‹ Suger et son tempsChapitre 5 sur 39 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

]aame, secrétaire de Suger, dit-il, est le seul chroniqueur qui en parle, au livre Ui de son histoire de Suger. » On connait raxiome judiciaire : a Testis unus^ testis millus » (un seul témoignage pas de témoin.) Admettons, je le veux bien, qu'on soit moins difficile en histoire , qu^on n'écarte pas d'une manière absolue un témoignage y fût-il unique , quand il s'agit d'un fait secret que peu de personnes ont été à portée de connaître, et quand celui qui dépose de ce fait présente toutes les conditions de clairvoyance , d'impartialité , et que des raisons particulières l'ont rendu témoin d'un fait caché à tous les autres regards; cette règle ne peut s^appliquer ici. Une révolte générale est un fait public par essence dont tout le monde a été témoin. Comment donc expii- (juer qu'il n^y ait qu'un seul coulcinporain qui en parle, qu^on ne trouve aucune trace d'un fait aussi éclatant dans la correspondance de saint Bernard avec Suger, de Suger avec le roi absent, du roi absent avec Suger, dans toutes les lettres, dans tous les documents qui nous restent da temps ?

U y a là une invraisemblance qui aurait dû frapper^ M. Gorabes et l'engager à examiner de plus près le texte ilu moine Guillaume sur lequel il a établi son hypothèse. Est-U bien sûr, dans le passage quMl cite, que le moine Goillaume parle d'une révolte spéciale qui aurait eu lieu enlU7t

XII SUGSa BT SON TBHFS

J'ai doDné la traduction exacte et presque littérale du texte.Qu*y trouve-t*on? On y trouve d'abord que« à peine le roi éiaii-il parti, les hommes avides de pillage commencèreyit à dcvaster çà et là le royaume. » Cela signifie que dès le début de sa régence, Suger eut à réprimer des actes de violence, des avanies, des désordres, comme pendant toute la durée de son administration. Ils commencèrent dès lois, ils continuèrent ensuite. La preuve qu'il n'y avait pas une entente générale parmi les perturbateurs, qu'il n'y avait pas là un fait d'ensemble, se trouve daus ces deux mots çà et là ! C'était tantôt sur un point, tantôt sur un autre, que le régent avait à réprimer des tentatives de diverse nature. On trouve la preuve de la diversité de ces actes de désordre dans la phrase suivante : les uns enlevaient par la violence les biens des églises^ les autres exerçaient leurs rapines plus sourdement. Ce contraste entre les actest commis exclut ridée d'une révolte générale tentée à ciel découvert ; comment des rapines exercées sourdement pourraient-elles faire partie de cette iusunectlon de 1147 que M. Combes a voulu tirer des vagues généralités du moine Guillaume? La fin du récit de ce chroniqueur achève de lever tous les doutes ; « £n peu de temps, dit-il, Suger réprima la téméraire audace de ces méchants, la faveur du ciel raccompagna si parfaite* ment dans ses démarches qu'il écrasa les enumb do

INTRODUGTrOH XIII

rÉtat sans effusion de sang^ incruentalâ vktoritL » Ou'esUce qu*une inmrrection terrible qu'on répri* merait sans verser une goutte de sang ? Ëst-K^e possible? Evidemuieiil le moiue Guillaume n'a rien écrit qui puisse autoriser l'hypothèse, purement gratuite, de M. Combes* Il a parlé d'une manière générale des difficultés contre lesquelles Suger eut à lutter pendant sa régence, il lui a donné une louange qu'on ne pouvait hi donner qu'à la fm de cette régence et au retour de Louis le Jeune, celle d'avoir préservé Tintégrité du royaume : {de integritate regni penitus nihil periù.)

J'ai tenu à éclaircir cette question à la solution de laquelle je n'étais pas seul intéressé, puisque plusieurs écrivailMcontemporaiiis, entête desquels je citerai l!ii«Guizot,M* Pierre Clément et M. de Carné, ont publié des travaux sur Suger, et qu'aucun d'eux n'a jamais parlé de la grande insurrection de 1147. On a pu remarquer, depuisquelque temps, chez un certain nombre d'auteurs, une disposition fâcheuse à exagérer la tendance, bouue ôa elle-même, de la nouvelle école historique qui étudiS* curieusement les faits particuliers afin d'éclairer l'ensemble avec les rayons rassemblés dans l'étude des détails. Sans doute, Texactitude scrupuleuse sur les faits est iioe des conditions de la vérité historique, et la vérité est la première dette de l'histoire. Mais il ne faut pas pousser trop loin cette solUatudOi car on finirait par

Xl¥ SUGIR BT SON TEMPS

perdre de vue et par négliger Tensemble pour le détail. Or la grande histoire sera toujours celle qui apprécie le inoo?ement général des destinées humaines dans une époque , qui indique le nœud des grands événements, rapproche les conséquences des causes, tait conoattra les classes, les personnages qui ont joue les premiers rôles, juge leur caractère, leurs qualités, leurs défàuts, eipose et eiplique les institutions, relie Tépoque qu'elle raconte à celle qui l'a précédée comme à oalle qui doit la suivre, et sans rien oter de sa vérité et de son intérêt au drame, en tire de grands et utiles enseignements» T^s curiosités historiques, malgré leur attrait, n'obtiendront jamais que le second rang. Il impprto surtout que le désir d'être neuf et de dire des choses qui n^ont pas été dites n'entraîne pas les écrivains à introduire le roman dans Thistoire. De ce qu'on arrive le dernier, il ne résulte pas nécessairement qu'on verra ce que personne n'a vu, et les historiens qui croient que rhistoiie n^a pas été éerite jusqu'à ce quUls aient pris la plume, ressemblent aux philosophes qui n'admettent pas qu'il y ait eu une philosophie avant le moment où ils ont proposé leur système.

J-ai dit que la figure de Suger avait attiré les regards de plusieurs éprivains de notre temps.

M. Guizot, dans ses leçons sur V Histoire de la civi^ li$atkn m ^r€mêe et dans une notice sur Suger insérée

IMTRODUGTION XV

entête du huitième volume de sa Collection de mémoireSy a apprécié avec sa gravité ordinaire le rôle politique de Suger comme oonlinuatear de Louis le Qroe , c ce grand juge de paii du pays , m c'est le nom quUI lui

donne.

M. de Carné Pa placé avec raison dans son livre sur kêFondaêeun de f Unité fran(at$e publié en 4848»

£uire les travaux historiques de Al. GuÎEoieirouvragç de M. de Carné, la première édition de ma Vie de Hu^ ger avait pris place.

M* Combes a publié en 4853 VqbbéSugef. Histoire de son ministère et de sa régence,

M. Pierre Qément, dans un recmil E tudes histori" gues réunies en yolumes, a plaoé une appréciation sommaipe de la vie de Tillustfo abbé de Saint-Denis.

Tel est^avec le Suger ôq H. Uuguenin publié eu 1857 et une Vie de Suger insérée dans le Plutargtie Français et dqe à la plume du vicornt^ de Vaubl^nc, Tensemble des travaux qui appartiennent au dit-neuvième siècle.

En remontant au dix-septième, on rencontre les 4 '4^1' gtiités de Saint-Denys publiées en 4635 p^i Jacques Doublet; dans cet ouvrage, la vie de Suger tient nfitu* rellement sa place. Puis vient i Histoire des ministres d'iétat écrite par le baron d'Auteuil ; histoire qui con<^ tient une aj>préciation du iplc politiqije rempli par Su-» gen Çe iiyre est de 1642^

XYI SlTGBa BT SON TBMPS

Trois ans aprës^ en 1645, Michel Baudier fit paraître Y Histoire de P administration de Pabbé Suger.

Àu commencement du dix-huitième siècle, en 17i8« dom Félicien a donné V Histoire de Saint-Denis. Avec la modestie qui caractérise les savants que son ordre a produits, il a soin d'annoncer « qu'il n^entrera pas dans les affaires que Suger a eu à régler pendant sa régence qui dura plus de deux ans, parce que, ajoute-t-il, cala demanderait une histoire à part dont M. Duchesne a fourni, par avance, la matière, dans le recueil qu^il a fait de cent soixante-quatre lettres de Suger ou adressées à Suger. »

Le tome xii de V Histoire littéraire de France parles Bénédictins de Saint-Maur, contient un article sur Suger dû à la plume de dom Liron. Cette étude est surtout complète et bonne à consulter pour tout ce qui regarde les écrits et la correspondance de Suger,

En 1 721 , dom Genraîse, l'un des Pères de la Trappe, fit paraître Une Histoire de Suger en trois volumes in-12.

Dauvigny dans son Histoire de Suger a abrégé dom Gervaise.

En 1779, l'Académie française ayant proposé l'éloge de Tabbé Suger, Garât remporta le prix. Un autre concurrent, le marquis du Chasteler, n'eut pas le temps

d'cnvûjer son travail. Ces deux éloges ciui existent ne

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