‹ Suicides et crimes étrangesChapitre 4 sur 4 · ATTENTATS CONTRE LES ENFANTS · texte numérisé non relu

ATTENTATS CONTRE LES ENFANTS

4usqu'ici, nous avons vu les criipes commis par des adultes sur les adultes. Ces crimes déjà épouvantables et terrifiants, prennent un caractère de férocité hors de toute conception quand les victimes soat (|p pauvres enfants. Ces faits soulèvent une juste et légitime réprobation et chacun se demande anxieusement quel mobile a pu présider apx tortures infligées à ces innocents, véritables actes de barbarie dont le terme final n'est que trop souvent la mort.

4 Iq lecture de ces faits, Tesprit se refuse à admettre, et avec raison, que ces actes d'atrocité aient pour auteurs des sains d'esprit. Le plus ordinairement, en efiet, les coupables obéissent à un instinct maladif dont le processus peut être suivi dans tous ses degrés .

Parfois, il n'y a qu'une simple lésion de l'amour de la progéniture, « Misopédie » suivait l'expression de Boileau de Castelnau. Parfois l'esprit peut subir l'influence, la répercussion de certains actes physio-

logiques ; parfois ces attentats criminels ne sont que le résultat d'un état psychologique morbide nettement défini.

Qu'on ne croie pas que nous cherchions à innocenter d'aussi tristes individus et de vouloir, sous prétexte de troubles intellectuels, les rendre irresponsables de leurs odieuses et criminelles tentatives.

Si parfois, on se trouve en présence de véritables aliénés ayant agi sous Tempire d'une idée fixe, née de leur délire, en proie à une impulsion soudaine, entraînés par la jalousie, la colère, à un moment passager de délire obnubilant l'exercice normal de leurs facultés, il arrive malheureusement trop souvent que les sévices, l'homicide même, sont accomplis par des individus foncièrement méchants, agissant froidement et qui trouvent, dans les tortures qu'ils infligent à leurs enfants, une sorte de plaisir, de volupté même, quand ils ne sont pas guidés par un autre motif plus méprisable encore, l'appât du gain, le désir et la volonté de faire disparaître un témoin gênant d'une faute commise, ainsi qu'on le voit trop fréquemment dans les cas d'infanticide et d'avortement.

Les faits sont hélas nombreux. Quelques-uns suffiront à faire juger de la barbarie de certains parents indignes de ce nom.

Aberration du sentiment. — L'aberration des sentiments nous fait assister à ces révoltants et stupéfiants spectacles de sévices et de tortures dont sont victimes de pauvres enfants, des faibles d'esprits, des vieillards. Ces mauvais traitements sont infligés souvent avec une telle méthode et, si Ton peut s'exprimer ainsi, avec un tel art, une telle science, que les victimes souffrent mais ne succombent point immédiatement du moins. Semblables à ces tortionnaires redoutables de l'Inquisition qui savaient pousser la douleur jusqu'à ses extrêmes limites, donner

mille morts pour une, trouvant un farouche plaisir aux cris et aux contorsions de leurs victimes, mais sachant suspendre lorsque le patient était près de succomber et lui prodiguer des soins attentifs pour rappeler la vie prête à s'éteindre et lui rendre des forces nécessaires pour supporter de nouveaux supplices, tels voyons-nous certains individus dénaturés, agir sur leurs enfants et leurs parents.

La déviation du sentiment maternel peut être observée chez des individus jouissant, en apparence^ de leur saine raison, mais obéissant, en réalité^ et inconsciemment, à 1 influence d'une tare héréditaire. C'est ici que nous trouvons les mauvais naturels, les penchants pervers, l'insensibilité du cœur due à l'âpreté du gain.

Mauvais naturel. — Le mauvais naturel tient à l'individu lui-même. Il y a, en effet, dans l'homme, une inclination qui va par gradation depuis la simple indifférence à voir souffrir les animaux, depuis la satisfaction de voir tuer jusqu'au désir i m périeux de tuer lui-môme. Ce penchant, on le retrouve chez le sain d'esprit aussi bien que chez l'aliéné.

Sous l'influence de certaines conditions morales et sociales, il peut se modifier, se contenir et ne pas dépasser les bornes qui le séparent de la criminalité. Mais quand les passions violentes sont en jeu, que l'éducation et la religion n'en compriment pas réian, elles deviennent de plus en plus intenses et, sans être malade physiquement, l'homme s'abandonne à des actes si contraires à tout sentiment d'humanité qu'on est tenté de les rapporter à la folie. Cependant, il y a une grande différence entre ces actes et ceux qui proviennent d'un dérangement de l'intelligence. Ils ne sont le résultat ni d'une lésion fonctionnelle du cerveau ou du système nerveux, jii d'une organisation vicieuse de ces organes, ils dépendant complètement, nous le répétons, de l'individu. Il est assez fréquent de voir chez certaines personnes, chez les femmes en particulier, un état de perversion habituelle des sentiments de méchanceté capricieuse. Chez elles, le sentiment maternel fait absolument défaut.

En 1893, comparaissaient devant la 9® chambre correctionnelle de la Seine, le nommé E... I..., 27 ans et sa femme A... L..., 30 ans, pour avoir cruellement maltraité un enfant que la femme avait eu avaht son mariage, le petit Henri, âgé de sept ans.

L'enfant, le 11 mai, lorsque l'intervention des voisins l'a arraché au supplice continuel qu'on lui faisait endurer, avait le corps couvert d'ecchymoses. Au dire du médecin qui l'a examiné, ses jours étaient en danger. Voici ce que Tenfant a raconté :

« Hier soir, après dîner, mon père m'a attaché une corde au cou, il a passé cette corde dans un crochet fixé au plafond. Ensuite ma mère tirait la corde pendant que mon père m'attachait les mains avec une ficelle derrière le dos. Çà m'a fait très mal, et je tirai la langue. Ma mère m*a détaché et mon père m'a frappé à coups de corde sur la tête, j'avais toujours les mains attachées. Ce n'est que plus tard, lorsque j'ai été couché dans mon lit, que ma mère a coupé avec un couteau la ficelle qui retenait mes mains. Ce matin, on m'a envoyé à l'école sans me donner à manger. Ma mère m'a dit : « Si tu rentres ce soir, jeté tue. »

I... a été condamné à 8 jours de prison, sa femme à 15 jours.

— Le commissaire de police du VP arrondissement, a fait écrouer une fille F... ainsi que l'homme

avec qui elle vivait. Ces deux individus avaient attaché Tenfant de la fille F..., âgé de 3 ans et demi, au pied du lit, l'avaient roué de coups de bâton et de souliers et le laissaient mourir de faim. Ils avaieat poussé la cruauté jusqu'à placer à quelques pas de lui, une table garnie de vivres (26 février i890).

— Mais ceci n'est rien en comparaison des faits suivants :

L'enfant a été martyrisée de longs mois par sa belle-mère et c'est sur l'instigation même de son mari, témoin des brutalités de sa femme à l'égard de l'enfant que ^^^ V... a été arrêtée. La petite Marguerite, âgée de 9 ans, interrogée, n'a fait sa déposition que sur la promesse formelle qu'on en dirait rien à sa belle-mère : « Quand papa s'absentait, maman me battait sans que je lui en eusse donné de raison. A plusieurs reprises, elle m'a frappée avec une brosse sur le corps et sur le visage et a tenté de m'étrangler. Pendant les froids de ces jours derniers, elle me mettait à la porte sur le carré et me défendait de pleurer. Quand elle me faisait rentrer, elle me donnait des coups de poings sur la figure et je saignais du nez. Un jour, j'avais perdu mon aiguille, maman prit des excréments au bout d'une canne dans les cabinets et me les fit manger. Elle m'empêchait d'aller aux cabinets des journées entières et, si ne pouvant résister, je tachais mon pantalon ou le

parquet, elle me les faisait lécher en me battant ». Sa sœur Jeanne, qui a été également entendue, a confirmé les dépositions de sa petite sœur, a Elle soulevait Marguerite par la tête, a-t-elle dit, et la laissait retomber à terre à moitié évanouie, elle appelait çà (( lui faire voir sa grand'mère » puis elle nous disait que notre mère qui est morte était une soularde. 11 y a 15 jours, elle a voulu me tuer, c'est pour cela que papa m'a envoyé chez ma sœur aînée, qui est mariée. Devant le commissaire, la femme V... n'a témoigné aucun repentir (30 décembre 1891).

Le 25 février 1891, on arrêtait la femme V... âgée de 31 ans, comme s'étant rendue coupable de sévices graves sur son enfant, Georges V..., âgé de 5 ans. Marie V... accablait son fils de mauvais traitements les plus odieux. Elle le suspendait par les bras à l'aide d'une corde fixée au plafond et, lorsque Ten» faut criait, elle le bâillonnait et lui appliquait des fers chauds sur le corps. Elle prenait plaisir à lui taillader les chairs avec des ciseaux. S'il continuait à crier, elle lui mettait des excréments dans la bouche. Lorsqu'on pénétra dans l'infect réduit où gisait l'enfant, on constata que celui-ci avait le bras gauche cassé en deux endroits ; en outre, il avait la poitrine et le dos couverts d'ecchymoses.

— Ce qui paraîtra véritablement incroyable, c'est

que le martyr infligé à Tenfant, ait lieu simplement dans le but d'amuser d'autres enfants.

La femme C. . . , âgée de 31 ans, fut arrêtée pour sévices graves sur son enfant, âgé de 8 ans. L'enfant fut découvert au fond d'un noir taudis, à peine aéré Il avait les poings attachés aux jambes, à l'aide d'une forte corde. Son visage était couvert d'ecchymoses et ses épaules avaient été lacérées à coups de lanières 4e cuir et de bâton, les organes sexuels étaient arrachés. Arrêtée, la femme C... raconta à la suite de quelles circonstances elle avait été amenée à martyriser son enfant.

Mariée toute jeune, elle avait été abandonnée par son mari ; elle avait depuis lors, vécu maritalement avec un sieur G. S..., qui l'avait rendue mère deux fois. Pour amuser les deux enfants de son amant, la femme C... s'était alors mise à se servir comme d'un jouet de celui qu'elle avait eu de son mari et les bébés se divertissaient très fort lorsqu'ils voyaient le fouet s'abattre sur les épaules du petit G... qui roulait sanglant au milieu de la chambre. On ligottait ensuite l'infortuné et les deux enfants, toujours pour s'amuser, lui infligeaient de véritables supplices, toujours à la grande joie de la mère et de son amant (septembre 1891).

— Le 3 février de la même année, comparaissait

devant la Cour d'assises de Bône la fcîmme K.,., accusée d'avoir tué son enfant âgé de 5 ans.

L'audition des témoins a révélé des actes monstrueux commis par cette mère dénaturée.

Un jour, elle prend soq enfant par la tête, la lui trempe dans ses excréments, elle lui en fait manger, puis, pour le laver, le plonge la tête la première dans un baquet, remuant Tenfant avec force, lui faisant frapper les parois du baquet avec son crâne. Un soir de décembre, par un temps pluvieux, elle Toblige à passer toute la nuit dehors sur la terrasse, vêtu seulement d'une chemise. Ce n'est qu'à 6 heures du matin que, sur les menaces d'un voisin, elle le fit rentrer. Enfin, en mai, après une querelle avec son mari, elle saisit sur la table un couteau, se précipite sur le petit martyr et lui plonge son couteau dans le ventre. L'enfant mourut après trois jours d'horribles souffrances. L'autopsie a démontré qu'il y avait plusieurs années que le malheureux était victime de ces mauvais traitements. Le corps était couvert de cicatrices. La femme K... fut condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

La préférence pour un enfant d'un second lit est aussi souvent la cause de haine, d'aversion, de tortures infligées aux enfants d'un premier amour. Un exemple: — Une femme A... E..., 26 ans, après avoir rompu ses relations avec son amant, faisait

dernièrement revenir de nourrice sa fille Léonie, âgée de 6 ans, enfant rieuse et espiègle.

Immédiatement elle conçut pour elle une aversion profonde, réservant toutes ses caresses pour son fils, âgé de 18 mois, qu'elle avait eu d'une autre liaison. La pelileLéonie devint le souffre douleur de la maison. Sa mère la faisait coucher dans un cabinet noir sur un tas de chiffons puants et elle ne lui donnait à manger que quelques croûtes de pain. Il y a quelques semaines, pour une cause futile, la petite Léonie était cruellement frappée par sa mère qui, ensuite, pour la faire taire, la saisissait par ses vêtements et la jetait dans la vitre d'une fenêtre. Comme l'enfant pleurait plus fort, la mère la piétinait sur le parquet et lui écrasait d'un coup de talon, un doigt de la main droite. Ce furent des voisins qui pansèrent la blessure. Furieuse des soins donnés à sa fille, la femme arracha la bande de toile qui enveloppait son doigt malade. Une autre fois, elle lui brisait sa poupée sur la tête et lui faisait au cuir chevelu une large déchirure. L'enfant fut examiné par un médecin cjui a constaté qu'elle portait sur le corps des meurtrissures sans nombre ainsi que des blessures à peine cicatrisées.

Apreté au gain. — Si les faits que nous venons de citer sont odieux, que devons-nous penser de ces

individus qui ne considèrent les enfants commis à leur garde que comme une source de revenus, ne cherchant qu'à en tirer parti et le plus de profits possibles, soit en éludant, à Taide de faux actes de naissance, la loi sur le travail des enfants, soit en les faisant mendier ou en s*en servant d'appât pour exciter la commisération publique?

Une femme de 40 ans, Louise D. . ., tenait dans ses bras un enfant en bas âge pleurant à chaudes larmes. Les cris du bébé devinrent même si perçants, qu'une quinzaine dépassants, appitoyés, firent une collecte qu'ils remirent à la pauvre nïère. Qu'a donc votre enfant et pourquoi lui mettez-vous un bandeau sur les yeux? demanda à cette femme un des assistants.

Ce personnage, un jeune docteur, M. L... S..., enleva le bandeau malgré la résistance de la mère, pour examiner les veux de l'enfant. L'œil droit était couvert par une coquille de noix sous laquelle était enfermée une arraignée qui rongeait la paupière de

l'œil du bébé 11(^7 mai 1892).

* Que dire aussi de ceux qui n'hésitent pas à supprimer l'enfant tout en continuant à recevoir des parents l'argent que ceux-ci se sont engagés à donner pour l'élever? Comment qualifier ces actes dont le récit seul fait frémir d'horreur? Qu'on lise les faits suivants :

— Dans un petit bourg de Toscane, était une lemme qui avait profession de nourrice. Son nom était Ursula Flepone. Elle pouvait avoir de 30 à 35 ans. ElJe vivait seule dans une petite maisonnette au milieu des champs et par conséquent fort retirée des autres. Comme les parents ne venaient voir leurs enfants que très rarement, Ursula le savait bien et se basait là-dessus. Elle écrivait sans cesse aux parents pour leur demander de l'argent ou des effets utiles, disait-elle, aux enfants. Les parents s'empressaient d'envoyer ce que la nourrice demandait. Quand Ursula jugeait que la famille avait assez donné, elle supprimait l'enfant. C'est ainsi que dans l'espace de 14 mois, elle écrivit à neuf parents que leurs enfants étaient morts en faisant leurs dents. Quelques parents s'étant concertés ensemble, ils apprirent la trop triste vérité sur la mort de leurs enfants. Ursula les empoisonnait avec de l'arsenic qu'elle mêlait au lait qu'elle leur donnait. Elle fut arrêtée et condamnée à la peine de mort (1).

Plus récemment, on jugeait en Russie, à Vilna, un procès dans lequel figurent onze individus coupables du crime d'infanticide.

Dix des accusés sont des femmes juives qui ont assassiné, à elles seules, 61 nouveau-nés !

(1) Petit Bulletin des tribunaux, 20 avril 1879.

La plus criminelle, Feigha Noskesia, qui est aveugle, n*a pas moins de 25 meurtres à son actif ; une autre, Kocorka Voinaroviter, 18. Une troisième, Lea Babinovitcli aussi 18, et une quatrième, Freida Laudom 15. Parmi les cinq autres, il y en a qui ont tué 4, 3, 2 de leurs enfants. Mais comme trois des •coupables sont mortes au cours de l'instruction judiciaire, le tribunal n'aura à juger que les auteurs de 48 assassinats.

Ces femmes étaient à Taffût des femmes ou jeu- • nés filles sur le point d'accoucher dans des circonstances pénibles ou compromettantes pour leur réputation, et après les avoir, parfois rendues victimes de manœuvres de chantage, elles s'offraient à garder leurs enfants moyennant le paiement d'une pen- .sion. Puis au lieu de les élever, elles faisaient bientôt disparaître les pauvres petites créatures en les laissant sans nourriture, sans air ou lumière dans des réduits infects. Parfois aussi elles leur heurtaient le crâne contre les murs, les exposaient à la :gelée, leur administraient de violents somnifères, les étouffaient ou encore les jetaient dans les fosses d'aisance. Puis après la mort de ces enfants, on allait porter les cadavres dans des endroits éloignés, des forêts, des cimetières.

C'est ainsi qu'une de ces infanticides, surprise avec une de ses complices, dans un bois où elle voulait abandonner son enfant, mit la police sur les

traces de cette horrible série de crimes. Puis vint la découverte de plusieurs corps de nouveau-nés dans une fosse d'aisance, et enfin l'arrestation du chef de la bande féminine, la juive Feigha Noskenà, suivie bientôt de celle des autres criminelles qui ont été dénoncées par les sages-femmes chargées de leur remettre les enfants de la part des mères accouchées clandestinement. Une active et énergique enquête judiciaire poursuivie parmi les nourrices et les sages femmes de Vilna, a aussi fait connaître les mères des petites victimes, qui sont presque toutes des Juives et dont 61' ont successivement comparu devant le juge d'instruction. L'instruction de celte affaire a duré près de trois ans.

Nous n'avons pas à insister sur ces faits dont on pourrait, hélas! citer de trop nombreux exemples. Mais nous ne pouvons quitter ce chapitre sans mentionner un crime qui est trop souvent commis. Les aberrations du sens génésique sont un facteur puissant d'attentats criminels, non seulement sur les, adultes mais encore sur de jeunes enfants. L'étude que nous avons faite de cette affection nous dispense d'y revenir ici et nous ne pouvons qu'engager le lecteur à s'y reporter (1).

(1) Aberrations du sens génésique. Asselln et Houzeau^ éditeurs, Paris 1880. — 4« Edition.

SUICIDES ET GRIMES ÉTRANOES jtH

Attentats commis par des enfants sur des enfants. — Mais il y a plus encore : Ces attentats monstrueux se retrouvent ayant les enfants eux-mêmes pour auteurs. Dans notre ouvrage La Folie chez les enfants (I), nous avons montré que vis-à-vis des maladies mentales, Tenfant se comportait comme l'adulte. Rien d*étonnant donc que nous retrouvions ici les mêmes crinie3.

Mais ces crimes qui frappent d'étonnement et d'épouvante notre société moderne, ne sont pas, pour ainsi dire, un résultat de notre civilisation. Assurément il y a beaucoup de cas où la facilité qu'ont maintenant les enfants de connaître les moindres faits des assassins, peut exercer une influence perfide dans leur jeune cerveau. La lecture, la gravure, le théâtre, la grande publicité des crimes qui s'accomplissent journellement, les poussent à remplir à leur tour un rôle qui les mettra en évidence, qui fera parler d'eux dans le monde, leur donnera une heure de célébrité ! Mais en général, il faut reconnaître que ces tristes individus portent en eux le germe de leur hâtive perversité et qu'il a simplement suffi de la plus petite cause occasionnelle pour déterminer Fincendie, mettre le feu aux poudres et produire l'explosion.

(1) La Folie chez les Enfants. J.-B. BaiHière et fils, éditeurs, Paris 1888.

Ces faits, disons-nous, n'appartiennent pas en propre à notre siècle ; que Ton veuille bien, en effet, jeter un coup d'œil sur Thistoire, que l'on recherche quelle fut l'enfance de ces hommes dont la cruauté fut un perpétuel effroi pour leurs concitoyens. Revêtu d'un pouvoir absolu, leur bon plaisir, libre de toute entrave, de tout frein, était le seul guide de leurs cruautés fantastiques ; arbitraires cruautés qui décelaient la triste propension de leur caractère.

C'est sans étonnement que vous verrez Caracalla, montrer dès sa plus tendre enfance, des dispositions invincibles à la férocité, lesquelles se terminèrent comme oh le sait, par des imminences de parricide et l'accomplissement d'un fratricide. Comrfiode^ pour une faute légère, ordonna, à l'âge de !3 ans, qu'un esclave soit jeté dans une fournaise ardente. Caligula, dès son plus bas âge, s'adonner aux vices les plus honteux. Néron, cruel dès son enfance, n'opposant qu'un cœur d'airain à toutes les leçons d'humanité que lui donnaient ses maîtres, et tant d'autres dont rénumération serait aussi longue que fastidieuse!

A une époque plus rapprochée de nous, l'histoire n'est ni moins riche ni moins fertiles en exemples semblables. La cruauté est endémique aussi bien que dans l'antiquité. Les lieux de la scène ainsi que les acteurs ont changé, mais les faits restent les mêmes.

Qui ii*a présent à Tesprit les noms des Tudor^ des Valois, des Médicis, des RomanoWy etc. ?

Les protestants disaient de Charles IX, « on l!a exercé de bonne heure à verser le sang des animaux pour l'accoutumer à verser sans pitié le sang des hommes... » Voyez encore Louis Xf, qui, par les cruautés et lés tortures qu'il faisait endurer dans son enfance aux animaux, préluda à ce règne de sang et de terreur 1 Rappelez-vous Louis XIII, fouetté deux fois par son père Henri IV. La première, pour avoir conçu une telle antipathie pour un gentilhomme delà Cour, que ses lâches flatteurs ne purent Tapaiser qu'en feignant de tuer d'un coup de pistolet (sans balle), l'objet de son aversion ! La seconde fois pour avoir écrasé lentement, entre deux pierres, la tête d'un moineau vivant 1 Quoique le châtiment fut léger relativement au mal qu'il avait fait, sa mère, Marie de Médicis, fit quelques représentations sur l'application de cette discipline au futur roi de France. « Dieu veuille me laisser vivre, Madame, répondit Henri, car lorsque je n'y serai plus, votre fils maltraitera sa mère ». Ces paroles étaient prophétiques.

Pierre le Grand, «ce grand potentat, dit Voltaire, qui a exécuté de grandes choses, mais qui a terni sa mémoire par un caractère féroce, repaissait ses yeux des supplices dont il était parfois l'exécuteur. Il avouait qu'il n'avait pu vaincre sur ce point son ca-

ractère. » Et pourtant ce môme prince avait été environné dès rage le plus tendre, de principes corrupteurs. Tous les moyens furent mis en œuvre pour Tefféminer ; sa férocité habituelle ne put être atténuée.

Citons encore le frère du duc de Bourbon Condé, ce trop fameux comte de Charolais, prince qui eut rappelé les crimes de César, si le malheur des peuples eut voulu qu'il occupât le trône ! Dans les jeux même de son enfance, il trahissait un instinct de cruauté qui faisait frémir. Il se plaisait à torturer les animaux, et ses colères envers les domestiques étaient féroces. Il commettait des meurtres sans intérêt, sans vengeance, sans colère, par simple plaisir.

Don Carlos, fils de Philippe II, n'avait pas lui aussi, de plus vif plaisir que de voir palpiter les animaux qu'il avait tués inhumainement. Tout enfant, ilécartelait et massacrait impitoyablement de jeunes lapins et, plus longtemps ils souffraient, plus longtemps sa joie était grande. Un jour, un jeune enfant lui ayant déplu, il exigea qu'on le pendit, et ce caprice monstrueux fut à peine satisfait, lorsqu'on eut exéculé devant ses yeux, le simulacre de cet affreux supplice. On sait le rôle qu'il joua plus tard dans la guerre des Flandres et les crimes aussi odieux qu'inutiles dont il se rendit coupable. L'homme tenait ce que l'enfant avait promis.

SUICIDES kT GRIMES ÉTRANGES 125

Les quelques faits que nous venons de citer, pris parmi les noms les plus connus, nous permettrons de réfuter de suite une opinion qui n*a aucun fondement sérieux, à savoir que la fureur homicide, la rage de destruction, ne s'observe pas seulement chez des idiots, chez des aliénés, mais qu'il est des êtres qu'on peut appeler des incomplets qui, à côté des facultés intellectuelles les plus élevées, poussent jusqu'au dernier degré la jouissance du mal, le raffinement dans la cruauté.

Nous pouvons citer de nombreux exemples de crimes commis par des enfants, sur des enfants, avec une férocité véritablement inouie. Les quelques faits que nous allons passer en revue prouvent que nous sommes encore au-dessous de la vérité.

Parmi les causes qui ont été le mobile de ces crimes, nous trouvons d'abord les mauvais instincts.

Mauvais instincts. — Le jeune L.., âgé de 14 ans, a la passion de tuer avec toutes les recherches de la cruauté que peut lui suggérer son imagination maladive, les animaux dont il parvient à s'emparer.

Hier, dans l'après-midi (3 mai 1893), une voisine obligée de s'absenter quelques instants, confia son bébé, âgé de 5 mois, au jeune L... Celui-ci, aussitôt seul, coucha l'enfant par terre et s'amusa à lui enfoncer, à l'aide d'une règle, du papier dans la bouche.

Quaad la mère rentra elle trouva son enfant inanimé.

Mais n'y a-t-il pas plus qu'un mauvais instinct dans le fait suivant ? N'est-ce pas là un exemple de ce que nos maîtres ont appelé la « Monomanie homicide ? »

— Le 24 décembre 1894, les journaux de St-Pétersbourg annonçaient à Starojàj l'arrestation dans le gouvernement de Norgorod, d'une jeune domestique de 14 ans, surprise au moment où elle venait d'étrangler l'enfant de sa maîtresse. La misérable, après un long interrogatoire, a fini par avouer que ce crime n'était pas le premier qu'elle commettait. Elle avait déjà tué, dans les mêmes circonstances, 16 enfants, dont 6 avaient été confiés à ses soins depuis qu'elle était domestique. Les 10 autres petites victimes, étaient des enfants que sa mère avait eu en garde.

— Le 3 mai 1891, à B..., un petit garçon de 9 ans -se présentait dans une pharmacie avec un billet portant ces mots : « Donnez à cet enfant de l'arsenic pour sa mère malade. » Le pharmacien refusa de lui délivrer le poison. Quelques instants après, un autre gamin vint à la rescousse. Le pharmacien les fit tous deux conduire au poste. Pressé de questions, le plus jeune finit par avouer qu'il voulait empoi-

sonner sa mère qu'il détestdit, celle-ci Taj'^ant châtié pour des vols réitérés. La mère, interrogée, déclara qu'elle tremblait devant le petit monstre qui avait déjà essayé de l'empoisonner.

Jalousie. — On a vu souvent la jalousie être le mobile du crime chez Tentant.

Descuret a vu, dans la maison de détention de Poissy, un enfant de 12 ans qui, dans un violent accès de jalousie, avait étouffé sa jeune sœur, encore au berceau, en lui enfonçant une chandelle dans la gorge, puis lui remplissant la bouche et les fosses nasales de cendres chaudes.

Un autre enfant de 3 ans, jaloux des préférences de sa mère pour son jeune frère, âgé de 20 mois, attendit la sortie de ses parents et le frappa de plusieurs coups de couteau, puis il cacha le couteau derrière une meule. La mère, en rentrant, resta terrifiée à la vue du cadavre de son plus jeune enfant. Elle interrogea P... qui commença par dire que son petit frère avait roulé dans l'escalier, mais, pressé de questions, il finit par avouer qu'il avait tué son frère (Bône, 30 novembre 188:^) :

Mais voici qui est peut être plus extraordinaire: un enfant de 12 ans se faisant complice dans une affaire d'infanticide et témoignant une cruauté inouïe.

Le 11 mai 1892, le parquet de Nantes se rendait à Saint-Martin-des-Cbamps pour procéder à une enquête sur un infanticide commis par la fille Laroche.

L*inculpée, sa sœur et son jeune frère Victor, âgé de 12 ans, ont été arrêtés.

La fille Laroche ayant mis au monde un enfant, lui serra la gorge jusqu*à ce qu'il ne criât plus ; puis elle appela son frère en lui disant d'aller creuser un trou ; la petite sœur apporta et jeta dans le trou le nouveau-né qui recommença à crier. Le petit Victor lui donna alors un coup de pioche sur la tête, puis il jejeta la terre sur lé corps et la tassa avec ses pieds.

Viol. — Le viol, cet attentat monstrueux, n'est pas seulement l'apanage des adultes. Nous le voyons encore commis par des enfants à l'époque où la puberté s'éveille. Ce sont en etïet des garçons de 15 à 16 ans qui se livrent à ces attentats sur des plus jeunes qu'eux. Chez eux, le viol se commet généralementà l'âge où les organes génitaux s'éveillent. Très souvent portés à des penchants solitaires et repoussés le plus souvent par des personnes du même âge qu'eux, ils choisissent par faiblesse et par timidité, déjeunes enfants incapables de comprendre la portée de l'acte dont ils sont victimes, ou de résister à la brutalité de leur agresseur.

Un malheureux père a eu la douleur de voir son fils aiué, à peine âgé de 16 ans, violer sa cousine et la tuer après lui avoir fait subir des traitements atroces. Dernièrement, son second fils tentait de violer une petite fille et la pauvre enfant ne dut son salut qu'à l'arrivée subite de plusieurs personnes accourues à ses cris.

Ces deux jeunes gens ont rendu compte de leur conduite, mais la peine prononcée dans les deux cas, a été atténuée, parce qu'il a été prouvé à Tinstruction que ces deux enfants subissaient TinQuence d'une folie héréditaire. (Le Droit, bulletin des tribunaux, 20® année, p. 399).

La série des attentats commis par les adolescents, ne semble pas sur le point d'être close. Après l'attentat récent de Lemaitre, qui avait moins de 16 ans, sur un enfant de moins de 5 ans, voici celui d'un nommé Gilles, à peu près du môme âge.

Gilles était garçon de ferme, au Fresne, dans le Calvados. 11 avait, le 28 juin 1881, vers 5 heures du soir, rencontré le petit L. . ., âgé de 10 ans, que sa mère avait envoyé chercher du pain chez le boulanger, près de l'église. 11 l'avait emmené dans un champ de blé, où fut retrouvé le cadavre du petit martyr. L'enfant ayant refusé de se soumettre, Gilles l'avait mis dans l'impossibilité de résister et lui avait

ensuite donné la mort. « L'enfant criait, a-t-il dit, et cherchait à m'échapper, deux ou trois fois il a pu se relever et se traîner à une petite distance de l'endroit où je le frappais. Comme j'avais résolu sa mort, je l'ai toujours poursuivi et je l'ai frappé jusqu'à ce qu'il restât sans aucun mouvement. Je ne l'ai abandonné qu'après lui avoir plongé mon couteau dans le côté droit du cou. » En fournissant les détails les plus précis de son crime, Gilles en témoigne aucun repentir.

Ce qui est plus triste encore, c'est de voir que les liens du sang n'opposent pas une barrière à ces maladifs entraînements. Nous rapportons le fait suivant bien que le coupable soit âgé de près de 20 ans. Mais nous verrons qu'à l'âge de 14 ans, il s'était déjà livré à des attentats sur ses jeunes sœurs.

X..., de la commune de Bégard, a été arrêté en flagrant délit de tentative de viol, sur la personne de sa jeune sœur, âgée de 8 ans. Ce n'était pas du reste la première fois qu'il assouvissait sur elle, sa passion bestiale. Il a fait aussi à plusieurs reprises des propositions odieuses à une autre de ses sœurs, âgée de 40 ans. Sur leur refus obstiné, il chercha à les obtenir par la force. Une surveillance sévère, l'éloignement de ces pauvres petits êtres empêchèrent le renouvellement de pareils actes et, on pouvait croire le satyre dompté, quand le 1®' janvier 1877, il se li-

vra au crime le plus abominable. Il s'introduisit dans le lit de sa mère et comme celle-ci faisait des efforts pour repousser ses attaques, lui serrant la gorge, comprimant sa bouche, lui brisant les dents, Tétreignant de toute la force herculéenne dont il était doué, il la viola I La malheureuse veuve, âgée de 46 ans a, pendant toute une nuit, subie ses cruau< tés et ses incestueux outrages.

Le lendemain, des voisins lui ayant fait reproche de sa vilenie, il entra dans une colère furieuse et les frappa. Alors on voulut en finir avec ce forcené, et la gendarmerie fut appelée. Elle n'était pas encore arrivée que déjà cet insensé avait commis une nouvelle atrocité. Il avait enlevé sa plus jeune sœur, s'était enfui avec elle dans une étable à porcs et, l'ayant couchée dans Tauge, il cherchait à la soumettre à ses féroces convoitises.

C'est au milieu de cette tentative odieuse, que les gendarmes le surprirent ; mais il ne se rendit pas et, menaçant, frappant, mordant ceux qui l'arrêtaient, il fit des efforts désespérés pour achever son œuvre. Condamné dès l'âge de 14 ans pour des faits semblables, sur une de ses sœurs, à être détenu dans la maison de correction de Laugerat, il en était sorti en mars 1875. Ce jeune homme, d'une force peu commune, était redouté de tout le monde et proférait des menaces de mort contre toutes les personnes qu'il rencontrait..

Il a été condamaé sans circoastances atténuantes à 20 ans de travaux forcés et 20 ans de surveillance. (Cour d'assises des Côtes-du-Nord, 20 avril 1877.)

Il eut été intéressant de connaître la famille et les antécédents héréditaires de cet individu. Malheureusement, ' dans tous les faits de ce genre qui ne motivent pas une intervention médico-légale, les enquêtes sont muettes sur ce point d'une importance cependant capitale.

Imitation. — Il nous reste à étudier une cause dont l'action est indéniable chez l'adulte, n'est pas moins importante chez l'enfant. Nous voulons parler de la contagion, de l'imitation si l'on aime mieux.

Le penchant homicide, ou à mieux dire, le penchant à verser le sang est contagieux ; il est comme le suicide, le plus esclave de la loi d'imitation (1).

Ce penchant, tout en pouvant dépendre d'un vice d'organisation que l'éducation n'a pas su ou n'a pas pu réprimer, et qui, dansTintelligence, a rompu tout équilibre, ou d'un état pathologique et de divers degrés d'aliénation mentale, peut être développé

(1) MoREAu, de Tours. La Contagion du suicide à propos de V épidémie actuelle. Thèse de Paris, 1875.

également par l'exemple, soit qu*il naisse du spectacle de la mort violente d'un homme ou du meur> tre d'un animal. C'est ainsi que le spectacle cruel et sanguinaire des courses de taureaux développe chea l'enfant l'amour du sang.

Au mois de juillet 1865, dans l'arène de Mont-de- Marsan, on vit un enfant de 10 ans s'acharner sur trois taureaux à demi-morts, les égorgiller et les tuer à coups d'épée.

A Murcie, dans la Péninsule, on a vu mieux encore. On a vu des jeunes filles descendre dans l'arêne et remplir le rôle de matador (i) !

Un idiot, dit Galle, après avoir vu tuer un cochon, crut pouvoir égorger un homme, et l'égorgea (2).

C'est encore à l'imitation qu'il faut rapporter ces crimes commis par des enfants qui n'ont eu que de mauvais exemples sous les yeux. N'est-il pas naturel, en effet, qu*un enfant nourri dans une société où le devoir et le juste sont tournés en dérision, où le vice et les penchants brutaux sont exaltés, où la pudeur est honnie, revête nécessairement, les plus mauvais caractères de la nature morale ? Son cerveau ne peut plus réagir que sous l'influence d'une faute morale, d'un crime même. Le cerveau qui agit vicieusement, qui exécute une action mauvaise est

(1) Blatin. Nos cruautés envers les animaux.

(2) Gall. Fonction du cerveau^ IV-9$,

modifié par cette action dans sa nutrition propre. La molécule qu'il s'assimile dans cet état de tension vitale et fonctionnelle, n'est pas la même que s'il était dans un état de tension vitale et fonctionnelle pour le bien. Il en résulte que par la succession ou la répétition de ces actes vicieux, le cerveau peut finir par être altéré, vicié dans sa structure intime. Telle partie du cerveau qui agit avec plus d'énergie, se développe pendant que telle autre laissée, dans le repos, s'atrophie. La loi de ces changements est la même que celle qui régit le développement des autres organes, qui, par exemple, amène un surcroit de développement dans les membres inférieurs chez les marcheurs, ou dans les bras chez les boulangers.

Comment expliquer autrement le fait rapporté par Esquirol, de cette petite fille de 3 ans qui, entendant sans cesse maudire la seconde femme de son père, désire la mort de sa belle-mère et, à l'âge de 5 ans, fait des tentatives pour la tuer ?

Des grandes convulsions politiques et sociales telles que celles qui bouleversèrent la société à la fin du siècle dernier, il ressort presque toujours de ces traits que la vie commune ne saurait produire.

L'impulsion imitative a joué un rôle lugubre dans les orgies de la Révolution.

En 1789, on a vu, au Mans, des enfants porter, au son des tambourins et des violons, les Xètes de

MM. de Montesson et Cureau, massacrés par le peuple en délire.

A Paris, les enfants imitateurs empressés des actions qui ont la vogue, singent en miniature et dans le mois qui suit le meurtre de Berthier et de Foulon, on rapporte à Bailly que des gamins paradent dans la rue avec deux têtes de chats au bout d'une pique (1).

En 1793, Volney, en traversant la France, observait, sur la route, des enfants occupés à lanterner des animaux, lorsque la guillotine fut devenue une fin naturelle et le lit de mort de tout ce qui restait de dévouement, de génie, de courage en France. (( On voyait, dit un historien de ces tristes journées, cet instrument de mort entre les. mains des enfants, réduit à la proportion de jouets ordinaires et leur servant à décapiter leurs poupées, des pigeons, des oiseaux et autres petits animaux. »

Pendant les effroyables luttes qui, au commencement de ce siècle, ensanglantèrent Saint-Domingue, on vit, au cours d'une exécution.ordonnée par Dessaline, empereur d'Haïti, des enfants traînant de vieux sabres, mutiler les assassinés et jouer dans les rigoles avec le sang.

De nos jours, et pour ne rappeler que des souve-

(1) Taine. Origines de la France contemporaine, pages 96-

nirs que chacun de nous a encore présents à la mémoire, n'a-t-on pas vu les instincts les plus méchants, les plus bas, les plus cruels, se développer chez des enfants pendant les tristes journées de nos révolutions ? Le mal et les ravages que commettaient ces jeunes ôlres, étaient d'autant plus terribles que Ton ne se méfiait pas d'eux. Pillards, incendiaires, ils ne reculaient pas devant le meurtre et, suivant l'exemple que leur donnaient les hommes iaits, tout comme eux ils faisaient le coup de feu, se glissaient habilement près de la victime qu'ils avaient choisie et tiraient à coup sûr.

< Enfin, on ne saurait assez rappeler l'influence désastreuse de la trop grande publicité donnée aux causes criminelles.

A maintes reprises, nous nous sommes élevé avec énergie contre cette déplorable tendance de certaine presse à raconter avec tant de minutie les détails les plus circonstanciés du crime, à s'occuper des moindres faits et gestes de ces précoces criminels, à leur dresser un piédestal.

Hier encore, n'a-t-on pas vu le jeune L..., cet assassin de 14 ans qui, de sang-froid, éventre un malheureux enfant de 6 ans, n'avoir d'autre préoccupation au fond de sa cellule que de a soigner sa réputation ». — « Parle-t-on beaucoup de moi dans les journaux ? demande-t-il ; A-ton donné mon pçrtrait ? — S'occupe-t-on autant de moi que de

Foullois? — ». Et, quand on le conduit à Tatelier de photographie : « Je voudrais bien conserver ma cravate ; j'ai vu le portrait de Menesclou décravaté, cela lui donnait un air pas comme il faut; je ne voudrais pas être comme cela... » Voilà ses préoccupations.

Oui, la presse, et en particulier la presse illustrée, est la cause occasionnelle la plus active des nombreux attentats contre les personnes dont nous sommes témoins chaque jour. Si nous éprouvons le besoin d'étayer notre opinion de témoignages empruntés aux hommes les plus compétents en pareille matière, nous n'aurions que rembarras du choix.

Mais il est inutile d'insister plus longuement sur ces détails dont chacun a pu contrôler l'exactitude et que, malheureusement, nous sommes à même d'observer tous les jours. Peut-on établir une corrélation entre ces faits et ceux que nous avons donnés dans les Suicides étranges ?

Si nous nous eu tenons aux moyens d'exécutions, on pourrait dire qu'entre les crimes et les suicides étranges, il y a une réelle analogie.

Les uns et les autres révèlent des intelligences anormales, éminemment propres à subir Tinfluence des passions auxquelles ils ne peuvent résister et sous leur empire couimeîtent ces actes atroces.

D'autres semblent sains d'esprit, et c'est avec une apparence de calme, de sang-froid qu'ils imposent les tortures les plus épouvantables à leurs victimes.

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Même chez ceux-là, les sentiments affectifs et moraux sont faussés, ils n'agissent pas librement, ils obéissent à une force majeure à laquelle ils ne sont pas maîtres de résister. Ils subissent Tiofluence d'une hérédité fatale qui pèse sur eux. Cherchez, fouillez leurs antécédents. Vous trouverez toujours, nous ne craignons pas de le dire, une tare morbide qui donne l'explication des actes auxquels ils se livrent. Ce ne sont pas des sains d*esprit dans toute l'acception du mot. Si, dans le monde, ils peuvent remplir leurs devoirs sociaux et vivre de la vie commune, ils ne sont pas moins qualifiés d'esprits difficiles à vivre, de grincheux, de coléreux, de violents, etc.

Au point de vue strictement psychologique, la

médecine mentale les réclame comme siens. Ce n'est donc pas à dire pour cela que nous voulions voir en eux des malades, des irresponsables. Si, théoriquement, on peut les considérer comme tels, au point de vue pratique, il n*en est plus ainsi. Ce sont des êtres dangereux au premier chef, dont la société a le droit et le devoir de se garder, que plus que tous autres, ils soient momentanément entraînés par une sorte d'impulsion à mal faire, qu'ils ne puissent résister à leurs passions et que, sous leur empire, ils se livrent à ces actes révoltants, nous n'y contredirons point.

Mais est-ce là un motif suffisant pour les innocenter?

Nous ne le croyons pas.

La justice doit être inflexible pour eux. Et cependant le doute s'élève dans les esprits. On hésite souvent à leur appliquer les rigueurs de la loi. On sent que si d'un côté ils sont responsables de leurs actes, d'un autre, il y a une lacune dans leur intelligence, •dans leur esprit. On sent qu'ils ne sont pas comme les autres. Alors que faire?

C'est alors qu'est venu l'idée des asiles spéciaux pour les aliénés, dits criminels. Certes, on ne saurait qu'approuver cette création qui tirerait d'embarras juges et médecins. Quand le crime a été commis sous l'influence, sous l'empire d'une aliénation passagère, nettement définie, le coupable, acquitté comme irresponsable, est envoyé dans une maison

de santé. Bien. Mais est-ce là la place de ces criminels? N'y a-t-il pas grave inconvénient à les mélanger ainsi avec de véritables aliénés ?

Toutes ces questions ont été traitées à fond et chaque jour de nouveaux arguments se produisent en faveur de la création de ces asiles.

Nous n'avons pas à y revenir. Cette question sort du cadre de notre travail.

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