste et profond , en fait le refuge des navires avariés dans la traversée dangereuse du Catégat. Les Anglais la ruinèrent en 1807; mais son porta été restauré et fortifié. Elle possède aussi une belle cathédrale et un établissement de quarantaine. On cite encore Arendal, bâti sur pilotis, au milieu des rochers; la jolie ville ds

NORWÉGE

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Skien, gui possède un grand nombre de moulins à scie; enfin S ta ranger, l'une des plus anciennes cités de la

Sorwége , et dont la cathédrale passe tar le plus beau monument gothique du royaume. Les principales branches du commerce de ce diocèse sont : le goudron , les bestiaux , le poisson sec et le bois en poutres et en planches.

Diocèse dJgaerkus. Le diocèse d'Aggerhus, le plus peuplé de la Norwége , renferme d'importantes mines de fer, trois de cuivre, une d'argent , une de cobalt , une saline et une alunière. L'usine de Barum fournit annuellement cent cinquante mille kilogrammes de fer en barres. On y trouve encore cinq verreries , une tannerie et un grand nombre de scieries gui sont venues prendre position sur les plus belles cascades dont elles sont le triste, mais indispensable ornement.

Les principales villes de ce diocèse sont : Laurwig , située entre deux rochers à l'embouchure du Laven , dans le voisinage de l'importante forge de Fritzœr , où l'on coule des canons, et de la forteresse de Frédériksvôm. L'un de ces deux ports sert de station à la marine royale; Frédérikshall 9 et mieux Fredrikshald, à l'embouchuredu Glommen, et protégée par la forteresse de Frédériksteen (*); Frédérikstad, la seule ville de la Norwége gui soit bâtie en pierre ; Moss, sur les bords du golfe de Christiania, qui a, en certains endroits, cing lieues de large; Toosberg, la plus ancienne ville de la Norvège , également sur le golfe; Drammen, sur la rivière de ce nom , et qui fait le commerce de bois le plus considérable de tout le royaume ; enfin Christiania et Kongsberg. « On éprouve un véritable ravissement, dit M. Ampère (**), quand, après avoir employé plusieurs jours à traverser le pays solitaire et sauvage que l'on a parcouru depuis la frontière suédoise , on découvre tout à coup à

(*) Voyez ci-dessus p. 53o. En 1814, les Suédois élevèrent mie pyramide à l'endroit on Charles XII avait éle tné.

(**) Esquisses du Nord , page 8 1 et sui-

ses pieds la ville de Christiania , dans une position admirable; au-dessus d'elle, s'élève une grande pente verte , semée de maisons de campagne, à la manière des beaux environs de Genève; derrière sont de hautes montagnes, et , du c6té opposé , la ville est bordée par la mer.

« Quand nous arrivâmes au sommet de l'Egger-fierg, le soleil se couchait dans une vapeur grisâtre et légère. Les montagnes du fond étaient sombres, l'aspect du pays calme , la mer immobile. Cette grande étendue était muette; aucun mouvement dans le port; on voyait seulement une petite barque rentrer à l'approche de la nuit. Ce point de vue est un des plus beaux de l'univers. Regardez - vous du coté de la mer, les formes arrondies de la plage, la mollesse de certains contours, les longs promontoires doucement abaissés , permettraient de penser à Naples , si un autre soleil les éclairait. Il faut avouer que c'est une chose étrange et belle à voir que le golfe de Baia baignant les montagnes du canton d'Uri.

« En général , on se plaint de n'avoir pas une idée vraie de 1 immensité de la mer, parce que rien n'offre à l'œil un point de comparaison pour mesurer son étendue. Mais ici cette foule d'accidents que produisent les anfractuosites du golfe , les pointes , les langues de terre, les récifs dont il est semé, rendent l'immensité sensible, et la grandissent en la divisant. De là résulte une variété prodigieuse d'aspects:

en suivant le rivage, tantôt vous croyez côtoyer un fleuve qui coule aux pieds des sapins , tantôt s'arrondit un bassin presque entièrement entouré de rochers ; plus loin s'ouvre une soudaine échappée de vue entrede hauts écueils , ou bien un grand cap comme un mur à pic semble clore un lac tranquille; mais , sortant tout à coup de derrière le promontoire, un vaisseau à trois mâts vient vous apprendre que ce lae est la mer , que ces eaux si calmes sont des vagues perdues du grand océan du Nord, qui ont bondi dans le Catégat ?

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et qui , de secousses en secousses, soal

UUNIYERS.

toits àes cabanes sont verdoyants comme des prés ; de sorte qu'on pourrait y faucher et même y moissonner.

Des pieds de sorbier des oiseaux y poussent même quelquefois , et alors on dirait que ces toits portent des vergers.

« La beauté des sapins de Norwége est célèbre. Ces arbres paraissent être d'autant plus beaux qu'ils approchent plus de la latitude au delà Je laquelle leur taille diminue ; c'est comme les Norwégiens si grands qu'on rencontre tout de suite avant les Lapons si petits. Il semblerait que le froid est favorable au développement de l'homme et de certains végétaux jusqu'à un certain point, au delà duquel son excès l'arrête brusquement. Le bouleau, gui seul partage avec le sapin la possession de ces déserts de verdure, y atteint aussi des proportions plus grandes que dans nos climats; sa forme est plus majestueuse, ses branches plus tombantes; il offre souvent l'aspect du saule pleureur, et son feuillage, pâle et délicat, se détache avec grâce sur le feuillage des sapins dont il égayé un peu la teinte mélancolique.

« Nous approchions de Drontheim , de cette ancienne capitale des rois de Norwége; mais rien n'annonçait le voisinage d'une ville de dix mille âmes. C'était toujours la même solitude* d'immenses forêts , d'immenses horizons , et point d'hommes ; d'énormes masses de montagnes amoncelées les unes derrière les autres , de vastes espaces de verdure et de vastes espaces d'eau. Imaginez avec cela un ciel gris, un jour sans- éclat , qui ne semblait pas venir du soleil , tant il était terne et morne ; une tristesse infinie et un grand calme.

« Anrès avoir traversé une dernière forêt ae sapins , puis des pelouses désertes semblables à toutes les autres , on se trouve sur une petite hauteur; au delà on n'attend rien que de nouveaux déserts. Tout à coup on aper- Siit à ses pieds les toits rouges de rontheim. En présence de Drontheim, il est impossible de ne pas songer à Christiania. Les deux villes

sont placées au fond d'un de ces fiords 4 ou bras de mer nombreux qui s'étendent dans l'intérieur de la Norwége, et l'entament si profondément. La fiord de Drontheim a trente lieues* C'est, jusqu'à la pleine mer, un labyrinthe d'îles , d'îlots , de promontoires ; mais, devant Drontheim , le golfe est libre. Un mur de rochers à pic en demicercle semble la clore de tous côtés.

La petite SIe de Munk-Holni , à un demiquart de lieue de la côte en face de la principale rue de Drontheim , s'élève seule au milieu de cet immense bassin.

Deux amas de rochers s'avancent des deux côtés de la ville comme de gigantesques bastions; sur l'un d'eux était, selon la tradition, le château du farouche Hakon-Iarl, le dernier chef païen de la Norwége , qui sacrifia , dit la Saga, son propre fils à ses anciens dieux. Sur ces rochers , en présence de cette mer, on place bien le sanglant récit de la Saga.

« Si la position de Drontheim rappelle celle de Christiania , l'aspect des deux villes n'en fait pas moins une impression bien différente. A Christiania, malgré le caractère de tristesse et de grandeur empreint sur ses rivages , on est encore , si l'on ose ainsi parler, dans la Norwége gracieuse; à Drontheim . on est au fond de la vraie Norwége, de la Norwége austère.

« Ici la mer est vraiment le triste océan du Nord : plus de mollesse dans les contours, plus de formes arrondies ; des lignes droites , des rochers à pic, des écueils. A Christiania, une végétation abondante couvrait les fies et les rives , descendait jusqu'au sein des flots. Là , l'on est presqu'au terme de la végétation'; la verdure est toujours belle, mais les arbres sont clairsemés; on les remarque, on les compte, on les regrette; les brumes mêmes sont plus épaisses, plus sombres : on se sent bien plus reculé, bien plus perdu vers les confins du monde vivant, vers les lointaines extrémités de l'univers.

« Drontheim est entièrement bâtie en bois ; sa cathédrale est le seul bâtiment en pierre qu'elle renferme. Les

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NORWEGE

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rues sont larges, coupées à angle droit , et bordées de maisons rouges , jaunes , grises , dont la bigarrure n'a certainement rien de monumental ,-mais quelque chose de gai et d'animé qui ne dé- Slaît pas à l'œil. Malgré la simplicité es matériaux , le luxe se montre dans la décoration extérieure de ces demeures ; il y a à Drontheim , telle maison ? celle du gouverneur , par exemple , qui

Emt passer pour un hôtel ou un pais de bois. Souvent l'entrée est ornée d'un portique élégant;- des colonnes Corinthiennes soutiennent un fronton classique ; et l'on entre ainsi magnifiquement dans une maison dont les murs, à l'intérieur, sont formés de troncs de sapins , couchés les tins sur les autres , comme dans les gaards reculés des montagnes. »

Les autres villes du diocèse de Drontheim sont Molde à l'entrée d'un golfe qui s'étend pendant douze lieues dans les terres ; Christiansund , qui occupe trois îles et une pointe de terre ferme, dont les rues sont des canaux , et dont le port peut abriter la flotte la plus nombreuse; enfin Rôraas , à dix lieues des frontières de Suède, au milieu des plus hautes montagnes de la Norwége, et dont les mines de cuivre occupent cinq à six cents ouvriers. C'est près de cette ville qu'est cantonnée la compagnie de patineurs, qui fait dans l'armée norvégienne le service de tirailleurs, et parcourt les montagnes de ces contrées sauvages avec la rapidité de l'éclair.

Diocèse du Nordland. Ce diocèse , le plus septentrional de ceux de la Norwége, n'a que des villes de trèspeu d'importance; Bodôe et Hundnolm, décorées depuis 1816 du titre de villes, ne sont qu'un assemblage de quelques maisons en bois ; la dernière possède de grands magasins et de vastes hangars pour le commerce du hareng.

Alstahong, résidence du bailli du Nordland , et siège de Tévéché le plus septentrional de l'Europe , n'a que quelques masures. Citons encore Altengaard à l'embouchure de l'Alten (*).

(•) Voyei pi. a.

W livraison.

(NORWÉGE.Ï

C'est le dernier point septentrional où la terre est cultivée, et la résidence d'un chef de Lapons. La forteresse de Wardôehus , qui se trouve par 70* 22' de latitude nord , est la forteresse la plus boréale de tout le globe; tout militaire qui y a servi volontairement pendant quatre ans , est exempt, pour tout le reste de sa vie, des obligations de son état.

Ajoutons, comme appendice à la géographie politique de ta monarchie réunie de Suéde et de Norwége , qu'elle possède, dans les Antilles, la petite île de Saint-Barthélémy , dont la superficie est estimée à quarante-cinq milles carrés , et la population à seize mille habitants.

MOEURS ET UtAOEJ.

En Norwége, comme en Suède, le caractère général du peuple est une excessive lenteur d'esprit et de mouvements. « Leurs fibres, naturellement plus dures que celles des méridionaux, roidies encore par le froid, n'ont ni mobilité, ni souplesse, mais de la ténacité et de la force. Si on leur adresse la parole, il s'écoule toujours quelques minutes avant qu'ils s'en aperçoivent; rarement ils repondent à une première question; c'est que leur cerveau n'a pas eu Te temps de faire l'opération nécessaire pour comprendre; mais une fois qu'ils comprennent, ils comprennent -bien, et répondent avec une droiture et une fermeté de sens qui étonne... Ces hommes ont autant de fierté que de droiture ; ils ont gardé fidèlement le tutoiement des âges héroïques , et l'adressent à tout le monde sans exception , à leurs pasteurs comme aux étrangers. Le sentiment de leur indépendance, de la constitution vraiment républicaine sous laquelle ils vivent, n'ote rien, comme on peut croire, à cette fierté native. »

Peut-être est-ce à ce sentiment de fierté et d'indépendance qu'il faut attribuer l'usage où sont toutes les familles norwegiennes de vivre isolées.

« Sur toute la route de Christiania à Drontheim, dans un espace de cent

cinquante Menés, on ne rencontre pas un village; chaque famille vit isolément dans son gaara(*)* Ce mot est intraduisible; nul autre ne donne une idée exacte de la manière d'être des paysans norvégiens. Un gaard est un groupe plus ou moins considérable de maisons en bois, qui ne constituent à elles toutes qu'une seule habitation. Dans Tune de ces petites maisons couchent tous les membres de la famille, souvent assez nombreuse ; dans une autre , ils se réunissent pour manger; dans une troisième est la cuisine; dans une quatrième la grange : il en est de même pour le grenier commun. En un mot, but ce qui ordinairement demande une pièce séparée forme là une cabane à part; un gaard , c'est une maison dé* composée. Cette disposition singulière du gaard est particulière à la Norwége; elle y remplace le village : le village est une agglomération de ramilles ; le gaard est la famille primitive, dont les membres habitent, vivent, possèdent en commun ; il semble que ce soit là l'élément le plus simple de la société, et qu'en Norwége on en soit resté à son premier degré. Probablement les peuples germains, avant de former des villages , s'établissaient par familles sur le sol qu'ils occupaient : ces établisse* ments devaint ressembler beaucoup au gaard norvégien. Ces cabanes offrent rarement le luxe d'une construction en planches; plus souvent leurs murailles sont composées de troncs de sapins placés les uns sur les autres et serrés artistement; de la mousse placée à l'intérieur, dans les jointures, achève de les rendre impénétrables à l'air, et, avec cette grande simplicité de moyens, ces demeures, tout a fait primitives, sont assez chaudes et assez confortables (**).»

Un village est souvent dispersé sur nne étendue de plusieurs lieues; aussi voit-on le dimanche les chemins couverts d'infatigables piétons, ou de charrettes, rapides malgré leur grossière construction, et qui conduisent

(•) 'Prononcez gâr.

(**) Ampère, ouvrage cité, p. 97.

à l'église le paysan et tonte sa famille en habits de fête. Après le sermon, tous- se livrent à la danse ou à des exercices gymnastique* ; souvent les jeunes gens se réunissent pour exécuter des manœuvres militaires , et s'habituer au maniement des armes.

« Par moments, les paysans norwé»

{p'ens sortent violemment du calme qui eur est habituel par de courtes explosions d'une gaieté sauvage, par la colère ou par l'ivresse; souvent il en résulte des combats sérieux. Leur arme est un couteau à gafne qui pend toujours à leur ceinture; mais, si ce que Von dit est vrai, ils portent jusque dans la fureur du duel le sang-froid

Soi leur est propre. On assure quravant e combattre chacun lance son couteau contre une table, et que le point d'honneur, la loi du combat, leur défend d'enfoncer cette arme dans le corps de leur adversaire plus avant qu'elle n'est entrée dans le bois. On ne

S eut assez admirer tant de bonne foi ans la convention, et une précision d'adresse et de loyauté si grande dans son accomplissement.

« Ces paysans ont encore une autre sorte de duel qui se conçoit plus facilement. Chacun des deux combattants tient dans la main droite un de ces redoutables couteaux, et, de la gauche, saisit fortement le poignet droit de son adversaire; ainsi chacun s'efforce à détourner le coup de l'autre en lui portant le sien. Ce duel , gui tient ae la nature de la lutte, convient^ des montagnards, chez qui la force corporelle et Facilité sont les qualités principales et celles qui doivent toujours avoir l'avantage (*). »

Comme les travaux des champs ne peuvent occuper que pendant un petit nombre de jours les paysans norweciens, ils emploient les longs loisirs de l'hiver à faire eux-mêmes tout ce dont ils ont besoin, leurs couteaux, leurs cuillers, leurs souliers et les boutons de leurs habits ; les femmes fabriquent, de leur côté, les étoffes de lin et de laine, qu'elles savent teindre avec

(*) Ampère, ouvrage cité, p. xoS.

NORWÉGE

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les lichens colorants dont le pays abonde.

En Norvège, on voit peu de grands propriétaires, et ceux qui existent ne sont, à vrai dire, que de riches paysans; la noblesse héréditaire y est inconnue; mais le clergé y jouit de l'influence que lui donnent ses lumières, sa charité, son eèle pour les besoins moraux et matériels du pays ; aussi est-ce aux conseils , à l'influence des évoques, et surtout des simples curés de village, que l'administration a toujours soin de recourir, lorsqu'il s'agit de former des magasins (r abondance, de réparer les ponts et les chemins, ou de propager quelque industrie utile, quelque genre nouveau de culture. C'est ainsi que plusieurs ont appris à leurs paroissiens a fabriquer des horloges et des montres; d'autres leur ont donné quelques notions de minéralogie, de botanique ou d'astronomie.

Le climat rigoureux de la Norwége exige une nourriture plus abondante et plus substantielle que dans les pays méridionaux. L'usage est de faire cinq repas : deux déjeuners , le dtner à midi , le goûter, enfin le souper; à la fin du déjeuner et du dîner, on sert, dans les maisons aisées, le café et le thé. Ces repas sont toujours fort simples, et il semble qu'on mange moins en Scandinavie qu'en Allemagne, ce qui, du reste, ne suppose pas encore une sobriété excessive. Si l'on y mange moins. Ton y boit plus , surtout des spiritueux. Dans les soirées et les réunions, le punch circule comme chez nous l'orgeat ou l'eau sucrée. L'eau est sévèrement bannie des repas; l'étranger qui voudrait en mêler à son vin offenserait son hôte.

Les principales fêtes sont celles de la Saint-Jean, le 28 juin, où toutes les maisons se décorent de guirlandes, et où les paysans se rassemblent pour danser autour de barils élevés et de mâts parés de fleurs , et celles de Noël , dont plusieurs circonstances rappellent les Saturnales romaines, mais au temps où elles étaient encore une fête religieuse, et non le scandale de toute l'antiquité. «Les fêtes de Noël, dit

Malte-Brun , commencent le 14 décembre, après midi, et se terminent le 6 janvier. Ces quatorze jours s'écoulent au milieu des plaisirs et des fêtes; on ne célèbre religieusement que le jour de Noël et le premier de l'an. Dans les campagnes, ces fêtes commencent à quatre heures du soir, par des bains chauds que chacun prend séparément dans une cuve. Apres le bain, on sert l'eau-de-vie , la bière et le pain de Noël ; puis un repas, aussi splendide que le permet la fortune de chaque famille, réunit tous les domestiques, qui vont ensuite remercier le. cher de la maison. Tout le monde se couche alors, et la chandelle de Noël brûle. Pendant que les domestiques dorment encore, les maîtres sont déjà debout pour leur servir de l'eau-de-vie et du pain. Les domestiques se lèvent alors, font un repas solide, et se rendent à l'église à dix heures. Le reste du jour se passe , ainsi que les jours suivants , en visites , en divertissements de tout genre, en danses et en mascarades; <rest aussi l'époque où chacun se fait des présents. Le dernier jour de l'année est célébré par des repas splendides. Tout le temps bue durent ces fêtes, la table est dressée dans chaque maison, et couverte d'un grand gâteau qu'on ne mange que le 6 janvier, jour de l'Epiphanie. »

Bien que séparés du Danemark, les Norvégiens sont encore Danois dans les villes, au moins par les moeurs et le langage. Le danois, dit M. Ampère, est l'idiome du pays, et l'existence du norwégien est une prétention nationale. Le norwégien imprimé est du danois; la prononciation le dénature un peu. Dans l'intérieur, et surtout dans le nord de la Norwége , on parle différents dialectes qui se rapprochent plus du suédois, uniquement parce que l'ancien langage de la Scandinavie, père des idiomes qui s'y parlent aujourd'hui , s'est moins altère clans ces vallées et en Suède qu'en Danemark. Deux enfants qui

L'UNIVERS

ressemblent plus à leur père que le reste de la famille , se ressemblent aussi davantage entre eux.

Nous avons parlé plus haut (*) de quelques littérateurs que la Norwége avait possédés durant la domination danoise, qui attirait à Copenhague tous ceux qui sentaient en eux quelque talent littéraire. C'est ainsi que Holberç(**), le Molière danois, le second cojnique de l'Europe , né à Bergen, est allé vivre et briller à Copenhague, où ses œuvres sont devenues le plus bel ornement de la littérature danoise. Depuis l'établissement de la constitution de 1814, la Norwége, abandonnée à elle-même, a conservé au moins les poètes qu'elle a vus naître, et voit 'commencer enfin pour elle une littérature nationale. « On cite déjà quelques noms, dit M. Ampère, Bier* gaard, Sçhwach, Hansen; leurs principales productions sont des chansons à boire ou des chants patriotiques. Je demandais à un négociant, nomme fort simple, si les Norvégiens avaient de ces chants avant l'époque de la constitution : « Alors, me répondit-il avec orgueil , nous n'étions pas un peuple. » Un autre négociant proposa un prix pour le meilleur chant national : c'est M. Biergaard qui l'a remporté. Ce chant n'a pas une couleur bien originale, mais il est énergique, et on y sent une nationalité assez vive. IJe poète parle à ses compatriotes de leurs côtes neigeuses, de leurs cascades, de leur mer poissonneuse, en homme fier de son pays; puis il ajoute : « Libre- « ment pense et parle le Norvégien, « librement il travaille au bien du pays ; « les oiseaux dans nos bois, les vagues « de l'océan du Nord , ne sont pas plus « libres que l'homme de Norwége, dont « la volonté obéit à la loi qu'il s'est « donnée. »

La Norwége a des chants populaires , quoiqu'elle ne nourrisse plus, comme autrefois , scaldes , poètes et guerriers ,

(*) Pages 5a8 et 53a.

(**) Voyez l'article que M. Ampère a consacré à cet écrivain remarquable. Littérature et voyages, p. a 17-354.

qui parcouraient tous les royaumes du Nord en chantant leurs vers; maïs on n'en a recuelli jusqu'ici qu'un bien petit nombre. La vie ordinaire, dans les régions septentrionales, est si pénible et si triste , que la poésie se sent là mal à l'aise. Comment chanter, lorsque chaque jour amène avec lui de M si dures nécessités? Aussi n'est-ce euère que dans l'exaltation du combat , dans l'enthousiasme de la vie guerrière et aventureuse , que se réveille chez les hommes du Nord la fibre poétique.

Voilà pourquoi l'ancienne Scandinavie était si riche en scaldes, alors que ses guerriers, sous le nom de Normands, couraient les mers, et venaient pirater jusque 6ur les côtes d'Espagne ou d'Italie. Mais depuis que les travaux de la paix ont remplacé ces courses héroïques, depuis que l'habitant du Nordenfield et du Finmark n'a plus qu'à disputer sa subsistance à une nature ingrate, la poésie, engourdie par cette vie monotone , ne se reveille plus , comme nous venons de le voir, qu'aux émotions de la vie politique ou aux joies des longs festins.

La musique qui accompagne la plupart des ballades populaires est toujours sur des airs empreints d'une singulière tristesse. « Au pied du Dovrefield, dit M. Ampère (*), nous rencontrâmes sur notre route le monument d'une victoire remportée par les Norwégiens sur un corps écossais, commandé par un capitaine, Saint- Clair, au service de la Suède. Les Écossais furent écrasés dans cette vallée , par des rochers que leurs ennemis firent rouler sur eux du haut des montagnes (voy. ci-dessus, p. 518). Une croix de pierre est placée au lieu où ils ont péri. Il existe sur cet événement une ballade devenue populaire.

Nous nous la fîmes chanter par un paysan pour en connaître l'air. On ne se serait pas douté qu'il eût été fait pour un chant de triomphe, tant il était languissant et triste. Il en est de même de tous les chants populaires du Nord; bien que souvent les paroles

(*) Esquisses du Nord , p. 99.

NORWÉGE

expriment la gaieté ou un sentiment *Vir, la mélodie en est toujours traînante et plaintive. Cest que lé caractère de la musique nationale ne traduit pas telle ou telle disposition passagère, mais le fond même de l'âme d'un peuple; or la tristesse est le rentable ca-

ractère du Nord. On l'y retrouve partout, dans le silence et la grandeur de la nature, dans le morne regard de l'homme, dans sa démarche lente et son chant plaintif, dans les brumes de la mer, dans les longues nuits et les longs crépuscules. »

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