CHAPITRE IIL
tJorrespondance du Clergé avec Rome y en 1819.
L'eiîvoi d'un négociateur à Rome avait frappé l'attention du clergé de France , et le mouvement d'une curiosité inquiète de sa part était bien naturel. Il s'agissait de son état -, celui-ci avait paru, fixé par le concordat de 181 ■y. Son exécution était suspendue ; une négociation survenait, le clergé ne se voyait pas plus consulté qu'informé ; en aurait peur à moins. Celle-ci avait gagné le clergé , et lui dicta la lettre placée sous le n^ \ des pièces justificatives. Cette lettre motiva la réponse du Pape qui se trouve sous le n° 2 des mêmes pièces, et la réponse des évêques au Saint- Père, placée sous le n° 3. Ces trois pièces forment la correspondance qui a eu lieu entre le Pape et le clergé, à l'occasion de la négociatioa dirigée par M. le comte Portails.
Cette correspondance présente plusieurs rapports qui méritent d'être examinés.
1°. La joie et les espérances que le concordat de 181 -j avait fait concevoir au clergé.
2°. L'aveu que la négociation n'avait pour objet que de pourvoir aux sièges vacans parmi ceux reconnus par la loi de 1801.
3°. Des plaintes sur le mystère fait au clergé de l'existence et de l'objet de la négociation.
4°. Le tableau de l'église de France.
5^. L'abandon entier fait par le clergé au Pape de sa direction propre.
6°. La forme de cette lettre.
Le premier de ces articles est pour moi un vrai sujet de deuil, comme d'un profond étonnement pour mon esprit :, car il ne peut s'élever au point de reconnaître un clergé à sa place, lorsque celui-ci la choisit en dehors de la nation, lorsqu'il sent, lorsqu'il voit autrement qu'elle ; alors loin d'être avec la nation, il est en opposition avec elle. Car dès qu'il j a différence entre elle et lui , par là même il y a opposition. L n clergé séparé d'opinion et d'affection avec la nation dont la direction lui iiico/nbe , avec la natfon à laquelle il incombe aussi de pourvoir à ses besoins, me parait être dans une position contradictoire au principe de son institution^ k l'efficacité de son action , et la plus critique pour son ministère et pour lui-même. Lorsque pour* agir sur les hommes , on n'a pas d'autres moyens que la persuasion, comme on ne peut pas persuader sans être entendu j il faut veiller avec a t^
(3/ ) teniion sur le moyen de s'entendre, et pour cela
commencer par parler la même langue qae ceux que l'on prétend diriger. Sans cet accord indispensable dans le langage, toute influence est impossible. Or, dans cette circonstance, la joie alléguée par le clergé formait un contraste bien frappant avec les sentimens que la nation manifestait ; car il s'en fallait de beaucoup qu'elle ressentît cette satisfaction qui est en possession de produire Fallégresse , et ce qui se manifestait parmi elle, ne pouvait laisser de doutes sur ses dispositions. Le ministère ne s'y méprit pas, et la connaissance de Tétat réel des cboses le porta à renouer avec Rome une négociation destinée à corriger le sujet de cette joie prétendue. Lorsqu'il se porta à cette détermination, le ministère ne cédait pas à une fantaisie, mais il sentait dans Topinion un fonds résistant contre lequel il désespérait de prévaloir. C'est ce *que le clergé lui-même reconnaît, lorsqu'il dit qu'on lui a allégué l'existence d'obstacles insurmontables. Où se trouvaient ces obstacles ? Etait-ce dans l'argent ? jNon , car il était trouvé depuis la loi de 1816 qui attribue au clergé une dotation en forêts d'un produit ce 45 000)Goo fr. Où donc était la difficulté ? Dans l'opinion formellement prononcée contre le concordat -, elle était là et nulle part ailleurs. Lorsque le Gouvernement se ren-
(38) contre vis-a-vis de cette opinion, son arl est d'apprécier au juste son intensité , et lorsque celle-ci est trop compacte, d'éviter à tout prix ■de se commettre avec elle , car alors il a devant lui un écueil certain. Ceux qui , comme le clergé l'a montré dans cette circonstance, ne trouvent pas leur compte dans le respect forcé qu'inspirent de pareils obstacles, mais qui n'ont pas personnellement la charge de les vaincre, comme ils sont en sûreté, peuvent aussi se récrier tout à leur aise. Mais ceux qui ont à supporter le poids do ces mêmes obstacles, sont bien obligés de prO'céder autrement. C'est ce qu'ont fait les ministres. Ils ont vu une nation entière dans l'érétbisme de la haine contre le concordat. Aucun espoir de le faire adopter ne brillait aux yeux d'hommes éclairés sur les dispositions véritables de la nation. Dans cet état, et laissant à l'écart les illusions dont le clergé se berçait , le ministère dut régler sa marche sur ce qu'il voyait exister dans la nation qu'il était chargé de diriger. Tout le reste ne pouvait que l'égarer. Le clergé dit qu'il n'aperçoit pas d'obstacles vraiment insurmontables; à la bonne heure, mais le ministre les voyait, et devait les éviter; aussi n'est-il pas trop affligeant de voir le clergé se méprendre au point déparier de la joie universelle produite en France par le concordat de 1817, tandis que
(59 ) c'étaient les sentîmens les plus directement contraires qui éclataient partout !
La France remplie de joie par ce concordat ! En vérité^ ceux qui le disaient, y avaient-ils bien regardé , et que croire de leur manière d'apprécier les choses, en les voyant commettre de pareilles méprises! Le concordat de 1817 faisait la joie du clergé, parce qu^il était son ouvrage , et parce qu'il lui apportait des avantages; mais la France n'avait pas trempé dans cette œuvre; la France n'avait rien à y gagner. Elle devait donc en juger tout autrement que le clergé, placé dans un autre point d'optique, et ce qui faisait la joie de l'un , par là même devait faire la tristesse de l'autre. De plus, le clergé avait-il songé au jugement que le Pape aurait à porter de cette assertion. Car elle le plaçait entre le clergé qui disait que toute la France était enchantée du concordat , et le ministère qui l'a^. surait qu'elle était soulevée contre lui. Si le Saint-Père n'eût pas été pourvu de toutes les lumières propres à lui faire discerner la vérité entre deux allégations si exclusives l'une de l'autre, que fi\t-il arrivé? C'est qu'en attendant que l'on fut d'accord , il n'y aurait eu ni le concordat de 1817, ni l'accord de 1819. Voilà à quoi le clergé s'exposait avec ses assertions, heureusement elles choquaient tellement l'évidence ,
que le Pape a passé outre, en se laissant diriger par ceux qui avaient la connaissance des faits réels. Lorsqu'en affaires on prend pour base des assertions qui n'ont de fondement que dans notre pensée ou dans nos intérêts propres, on s'expose à de graves erreurs ou à de rudes repoussemens. Le clergé a été en clierclier un que rien ne lui conseillait de se procurer.
Il a été dit au chapitre deuxième de cet écrit , que la négociation avec Rome n'avait pour but que de pourvoir aux sièges vacans parmi ceux érigés par la loi de 1801. Cette assertion se trouve justifiée par la lettre des évèques, qui disent au Pape, et qui pouvait mieux le savoir que luij que pour le moment ^ il n est plus ques^ tion que d- pourvoir aux cinquante sièges qui existaient ivant le concordat de iSi-;/. C'est donc à ce point unique que se bornait la négociation de 1819. Le clergé se plaint d'avoir été tenu à l'écart de tout ce qui a rapport à cette négociation. Il allègue 1° que le silence le plus absolu a été la seule réponse à ses supplications ; que les bulles d'institution données par Je Pape, en vertu du concordat de 1817, n'ont pas été remises aux titulaires. Le clergé apprend que l'auT née précédente on avait proposé une réduction des sièges épiscopaux, portés à 92 par le concordat de 1817, et qu'alors on n'apercevait pas d'autre difficulté dans son exécution.
Je reprends ceci.
Les plaintes exprimées par le cierge sont fonde'es; c'est avec raison qu'il trouve mauvais que les affaires de l'Eglise soient conduites sansla participation de l'Eglise, et qu'elle ait à recevoir son état au lieu de le faire elle-même; c'est avec une égale raison qu'il s'élève contre la retenue des bulles accordées pour les évèques nommés : en cela le clergé est conduit par ce que j'appellerai rinstinct de sa nature, qui lui fait sentir qu'il est contre nature que le prince temporel puisse retenir le titre et la preuve testimoniale d'un pouvoir spirituel; mais il fallait remonter plus haut, et commencer par se demander pourquoi le spirituel et le temporel étaient touj-ours mêlés ensemble. Si le clergé n'avait pas de siècle en siècle contracté l'habitude de faire dépendre son état de l'action du pouvoir temporel; si, par la plus déplorable confusion, il n'avait pas cessé de porter ce pouvoir à s'immiscer dans la décision de ses affaires, d'invoquer son bras contre ses adversaires, de briguer son appui, de rece- Toir ses faveurs , il ne se trouverait pas dans l'assujétissement où il est plongé^ et dont il se plaint. Mais , c'est de lui - même dont il a à se plaindre; c'est son aveuglement, sa liaison intéressée avec le temporel qu'il doit accuser. Quoi ! il sera sans cesse occupé d'invoquer le pou^
voir temporel , allentif à profiter de ïa protection qu'il en aura obtenue; et lorsque celui-ci croira avoir des motifs pour agir sur lui sans lui , alors il se récriera, il exprimera des regrets! Le clergé doit savoir que l'on n'aliène pas impunément son indépendance , que l'on ne renonce pas à ses attributs élémentaires sans dommage. Le clergé appartient tout entier au spirituel -, lorsqu'il se lie avec le temporel, il sort de sa nature propre, il perd sa force qui, sans bornes dans Tordre spirituel, se trouve sans nerfs lorsqu'elle est transportée dans l'ordre temporel. Il commande dans celui-ci, il ne peut que servir dans celui-là. Alors les princes traitent sans lui, lui apportent des traités tout faits, au bas desquels on n'aperçoit pas un seul nom ecclésiastique; alors le prince temporel garde dans ses archives les pouvoirs spirituels donnés par le chef du culte catholique. Celui - ci \oit tin évèque et un évêché, là où le prince refuse de les voir; tout tombe dans le désordre, parce que tout est hors de la nature. Des hommes que l'on a a-ppelés philosophes ont aperçu ce désordre ; ils l'ont indiqué. Un cri d'indignation s'est élevé contre eux; on les a dénoncés comme ennemis delà religion, parce qu'ils voyaient ce qui la détruit, et qu'ils en demandaient le redressement Napoléon avait fait un concordat : Napoléon a , pendant six ans , retenu les bulles
données par le Pape... Le Roi a fail aussi un coucordatj il a aussi retenu les bulles données en 1817. Les hommes, les intentions , les procédés , sont difïérens aux deux^époques, et cependant le même résultat se représente toujours, parce que le principe reste le même.... Le spirituel et le temporel étant aussi mêlés et brouillés sous Louis XVIII qu'ils Tétaient sous Napoléon, il est naturel que ce mélange produise dans un temps ce qu'il a produit dans l'autre , d'après la règle de nature, qui veut que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Oa ne conçoit pas les uns sans l'autre, p^ plus que l'une sans les autres -, et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est quele clergé en soit encore à ne pas se douter du principe du mal, et continue d'attaclier son salut a la protection du temporel : en quoi il se conduit dans l'ordre religieux comme il le fait dans l'ordre politique, où il s'est lié à titre de protection au système qui est le plus propre à le détruire. Le clergé allègue de plus que la réduction des diocèses au nombre des départemens, est insuffisante pour le service religieux. Il parait que c'est à ce dernier nombre que le Gouvernement et le Pape étaient convenus de s'arrêter. Leur résolution aurait trouvé de l'appui dans l'opinion publique, qui, très juste dans ce
point , indiquait cette fixation comme couforme au bon ordre administratif qui faisait trouver aux habitans d'un département , dans son chef-lieu , les moyens de pourvoir à leurs besoins de toute espèce. Par cet établissement , un déparlement est un petit état complètement organisé. Lorsque le concordat parut, on s'attendait à y trouver cette disposition-, et son introduction, dans cet acte, lui aurait épargné de fortes contradictions.... Mais lorsqu'on vit les faveurs distribuées inégalement, des départemens surchargés de sièges épiscopaux, tandis que d'autres en étaient déshérités, deux archevêchés et un évèché dans un même déparlement, alors on se demanda pourquoi des charges communes n'étaientpas compensées par des avantages communs ; pourquoi des départemens qui n'avaient pas d'évêchés, payeraient pour ceux qui en comptaient trois.... Le clergé avait pu ressentir vivement, ainsi qu'il le dit, l'avantage ou le désir de rappeler le souvenir des églises qui avaient jeté un grand éclat sur les fastes de la religion ;, mais cette considération, à peu près nulle pour la presque totalité des administrés, ne compensait pas la violation de la justice à l'égard de ceux qui , n'ayant pas d'évêchés, avaient à supporter le poids de ces glorieuses résurrections. I ly vait dans l'inlenlion de ce rappel un oubli
(45) de l'ëtat nouveautés choses..... Lorsque les
sièges épiscopaux subsistaient des fonds ecclésiastiques et sans charges directes sur les peuples^ l'Eglise pouvait disposer de sa propriété dans Tordre qu'elle jugeait le plus convenable à ses inte'rêts personnels. Mais depuis qu'elle vit de tributs, c'est tout autre chose. Elle doit consulter avant tout les convenances de ceux qui ont à fournir ces tributs alimentaires. Or, c'est ce qui arriva en France à Tépoque du concordat. On n'avait pas tenu compte du changement survenu dans la manière de pourvoir aux besoins du culte ; et lorsque les auteurs du concordat n'eurent songé qu'aux souvenirs des grandes églises, ils se trouvèrent vis-à-vis de ceux qui avaient à les payer : ce qui établissait une grande différence entre eux, et qui fit que les uns trouvèrent très mauvais ce qui avait paru tout simple aux autres. De plus, il est vrai de dire que la fixation du nombre des évêchés, réglé sur celui des départemens, rappelait l'ouvrage de l'Assemblée constituante , dont le clergé n'a guères à cœurde recommander le souvenir.
Le clergé rappelle deux fois les articles organiques ajoutés au concordat de 1801. Il a été démontré, dans les quatre Concordats, que ces articles avaient été abrogés par une administrar tion contraire , à défaut de loi d'abrogation po-
■ (46) sîtive, de manière à ce que dans la pratique le Gouvernement ne les ait jamais fait observer, mais qu'au contraire il les ait toujours, parle fait, considérés comme non existans. La bonne foi exige de le reconnaître-, elle faisait une loi au clergé de ne pas exciper d'une chose constatée comme non avenue par une pratique constante... Ces articles tant reprochés portaient sur quelques points au maintien desquels le Gouvernement n'avait aucun intérêt, et qu'il a abandonnés sans la moindre résistance à la première observation qui lui fut adressée. ...Les quatre Concordats ont dit quels étaient ces articles , il n'est pas nécessaire de les rappeler ici. Quand on veut voir les choses sans prévention , tout s'éclaircit sans peine.
C'est avec aussi peu de fondement que le clergé représente l'omission du mot religion , dans la loi relative aux abus de la presse , comme un acte hostile contre la religion catholique. Cette loi devait lui paraître à l'abri de ce reproche, après les explications données par les ministres du Roi sur les naotifs qui les engageaient à ne pas accorder une place à ce mot dans l'article de loi qu'ils proposaient. Leur intention , loin d'être contraire à la religion, y était entièrement favo» rable-, mais ils ne voulaient pas introduire un raoyen de conflit entre les cultes auxquels la
cliarte accorde une égale tolérance. Le motif était
si clair par lui-même, si formellement avoué par les auteurs de la loi, qu'on ne conçoit pas comment on a pu tirer de là un moyen djagression. ou de plainte-, il faudrait bien s'entendre soimême. Propose-t-on quelque chose contre le sens du Gouvernement? on crie 2i\x révolutionnaire y l'ordre social est bouleversé. Est-ce le Gouvernement qui propose ce qui n'est pas dans les idées du clergé? Alors ^ cest la religion qui est outragée , menacée. En vérité, on est bien embarrassé au milieu d'hommes dont l'esprit chagrin n'est jamais satisfait, et qui, quelque chose que l'on fasse , trouvent toujours quelle raison de se plaindre. Mais, ce qui est bien plul grave, c'est le tableau que le clergé présente au Pape de l'état de l'Eglise de France, et des dispositions du peuple français à l'égard de la religion. Cet article renferme une dénonciation véritable appuyée sur des faits absolument défigurés, et qui par là même méritent la plus sérieuse discussion. Le clergé dit ; Non-seulement nous n'a^ojis point senti alléger le poids de nos douleurs^ mais ils est encore appesanti surnous ^ et le temps n'est peut-être pas éloigné où il sera comme iinpossible de relever nos ruines. La discipline ecclésiastique se relâche^ un grand no?nbre de diocèses ne sont pas suffisamment gouvernés', les fidèles errent
co7mne des troupeaux sans pasteurs. Les établis^' semens ecclésiastiques languissent ; le sacerdoce s'affaiblit par des pertes que ne répare point un petit noin^hre d'élè<^es du sanctuaire souvent contrariés dans leur vocation , inquiétés dans leur instruction^ ou découragés par l'aspect de la misère et des dégoûts qui les attendent dans T exercice du saint jninistère. La religion est attaquée de toutes parts; ses ennemis semblent réunir leurs forces contre elle^ et ne se proposent rien moins que de l'anéantir. Dans ce royaume autrefois si chrétien et si fidèle ^ les livres impies vont et se répandent .^ les doctrines pernicieuses gagnent comme 4a gangrène. Les dérisions , les satires^ les calomnies sont prodiguées à l'em'i aux hommes apostoliques , aux missionnaires pleins de zèle qui se consument avec un succès si marqué pour prêcher le retour à la foi et par suite à la paix et au bonheur. Les évêques qui gouvernent les diocèses et ceux cjui sont destinés aux sièges actuellement vacans , ne peuvent agir de concert^ asservis ^ opprimés sous les mêmes régle?nens qu'avait imposés une domination étrangère et tyrannique, réduits à combattre à part ^ ils succomberont infailliblement ; et dans un temps plus court peut -.être que celui qu'avait inarqué l'usurpation , l'Eglise de France tombera pour né plus se relever.
Tel est le tableau que le cierge présente au
Pape de l'état de la France religieuse, matériel et personnel. S'ilt était tracé par la vérité, il faudrait s'alïliger beaucoup , car la religion , et avec elle TEtat lui-même , courrait de grands risques ; mais grâces au ciel, il y a beaucoup de motifs pour se rassurer; et, à une autorité chagrine, exagérante , on peut opposer une autorité calme , procédant avec des preuves certaines, s'appuyant sur des faits et des calculs, et qui , forte de tous les moyens de confiance et de persuasion, peut
seule fixer Tétat véritable des choses Cette
autorité rassurante, c'est le Ministre de l'intérieur, qui, dans son rapport au Roi, trace le tableau de l'état ancien et nouveau de l'Eglise de France, avec celui des améliorations déjà eJOTectuées et de celles que l'on se propose encore. Dans cet exposé tout est officiel , tout est hors de contradiction. Cet acte important se trouve sous le n° 4 des pièces -, c'est la statistique réelle de l'Eglise de France. Eh bien! il suit de ce tableau que les plaintes du clergé n'ont aucua fondement. Je vais les examiner, employant tour à tour l'autorité de la raison et celle de cet acte. Je ferai précéder cet cxaraén par une réflexion . c'est que déjà le ministre s'est trouvé en opposition avec le clergé dans la manière d'apprécier
les dispositions de la France à l'égard du con-
(5o) éordat de 1817.... On verra qu*il ne s'entend pas mieux avec lui sur l'état réel de la religion en France. Cette double contradiction ne forme pas un préjuge favorable pour le clergé, car on ne peut se dissimuler deux choses : 1° que le ministère ne soit très bien placé pour connaître l'état réel; 2*^ qu'il ne soit très favorable à la cause de la religion : il y aurait la plus extrême injustice à lui contester un seul de ces points.
Les sujets de plainte allégués par le clergé, se réduisent.aux suivans : 1° accroissement de ses douleurs -, 2° relâchement de la discipline; 3° affaiblissement du sacerdoce -, 4° attaques contre la religion. Tel est le résultat de son loug exposé. L'accroissement des douleurs n'est pas une cause : c'est un effet. Il faut donc rechercher la première. Si elle est fondée , le second l'est aussi ; si elle ne l'est pas , le second ne durera pas. Or, voilà ce qu'il y a à examiner. Ce que le clergé déplore, c'est le relâchement de la discipline , les pertes croissantes du sacerdoce, et les outrages faits à la religion. Ce sont sûrement des motifs bien légitimes de douleurs, et dont le sentiment est dans les devoirs du clergé ; mais il s'agit de savoir d'où proviennent ces maux, et quelle enest rintensité. Or^ sous ce double rapport, il y a k la fois méprise €t exagération dans les plaintes du clergé : on
( 5i ) pourrait même aller jusqu'à dire qu'alors- il y a faute de sa part. Ainsi il faudrait dire en quelle somme et pourquoi il y a relâcliemeut de la discipline ecclésiastique. Celle-ci n'est entravée ni combattue d'aucune manière. L'Eglise se dirige en France comme dans le reste de l'Europe , d'après ses règles propres et d'après la direction de ses chefs. Quel est l'article de la discipline eccle'siastique qui soit entravé , combattu ou. envahi par l'autorité civile? S'il y a du relâchement, il ne peut donc provenir que du clergé lui-même : c'est à lui à veiller, à employer ses moyens propres pour prévenir ou réparer ce relâchement. Mais de qui alors a-t-il à se plaindre, et pourquoi dire de la France ce qui ne peut être dit que de lui même ? Le clergé veut-il désigner un relâchement parmi les fidèles ? alors c'est à lui à user des moyens qui lui appartiennent pour ramener son troupeau à l'observance régulière des préceptes légaux. On ne lui en conteste aucun , il n'y a donc lieu à aucune plainte fondée. Le clergé n'est pas plus fondé de dire qu'il v a affaiblissement dans le sacerdoce : au contraire, il va s'accroissant et s'afTermissant. La négociation dont le clergé prenait ombrage, avait pour objet de lui rendre ses premiers appuis , son principe vital, son moyen primitif de réparation, des
évêques. Maintenant tous les sièges épiscopaux
sont occupés-, les séminaires sont remplis et nombreux-, trois mille succursales sont encore vacantes , il est vrai -, mais celte vacance était plus nombreuse il y a quelques années. Il n'y a donc pas aggravation du mal. De plus ce mal s'efface graduellement par les émissions successives des jeunes prêtres que les séminaires fournissent cliaque année. Il n'y a pas de diocèse qui ne compte plusieurs ordinations dans le cours de l'année. Il faut du temps pour arriver à l'âge prescrit pour le sacerdoce. Les séminaires n'ont guère été rétablis généralement que vers l'année iSo-^. C'est à l'âge de douze à quinze ans que les jeunes gens se décident pour un état. 11 y aura donc à attendre encore pendant quelques années la jouissance des récoltes dont les germes ont été semés seulement depuis deux lustres et demi. Il ne faut qu'accuser la lacune qui a eu lieu pendant les quinze années antérieures : il était impossible de la combler tout de suite -, ce succès ne peut appartenir qu'au temps. La France jouira même prochainement du fruit de ses sacrifices et des travaux de ses premiers pasteurs; mais en attendant cette époque , il y a de l'injustice à accuser la France d'un mal qu'il n'est au pouvoir d'aucun être d'empêclier.
11 faut bien distinguer les divers caractères des attaques qui peuvent avoir lieu contre la
( 53 ) religion-, il faut aussi tenir compte de l'époque et du mode de ces attaques. Une attaque contre la religion est une chose grave ^ qui implique avec elle une attaque contre l'ordre social. Aussi ne peut-on assez blâmer tout ce qui porterait ce caractère hostile ; mais aussi auparavant de l'assigner et de le reprocher, est-il nécessaire de le bien reconnaître, comme de le rapporter à ses véritables auteurs.
Je demanderai avant tout s'il existe en France ime disposition vraiment anti-religieuse. J'ai la consolation d'entendre au-dedans de moi une voix qui me répond, non. Depuis long-temps, elle m'a toujours parlé de même. Je porte au contraire la conviction intime de la tendance générale de la France vers la religion-, j'en ai dit fort au long les motifs dans les quatre Concordats , au chapitre intitulé : De l'état réel de la religion en France^ et tout ce que j'ai vu depuis, au lieu d'affaiblir ma croyance, n'a fait que la fortifier.
Depuis 1801 jusqu'en 1817, aucun symptôme hostile contre la religion ne s'est manifesté nulle part. Si , depuis ce temps , beaucoup d'opposition manifestée par des expositions fâcheuses pour quelques parties du culte, se sont laissées apercevoir , il faut se demander si elles ont précédé ou suivi les agressions faites au nom et au
mojen de la religion; si l'on a été contre elle sur la défensive on sur l'offensive -, si l'on a attaqué les dogmes et les rites de la religion, on seulement quelques hommes qui en ont fait un usage, soit immodéré, soit inoportun. Ceci, comme l'on voit , offre des nuances fortement tranchées. En i8i'^, après quelques murmures précurseurs de l'éruption , le clergé parait à la tête de l'opposition contre la longue série des faits, des intérêts et des idées dont se compose la révolution , c'est-à-dire la nouvelle existence de la France, les jésuites, les ignorantins , les missionnaires se débordent sur la France; le concordat apparaît: le passé est maudit, le présent doit servir à préparer le changement de l'avenir; d'innombrables indiscrétions sont com- Tniscs par des hommes pieux et fort respectables d'ailleurs; ils mêlent aux exercices religieux des pratiques qui ont cessé d'imprimer un respect général; là commence un ordre défensif qui se manifeste par des railleries, par des représentations affligeantes pour les hommes religieux, qui savent que la religion ne peut manquer de souffrir de ce qui diminue la considération de ses ministres. Mais aucune de ces attaques «-t-elle été dirigée contre la religion elle-même ? N'ont -elles pas toujours eu pour objet les hommes et non les choses. Ceux-ci de leur côté n'ont-ils pas mis ;\
(55) propager ces pratiques une persistance systématique , qu ils de'coraient du nom de persévérance, et dans laquelle on pouvait apercevoir autant de politique que de religion véritable. Le clergé a commis une méprise immense-, il s'est trompé sur les hommes de son temps ; il n'a pas vu combien leurs intérêts les rendaient ombrageux, combien il y avait loin d'un petit troupeau à la niasse entière. Le clergé a trop facilement cru qu'il agirait sur tous avec la même efficacité que sur cette classe d'iiommes qui, en tous pays , se livre aveuglément aux ministres de sa religion. La résistance a commencé là; mais elle s'est bornée à repousser Fattaque par des moyens qui lui sont analogues , en laissant à 1 écart le fond méme.des choses.
Dans un article à part, je traiterai des missionnaires qui ont fourni matière aux plaintes du clergé. Celui-ci, dans cette môme lettre, laisse percer une opinion qui , de sa part , implique 1 idée d'une attribution exclusive au culte catholique. Ainsi il dit que la religion est lo fondement de la morale et de l'ordre social. Rica n'est mieux-, mais dans la bouche du clergé, la religion veut dire le culte catholique, ce qui prouve combien les ministres avaient raison de chercher à bannir le mot religion de la loi de la presse, puisqu'il ne pouvait. manquer d'arriver^
(56 ) que cliaciin ne rinierprélât de son culte, et non pas seulement de la religion en général comme garantie de la morale. Ce résultat était inévitable en France , psys dans lequel quatorze cents ans de culte exclusif, d'intolérance et de persécution, ont porté dans tous les esprits l'habitude d'attacher au &ox\[ culte dominant 1 idée de religion , de manière à faire regarder comme irreligieux tout ce qui est hors de ce culte. La surprise de la presque totalité des Français est grande, lorsqu'on leur dit que les peuples du Nord sont plus religieux que ceux du Midi. Ceux-ci ont 1 habitude de rapporter la religion au culte extérieur, et là où ils n'en aperçoivent pas, ils ne retrouvent plus de religion. Le sentiment religieux existe peu au Midi , et paraît être supplée parles pratiques, tandis qu'au contraire au Nord, c'est le sentiment religieux qui domine les pratiques et qui garantit l'ordre social mieux que celles-ci ne le font dans le Midi; le clergé parle du concordat de 1817 , comme d'un moyen de rétablir la foi.... Elle n'est en aucune manière l'objet du concordat -, il n'a trait qu'à la discipline et nullement au dogme, qui est le seul objet de la foi. On ne saurait apporter trop de précision, lorsqu'il s'agit de la religion , lorsque l'on parle à la multitude, et que c'est à litre de chefs du culte que l'on s'adresse k elle. La lettre des
(57) l'vêques, adressée au Pape, était faite pour être connue des peuples, et à ce tiire, on devait éviter d'y employer des termes qui prêtassent à la moindre équivoque. Si le concordat pouvait influer sur la foi, c'était seulement d*une manière détournée, en fournissant des moyens plus certains ou plus abondans au ministère ecclésiastique , mais son action était bornée là , et l'on fera sans le concordat ce que le clergé attendait de lui seul.
Maintenant je reviens au rapport de son excellence le Ministre de l'intérieur. C'est la contrepartie du tableau présenté par la lettre des évêques.
Le ministre établit :
1^. Qu'avant 181 5 le budget du clergé actif ne s'élevait qu'à la somme de 11 ,5oo,ooo f.
2°. Qu'actuellement il dépasse 22,000,000
3°. Que déplus il existe dépensions ecclésiastiques 1 1,000,000
4*^. Qu'il est sans exagération de dire que cette somme est presque doublée chaque année -par les suppléraens de traitemens que les conseils généraux des départemens et des milliers de communes
( 58 ) votent annuellement, de manié rô à présenter une somme totale de 68,000,000, ce qui, pour 3o,ooo ecclésiastiques employés activement, forme une somme moyenne par tête 2,000 f.
5°. Que le sort de 26,000 succursalites a été élevé de 5oo fr. à ■^^So, et 900 fr. pour les septuagénaires.
6°. Que 2,000 ecclésiastiques desservant une seconde paroisse ont reçu un traitement de 200 fr.
en sus de celui dont ils jouissaient.
•j°. Que mille bourses de 4oofr. '
ont été ajoutées aux i,35o déjà fondées dans les séminaires.
8^. Que le traitement des curés de première et seconde classe a été augmenté en proportion de leur âge.
9^. Celui des vicaires généraux et chanoines de 5oo
10°. Celui des archevêques et évêques de io,ooo-5,ooo
11°. Que les séminaires reçoiyent un supplément depensioa de Soo^ooo
( Bg )
12°. Qu'il a été affecté aux réparations des églises 65o,ooo f.
i3"*. Que des congrégations religieuse pour l'éducation, reçoivent un secours de 200,000
i4°. Qu'un supplément de pension a été accordé aux religieuses vieilles ou bien infirmes 200,000
i5°. Que cinq cents nouvelles succursales sont créées (i).
C est bien à la suite de l'exposition d'une série aussi nombreuse de bienfaits , qu il appartient
(i) On ne saurait trop applaudir à la puLlicite que le INlinistre de l'intérieur a donne' à ce tableau deTetat du cierge' 5 sans lui , on serait reste sans aucun moyen de connaître la vérité... jMaintenant elle est devant les yeux de tout le monde... On sait qu'aucun ecclésiastique n'a échappé aux bienfaits du Roi 5 que le clergé, tout en parlant des restes de sa pauvreté, reçoit annuellement 68,000,000 francs, dont 34,000,000 résultent des libéralités des fidèles; que dans ce pays qae Ton représcute comme à la veille de voir éteindre son sacerdoce, il existe dans les séminaires sSoo bourses ; chose inouie dans l'histoire religieuse d'aucnn peuple, largesse sans exemple dans le monde chrétien. Ce document est infiniment précieux, puisqu'il fixe les idées sur un ordre de choses inconnues jusqu'ici, le sujet de déclamations obstinées et de centradictions acariâtres. C'est bien dans ces actes que se marquent tous les bienfaits de la publicité ; on la craint, on méconnaît son assistance salutaire, tandis qu'il n'est presqu'aucun acte du Gouvernement, dans lequel elle ne puisse être du plus grand secours ; c'est en auxiliaiiç et non en ennemie qu'il faut la considérer.
( 6o ) au ministre de dire, i° qu'il n* est pas un seul ecclésiastique qui n'ait été soulagé ; 2° que tant d'efforts sous le poids des charges les plus accablantes , attestent au monde chrétien les sentimens religieux de la France ; et comrae pour aller audevant de nouvelles imputations calomnieuses sur l'état religieux de la France , le ministre exprime le vœu que le tableau tracé par l'autorité la plus à portée de connaître la vérité, ^a;e enfin l'opinion , et mette à l'ahri des surprises que peuvent produire V ignora?ice ou la mauvaise foi. C'est avec sincérité que j unis mies vœux aux siens en faveur de ce résultat. Comment en eflet ne pas supporter avec impatience le retour continuel et fastidieux de déclamations sur des objets qui n'y prêtent en aucune manière ! Pourquoi toujours accuser la France, la peindre sous des couleurs qui ne lui appartiennent pas, qui peuvent faire retrancber k ses bonueurs légitimes , et disposer contre elle de la manière la plus fà-
cbeuse On n'ignore pas sous quels traits se la
représentent des bommes avides de ses dépouilles, combien appellent à la fois sur elle les foudres du cielj et celles dont sont armés les souverains étrangers-, lorsque leur pays, représenté comme placé bors de la morale , aura à soutenir le poids d'une cruelle agression, motivée sur les dangers fantastiques de son état, présenté sous des couleurs
(Gi )
mensongères, seront-ce ces faiseurs de tableaux qui paieront pour lui ou qui le défendront !...., Les déclamations , les lamentations , sont devenues une manie parmi une classe d'hommes qui parlent sans cesse de tremblemens de terre , d'abymes, au milieu de l'ordre le plus paisible et le plus régulier, et de calamités publiques au milieu de Tabondance, et des délices de la première ville du monde!.... Le clergé dit que la religion périt, et les églises sont pleines; les ultra j de leur côté, annoncent la fin des sociétés, la dissolution de tout, et voilà que cette société dissoute regorge de tout ; l'or coule au milieu d'elle , l'abondance verse partout ses trésors, et le peuple s'accroît au milieu d'une subsistance plus abondante ; apparemment que cette mort, dont le fantôme nous poursuit, n'arrivera
que par plénitude Il serait bien temps d'eu
finir de ces lamentables peintures ! que prouventelles? la mauvaise humeur et le mauvais jugement de leurs auteurs.... Que des hommes pour lesquels ces déclamations sont un métier, un profit ou bien un levier politique, se les permettent en renonçant aux honneurs de la raison et de la vérité, à la bonne heure-, mais un grand corps du clergé^ lorsqu'il s'adresse au chef de l'Eglise, ne doit paraître devant lui qu'avec solennité, gravité, et ne proférer que des paroles dont il
n'y aît pas k retranclier un seul iota. Or, il s'en faut de beaucoup que la lettre du clergé présente ce caractère ^incontestahilité , qui place si haut celui qui parle avec cette autorité. La dignité n'est pas même observée au degré désirable. Le clergé a toujours professé un grand respect pour le Saint-Siège-, toujours il s'est adressé à lui dans les formes les plus augustes et les plus respectueuses- mais la dignité n'en souffrait pas, et un sentiment exquis lui faisait observer à la fois ce qu'il devait aux autres et à lui-même. Depuis quelques années, on est sorti de cette voie de devoir et de raison tout-à-la-fois. Il n'y a plus ni borne ni mesure dans les témoignages de déférence envers le Saint-Siège. Le style est comme passionné d'asservissement : on ne s'incline ja- TQais assez bas-, des mains françaises offrent ce que des cœurs et des mains ultramontaines repousseraient. Le Pape est le chef vénéré de l'épiscopat, mais les évêques sont ses égaux en tout ce qui ne tient pas à la primatie du siège de Rome. Il n'y a point de maître dans l'Eglise; le corps des évêques d'une grande église ne peut en reconnaître Quand donc ils ont à consulter le Pape , ce doit être en unissant le respect avec la conservation de ia dignité propre. Mais comment concilier celle-ci avec les expressions en£lammée;s d'amour de l'esclavage dont use le
clergé? Comment peut- il faire abnégation de toute volonté propre, comme on est fondé à le con dure des passages suivans, en disant -.Ainsidonc, très Saint -F ère ^ pleins delà douleur qui nous presse^et de T inquiétude qui nous agite^ nous crioTis vers vous, nous recourons à Votre Sainteté , afin quelle nous dise clairement et librement ce que nous devons penser, ce que nous devons faire dans les circonstances. Il vous a été dit en la personne de Pierre^ avancez en pleine mer^ c'est-à-dire y suivant l'explication de saint yîjnbroise , enfon-cez-vous dans les questions les plus profondes, 2\^ous vous prions de nou^ aider de vos conseils , de nous éclairer de vos lumières ^ de nous affermir par votre autorité; nous nous confions en vous y dont l'avis y le Jugement j la décision feront notre force y notre sûreté et notre consolation. Et plus haut : Une ressource nous reste : nous Vembras-' sons^nous la saisissons avec empressement ^ commQ l'ancre immobile du salut. C'est à l'exemple de nos prédécesseurs de nous attacher avec plus de force y s'il est possible^ à la chaire apostolique, c'est de marcher constanuneut sous l'influence et la direction de notre chef; c'est de demander avec confiance^ de recevoir avec joie^ d'exécuter avec unanimité ce que vous croirez devoir décider
dans l'intérêt de la religion Il est permis de
ne pas reconnaître Bossuet à ce langage H
est d'autant plus extraordinaire, que dans celte circonstance il ne s'agissait d'aucun point de doctrine ou de discipline qui présentât des difficultés , mais seulement de la suppression du concordat de 1817, qui, ayant été fait sans le clergé, parla même pouvait être changé sans lui. Dès que le clergé admet qu'un acte diplomatique peut devenir sa loi , comme par sa nature temporelle cet acte sort de la juridiction du clergé , par là même celui-ci est amené à en reconnaître tous les résultats-, ces actes ne lui appartiennent pas plus à leur fin qu'à leur commencement. Dans les deux cas, le clergé ne peut qu'accepter et n'a nul besoin de parcourir toutes les figures de cette rhétorique convulsive, qui ne convient ni au sujet ni à son caractère propre. Aussi qu'est-il arrivé ? Le Pape a pris le clergé au mot. Consulté par lui , reconnu pour juge souverain et arbitre, il a accepté la délégation qui lui était offerte-, et, après quelques complimens d'usage et quelques remercîmens aussi d'usage, il ne s'est pas arrêté à tout ce que le clergé lui représentait sur l'état de l'Eglise de France, et, passant outre, il a suspendu le concordat, dont le clergé demandait l'exécution. Voilà ce que c'est que d'abdiquer son autorité propre, et de se livrer, comme on dit, jDÎeds ei poings liés. Dès que le clergé regardait le con-
(65) cordât comme indispeusable au bien de 1 Eglise, son devoir lui prescrivait d'en réclamer l'exécution, au lieu de s'adresser à celui-là même par lequel il voyait qu'il allait être suspendu. Ce n'est pas avoir l'air d'agir sérieusement, que de consulter sur le maintien d'une chose celui que l'on voit prêt à la détruire.
La facilité avec laquelle Rome érige les faits en droits, devait faire garderpar le clergé la plus grande réserve dans ses concessions envers cette puissance. Qui lui répond que dans d'autres circonstances Rome n'opposera pas le clergé à lui-même, et ne le pressera pas par l'exemple de ce qu'il vient de faire? Rien n'est plus délicat
que cette création de droits entre puissances
On cherche toujours à empiéter, et la sagesse la plus vulgaire conseille de ne rien faire qui puisse prêter à l'accroissement d'un pouvoir étranger.
Dans son allocution comme dans sa lettre au clergé de France, le Pape attribue la nécessité de suspendre le concordat, i° à l'exorbitance de la charge résultante de la création de quarantedeux sièges j 2° aux circonstance du royaume , qui apportent des obstacles insurmontables à l'exécution du concordat. Dans cette double allégation , il faut distinguer la raison et le prétexte Celui-ci était la surcharge financière ,
occasionnée par l'érection des quarante -deux
(66) sièges; or il est bien évident que cette cliargo avait été prévue lors de la confection du concordat -, et de plus , il j avait été pourvu par la loi de dotation faite au clergé , d'une portion de forêts d'un revenu de 4,ooo,ooo. Si d'ailleurs les fonds provenans de ces bois n'eussent pas été faits , les Chambres ne se seraient pas refusées à pourvoir à ce besoin. Jamais on ne verra en France refuser les moyens de pourvoir à ime dépense reconnue utile-, ce point là constaté ^ tout le reste suivra, et sans efifort ni restriction; mais le mal véritable n'était pas là... C'est le concordat lui-même qui formait l'obstacle ; on savait combien il déplaisait à la France entière C'est devant cet obstacle que le Gouvernement s'est arrêté et que le Pape a jugé prudent de prononcer la suspension de son propre ouvrage; mais que l'on ne s'y trompe pas, ce * n'est qu'une suspension et rien de plus; car le Pape, dans son allocution et dans vsa lettre au clergé , le déclare positivement , et le clergé n'adhère au projet du Pape que d'après cette assurance. Cela résulte évidemment des paroles
suivantes de cette allocution f^ous compren-
drez facilement^ vénérables frères , par ce que nous venons de vous expos er^ que les dispositionfi provisoires que^ vu la force des circonstances ^ nous avons ju^^é devoir prendre ^ ne sont liées à
(G7) aucune condition , ainsi que^vous avez semblé le
soupçonner^ et qu'il n'est nullement à craindie
que cet état^ temporaire de sa nature^ devienne
.perpétuel ou du moins dure longues années , au
préjudice des églises de France ; et afin que vous
puissiez éloigner tout^à-fait cette crainte de vos
cœurs ^ nous ne voulons pas que vous ignoriez
non plus le témoignage solennel et éclatant de
son excellente volonté que Sa Majesté a bien
voulu nous donner tout réce/jiment ; car^ quoique
tSa 3Iajesté nous ait démontré^ dans tout le cours
de la négociation , sa volonté d'une manière si
positive que nous n'aurions pu même soupçotnier
ce que vous craignez^ cependant , afin de ne lais^
^er à personne aucun lieu à des doutes ou à des
soupçons ^ elle nous a déclaré^ Ihojennant une
note officielle que nous possédons , que son iji-^
tention est d'abréger, le plus qu'il sera possible^
la durée des inesures provisoires qui ont été con^
venues entre nous et Sa Majesté; que son inten^
tion est encore d'employer^ de concert avec jious ^
tous les moyens qui sont en son pouvoir pour
faire jouir les églises des avatitages qui doivent
résulter pour elles de l'état stable et définitif
qu'elles doivent avoir^ comjne aussi de réaliser
suivant les formes constitutionnelles de son
royaume , et à mesure que les ressources de l'état
le permettront y sans surcharge pour les peuples,
Ea
( 68 ) V augmentation du nombre des sièges épiscopaux. D'un autre côté, les évéques^ dans leur réponse au Pape, à la date du 1 3 septembre 1B19, disent* Nous confiant en la parole royale de Sa Majesté^^ concevant de son amour pour la religion l'espoir d'un prompt et meilleur avenir^ qui doit résulter d'un état stable et définitif ^ promis d'une manière positive et solennelle. Il résulte évidemment de ces preuves accumulées, 1° que le concordat de 1817 n'est suspendu que provisoirement; 20 que le Roi s'est engagé, par un litre resté au pouvoir de la cour de Rome , à faire exécuter le concordat -, 3° que le clergé a consenti aux arrangemens provisoires, en vue de la promesse de Texécution du concordat, dans lequel seul il reconnaît un état stable et définitif ^ comme il le dit dans sa lettre au Pape, du 3o mai 18 19 ; 4° que le concordat a reçu un commencement d'exécution , car le Pape déclare que l'église d'Avignon, élevée à la dignité de métropole, restera dans cet état, et qu'il se bornera à mettre ce changement en harmonie avec l'administration provisoire qu'il établit dans ce moment ; et il est à remarquer que cette mesure n'est pas étendue à l'église de Cambrai, qui avait été également érigée en métropole , par le concordat de a 817.
(Gg)
CHxiPITRE IV.
Lettre du Pape Pie Fil à V Empereur Na-poléon , pour lui annoncer qu'il n'exécu^ ferait pas le concoî^clat de Fontainebleau y conclu à la date du 25 Janvier i8i3.
OlRE,
Quelque pénibles que soient pour notre cœur l'aveu que nous devons faire à Votre Majesté , et le déplaisir qu'il pourra lui causer, la crainte des jugemens de Dieu, dont notre âge avancé et le dépérissement de nos forces nous approchent chaque jour, doit nous rendre supérieur à toute autre considération et à toutes les inquiétudes que nous éprouvons en ce moment.
Commandés par nos devoirs, et avec cette franchise qui convient à notre dignité et à notre ministère, nous signifions à Votre Majesté que, depuis le 25 janvier, jour où nous signâmes les articles qui devaient servir de base au traité dont il est question, les plus grands remords et le plus vif repentir ont déchiré notre âme, qui n'a plus ni paix ni repos. Nous avons reconnu , et une
( 70 ) continuelle et profonde me'ditation nous fait cliac[ue jour reconnaître davantage, l'erreur dans laquelle nous ont entraîné le désir de terminer le plus lèt possible, et d'une manière stable, les affaires de TEglise, et celui de complaire à Votre Majesté. Une seule considération modérait notre affliction, c'est que le mal que nous avions fait à l'Eglise par celte souscription, pouvait se réparer dans l'acte postérieur de l'arrangement définitif.
Mais notre douleur s'est accrue excessivement , lorsqu'à notre grande surprise, et contre ce qui avait été convenu entre Votre Majesté et nou^ nous avons vu publier par l'impression, et sous le litre de concordat, ces mêmes articles qui n'étaient que les bases d'un arrangement futur.
Profondément gémissant au fond de notre cœur du scandale que nous donnions à l'Eglise , instruit de leur contenu par cette publication, et convaincu de la nécessité de les réparer, nous nous contînmes avec la plus grande peine de manifester sur-le-champ nos sentimens et nos réclamations, parle seul motif de persuader avec la plus grande prudence, et de ne rien précipiter dans une affaire de cette importance.
Sachant que dans peu nou^ aurions auprès de nous le sacré collège, qui est notre conseil, nous avions résolu de l'aitendre et de le consulter
(71) pour nous aider de sesJumières, et ensuite nous
déterminer, non pas sur ce que nous nous reconnaissions obligé de faire pour corriger ce que nous avions fait , ni , et Dieu nous en est témoin , sur ce que nous avions entièrement arrêté depuis les premiers momens, mais sur le choix du meilleur mode d'exécution de noire résolution.
Nous n'avons pu croire en trouver qui soit plus conforme au respect que nous professons pour Votre Majesté, que celui de recourir à ellemême et de lui adresser cette lettre, dans laquelle nous venons, en présence de ce Dieu devant qui bientôt nous devons rendre compte de l'usage qu'en qualité de son vicaire nous aurons fait de l'autorité qu'il nous a confiée pour le gouvernement de son Eglise, déclarer à Votre Majesté, dans toute la sincérité apostolique, que notre conscience nous oppose des obstacles insurmontables pour l'exécution des différens articles que nous avons signés , puisqu'à notre grande confusion et douleur nous reconnaissons présentement que nous nous serions servi de notre pouvoir, non pour l'édification , mais pour la destruction, si nous exécutions ce que nous avons inconsidérément promis dans lesdits<brticles , non par aucune intention perfide, comme Dieu nous en est témoin, mais par fragilité humaine , et comme cendre et poussière.
Sur cet écrit, quoiqi^e de nous signé, nous
disons ce que disait notre prédécesseur Pascal If, en un cas pareil, et au sujet d'un écrit qu'il avait signé , et qui portait une concession en faveur de Henri V, que sa conscience lui reprochait.
<c Nous reconnaissons que cet écrit est vicieux; » aussi nous le déclarons vicieux et mal fait, et » comme tel, avec l'aide du Seigneur, nous )> voulons qu'il soit réformé , afin qu'il n'en » résulte aucun dommage pour l'Eglise, ni au- « cun préjudice pour notre âme. »
Nous reconnaissons quelques-uns de ces articles susceptibles d'être corrigés par une rédaction différente et par quelques modifications et changemens, mais en même temps nous en reconnaissons ii'autres pour intrinsèquement mauvais, comme contraires à la justice et au régime de l'Eglise établie par Notre Seigneur Jésus- Christ, et conséquemment inexécutables et incapables de subsister.
Gomment, par exemple, pourrions-nous jamais commettre l'extrême injustice de priver de leurs ^, sièges, sans aucune raison canonique, tant de vénérables évêques auxquels on n'aurait à reprocher que d'avoir exécuté nos intentions, et dei«nême, sans aucun motif canonique, prononcer la destruction de leurs sièges.
Votre Majesté se rappellera sans doute les
lïaiit.5 cris qui s'élevèrent dans lEurope et dans Ja France même, lorsqu'en 1801 nous fîmes usage de notre puissance pour, néanmoins après interpellation et demande de démission, priver de leurs sièges les anciens évêques de France, et cependant cette mesure extraordinaire avait été, dans ce temps caïamiteux, reconnue nécessaire et indispensable pour mettre fin à un. scliisme déplorable, ei ramener une grande nation à l'unité et au giron de la catholicité. Mais quel motif d un aussi puissant intérêt existe maintenant, pour justifier devant Dieu et devant les hommes, la mesure prescrite par l'un des articles dont il est question?
Et de même , comment pourrions-nous admettre un règlement aussi subversif de la divine constitution de TEglise de Jésus -Christ, qui a établi la primatie de Pierre et celle de ses successeurs, que celui qui soumettrait notre puissance à celle du métropolitain, en permettant qu il pi^t instituer les évêques nommés; que par des circonstances et des cas particuliers le souverain Pontife aurait cru de sa sagesse de ne pas devoir instituer et rendre ainsi juge et réformateur de la conduite du chef de la hiérarchie , celui qui est son inférieur dans cette même hiérarchie, et qui lui doit obéissance et soumission? Pouvons-nous introduire dans 1 Eglise de Dieu
cette nouveauté inouie que le métropolitain peut instituer en opposition au chef de l'Eglise? Dans quel état bien gouverné accorda-t-on jamais k une autorité inférieure de pouvoir faire ce que le chef du Gouvernement n'a pas cru devoir faire? En outre, à quels maux, à quel schisme également fatal à l'Eglise et à TEtat, n'ouvririonsnous pas la porte par une telle concession , plaçant ainsi les pontifes romains dans la nécessité de se séparer de ceux des nommés que les métropolitains auraient ainsi institués, au mépris de leur décision et à leur honte?
Pourrions-nous dépouiller le Saint-Siège de l'un de ses principaux droits , nous qui nous sommes obligé par les sermens les plus solennels à en soutenir et à en défendre les prérogatives jusqu'à l'effusion de notre sang ?
Mais Votre Majesté dira peut-être qu'une semblable concession avait été souscrite par nous dans le bref donné à Savonne, quoique avec quelques modifications , lequel bref fut ensuite rejeté par Votre Majesté , qui fit même officiellement enregistrer son refus. Nous répondrons par le même et sincère aveu de l'erreur même de l'écrit. La présente lettre offre un remède suffisant à cet oubli par là et autres justes motifs qui concernent les articles désignés, ainsi que d'autres, et sur-tout le cinquième de l'écril
( 75 ) du 25 janvier, et que , pour ne pas plus long-
tenaps fatiguer Votre Majesté, nous nous dispensons d énumërer, nos invariables devoirs ne nous permettant pas absolument de les mettre à exécution.
Nous savons parfaitement ce à quoi obligeraient des stipulations convenues et arrêtées, mais nous savons aussi que lorsqu'elles se trouvent en opposition avec les divines institutions et avec nos devoirs, nous devons céder à l'empire d'une obligation d'un ordre supérieur, qui en défend l'observation et la rend illicite.
Dans le même acte que nous accomplissons par l'indispensable obligation de faire cette déclaration à Votre Majesté, nous lui déclarons encore , avec un vif empressement , que nous sommes prêt et que nous désirons avec ardeur d'arriver à cet arrangement définitif avec Votre Majesté, lequel se trouve relaté dans les mêmes articles, et cependant sur des bases qui puissent se concilier avec nos devoirs. Lorsque nous aurons appris que Votre Majesté agréera ce qu'avec une confiance toute paternelle et une liberté apostolique nous venons de lui exposer, nous ferons avec un agréable empressement de promptes dispositions pour entreprendre une nouvelle négociation, dirigée vers la conclusion dans laquelle en cette occasion j dans la situation où nous nous trou-
(76) vions et par faiblesse humaine, nous tombâmes ,
à cet égard, mu, ainsi qu'actuellement, par la considération d'obvier, par le moyen de quelque concession, aux maux de l'Eglise, et sans avoir, ainsi que nous le devions, réfléchi qu'avec l'introduction d'un pareil système nous ouvrions la porte aux maux les plus funestes et les plus durables. Le bref ayant été rejeté par Votre Majesté , la concession qu'il faisait se trouve comme non avenue, et nous regardons cette circonstance comme un trait de la Providence, qui veille au gouvernement de son Eglise; et si la chose ne fut pas ainsi arrivée, si le bref d'ailleurs eût pu être considéré comme subsistant, les raisons que j'ai développées ci-dessus militant contre le bref autant que contre l'article dont il est question , nous nous trouverions également contraint de le révoquer.
Nous ne pouvons néanmoins nous dissimuler que notre conscience nous reproche encore de n'avoir eu, dans les susdits articles, aucun égard aux droits de souveraineté du Saint-Siège , que notre ministère et les sermens que nous avons faits, lors de notre exaltation au pontificat, nous obligent de maintenir, de revendiquer et de préserver, ce que nous aurions du exprimer dans le texte d'un arrangement définitif tant désiré. Nous ne doutons pas que , dans cette occasion ^
C 77 ) il ne soît apporte remède à tant et si grands
maux qui afiligent l'Eglise, et sur la plupart desquels nous n'avons pas manqué de faire arriver plusieurs fois nos représentations au trône de Votre Majesté, en même temps il sera mis fia aux autres contestations qui, dans les dernières années,nousont donnéde si grands motifsdedouleur et de justes réclamations, toutes choses que nous ne pouvons négliger dans U'i arrangement définitif, sans trahir les obligations de notre ministère.
Nous supplions Votre Majesté d'accueillir l'expression de notre sensibilité avec la même effusion d'âme que nous avons mise dans nos explications ; nous la prions, par les entrailles de Jésus-Christ, de consoler notre cœur, qui ne désire rien plus que de venir à une conciliation qui fut sans cesse l'objet de nos vœux; nous la prions de considérer combien glorieuse sera pour Votre Majesté la conclusion d'un accommodement qui donnera une véritable paix à FEglise, et qui puisse être solidement maintenue par nos successeurs.
Nous adressons à Dieu les vœux les plus ardens pour qu'il daigne répandre sur Votre Majesté l'abondance de ses célestes bénédictions.
Fontainebleau, 24 mars 181 3.
Si^néPiE yii, Pape.
J'ai dit dans les quatre Concordats tout ce qui avait précède, accompagné et suivi le concordat de Fontainebleau. On y a vu que presqu'au moment de sa signature, le Pape se refusa à Texécuter; ces hésitations n'avaient rien d'étonnant pour ceux qui , ayant eu à traiter avec lui , l'avaient vu revenir le lendemain sur ce qu'il avait fait la veille. C'est ce qui nous était arrivé à Savonne , pendant le cours de la négociation qui eut lieu dans celte ville avec le Pape. Il cédait avec facilité et même avec grâce à la force des raisons qu'on lui présentait; on croyait tout fini : mais le lendemain des inquiétudes scrupuleuses, qui avaient troublé son repos, avaient aussi ébranlé ou changé sa résolution. Plusieurs semaines s'y passèrent dans cette espèce de combats journaliers. Il en a été de même à Fontainebleau. Le concordat signé le 2 5 janvier au soir, avec toute sorte de démonstrations de joie , se trouva avoir éprouvé une révision des mêmes scrupules qui agitaient le Saint-Père à Savonne. Sa lettre, écrite avec la sincérité qui convient k un caractère aussi noble que celui de Pie Vil, retrace ce qui se passa alors dans son âme. Ou a vu dans les quatre Concordats, que le Pape refusa le 16 janvier les trois cent mille francs qu un ministre de Napoléon vint ce jour-là mettre à sa disposition. On a vu, de plus, que Napoléon ne
( 79 ) tarda pas à se repentir de rempressemenl qu'il
avait mis k rappeler auprès du Pape les cardinaux et les autres prélats. Le Pape, entièrement livré à des exercices de piété , était loin de connaître l'état réel de l'Europe, et de soupçonner les dangers qui menaçaient le pouvoir de Napoléon. Il avait tout cédé à défaut de rien savoir de ce qui se passait. C'est une condition de rigueur dans les princes, que celle de lire la Gazette.,., Souvent il j a dans la Gazette plus qu'ils ne soupçonnent. Mais si le Pape ne lisait guère , en revanche les cardinaux et les prélats italiens lisaient beaucoup et écoutaient de même. Reçus, fêtés , endoctrinés par les ennemis de Napoléon , ils avaient cru yoir sa puissance déjà ébranlée, et c'était le moment où ils trouvaient le Pape abdiquant complètement toute la grandeur romaine, et mettant bas sa triple couronne , pour ne se réserver à lui et à ses successeurs que l'anneau du pécheur..., A cette vue ils durent frémir et employer tout leurs moyens de persuasion sur Tesprit du Pape, pour le faire revenir sur une résolution qui creusait le tombeau éternel de la puissance temporelle de Rome. Depuis longtemps le Pape avait renoncé au retour à Rome, et je puis attester que dès Savonne il avait fini de contester sur ce point. Il regardait Rome comme perdue à jamais.... Et dans le fait, sans
la guerre de Ja Russie, c'en était fait d'elle pour les Papes j ils seraient à Paris. Ayignon n'e'tait qu'un passage j cela seul était raisonnable dans les circonstances du temps. Mais, quoiqu'en 181 3 Napoléon fût déjà blessé, cependant il n'était pas renversé, et dans le cas où la fortune eut reconnu en lui son favori de tant d'années, et lui eût rendu son pouvoir, avoir manqué à ses engageniens avec lui , pouvait entraîner de graves conséquences. Le Pape et son conseil se trouvaient placés entre ces deux écueils : accepte?' ce qui les détruisait ou choquer ce qui pouvait les détruire. C'est pour parer à ce double inconvénient que fut conçue la lettre que je vais examiner. Je me suis senti moi-même, avant de le faire, entre deux devoirs, celui de la vérité et celui du respect envers son auteur. Mais c'est un acte public, ur^e pièce bistorique , et à ce titre tout homme a le droit de l'analyser....
Les griefs du Pape peuvent être réduits aux quatre articles suivant :
1°. Les gênes de sa conscience.
2°, L'infraction de la hiérarchie ecclésiastique.
3°. La cession de Rome.
4°. La déposition de quelques évêques des étals romains.
Si la voix de la conscience doit se faire en-
(8i ) tendre avec force par (pekp'un et le irouvei" docile à ses remontrances , sans doute et par dessus tout c'est parle chef du culte catholique-, mais c'est au même titre aussi que cette couscience doit être guide'e par les lumières les plus vives, en môme temps qu'elles sont les plus pures. Il en est de même de celte bonne foi qui fait tenir à l'accomplissement des engagemens une fois contractes ; on doit appliquer aux papes ce qu'un roi de France disait des rois, que « Si la bonne foi était bannie parmi les M hommes , on devrait la retrouver dans le cœur » des rois. » L'accord de la conscience avec l'accomplissement d'un contrat, est une chose fort délicate -, si l'on admet une fois que cette exécution puisse dépendre des remords , des scrupules , des gênes de la conscience , ou de cô que l'on appelle ainsi , qui suivent l'engagement, il y a un déplacement complet dans la question. Les mouvemens intérieurs trouvent leur place légitime avant le contrat , mais ils ne peuvent être admis après. Quel contrat serait valide, s'il suffisait pour le rompre et pour s'en déclarer dégagé , d'alléguer des scrupules ? Ce qui ne peut être admis dans les contrats humains, à plus forte raison doit être rejeté des contrats religieux, dans lesquels tout doit être pur et à l'abri de tout reproche. Comment admettre qu'une partie*^
juge dans sa propre cause, puisse à son gré invalider le contrat qu^elle a cimenté en pleine connaissance et liberté? Quelque respectables que fussent en eux-mêmes les motifs religieux sur lesquels s'appuyait le Pape, cependant ils ne pouvaient lui conférer le droit de rompre, par sa seule volonté, l'engagement qu'il avait contracté. Dans cette occasion, il se faisait juge dans sa propre cause, il se dégageait lui-même de son obligation propre-, formée par le concours de deux volontés, elJe ne pouvait être rompue par l'action d'une seule. Le Pape allègue l'exemple du pape Pascal ; les faits ne prouvent rien contre les principes mêmes : il eût été bon de s'abstenir de citer ce Pape, qui est, avec Grégoire VU, Boniface VIII, Jules II, Sixte-Quint, un des souverains pontifes qui ont usé avec le plus d'immodération du pouvoir que la cour de Rome s'arrogeait alors. Lorsqu'on est réduit k citer des faits à défaut de principes, il faudrait les bien choisir, et celui-ci ne l'a pas été heureusement En donnant au principe allégué par
le Pape l'étendue dont il est susceptible , il s'ensuivrait que tout contrat est impossible avec les souverains pontifes -, car qui peut répondre des scrupules qu'ils éprouveront un jour? qui peut répondre de ceux de leurs successeurs? Si les contrats dépendent de ce qui les suit et non pas
tîe ce qui les précède , il n'est plus de contrat possible au monde; et celui auquel il peut appartenir d'invalider un contrat en vertu d'une espèce d'attribut qui forme un apanage exclusif pour lui seul et en sa faveur, est un contractant d'une espèce unique au monde , avec lequel on est averti d'avance de ne jamais traiter. Par cette seule allégation de scrupules résolutifs d'engagemens antérieurs, le Pape a mis la cour de Rome Lors de toute possibilité de traiter, hors du cercle tracé par les hommes et reconnu par eux pour arranger leurs affaires. Il n'est point requis parmi les hommes que les contrats soient profitables ou dommageables à tels ou tels ^ mais il est indispensable que ce qui a été convenu entre eux reste ferme et inviolable, parce que cette stabilité des contrats est la base de la société. Le Pape l'a bien senti, car il allègue l'arrangement fait à Savonne-, mais pour soi*tir de difficîulté, il dit qu'il n'eût pas été plus engagé par ce contrat que par celui de Fontainebleau, c'est-à-dire qu'au lieu d'une violation, on en aurait eu deux.... et la seconde n'eût pas excusé la première , ce qui n'est pas du tout une manière sûre d'arranger les affaires.
La violation des lois de l'Eglise et de la hiérarchie ecclésiastique, telle qu'elle est alléguée par le Pape, doit être interprétée d'après les
Fa
règles suivantes : il déclare, i° qu'il est contraire à l'institution divine que les évêques ne soient pas institués par le Saint-Siège ; 2° qu'il est contraire à la hiérarchie ecclésiastique et a toute bonne discipline, que le Pape .puisse être réformé par le métropolitain, et le supérieur par l'inférieur.
L'institution canonique est de droit divin -, nul doute à cet égard. La transmission du pouvoir ecclésiastique doit être faite, et comme découler dans toute la durée de l'Eglise, depuis sa source sacrée jusqu'à son terme : voilà ce qui est d'institution divine. Mais le mode de cette institution n'est pas déterminé de la même manière-, il a varié depuis l'élablissemenl du christianisme, et certes du mode prescrit par le concile de Nicée aux concordats quels qu'ils aient été, il y a fort loin. L'Église, en sa qualité de société, a le droit de déterminer 'tout ce qu'exige l'utilité de cette société j il ny a qu'une condition de rigueur, c'est que ce soit toujours elle qui agisse, et que son action directe et visible éloigne toute possibilité de lacune dans la transmission des pouvoirs ecclésiastiques : tout le reste est de pure discipline , et peut être réglé d'après le mode qui lui pa-^ raitra le plus convenable. Une suite de faits et d'évènemens inutiles à rechercher et à rapporter, »nt fait attribuer généralement aux papes , de-
( 85 ) pnis i5i6, le pouvoir d'insliluer les évêqiies; ce qui a beaucoup jnonarchisé le régim'e de l'Eglise. A la bonne heure , ce pouvoir est très le'gitimement exercé par les papes : mais, comme ils ont pu l'acquérir, ils peuvent le perdre-, comme ils ont pu le recevoir, ils peuvent le céder-, comme ils le tiennent d'après l'observation des formes canoniques, ils peuvent le remettre d'après 1 observation des mêmes formes j dès que celles-ci sont remplies, tout le reste est laissé au libre arbitre et au choix des supérieurs ecclésiastiques, agissant dans l'intérêt de l'Eglise, et pour sa plus grande utilité. Ainsi, dans le cas que nous examinons, il ne s'agissait pas de soustraire les évêques à la loi de se faire instituer; il ne s'agissait pas davantage d'arracher violemment au Pape le droit de le faire , ratais au contraire de faire qu'il instituât toujours. Quel était le but et lintention de ce concordat? obvier aux viduités prolongées et arbitraires des églises , en réglant le terme et la manière dans lesquels il serait pourvu à leur administration , lorsque l'on n'assignerait pas de défaut canonique contre ceux qui seraient préposés à ces églises. Pour bien apprécier une négociation , il faut avant tout en rechercher \e& causes et le but. L'expérience a montré pendant onze années trente-deux églises vacantes sous , Louis XIV; des tentatives de la môme nature
( 8S ) renouvelées sous la régeuce, sous Louis XIII, sous Louis XV , soutenues pendant cinq années sous Napoléon ; la cour de Rome se retrancliant dans un silence opiniâtre , n'opposant rien personnellement contre les nommés, et faisant évidemment d'un refus dans l'ordre spirituel un moyen de maîtriser le prince temporel, on a voulu mettre ordre à un abus aussi opposé à l'esprit de la religion, qu'à la tranquillité de l'Etat, à la justice envers les églises qu'envers les titulaires. C'est de ce point de vue à la fois religieux, politique et équitable, que l'on est parti pour cimenter les stipulations destinées à prévenir le retour d'un désordre qui avait prévalu trop longtemps, parce qu'il prenait sa source dans les siècles oii l'on rechercbait avec moins de soin ce qui appartenait aux deux pouvoirs. Mais que présentaient de contraire à la loi inviolable de l'institution divine, de pareilles stipulations? le Pape ne perdait pas son droit, il ne faisait qu'en déléguer l'exercice dans un cas prévu.
C'est par la même raison qu'on peut répondre à ce qui est dit de la supériorité attribuée au métropolitain sur le Pape : il n'y a pas ici de supériorité, mais une simple délégation; le Pape continue d'agir, mais par une délégation spéciale prévue par une circonstance convenue. Le métropolitain ne réforme pas ce qui est fait par
(87) le Pape ; au contraire , c'est lorsque le Papci et
parce que le Pape n'agit pas , qu'il est appelé à le fiiire. Ici, le métropolitain n'est qu'un suppléant appelé à agir en cas d'inertie de la part de Rome. Pour se former une idée juste de tout ceci, il faut se rappeler que le prince est patron des églises à l'égard de la cour de Rome ; que semblable aux collations des anciens patrons, la sienne ne peut être refusée par le Pape. Car, dans le cas contraire, le Roi ne nommerait pas, il ne ferait que présenter au Pape -, que le Pape est forcé d'instituer, à moins d'alléguer des défauts canoniques, comme les évêques étaient obligés d'instituer les nommés par les patrons soit laïcs, soit ecclésiastiques; que la juridiction de Rome, à l'égard des nommés, ne tombe que sur des défauts extérieurs, et non point sur la capacité intérieure, pour laquelle la nomination du prince sert à l'élu de garantie et comme de caution -, que par conséquent les refus fondés de la part de Rome ne peuvent être que fort rares, puisqu'ils tombent sur des choses visibles et faites pour frapper tous les yeux. Le recours attribué dans ces cas au métropolitain , était donc d'une application presque impossible dans l'exécution, c'était ce qu'on appelle un cas métaphjsique ; mais il avait été bon de le prévoir, et d'arrêter à la fin un règlement qui forçât Rome k s'expliquer et à sortir d'un
( 88 > *iience qui laissait incertain sur son objet : car
on ne savait s'il tombait sur le prince ou sur l'élu. Par cet acte, au contraire, le prince et l'élu se trouvaient sépares , leurs causes étaient k part, et la cour de Rome était forcée de s'expliquer. J'entends bien qu'elle trouva plus commode de continuer à jouir du droit de s'envelopper dans un silence équivoque, qui pouvait s'interpréter également du prince et de l'élu , et qui les frappât tous les deux a la fois, qui impliquât l'élu dans les débats du prince avec le Pape ; mais j'entends aussi qu'il était très bon pour la religion , et très conforme à la raison , que cet iinbroglio eût eniîn un terme. Il l'avait trouvé dans le concordat de Fontainebleau, et, sous ce rapport, cet acte était à la fois un bienfait pour la religion et un bommage pour la raison ; car, que peut-il y avoir de plus cbrétien que de faire que l'Eglise ne puisse jamais manquer d'évêques, et qu'elle n'ait jamais à souffrir des querelles qui ont lieu ici bas? que peut-il y avoir de plus conforme à la raison que de la faire servir au mainlien de la religion? n'est-ce pas alors qu'on la sent s'agrandir et s'épurer? Par ce concordat, il semblait voir le rôle du Pape écbu au prince temporel, et celui du prince temporel rempli par le Pape, lorsque l'un employait tous ses soins à faire que l'Eglise ne pi\t jamais manf|uer de ses premiers
pasteurs, tandis que l'autre mettait les siens à ce qu'elle pi\t en manquer. Si la prëiention mise en avant par le Pape de ne pouvoir être reformé, était admise, il s'ensuivrait qu'il est le maître dans l'Eglise, et que celle-ci n'auxait aucun moyen de se soustraire au joug qu'il pourrait être dans l'intérêt de la cour de Rome de lui imposer. Une autorité irréformable même par le corps de la société à laquelle elle appartient , forme un despotisme absolu et complet. L'intention que dans ce cas montre le Pape, est propre à faire ressortir les inconvéniens des concordais , dans lesquels il est à la fois partie et juge suprême ; elle conduit directement à faire sentir plus vivement la nécessité de recourir à Tordre qui existait avant le concordat. Il avait duré pendant i5oo ans, il avait donné à l'Eglise les pasteurs dont elle ne peut se passer, il avait prévenu les longues viduités des églises que les concordats ont créées, il avait maintenu l'indispensable séparation entre le spirituel et le temporel. Le concordat de Fontainebleau ne faisait que rappeler une faible partie, et, pour ainsi dire, une ombre de cet ordre, puisqu'il ne rendait qu'éventuellement au métropolitain ce dont il avait joui d'une manière certaine et complète , dans les temps antérieurs. Il était donc à l'abri des reproches <jue la Içttre du Pape lui adresse, et l'attaquer
était attacper la longue série de la discipline qui avait régi TEglise depuis son institution.
Le Pape se dit tenu de revendiquer les droits temporels et le territoire de l'Eglise-, il se déclare lié par les sermens faits à l'époque de son exaltation.
Cette obligation est commune au Pape avec tous les autres souverains. Il n'en est point qui ne soit engagé , vis-à-vis du peuple qu'il gouverne , à faire tous ses efforts pour maintenir l'intégrité de ses possessions -, mais les papes pas plus que les autres princes n'ont pu s'engager à faire prévaloir leurs représentations ou leur opposition. Ils sont bien tenus de revendiquer , mais non de faire restituer. Pour remplir une pareille condition, il faudrait pouvoir répondre du temps, des évènemens, et, ce qui est encore plus difficile, du cœur des hommes. En voyant les fortunes diverses qu'a subies la cour de Rome , on se demande comment et à quelle époque elle aurait pu imposer une pareille condition à son chef. Un prince tenu par serment de ne jamais céder aucune partie de ses états ^ aurait dans le monde une existence à part de toutes les autres souverainetés j il serait incapable de contracter avec aucune , et placé en dehors de toutes les sociétés existantes autour de lui. D'ailleurs, cette allégation est la condamnation ou l'annulation
(91 ) d'une partie de l'histoire des papes ; car elle se
compose, comme celle de tous les princes, de vicissitudes de fortune , d'accroissement et de diminution dans leurpuissance.Ln exemple récent devait interdire ce moyen de défense ; car le pape Pie \ I avait , peu d'années auparavant , cédé les trois légations, sans réclamer les obligations imposées par son exaltation, comme sans avoir éprouvé le reproche d'y avoir manqué, ni d'avoir dérogé au grand caractère qui avait illustré sou pontificat. Le concordat de Fontainebleau étant destiné à régler tous les différends qui avaient eu lieu entre les deux contractans , le sort des évéques qui avaient quitté ou perdu leurs sièges par suite de ces débats, se trouvait fixé. Ce traité était un arrangement total donnant ouverture à un ordre nouveau; tout ce qui y avait rapport devait donc s'y trouver compris. Ainsi, il règle le séjour, le revenu , la représentation du Pape ; il lui accorde des nominations d'évêchés; il supprime et érige des sièges ; il rend la liberté aux prisonniers. C'est, comme on voit , une transaction générale destinée à éteindre tous les sujets de division. Dans le nombre se trouvaient les évêques qui avaient marqué par i^ne forte opposition à Napoléon. Les . parties stipulent que le Pape aura la faculté de créer en leur faveur des titres ^'/^ partions infi^ delium^ et qu'ils pourront être promus à des sièges,
(9^ ) en France ou en Italie. La politique avait sans
doute dicté ce dernier article : on voulait les éloigner des sièges dans lesquels on pouvait craindre que leur r.î esence ne devîntune nouvelle source de troubles; tel était évidemment le but de cette stipulation. Ici , il faut reconnaître deux choses :
1°. Que cela n'était pas régulier, puisque des evêques ne peuvent être destitués sans jugement canoniq\\e, nouvelle preuve contre le mélange du spirituel avec le temporel.
2*^. Que leur destitution n'était pas prononcée formellement, mais seulement annoncée, de manière à ce que ces évêques remissent leurs sièges, d'après les considérations qu'il appartenait au Pape de faire valoir auprès d'eux, et dont on était fondé à attendre une grande efficacité, d'après rattachement et le dévouement dont ces prélats avaient fait preuve à l'égard du Pape, leur souverain temporel et leur chef spirituel.... Tous ces motifs avaient dû être pesés, allégués et appréciés avant la signature du concordat , et ils ne pesaient pas assez par euxmêmes , pour fournir un fondement solide à un acte aussi péremptoire que la rupture spontanée et non provoquée d un traité solennel fait avec un prince dont le ressentiment pouvait avoir d'aussi graves conséquences. 11 faut donc chercher une ;iutre cause à la rupture du concordat de Fon-
taînebleau. Les raisons alléguées dans la lettre du Pape sont le prétexte, la cause véritable est la politique , c'est elle qu'il faut voir derrière ce voile; Rome a reculé à l'aspect de son tombeau, et voilà tout Elle avait tout perdu....
Placée dans cette position où les fautes mêmes restent impunies à défaut de moyens de châtiment, la cour de Rome hasarda tout pour tout, elle brava le ressentiment de [Napoléon, elle se confia aux évènemens, à ce secourable auxiliaire dont elle a reçu tant de services, le temps; il ne lui a pas manqué. Le monde, en changeant de face , l'a ramenée au poste qu'elle avait abandonné un moment ; elle a reçu son absolution de la politique; justifiée par le succès, du haut du Capitole elle jouit de sa victoire sur son ennemi, enchaîné au sein de mecs inconaues d'elle.