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Suger et son temps

Il y a bien des années, qu'en rencontrant dans Tbis* toire la figure de Suger^ j'éprouTai TaUrait qu'elle a exercé sur un assez grand nombre d^écrivains de notre temps. Mais, engagéacelLe époque dans les lu lies ardentes de la presse J'avertis loyalement le lecteur que je n'esquisserais que les grandes lignes de la vie de l'illustre abbé de Saint-Denys sans entrer dans les détails, et que mon travail n'était pas un travail d'érudition. La des écrivains qui ont parlé de Suger après moi, M. François Combes, * a tiré de mon aveu même un reproche, et tout en louant mon étude à plusieurs points de vue, il a iuâislé sur rincouvénient qu il y avait à faire un livre d'après d*autres livres, et sur la nécessité de recourir aux sources. En outre^ il a signalé dans mon travail des lacunes et même une omission très^rave, qu'il croit avoir découverte, celle d^une révolte générale qui aurait éclaté au moment même du départ de Louis le Jeune pour la

* L'abbé Suger, Hiiioire d* êon minUièrt et 4e ea régenee, Pam, 1853.

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croisade, révolte qu'aurait réprimée Suger, et dont

j'aurais eu le tort de ne pas faire mention.

11 laul pieiiJie la crilique en bonne part parce qu'oilo est plus utilq que la louange ; j'ai été d'ailleurs toujours aussi convaincu que qui que ce soit de Futilité de recourir aux sources en histoire, et les nombreux travaux historiques auxquels je aie suis livré depuis vingt ans n'ont fait qu'affermir cette conviction dans mon esprit. Avant donc de donner cette nouvelle édition, j'ai voulu lire tous les documents originaux, et en retrempant mon U« Vie aux sources, je l'ai transformé dans plusieurs de ses parties* 11 m^a semblé que j'avais acquis ainsi le droit de lui donner un titre qui résumât mieux Tensemble de mes études, et répondit plus Gdèlement à ma pensée que celui de la première édition, et c'est pour cela que Je l'ai intitulé : Suger et son temps.

Sans doute, les Historiens de France^ de dom Bouquet, le Thésaurus anecdotoruin, de Martenne, m ont fourni des renseignements utiles. V Histoire de Louis ie Gros, composée par Suger, celle de Suger, écrite par Guillaume, un de ses moines et son secrétaire, m'ont apporté des lumières, quoique j'aie regretté souvent le tour oratoire des deux historiens^ qui fatigue à la longue^ et les empêche, en outre, d*aborder les faits avec assez de précision. V Histoire^de Louis le Gros, par Suger^ e$t apologétique, et la Vie de Suger, par le moine GuiUauiue^

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est on TéritaMa panégyrique. La Càr4miquê d'Odonde Jkuilp ua des maiMS de Tabbaj^ de Saiut-ilaays, aoiis Suger, qui ledojiuaà Louis le Ji^uoe pourraccompagoer dans la croisade^ d'Odoade Deuil^ successeur de Su^or, comme abbé da Saiiit4)eiiya, m'a été d'un très-grand sacoura, surtoui pour la i^i da la grande expédition d'ouUô-mer*Mais Touviage douije uie suis le plus utilement servi, c'est iocontestablement ie quatrième volume des ScriplareÈ remm firanciscûrum^ de Diifibeam.

Là se trouve la préciauaa correspondance de Suger avec les personnages les plus considérables de sontemps^ le pape, le roi, saint Bernard, Pierre le Vénérable^ les évéques, les féodaux^ lee communes. Cestli qn'napent suivie, jour par jour^ sa laborieuse régence, et se iaire mie idée ea^acte de la prodigieuse activité qu^il déploya, des difficultés et des ob^cles qu'il rencontra, des moyens qtt*il employa pour les vaincre.

L'administration de âuger revit tout entièredans cette correspondance où Ton trouve^ avec les lettres qu'il écrivait» ceUûB fyi M étaient admssées par le pape^ le roi| les évéqueSy JescbefiB d'abbaye^ les boui;geois des viUes» les grands seigneurs^ les coiumunes. C'est là qu'en voit avec 4j[uelle vigueur il r^ima ie^ abus qui régnaient dans quelques étaUissements reUgieux, en faisant pré* valoir partout Tordre^ la règte^ la discipUnet et com-*' ment il devmt ainsi dans les choses religieuses» le bras

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droit du souTerain poatife qui le chargeait de toutes les missioDS d^une exécuUou diiiiciiey comme il éiait^ dans Fordre politique, le bras droit du roi coutre tous ceux qui troublaient la paix du royaume.

Ce qu'il y eut d'admirable daos Sager^ c'est qu'il ne se servit pas exciusÎYemeot de la force matérielle et qu'il prit surtout sou point d^appui daos la force morale. Les deux grands mobiles avec ksqaek il gouTema, pendant la croisade de Louis le Jeune, fuient Fappui du pape > et des évéques et celui des seigneurs demeurés fidèles au roi, qu li réuuil dans des assemblées politiques. J'ai essayé, dans le tableau que j*ai tracé de sa régence, de donner one idée de la sollicitude intelligente, éner^ gique y infatigable par laquelle il parvint à prévenir et déjouer les ieulaiives faites couUe Tautorité rople dont il éfait le dépositaire. 11 est en correspondance suivie avec le roi, qui lui adresse continuellement des demandes d'argent ; avec le pape, qui le charge de vcrilier les faits dénoncés au Saial-Siége et d'arbitrer les difficultés qui naissent parmi les ecclésiastiques ; avec tous ceux qui éprouvent des avanies, des violences, un deni de justice : évêques, seigueurs, coaiuiunes, commerçants. Le roi lui écrit de la croisade, pour qu'il ait à défendre, comme les siens propres, les droits de Bernard de Balès, actuellement en Orient avec lui, pour le service de Dieu ei son propre

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