‹ Suicides et crimes étrangesChapitre 3 sur 4 · CAUSES · texte numérisé non relu

CAUSES

Les causes, ou peut-être mieux les mobiles qui poussent les criminels à commettre ces forfaits qui terrifient, sont de diverses natures.

Ce ne sont, à première vue, que des causes occasion nelles, mais si Ton veut aller plus au fond, on verra sans peine que ces causes occasionnelles n'ont agi avec une intensité aussi considérable que parce qu'elles s'adressaient à des individus dont la tare psychique était inadmissible.

Bien des crimes en effet, sont chaque jour commis sous l'influence de ces mêmes causes ; mais si le meurtrier, dans un moment d'exaltation, frappe mortellement, il s'arrête au premier coup, il ne va pas plus loin. Le plus souvent la raison lui revient à la vue du cadavre. Eperdu, après un moment d'hésitation, il s'enfuit, va lui-même se faire justice et se tue à son tour ou va se livrer à la justice.

Or, rien de semblable dans les faits que nous étudions.

Le meurtre peut bien parfois être impulsif, im-

prévu ; mais le plus souvent il est raisonné, calme et surtout se distingue par un raffinement singulier dans Texécution, un acharnement inouï contre le cadavre. Il semble poursuivre sa victinâe de sa haine, môme après sa mort, après lui avoir fait subir, de son vivant, les tortures les plus épouvantables, froidement, tranquillement, sans remords. Si, par la multiplicité des coups il peut être, jusqu'à un certain point, rapproché de Tépileptique dans ses accès destructeurs, il en est bien éloigné en ce que l'épileptique agit inconsciemment, frappe sans savoir, et, la crise .passée, reste absolument sans souvenir des crimes qu'il vient de commettre.

Les causes sont nombreuses, avons-nous dit : en dresser une classification serait impossible. Cependant on peut, ce nous semble, les ranger dans un certain nombre de catégories que nous examinerons rapidement et dans lesquelles les faits parleront plus clairement que toute description.

Tout d'abord, et en première ligne, comme une des causes les plus communes, celle que l'on rencontre journellement et qui le plus souvent est invoquée comme excuse par les coupables appelés à rendre compte de leur crime, nous voyons Yîx>re%$e.

Ivresse. — Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ce terrible fléau de la civilisation.

Chacun connaît de quels excès est capable un homme pris de boisson. Les gens qui ont le « vin mauvais » pour employer une expression vulgaire mais juste, sont plus nombreux qu'on ne le croit généralement et leur nombre est bien supérieur aux ivrognes qui ont le «vin gai ».

Les crimes et les attentats qui sont commis sous rinfluencede l'alcool peuvent avoir plusieurs mobiles.

Les uns sont prémédités, les autres impulsifs ou nés d'une occasion fortuite.

C*est ainsi que dans la première catégorie nous rangeons le crime qui a pour but la vengeance.

Un individu veut se venger d'un autre, mais il hésite. Le moi raisonnant combat son projet; il a peur qu'au dernier moment sa volonté faiblisse, que le courage lui manque. Alors pour s'enhardir, pour se donner « du cœur » il boit plus que de raison et, sous l'empire des fumées de l'alcool, il commet son forfait.

Parfois même, par surcroit de précaution, il s'adjoint des complices qui par leur présence l'encouragent et souvent lui prêtent leur aide. C'est là un fait banal, que l'on rencontre trop fréquemment hélas 1 et qui ressemblent tous au suivant :

Dinan, 26 féwier 1893, — Un drame terrible vient de se dérouler à Plouha, arrondissement de Sainte- Briène.

Une femme Ferlicot, mariée en secondes noces, ^vait pour mari un homme emporté et violent quand il avait bu plus que de raison, ce qui lui arrivait souvent. Il frappait alors d*une façon sauvage, sans compter les coups, sa femme et sa belle fille. Dimanche 19 février et lundi 20, des scènes de brutalité plus cruelles encore se produisirent. Les victimes résolurent alors de tuer leur persécuteur et toute la famille s'entendit dans ce but.

Mardi soir 21, Ferlicot s*étant couché, puis endormi, le beau-frère et le neveu entrèrent dans la maison. On but plusieurs verres d*eau-de-vie pour se donner du cœur, puis la femme Ferlicot se mit à frapper sur son mari. Ferlicot, éveillé en sursaut, àauta à terre pour se défendre, mais les quatre assassins le rouèrent de coups. Il retomba sans connaissance sur le plancher. La femme Ferlicot le saisit alors par le cou et Télrangla. Puis on habilla le mort et on le recoucha. Le crime fut découvert et les assassins arrêtés.

Dans le cas que nous venons de citer, le crime avait un but, il avait, en quelque sorte, sa raison d'être. Il est une autre manifestation de l'ivresse criminelle des plus fréquentes. Mais ici la pensée de l'acte naît dans les fumées du vin. C'est la manifestation génésique.

Dans notre livre sur les « Aberrations du sens gé-

nésique (1)», nous avons traité cette question largo manu. Nous n'avons pas à y revenir et nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons écrit. Nous ne citerons que quelques exemples qui feront comprendre à quel degré de bestialité peuvent tomber des hommes qui ont bu. Le crime est assez fréquemment commis par plusieurs individus à la fois, ainsi qu*on peut le voir par les exemples suivants^ pris au hasard :

Nancy, 49 décembre 1890. — Un crime odieux perpétré par trois militaires du 4® bataillon de chasseurs à pied de Saint-Nicolas, vient de jeter l'émoi dans toute la contrée.

Trois chasseurs sur douze qui avaient été envoyés pour effectuer un travail de réparation aux buttes du champ de tir, trompant la surveillance exercée par les sapeurs, allèrent le matin dans un cabaret faire de nombreuses libations, ils étaient dans les champs, lorsque vint à passer une jeune femme âgée de 26 ans qui regagnait son domicile, à Harancourt.

Les trois soldats l'accostèrent en lui adressant des paroles injurieuses et en lui faisant des propositions grossières. La femme voulut prendre la fuite, mais un des chasseurs se précipita sur elle, aidé de ses deux camarades. Ils eurent bientôt raison de la résistance désespérée qui leur était opposée.

(1) AsseUn et Houzeau, édit., 4« édit. Paris 1880.

Exténuée, presque morte, la malheureuse subit ainsi les odieux outrages des trois soldats. Elle était presque nue sur la neige durcie et avait ses vêtements en lambeaux. Deux sapeurs qui accoururent enfin, purent la dégager. Ils durent la soutenir pour l'aider à marcher et à rentrer à son domicile. Arrivée chez elle, la jeune femme s'alita et n'avoua pas tout à son mari. Ce n'est que trois jours après qu'elle a osé lui apprendre l'odieuse agression dont elle avait été victime. Une plainte ayant aussitôt été déposée à la gendarmerie, l'enquête apprit que le jour môme du crime, les trois chasseurs avaient été placés dans la prison du bataillon. Un rapport sur cette pénible affaire a été adressé au général Hervé. L'enquête militaire se poursuit concurremment avec l'enquête civile. La jeune femme est mariée depuis six mois seulement.

Le 22 novembre i89i, trois chiffonniers de Clichy, âgés de 20 et 25 ans, venaient échouer, après avoir visité un grand nombre de débits de vin, dans le passage Touzet, à Saint-Ouen. Là, rencontrant une jeune femme qui, en compagnie de son mari, regagnait tranquillement son domicile, ils l'entourèrent et, après l'avoir renversée, tentèrent de lui faire subir d'ignobles traitements ; son mari fut roué de coups et les malfaiteurs le poursuivirent jusque chez lui, enfonçant la porte du logement qu'il occupe

et qu'il avait fermée derrière lui. Devant son attitude énergique, les trois misérables se retirèrent et montèrent à l'étage supérieur. Ils enfoncèrent la porte d'une chambre où était couchée une pauvre vieille femme de 68 ans, se ruèrent sur elle, la traînèrent par les cheveux au milieu de la chambre, et, comme elle criait, ils la serrèrent à la gorge jusqu'à ce qu'elle eut perdu connaissance. Alors ils se livrèrent à des actes tellement odieux que nous nous refusons à les décrire. Prévenus par des voisins, des agents du commissariat survinrent et réussirent à mettre en arrestation deux des malfaiteurs. Le troisième a été arrêté le lendemain matin.

Dans d'autres cas, l'aberration génésique constitue une véritable maladie. Mais la raison résiste encore et permet au malade de lutter contre sa funeste passion. Cependant, peu à peu, il se sent faillir, hors d'état de lutter et alors, pour commettre ses ignobles attentats, il s'enivre. Tel est le cas suivant :

Un concierge, du passage de l'industrie, a été arrêté, le 11 août 1890, sous l'inculpation d'outrages sur des fillettes devant lesquelles il se livrait à des actes de lubricité. Voici dans quelles circonstances cet homme, âgé de 40 ans, a été mis en état d'arrestation :

Avant-hier, une fillette de 10 ans venait voir dans ladite maison une de ses camarades d'école. Le

concierge arrêta Tenfant dans Tescalier, la fit entrer dans une chambre vide de Tentresol et se livra devant elle à des actes obscènes. La petite fille s'échappa heureusement à temps des mains de cet homme et monta chez son amie Jeanne. L'enfant raconta à celle-ci ce dont elle avait été témoin, ce qui eut pour résultat d'amener les confidences de Jeanne qui, à son tour, avoua à son amie les agissements du concierge à son égard. Sur la plainte de la mère, mise au courant de ce qui s'était passé, le concierge fut arrêté.

L'enquête a fait connaître que J... s'était rendu coupable de nombreux attentats sur des petites filles du quartier. L'année dernière, il attira les deux sœurs, amies de sa petite fille, morte depuis, et, les ayant enfermées dans sa loge, il se livra aux mêmes pratiques que celles qui viennent de le faire arrêter. Nul doute que l'instruction ne fasse connaître d'autres victimes. Pour commettre ces ignobles attentats, le concierge avait besoin de s'enivrer; pour cela, il pénétrait dans les caves de ses locataires auxquels il volait du vin.

L'ivresse par l'absinthe pousse à des actes d'une férocité inouie. Tel est le cas de cet individu dont le î)^ Fusier rapporte l'observation (1).

(1) Les Prédestinés. Thèse de Paris 1887.

N... tue sa victime à coups de revolver, puis se précipite sur le cadavre et le perce de aeize coups de couteau. Malgré ces appareaces de cruauté, il n'y a là ni raffinement dans la vengeance, ni férocité. C'est la façon de faire de Thomme au cerveau mal équilibré qui hésite et lutte longtemps avant d'agir, qui enfin, grisé par l'alcool et les perfides conseils, tue. Le premier coup donné, et sans savoir si son ennemi a succombé ou non, il perd la tête, il voit rouge et frappe, frappe sans relâche avec tout ce qu'il a sous la main. N... d'ailleurs, ne se rappelait que les premiers coups de revolver et rien n'autorise ici à douter de sa bonne foi, puisqu'il n'a pas manifesté une seule fois la moindre idée de repentir, qu'il continuait au contraire à considérer son action comme absolument légitime, et qu'enfin il a toujours répondu à toutes les questions, même les plus délicates avec la plus froide lucidité et avec entière bonne foi(i).

Solanées vireuses. — A côté de ces faits de rivresse proprement dite, il convient de placer les cas d'intoxication par diverses solanées.

Tout le monde connaît aujourd'hui le haschicbb.

(1) Extrait du rapport médical sur Tétat mental du nommé N..., asile de Bassens. 1*' février 1881, par le D' Fusier.

C'est grâce à cette plante que le « vieux de la montagne )) obtenait des jeunes gens qu'il choisissait, une aveugle obéissance à ses barbares arrêts. C'est avec une férocité inouie que les haschichiens (dont le mot assassin n'est que la corruption, au dire de Sylvestre de Sacy), frappaient les victimes que le maître avait désignées à leur coups.

D'autres solanées vireuses peuvent amener également des actes fâcheux ; mais ces cas sont rares et c'est à simple titre de curiosité que nous rappellerons les faits que nous avons cités dans un autre ouvrage (1).

(( Une dame étant attaquée de douleurs habituelles on lui conseilla, pour les apaiser, de remplir trois petits sacs de deux poignées de jusquiame, de fleurs de sureau et d'autres plantes, et de se les appliquer sur le ventre et les deux jambes, parties où les douleurs étaient fixées. On posait ces sachets forts chauds et dès que la chaleur était un peu diminuée, on les trempait dans une décoction bouillante faite avec les mômes herbes pour les appliquer à nouveau. La malade délirait un peu de temps en temps, en dormant. Mais les deux servantes, qui étaient chargées de réchauffer les sachets et de les appliquer, furent bien plus incommodées. Ces filles n'étaient plus d'accord ; la paix qu'on les obligeait de garder entre

(1) Homicide commis par les enfants. Assehn, édit. Paris 1881.

elles par menaces, ne durait pas longtemps, car toutes les fois qu'elles renouvelaient les fomentations de la môme manière, le combat recommençait entre elles, après qu'elles s'étaient attaquées mutuellement par des menaces et des paroles ridicules. »

(( Chez un apothicaire de Dresde, un tout jeune apprenti avait mis de la graine de jusquiame, pilée et renfermée dans un papier, sur un fourneau de sable chaud. Le papier ayant pris feu par la trop grande chaleur et la graine de jusquiame s'étant allumée, remplit le laboratoire de fumée. Bientôt la fumée augmentant, elle donna lieu à des gestes ridicules, à des idées singulières chez deux individus qui étaient dans le laboratoire et enfin il ne tarda pas à s'élever entre le premier garçon et l'apprenti, une querelle accompagnée de paroles outrageantes et même une rixe telles que le premier garçon, qui n'était point sujet à la colère, ayant jeté l'apprenti par terre, le traîna par les cheveux, le meurtrit de coups et l'eut assommé si on ne l'eut arraché de ses mains. Plusieurs années après la guérison n'était pas complète (1).

Passions. — Les crimes commis sous l'influence des passions, les crimes passionnels^ comme on les

(1) Diction, des Se, médic, XX VI.

appelle de nos jours, revêtent souvent ce caractère étrange de férocité inouie que nous étudions, tellement extraordinaire que Ton ne s'explique que par une sorte de délire subit, véritablement impulsif qui annihile tout titre arbitre. Certains individus prédisposés par nature, ressentent violemment les effets des sentiments affectifs. Sous Tinfluence d'une imagination trop active, ces individus se montrent, même à l'ordinaire, fort exaltés dans leurs sentiments. Chez eux, l'amour est, avant tout, un besoin du cœur; s'ils cessent d'aimer avec tendresse, ils haïssent bientôt avec fureur. Ceux-là agissent sans excitants extérieurs, apparents du moins, sous le seul empire de la passion.

Les exemples abondent : tous dénotent un acharnement, un raffinement de cruauté dont on a peine à se faire une idée.

Le 19 novembre 188S, un crime était commis à Lunéville, par un nommé P — ancien commerçant, séparé de sa femme, vivant depuis 19 ans avec une femme W..., également séparée. Cette dernière avait récemment abandonné P... et, il y a peu de jours, avait refusé de reprendre la vie commune. Sur la route d'Alsace, P. . . dit à sa compagne : « Embrassemoi avant de nous quitter ». Et à ce moment, il se jeta à son cou, la renversa sur le bord du fossé et l'étrangla. Ne la croyant pas morte, il eut la férocité

de lui scier la gorge avec un couteau long de 4 centimètres. Surpris par des passants, il a été conduite la gendarmerie où il a reconstitué le drame avec un sang-froid révoltant.

A Messine, en Italie, un crime horrible a jeté l'épouvante parti les habitants de la commune de Melijo. Une femme du nom de Tiburzio, âgée de 60 ans, à tué, à coups de coutea-u, une nommée .Stella qui lui offrait des fruits qu'elle venait de cueillir. Après l'avoir tuée, elle s'est mise à la mordre férocement en lui arrachant des lambeaux de chair qu*elle jetait à son chien après les avoir mâchés. La fille de cette femme contemplait de loin l'affreux spectacle et, lorsque le crime fut commis, elle aussi accourut près de la victime, se baissa sur elle pour s'assurer qu'elle était bien morte, puis s'écria : « Je suis vengée » I La femme Stella était mère de sept enfants et enceinte. On dit qu'elle était la maîtresse du gendre de la Tiburzio (26 août 1889.)

Il y a des circonstances où le crime, simple, banal en lui-môme, est néanmoins curieux par les soins que prend le meurtrier, du cadavre de sa victime. Il semble que le premier mouvement de vengeance passé, il ait des remords et veuille se faire pardonner par sa victime même, ainsi que le montre le fait suivant, jugé par les assises des Bouches-du-Rhône, le 24 décembre 1893.

Dans la nuit du 18 au 19 août 1893, à Marseille, des appels désespérés partant des terrains récemment conquis sur la mer, à la Madrague, mettaient en émoi les rares habitants du quartier, mais nul ne bougea. Au matin, cependant, on fouilla les terrains vagues et sur deux pierres élevées, formant une sorte de lit funéraire, on trouva le cadavre de la jeune Carmen Ben-Kradja,

Les bras étaient croisés, les jupes ramenées chastement sur les jambes ; le visa^^e était couvert d'un voile de soie. Deux cierges avaient dû être allumés auprès du cadavre, car on voyait distinctement des traces de cire à droite et à gauche du corps.

Ces détails, ces indices curieux devaient mettre la justice sur la piste du coupable et Ton fut promptement convaincu que Fauteur du meurtre était Kassem, un jeune indien, le cousin de la jeune fille, qui vivait chez les parents de Carmen et qui Taimait. Mais Carmen était capricieuse et débauchée, et Kassem était jaloux. Le soir du crime, il l'attendit à la sortie de l'Alcazar où Carmen s'était rendue en compagnie d'un jeune français. « Tu m'as trompé, lui dit-il, suis-moi, nous allons rentrer ensemble. La jeune fille courba la tête, n'osa refuser. La route était longue. Quand on arriva au bas de la mer, Kassem assonxma sa cousine d'un coup de matraque. Kassem a été condamné aux travaux forcés à perpétuité. »

Tel est encore le fait de cet individu qui assassina un paysan qui conduisait sa voiture, et après l'avoir dévalisé, abandonna le corps après avoir eu le soin de l'arroser d'une bouteille de phénol qu'il avail trouvé dans la voiture. C'est en vain qu'on chercherait le motif qui a guidé le criminel dans sa bizarre action. On a constaté le fait et c'est tout ; le meurtrier ayant échappé à toute recherche, on n'a pu avoir de renseignements.

Nous avons à citer des faits où le raffinement de la vengeance est porté à son comble. S'ils n'étaient rapportés par des hommes dignes de foi, on serait tenté de les révoquer en doute.

A la séance du 13 novembre 1893, de la Société de Médecine légale de France, il a été communiqué une lettre d'un médecin de province relatant ce qui suit :

(( Le nommé X. .. surprend sa femme en délit d'adultère. L'homme se sauve, la femme s'évanouit. Le mari prend une hachette et veut la tuer ; mais il se ravise et prend un bidon de pétrole, le vide sur le bas ventre de sa femme et y met le feu en disant : « Puisque tu ouvres les cuisses pour d'autres que pour moi, tu ne les ouvriras plus maintenant » puis il s'en alla. Réveillée par la douleur, la femme parvint à éteindre le feu qui la dévorait. Le bas- ventre,

les cuisses, présentaient des brûlures au troisième degré. Elle guérit après un traitement assez long, mais avec des cicatrices vicieuses qui réalisèrent la prédiction du mari. »

Voici un second fait analogue.

M. Ch.., 23 ans, faisait paître, le lundi 15 octobre, ses bestiaux au hameau de la Motte, situé sur la montagne du Regret, lorsque sa tante, la veuve Fol. . , 35 ans, se dirigea vers elle, et sans discussion, la terrassa après l'avoir saisie au cou. Pendant qu'elle tenait sa nièce à terre, la veuve Fol... lui versa du pétrol sur tout le corps, ainsi que des matières corrosives qu'elle essaya môme de lui faire absorber, mais en vain. Elle releva ensuite les robes de sa victime et continua à Finonder de pétrole auquel elle mit le feu. En quelques instants, la nièce fut affreusement brûlée. Des voisins accoururent à son secours et la transportèrent chez elle dans un état lamentable. La victime mourut le lendemain. La veuve Fol... avait eu des relations avec Chatel avant qu'il épousât la victime, elle ne pouvait pardonner à sa nièce de le lui avoir enlevé et l'avait souvent menacée.

Un autre crime, épouvantable entre tous, car il s'adresse non pas à la personne à laquelle on en

76 SUrCIDES ET CRIMES ÉTRANGES

veut, mais à ses plus chères affections, a été commis le 24 novembre 1894, à Tunis.

Deux individus voulant se venger d'un indigène, ne trouvèrent rien de mieux que d'attirer son jeune enfant sur une hauteur qui domine la rivière Medjerda et de Ty précipiter. L'enfant fut retrouvé évanoui sur la rive. On le sauva et il a pu reconnaître les assassins.

Parfois la vengeance revêt un caractère tellement excentrique que Ton ne peut s'empêcher de rire au récit de ces faits.

Sous ce titre (( Une vengeance conjugale )), V Evénement du 25 décembre 1876, raconte l'histoire suivante :

« Terrible en vérité la vengeance du comte de C...! Voici déjà six mois qu'elle dure et dans le quartier du quai d'Orsay, on s'étonne que sa malheureuse femme ait pu y résister. '

Il faut vous dire tout d'abord, que la comtesse est une petite femme fort jolie, délicate, frêle et distinguée au possible. La démarche d'un ange. D'un ange déchu, par exemple, puisque son mari a à se venger de quelque chose. Le fait est, qu'il y a six mois, il l'a surprise en flagrant délit, il ne la tua pas. il ne tua pas son séducteur, mais voici ce qu'il fit. Deux fois par jour, il oblige la poétique créature à manger

un énorme chapon d*ail, ensuite il la conduit de force dans le monde. Vous voyez Teffetl Au désespoir, la comtesse a fini par avouer à ses amis que c'était un châtiment.

La Belgique nous donne un exemple de « justice » renouvelée du moyen âge.

La petite commune de Téralphène, située sur la limite de la Flandre orientale et* du Brabant, vient d'être témoin d'un fait scandaleux. Une femme, mariée en secondes noces, trompait, paraît-il, son mari. Celui-ci, ayant eu connaissance de la chose, réunit quelque amis et leur demande conseil sur la conduite qu'il avait à suivre. Chacun émit son avis, puis il fut décidé à l'unanimité que la femme adultère serait liée sur un traîneau attelé d'un cheval et promenée par toute la ville. Ainsi dit, ainsi fait. La pauvre femme, à moitié vêtue, les cheveux défaits, fut garottée solidement et traînée dans toutes les rues de la localité, à la grande joie des naturels de Tendroit (15 février 1889).

D'autres vengeances ne sont pas moins bizarres : M..., découvrant que sa maîtresse l'avait trompé, l'a forcé à se fourrer la tête dans un sac et l'a amenée dans cet équipage, place du théâtre, à Montmartre. Une fois là, il s'egt mis, coram populo, à lui admi-

ttistrer une volée énergique, en hurlant d'une voix indignée : « Tiens, coquine, ça t'apprendra à me tromper avec des gueux d'écrivassiers. Pas un mot où je te massacre ». Dire un mot, la victime eut été bien embarrassée de le faire, car elle commençait à étouffer littéralement dans son sac. Heureusement, les gardiens de la paix intervinrent et l'auteur de cette singulière vengeance fut mis en état d'arrestation (6 février 1877).

Enlin, le fait suivant est du dernier grotesque. « Il faut que je me venge d'elle ». — Voici quelque chose comme trois ans, que tous les matins en se réveillant, le nommé Mas... se murmurait cela à l'oreille.

Elle, c'était la mère de sa femme. Ce qu'il y avait eu entre eux, peu importe à l'histoire ; le fait que Mas... avait l'idée fixe de se venger, suffit»

Avant hier, sa femme étant partie pour un voyage de 48 heures, le moment lui sembla arrivé.

Il commença par fermer à double tour la porte de l'appartement ; puis, un revolver à la main, il entra chez sa belle-mère, laquelle en ce moment était à sa toilette.

« Vieille fouine, lui dit-il gravement, tu vas me payer en bloc tout ce que tu m'as fait : suis-moi ». La belle-mère, terrifiée, obéit en tremblant. .Mas... la conduisit alors dans son cabinet de toi-

lette et, tirant d*uiie vieille malle un costume de singe qu'il avait porté à un bal masqué quelque vingt ans auparavant :

« Revêts cela, vieille fouine », gronda -t-il en faisant craquer la batterie de son pistolet. En un clin d'œil, poussée par la peur, la vieille dame fut habillée en singe. — <( Allons, saute un peu, commanda Mas... en la cinglant avec une cravache. Alors commença une chasse affreuse par tout l'appartement, la pauvre femme, bondissant sur les meubles en criant. Malheureusement il n'y avait pas de voisins et personne ne vint à son secours. Au bout d'un quart d'heure de cette gymnastique : « Maintenant» ordonna Mas. .., imite le coq ! — (( Mais... » — Imite le coq ». — 11 fallut bien obéir. La vieille dame fit péniblement (( cocorico ». Sou gendre la força ensuite à imiter l'âne, le chien, le chat, la grenouille, lui cinglant les jambes quand Timitation ne lui paraissait pas suffisamment bien faite. Finalement, aux environs de midi, il lui attacha une casserole à la queue et la lâcha ainsi dans la rue. Inutile de dire qu'une heure après, tout ivre de vengeance satisfaite, Mas... était arrêté.

Crime à deux. — Quelquefois, le crime n'est plus commis par une seule personne ; il y a ce que nous

avons étudié précédemment (1), un véritable crime à deux.

Dans le cas suivant, le crime reconnaît pour cause la plus effroyable débauche.

Le 16 mai 1890, est venu devant la Cour d'assises de Montpellier, une affaire qui marquera par son caractère monstrueux et hors nature, parmi les causes les plus célèbres que le tribunal ait eu à juger depuis longtemps.

Le 5 février de la même année, on trouva sur la route de Gabiau, à Béziers, un cadavre horriblement mutilé et défiguré, en lequel on reconnut cependant le cadavre d'un nommé Injalbert, de Gabian. La rumeur publique ne tarda pas à accuser du crime, la femme de la victime, Léonie Oustry, âgée de 37 ans. La femme Injalbert avait, dans le pays, une réputation détestable et on lui connaissait entre autres, comme amant, le nommé J. Gély, âgé de 67 ans.

Arrêtée, la femme Injalbert nia d'abord, mais elle finît par avouer qu'obéissant à Tinspiration de son amant, qui lui avait fait acheter un revolver, et aidée de son fils, François Injalbert, âgé de 17 ans, elle avait tiré sur son mari des coups de revolver, profitant du moment où ce dernier lui attacliait les

(1) Annales médico-psychologiques^ Juillet-août 1893.

cordons de ses souliers. La victime se redressant, le fils était alors intervenu à Taide d'un gourdin énorme que la mère avait préparé, assomma sou père, lui mettant la tête en bouillie. Les scélérats s'acharnèrent ensuite sur leur victime et, ayant trouvé un couteau dans sa poche, ils is'en servirent pour pratiquer sur le cadavre une horrible mutilation.

Le fils Injalbert et Gély furent aussitôt arrêtés. Gély, outre les faits ci-dessus, est accusé d'une tenta tive de viol consommé sur la fille Injalbert Rose, âgée de 11 ans. Le fils Injalbert a à répondre d un viol et d'un attentat à la pudeur consommé sur sa sœur.

46 témoins ont été cités. La femme Injalbert avoua cyniquement le crime, portant la responsabilité sur son amant qui le lui avait suggéré. Le fils, parricide, avoue également, mais dit n'avoir agi que sous l'inspiration de sa mère. Quant à Gély, il nie toute participation au crime. La jeune Rose déclare qu'elle a été jetée par sa mère dans les bras de son frère et dans les bras de Gély.

A ces crimes perpétrés par deux individus, se rattachent les crimes commis par plusieurs individus. Ces meurtres sont empreints d'une férocité inouïe.

A Tunis, la session des assises de février 1889 s'est • terminée par une affaire qui n'a pas duré moins de

trois jours. L'assassinat de deux colporteurs algériens par trois frères kroumirs. Parmi les pièces à conviction figuraient des os calcinés, car les cadavres avaient été dépecés et brûlés par les femmes et cachés dans des jarres à beurre. Ce n'est qu'après de lonofues recherches, qu'on découvrit les accusés à la suite de renseignements donnés par un enfant. Les trois frères Ben-Salah ont été condamnés à mort ; un complice a été condamné à 20 ans de travaux forcés.

Le 1®' novembre 1890, on écrivait de Bruxelles :

<( Un drame qui dépasse toute imagination et qui révèle les plus horribles détails, a eu lieu à Tremeloo, petit village situé à quelques lieues de Louvain et qui est habité par des ouvriers travaillant dans les bois voisins.

Trois frères, de véritables bandits, Félix, Auguste, et J. -Baptiste Vassarond, dangereux repris de justice, cherchèrent querelle, dans un café, à un nommé Van Caster. Ils le traînèrent par les pieds sur la route et, pendant une demi-heure, lardèrent leur victime de coups de couteau. Un des trois misérables trancha la tête de Van Caster et l'embrocha sur une fourche. Tout dégouttants de sang, ils rentrèrent dans le café avec leur horrible trophée, déAant tout le monde et se vantant de leur forfait.

Ils finirent par se battre entre eux au couteau. Les •débris du cadavre restèrent pendant longtemps sur la route où les villageois, véritables brutes, venaient contempler cet horrible spectacle en échangeant des lazzis. Une brigade de gendarmerie finit par s'em parer des meurtriers après leur avoir livré une bataille en règle. Le médecin légiste qui fut appelé pour faire les constatations, a déclaré, dans son rapport, qu'il n'avait jamais vu un cadavre aussi borriblemeot déchiqueté.

Jalousie. — « Un jeune homme éperdumentamoureux, tue son amante dans un accès de fureur jalouse. Personne ne regarde cette action comme le résultat d*un penchant à la cruauté. Mais, après ravoir tuée, il se jette sur le cadavre, Toutrage de la manière la plus horrible, le coupe en morceaux... Cette conduite ne doit pas non plus le faire taxer de férocité (i). »

Nous nous expliquons, en nous aidant de l'analogie :

(1) MoHBAu, de Tours. — De la folie raisonnante envisagée ^ous le point de vue médico-légaL Paris, 1840.

Dans rhydrophobie, lorsque le mal arrive à une certaine période, le malade est en proie à une agi^ talion plus ou moins vive, fatigué par de vagues inquiétudes, etc. 11 éprouve le besoin irrésistible de se donner du mouvement, de saisir les objets qui se trouvent à sa portée, deles étreindre avec force; tous les actes de ce malade se rattachent à une cause unique, à la modification de Torgane cérébral par lequel il est poussé instinctivement à contracter ses muscles. Il cède à Faction de cette cause.

Les facultés morales, emportées violemment en dehors de leur sphère naturelle, semblent animées d'un feu qui ne saurait s'éteindre que par le manque d'aliments. L'entraînement devient plus irrésistible par sa durée même, comme la chute d'un corps vers la terre devient d'autant plus rapide qu'elle se prolonge davantage. Ce n'est que d'après des considérations de cette nature que s'expliquent les actes de certains individus dont les mœurs douces, faciles^ un caractère généreux et plein d'humanité étaient loin de faire présager l'apparente férocité à laquelle on les voit parfois entraînés, subjugués par l'exaltation maniaque.

Ce que l'esprit peut concevoir d'extrême, de plus

outré, d'inouï, de monstrueux, tel est le but vers

lequel la volonté pervertie est irrésistiblement

emportée ; elle ne saurait s'arrêter qu'au meurtre

|L qui, seul, peut assouvir sa fureur et, pour user d'une

expression qui rend bien toute notre pensée, saturer son énergie.

Ces réflexions sont celles qui se posent na tu rellem en t en présence des observations que nous allons citer :

Un homme, dont le nom eut quelque célébrité dans les fastes judiciaires, le nommé S.. ., exerçait à Paris la profession de perruquier. Il avait fait la connaissance d'une jeune fille qui ne se contenta pas d'un seul amant. La chronique afïirmait qu'elle recevait aussi les soins d*un autre perruquier et d'un garçon boucher. L'amour de S... ne put supporter les rivalités, et après de violentes querelles, il prit la résolution de mettre un terme à ses tourments en faisant mourir sa maîtresse.

Choisissant une nuit où celle ci était profondément endormie, il alluma un réchaud, boucha toutes les issues et, se retirant à pas de loup, il ferma la porte dont il avait auparavant retiré la clef. A demi-asphyxiée et se débattant sous l'atmosphère de plomb qui l'écrasait, Henriette put sortir de son lit. En tâtonnant de droite et de gauche, elle mit la main sur la serrure et fut assez heureuse pour ouvrir la porte et respirer un air pur. Dans les premiers moments elle porta plainte. S... fut arrêté. Mais l'amour ayant repris ses droits, Henriette se désista, expliqua l'affaire d'une autre manière, l'attribuant à la jalousie et S... sortit de prison.

L'événement fatal n'avait été que différé. Quelques temps après. S... que sa jalousie tourmentait plus que jamais, poursuit la ûlle H..., et la rencontrant dans la rue de la Bûcherie, il la frappa au cœur d'un instrument pointu qui la tua sur le champ. S... fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Gracié au bout de quelques temps, il s'établit dans sa commune et jamais on n'eut le plus léger reproche à lui faire.

En 1878, un crime horrible de férocité bestiale était commis à Montby. Voici l'acte d'accusation lu à l'audience du 6 décembre à la Cour d'assises de Besançon.

L'accusé Nachin, avait conçu pour la tille Elisa Bondot, journalière à Gondiment-Montby, la plus violente passion. Celle-ci après avoir longtemps résisté aux sollicitations de Nachin, dont elle redoutait le caractère emporté, avait fini par y succomber et par nouer de gré ou de force des relations intimes avec lui.

Le lundi 9 septembre dernier, Céline Rondot se rendit à la fête de Fontaine, village voisin de Goudiment-Montby, et y dansa une partie de la journée sans vouloir accorder la moindre faveur à Nachin, dont la jalousie fut vivement excitée Lorsque le bal fut fini, la jeune fille prend le bras d'un de ses danseurs, le sieur Bailly, pour revenir à Montby et Na-

chîn dont rirritation ne faisait que grandir, la suivit en proférant contre elle les plus grossières insultes. Puis au moment où elle allait rentrer chez elle, il lui prit le bras avec violence et lui dit d'une voix sombre, «tu ne périras jamais que par mes mains. ))

Le lendemain, Nachin qui rôdait autour de la maison Rondot, en vit sortir Bailly que le père de Céline avait invité à boire avec lui. La jalousie se réveilla avec une sorte de fureur et, vers six heures du soir, il vint faire à la jeune fille et à ses parents les plus graves reproches. Effrayé de rallilude violente de l'accusé, Rondot père quitta aussitôt le domicile pour aller prévenir le maire de la commune, après avoir recommandé à sa femme et à sa fille de fermer la porte avec soin. Les deux femmes restées seules ne tardèrent pas à entendre autour de la maison des pas précipités et reconnurent avec effroi qu'un homme cherchait à s'introduire chez elles. Après avoir essayé d'entrer en brisant une vitre de l'écurie, on avait enfin réussi à s'introduire dans la grauge, lorsque, glacées de terreur à l'idée que Nachin venait mettre à exécution les menaces qu'il avait proférées dans la journée, la femme Rondot ouvrit la porte de la rue et se prépara à fuir.

A ce moment, Nachin parut sur le seuil une hache à la main. « Malheureux, viens-tu nous assassiner » s'écria la femme Rondot ! « Oui, répond Nachin, vous y passerez toutes les deux et c'est par toi que

je vais commencer » et levant sa hache, d'un premier coup il lui abattit trois doigts de la main qu'elle portait en avant et d'un deuxième coup lui fendit le crâne. La malheureuse femme tomba foudroyée. Quelques heures après elle expirait.

S'avançant alors vers Céline, accourue au secours de sa mère. « Je vais t'en faire autant » cria t-il en levant sa hache. Mais la jeune fille se jeta sur lui en le suppliant de lui faire grâce. Elle parvint en se cramponnant à la hache à la lui faire tomber des mains et à le repousser insensiblement lui-même jusqu'au dehors de la maison ; là elle se mit à crier de toutes ses forces « au secours, à l'assassin I »

Alors se passa une scène d'une indescriptible horreur. Ivre de fureur, Nachin se précipita sur C. R., la terrassa, et tout en l'accablant de coups de pied et de coups de poing, il chercha à étouffer ses cris en lui introduisant dans la bouche une poignée de gazon. N'y pouvant parvenir, il lui plongea la main dans la gorge et chercha à l'étrangler. Puis profitant de la terreur et de l'accablement de sa victime, à quelques pas du cadavre de sa mère, il lui fit subir les derniers outrages. Sa passion assouvie, Nachin dit à la malheureuse fille ; « maintenant tu vas mourir )) et lui montrant ses mains encore ensanglantées, (( c'est le sang de ta mère, je viens de la tuer et je vais t'assommer à ton tour » puis il recommença à la frapper avec violence sur la tète et sur la face.

C... éperdue, se jeta à son cou en pleurant et en lui demandant grâôe. L'assassin eut alors un moment d'hésitation, il lâcha sa victime qui prit aussitôt la fuite dans la direction d'une maison voisine habitée par les époux Jeanney. Elle allait y arriver lorsque l'accusé la rejoignit et, la prenant par les cheveux, la terrassa au seuil de la porte. Mais à ses cris de détresse, il lâcha de nouveau G... qui, avec l'énergie du désespoir, put se relever et se précipiter dans la maison Jeanney. Nachin la suivit en poussant des cris de fureur, se fit servir à boire parles maîtres de la maison qui, dans leur épouvante, ne tardèrent pas à prendre la fuite, abandonnant ainsi la malheureuse fille. Seul avec sa victime, il la terrassa une troisième fois, s'assit sur sa poitrine, lui serra la gorge jusqu'à ce qu'elle demeurât sans mouvement. Il sortit alors de la maison et s'en alla boire en repétant sans cesse « j'ai tué deux personnes et c'est Célina qui en est cause. »

Celle-ci, heureusement, n'était qu'évanouie ; les nombreuses contusions qu'elle avait reçues dans la lutte n'ont pas, jusqu'à présent, de conséquences fâcheuses et, grâce à un traitement énergique, elle a pu échapper aux tentatives de Nachin.

L'accusé n'a cherché à nier aucune des circonstances des trois crimes qu'il a commis. Jl a tenté seulement de les excuser en les attribuant à l'ivresse et à une jalousie folle qu'il n'avait pu maîtriser. Mais les

excuses ne sauraient atténuer la responsabilité. Nachin n'était point ivre le jour du crime ; il avait peut-être bu plus que de coutume, mais il avait certainement, au dire de tous les témoins, la pleine conscience de ses actes. C'est avec une froide préméditation qu'il a agi. Dès la veille, il annonçait à Célina qu*elle ne mourrait que de sa main. Deux heures avant le crime, il menaçait de mort tous les membres de cette malheureuse famille, et pendant plus de dix minutes il est resté, sa hache à la main, cherchant vainement une issue pour pénétrer dans la maison Rondot. Toutes circonstances qui ont accompagné ou précédé les crimes dont il a à répondre, dénotent chez Taccusé une odieuse férocité que rien ne saurait excuser...

Les débats ont été accablants pour Nachin qui a été condamné à la peine de mort.

Viol. — Ainsi que nous l'avons déjà signalé, le viol est un fréquent motif dans les crimes étranges, soit que le coupable espère se dérober au châtiment en faisant disparaître le seul témoin qui puisse Taccuser, soit que dans la lutte, il ne puisse vaincre la résistance ou étouSer les cris qu'eu donnant la mort. Mais souvent il ne se borne pas à tuer simplement. Pris d'une rage inqualifiable et inexplicable, le meurtrier s'acharne sur sa victime, lui fait subir

les plus odieuses mutilations. Nous en avons cité de nombreux exemples dans notre ouvrage sur les Aberrations du sens génésique (\). En voici encore quelques-uns :

Un jeune homme de 24 ans, transporté par une ignoble passion, se livrait sur des enfants de 9 ans à des actes monstrueux et assassina sa dernière victime, parce qu'il ne pouvait la posséder vivante.

C'est dans un marais qu'il a commis ce dernier crime. Il a bâillonné l'enfant et enfoncé une branche de tamarin dans l'abdomen ; il a arraché les boucles d'oreilles, et c'est sur ce cadavre mutilé qu'il a assouvi sa bestialité. Cet individu a été condamné à mort (2).

— Dans un faubourg, une homme entraîne à l'écart une toute jeune fille qui jouait dans la rue, satisfit sur elle ses appétits bestiaux et lui ouvrit le ventre jusqu'au nombril (3). "

— On a arrêté à Noyon, près Saint-Lô, un misérable nommé Poucet, coupable d'un crime presque incroyable.

Après avoir solidement garotté sa mère, une vieille

(1) MoRKAu, de Tours. Aberrations des sens g énésiques. Paris, Asselin. éditeur.

(2) Cour d'assises de la Cbarente-Inférleure, 24 novembre

(3) Luçon, 5 juillei 1879.

femme de 71 ans, Poucet s'était livré sur elle aux derniers outrages puis, sa lubricité satisfaite, il Fa* vait assommée à coups de bâton.

— Au mois de décembre 1883, un jeune homme de 28 ans, d'une rare bestialité, comparaissait devant la Gourde la Haute-Savoie.

Le 28 juillet, dans Técurie d'un chalet inhabité, au hameau de Beaubois, commune de Beaufort, on découvrait dans la crèche, le cadavre d'une femme inconnue dont le ventre, fendu par un coup de couteau, laissait échapper les intestins; la cuisse gauche présentait également une large blessure.

La voix publique désigna aussitôt comme devant être Tassassin, Joseph Pavillet, que la gendarmerie mettait immédiatement en arrestation.

Le coupable était bien lui en effet; après quelques hésitations, il en faisait l'aveu et c'est d'après ses propres dires qu'on a pu reconstituer la scène du crime qui n'a été vue par aucun témoin.

Le 20 juillet, vers 3 heures de l'après-midi, Pavillet descendait la montagne de Rosenland. Arrivé près du chalet isolé, il aperçut, vers un ruisseau, à dix pas du chalet, une mendiante prenant un léger repas, il l'aborda, lui fit des propositions déhonnêtes et les voyant repoussées, il saisit cette femme par le bras, et de vive force, l'entraîna dans l'écurie

(1) Saint Lô. 6 juin 18...

du chalet restée ouverte. Là il essaya de la renverser par terre ; lui ayant saisi le cou il la serra jusqu'à rétoufier et la fit ainsi tomber sur le sol ; voyant que, quoique suffoquée, elle remuait encore, il s*empara d'une pierre pesant plusieurs kilogrammes et lui jeta sur la tête. Sa victime, paraissant complètement inanimée, il se rua sur elle et assouvit sa brutale passion. Puis, pour être sûr que la mort garderait son secret, craignant que cette femme ne revint à la vie, il ouvrit le ventre depuis Taîne jusqu'au sternum. 11 fit également une profonde blessure à la cuisse.

Ce n'est pas d'ailleurs le premier crime que commettait cet homme de 20 ans, car l'acte d'accusation dressé contre lui, expose quatre autres fdits analogues et encore plus monstrueux.

On a vu également le viol commis non plus par un seul homme, mais par des hommes réunis qui, véritablement affolés par la crainte d'une dénoacialion, se ruent sur leur malheureuse victime, la mutilent et assouvissent leur passion brutale.

Une jeune fille de 13 ans, habitant Candry (Nord), allait chaque jour à Carrières, pour apprendre l'état de couturière.

Samedi dernier (12 février 1881), sur la route de Beauvais à Candry, deux individus se jetèreut sur elle en lui criant : « la bourse ou la vie ».

La pauvre enfant leur donna son panier et son

porte-monnaie contenant 8 francs, et prit rapidement la fuite pendant que les deux misérables regardaient ce que pouvait contenir le panier et le porte-monnaie. Mais les malfaiteurs se mirent à sa poursuite ; ils la saisirent et lui demandèrent où elle allait. La jeune fille n'eût pas, sous Tinspiration de la terreur, le sang-froid de feindre et elle déclara qu'elle allait se plaindre au bureau de police de Candry. Immédiatement, les deux misérables la jetèrent sur la route, prirent les ciseaux qu'elle portait et lui crevèrent les yeux. Puis, sur ce pauvre petit corps pantelant, malgré les cris de douleur de leur victime, ces bêtes fauves se livrèrent sur elle aux derniers outrages et la souillèrent au point que la pauvre martyre succombait le lendemain au milieu des plus affreuses souffrances.

Parfois, le viol est bien la cause première. En vertu de la loi inéluctable de la contagion, leurs auteurs inventent à qui mieux mieux les tortures les plus raffinées. Le viol n'est que secondaire dans le cas suivant :

De nombreux malfaiteurs infectent, comme on le sait, les quartiers de la gare et de la Maison- Blanche. Quelques uns d'entre eux se sont livrés, dans la nuit du jeudi-vendredi 22-23 août 1889, sur la personne d'une jeune fille de 17 ans, à un attentat véritablement révoltant.

Vers onze heures du soir, deux de ces individus ayant rencontré une jeune fille sur l'avenue de Choisy, parvinrent à la décider à les suivre sous prétexte de la reconduire à son domicile. Chemin faisant, ils la firent entrer dans un terrain vague.

Joséphine se vit bientôt entourée par neuf individus qui se jetèreut sur elle, la bâillonnèrent avec un foulard et lui firent subir à tour de rôle les derniers outrages, après lui avoir bandé les yeux avec un mouchoir. Les malfaiteurs ne bornèrent pas leurs exploits à ces actes de violence ; ils dépouillèrent la jeune fille de ses vêtements et s'amusèrent à l'enduire de goudron de la tète aux pieds. En môme temps, ils lui barbouillèrent le visage d'excréments. Ils profitèrent même de ce que leur victime avait complètement perdu connaissance pour lui voler son porte-monnaie contenant 20 francs, lui arracher sa bague et ses boucles d'oreilles. Pendant 3 heures, Joséphine dut subir les monstrueuses tortures que lui infligèrent les misérables.

A 2 heures du matin, des agents en tournée ayant perçu les gémissements de la malheureuse, se rendirent sur le terrain vague et relevèrent la jeune fille dont le corps, abominablement souillé, n'avait plus forme humaine. Joséphine a été transportée à la Pitié. On craint qu'elle ne perde la vie.

Voici un autre fait non moins odieux, mais heureusement rare.

Le 12 octobie 1889, une jeune placière en confections, Mil® Rosalie L..., demeurant rue de Rivoli, avait passé la soirée au théâtre de la Porte-Saint- Martin.

Désirant rentrer promptement à son domicile, elle héla une voiture qui passait à vide et le cocher, fort aimable, lui promit de la conduire en moins de dix -minutes. Le fiacre roula longtemps, tournant à droite, tournant à gauche, bondissant sur les pavés dans une course vertigineuse, et Mil® R..., qui ne connaît pas très bien la topographie de Paris, se demandait si on allait bientôt arriver rue dé Rivoli, quand tout à coup la voiture s'arrêta. On était à Grenelle, dans une rue absolument déserte et à peine éclairée. Descendu de son siège, le cocher parut à la portière. Très effrayée, la jeune fille demanda dans quel quartier on l'avait conduite. Il n'avait donc pas compris 1 adresse qu'on lui avait donnée? G. ne répondit pas, il ouvrit la portière, monta tranquillement dans la voiture, s'assit à côté de M^i® R... Ne comprenant rien à l'attitude du cocher et craignant d'être tombée dans un guet-apens, la jeune femme allait appeler à l'aide quand G... se jeta sur elle comme une bête fauve et chercha à la violenter. M^i^R... se défendit désespérément à coups d'ongles, mit en sang le visage de son agresseur. « Ah ! c'est .comme cela, tu peux faire des manières, va, je

urai tout de même.

SUiaDES ET CRIMES ÉTRANGES 97

En ce moment, on entendit le bruit d'une voiture qui s'approchait. Le cocher qui la conduisait était un camarade de G.... Tous deux étaient au service du môme loueur, rue Croix-Nivert. L... s'arrêta et consentit à aider G... dans son ignoble entreprise. Pendant que le second cocher remontait sur son siège, le premier maintenait M^® R... au fond de la voiture et lui comprimait la bouche avec les mains, pour étouffer ses cris. Quelques minutes après, G... rentrait au remisage, ayant toujours dans son fiacre, l'infortunée jeune femme, que la terreur avait fini par rendre muette. La maison était endormie. Les deux cochers portèrent leur victime dans l'écurie et pendant plus d'une heure, ils abusèrent d'elle en employant les violences les plus odieuses. A 3 heures du matin. G... et L. . . jetaient M^^® R... dans la rue, et la pauvre fille meurtrie et sanglante, erra sous la pluie qui tombait à flots, jusqu'à ce qu'elle eut rencontré deux agents à qui elle raconta sa lamentable aventure.

Les cochers ont été arrêtés à leur domicile respectif.

— On n'en finirait pas si l'on voulait retracer tous les faits de ce genre qui se reproduisent à l'infini et presque tous les jours.

Mais il nous reste à signaler des faits qui constituent le degré le plus extrême et le plus rare des déviations de l'appétit vénérien et dénotent chez leurs

8S SmCiPES ET PRIMES É'fRANGfiÇ

aqteurs la plus étrange aberration meatale, coïpci- (]ant parlois en apparence^ ayec la plus saipe raisq^.

Profanation de cadavres. — Connus dai^s Tan^iquit4 et au moyen âge, sous le nom de lycanthropes, vampires, démoniaques, déaom mes nécrpphiles p^r Guislain, etc., ces malheureux fièrent la terfei(f des populations et Fol^jet des plus cruelles mesures.

Des exemples se sont produits où des faits de ce genre ont pu être imputés à des individus parfaitement responsables (au premier abord), de leurs actes et qui, pour toute excuse, alléguaient Yi^^^ flùence exercée par leur libre arbitre, par des besoins vénériens excessifs, par la violence de certaines passions et la dépravation extrême de leur imaginatiqn, une cause inconnue, mais impulsive, involontaire, à laquelle ils succombaient malgré eux, fatalementr Recherchant avec soin les antécédents de ces individus, on retrouvait bien vite dans leur histoire, unp hérédité implacable qui pesait sur eux, donnant la clef de ces impulsions morbides.

On se rappelle qu'il n'y a pas quarante ans (1847), l'attention du monde entier fut attirée par un homme, le sergent Bertrand, accusé et auteur de profanatiqn et de viols de cadavres. Cette perversion monstrueuse met en lumière un fait de pathologie mentale dont la nature fut la source de nombreuses discussioa^

âUICibEâ Et GRIMBS ÉttlANGES 94

scîelitiflqùes sur lesquelles nous n'avons pas à revefai!r. Tout rîntérèt qui se rapporte à ces dépravations étant du domaine delà médecine légale, nous serons brefs et ne citerons que quelques cas récents qui confirment ce que nous venons de dire (1).

Vers la fin du mois de mars 187... le gardien du feiïtoetière de Saint-Ouen, en faisant de très bonne h^ure, sa tournée réglementaire, découvrit un corps dé femme étendu sur le talus de la fossé commune, t'hélait le cadavre de la nommée Fernande Méry, igée de 18 ails, qui était morte Tavant-veille à Belleville, rue Moret, et qui avait été enterrée le jeudi ^ir à une heure. L'individu qui l'avait déterrée, ne devait pas avoir eu grand mal à accomplir son action, car le cercueil n'avait été recouvert que d'une tegère couche de terre qui n'avait pas eu le temps de se tasser et il n'était appuyé qu'à une mince clôture en planches fixée par quelques clous.

Le gardien vit bientôt en présence de quel genre de crime il se trouvait. Tout soupçon de vol devait être écarté à cause de la pauvreté de Fernande Méry. De plus, la position du corps complètement nu ne pouvait laisser aucun doute. Le cadavre avait été violé. Les constatations du médecin appelé, confirmèrent pleinement les soupçons. du gardien.

(1) Aberrations du sens génésique^ p. 248 et suivantes. AsseHn, éditeur.

— Il y a quelques années (août 1889), on trouvait dans le cimetière de Cergey, Seine-et-Oise, une petite fille déterrée. Sans penser à Texaminer, on se rappela qu'il y avait trois ans (1886), le même fait s'était produit. Le lundi 7 octobre 1889, on constatait qu'une vieille femme, enterrée depuis un mois, avait été, dans la nuit précédente, arrachée de sa tombe. Cette fois, on fit une enquête sérieuse. Il répugne de dire ce qui a été découvert. L'individu coupable a été arrêté. Pressé de questions, il a avoué avoir déterré les deux petites filles et la vieille femme et avoir abusé de cette dernière.

— A la Rochelle, au mois de janvier 1891, on arrêtait le cocher des pompes funèbres qui, logé à l'hôpital civil, avait été surpris dans l'amphithéâtre de cet établissement, profanant le corps d'une morte après l'avoir dépouillée et lui avoir coupé une mèche de cheveux.

Il a avoué que plusieurs fois, la nuit, il avait commis des atrocités pareilles.

Cet individu est âgé de 42 ans.

Imitation. — Nous examinerons maintenant les meurtres étranges, commis sous l'influence de l'imitation.

L'histoire de l'imitation, de tous temps signalée à l'aUention publique, n'est plus à faire et, pour notre

faible part, nous avons nous-même, à plusieurs reprises, étudié son action désastreuse sur certains cerveaux mal équilibrés.

Dans un excellent travail, le D' Aubry (1) a étudié très à fond cette intéressante question. Après la lecture de cet ouvrage, il est impossible de ne pas accorder à Timitation, un rôle prépondérant dans certains crimes à (( sensation )).

On ne saurait nier que l'introuvable individu qui s'est fait un nom célèbre dans les annales du crime, sous le nom de « Jack Téventreur » n'ait eu des imitateurs, que le dépeçage, procédé commode pour faire disparaître un cadavre toujours gênant, se remarque toujours par série ? Faut-il rappeler les noms de Billoir, Boyer, Lebrez, Barré, Menesclou, Mille, etc., etc. Faut il rappeler l'influence des grands bouleversements sociaux sur la contagion ? C'est un fait nettement mis en lumière et auquel nous avons assistés lors des sanglants événements de la Commune de Paris, en 1871.

Mais ces faits ont trop frappé l'imagination pour qu'il soit nécessaire d'y insister. D'ailleurs, il ne nous apprennent rien de particulier. Ils constituent un chaînon de la chaîne, mais n'apportent aucun argument nouveau.

(i) Adbry. La Contagion du meurtre. Alcao, édit. 1894, 2* édition .

lOâ SUICIDES ET GRIH^S ÉTRANGES

On nous permettra cependant un exemple de « Tesprit des foules » .

Au Texas, à San Antonio (1), un individu, nommé Joë Savage, était recherché par la justice, pour le meurtre d'un fermier.

Savage n'en était pas à son coup d'essai, il avait déjà été accusé de trois meurtres, convaincu deux fois de faux, une fois de bigamie et frappé de seize condamnations différentes, pour attaques à main armée, rixes et bagarres sanglantes.

Le 8 mars^ la présence de Savage fut signalée dans un petit cabaret des fauboui^s et le constable, aidé de deux courageux citoyens, entreprit de le mettre en état d'arrestation.

Savage, contrairement à Tattente générale, sembla bien prendre la chose ; il invita même le constable à boire un verre avec lui. La politesse fut acceptée, mais au moment où le malheureux représentant de la loi portait son verre à ses lèvres, Savage, prompt comme l'éclair, tira son revolver et le foudroya d'une balle dans la gorge.

Profitant de la stupéfaction générale, l'assassin s'enfuit et gagna la campagne.

Une troupe de citoyens indignés se met à sa poursuite et le trouva, la nuit dernière, caché dans la

(1) 9 mars 1891.

grange d'une métairie. Séance tenante, il fut traîné sous l'arbre le plus voisin ; une corde fut attachée à la maîtresse branche, passée au cou de l'assassin et on allait le pendre quand une idée diabolique s'empara des exécuteurs. L'un d'eux, ayant trouvé dans la cour de la ferme un bidon d'essence de pétrole, propose de brûler Savage. L'idée fut accueillie avec enthousiasme.

Malgré les cris désespérés du malheureux, on satura ses vêtements du liquide inflaipmable et les alluma. \.'

Après s'être quelques temps repu§ de l'épouvantable agonie du misérable, les bourreaux hissèrent leur victime et se retirèrent, laissant se balancer à cette potence improvisée, le cadavre en feu qui éclairait au loin la campagne de ses lueurs sinistres.

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