A PARIS
D E S e n N E , Galerie du Palais-Royal ,
même Galerie , Nos. 7 et 8.
TDesenne, ( < N05, i et 2.
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AVANT-PROPOS
J' A I eu plusieurs motifs pour retarder d’offrir au public la suite de mes réflexions sur le Système de l’împôt : les voici : 1 j’ai pensé qu’elles ne pouvoient point être admises à l’instant ; 2°. qu’il falloit sur-le-champ un revenu certain pour le service de la chose publique ; 3°. que ce seroit peut-être lui nuire que de troubler l’harmonie présupposée des projets du Comité de l’Imposition , attendu que mon système se composant plus en forme gracieuse qu’en forme rigoureuse, étant moins impositoria! que législatif , ne pouvoir présenter qu’un résultat purement spéculatif et non déterminé.
Aujourd’hui les contributions territoriale et personnelle sont décrétées , aujourd’hui la contribution indirecte est tout au moins provisoirement assise , et il n’y a plus aucun inconvénient de faire hommage au peuple d’un système qui peut tout au moins être essayé , puisque son succès tourneroit entièrement et progressivement à la diminution de tous les subsides. L’examen de mes opinions , sur cette matière importante de notre législation financière , appartient aux Comités réunis de constitution , des finances et d’agriculture. Je les invite à prendre mes réflexions en considération et à les faire valoir, parce que je crois qu’ elles tendent toutes à l’amélioration de la prospérité publique.
Je m’adresse aussi à tous les amis de la cons-
AVANT-PROPOS
titution du Royaume : ils ont déjà sous les yeux mon premier travail sur le système de l’imposition : je les invite à le juger sévèrement dans son ensemble , et à faire adresser de toute part à l’Assemblée législative , les pétitions du peuple , pour demander des décrets sur les mesures qui seront trouvées les plus convenables dans leurs effets et dans l’exécution.
Chacun des objets d’administration que je propose , auroit exigé , sans doute , des réflexions beaucoup plus étendues : mais d’une part il faut se réduire si l’on veut être lû , et de l’autre il faut espérer que 3a discussion s’ouvrira un jour sur quelques-unes de ces questions et avec plus de détail , et avec cet intérêt qui augmentera toujours en raison des rapports que l’on peut leur découvrir avec celui du peuple.
J’ai écris quelquefois depuis la révolution, et l’on m’assure que je me suis fais des ennemis personnels dans le parti de l’opposition qui s’est malheureusement élevé dans ma patrie (Dijon) : cette idée m’afflige.... Cependant on pou voit me traiter avec moins d’injustice. . . . Quel reproche seroit-on fondé à me faire ? Je n’ai point trempé ma plume dans le fiel , et je n’ai cherché à me venger des hostilités commises contre moi , qu’en développant un caractère de loyauté et de franchise , qui me place au dessus de mes détracteurs , à des distances qui deviennent la mesure de ce qu’ils me doivent dans leur estime, j’ai défendu de
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toutes mes forces et de tout mon courage la chose publique ; je puis même dire que je l’ai servie. . . . Pourquoi ne le dirai -je pas ? Au surplus je n’ai fait que m’acquitter d’un devoir , et l’on ne me doit rien à cet égard. L'on serviroit éternellement s a patrie , a dit quelque part Montesquieu , que l'on seroit encore loin de s être acquitté envers elle : quoi qu’il en soit , moi qui n’ai point mérité cette haine injuste , je ne puis toutefois m’y opposer dès que mes ennemis s’y complaisent : mais plus paisible qu’eux dans ma conscience , je me garderai de fatiguer mon ame d’aucune récrimination , qui seroit avilissante ; je resterai constant dans me£ principes , ferme dans mes résolutions , fidèle à mon culte et religieux dans ma profession de foi dont je vais faire de nouveau la déclaration : en tout le citoyen doit rechercher le bonheur du peuple , la liberté légitime du peuple , le salut du peuple , lavérité et la justice pour le peuple. u Or , dit J. J. , la vérité ne mène point à la for- 55 tune et le peuple ne donne ni ambassades ni 55 chaires , ni pensions 55, Quels reproches la jalousie même peut-elle donc me faire ?
Peut-être m’en adressera- 1- on d’un autre genre ... de quel droit écrivez-vous sur l’administration ?...... de quel droit ? le philo-
sophe de Genève va me défendre encore : u J’entre en matière sans prouver l’importance 55 de mon sujet : l’on me demandera si je suis 57 Prince ou Législateur pour écrire sur la 55 politique ? Je réponds que non , et que c’est
vj AVANT-PROPOS.
5? pour cela que j’écris sur la politique si 33 j’étois prince ou législateur , je ne perdrois 53 pas mon tems à dire ce qu'il faut faire : 33 je le ferois ou je me tairois.
3 3 Né citoyen d’un état libre et membre du 3 3 souverain , quelque foible influence que 3 3 puisse avoir ma voix dans les affaires pu- 33 bliques , le droit d’y voter suffit pour m’im- 33 poser le devoir de m’en instruire : heureux 33 toutes les fois que je médite sur les gouver- 3 3 mens , de trouver toujours dans mes re- 3 3 cherches de nouvelles raisons d’aimer celui 33 qui va régir mon pays (i) 33.
Je dirai souvent dans cet écrit, comme dans mes précédens , que l’argent n’est pas la terre ; que la représentation ne vaut pas la chose : j’invite les capitalistes , seuls qui seront sans doute ici mes contradicteurs, d’aller quelquefois se promener à la halle de Paris : qu’ils fixent avec quelque philosophie , s’ils peuvent en être capables toutefois , qu’ils fixent leurs yeux sur cette abondance de tous les fruits de la terre , bled, orge , pois , haricots , lentilles et sur les graines de toute espèce , destinées soit à faire des huiles , soit à nourrir les bestiaux : que delà ils portent leurs pas sur les ports : en vérité je le dis... ils ne pourront plus rentrer dans leurs habitations qa avec cette admiration inquiète ou avide causée par l’aspect de ces montagnes d’approvisionnemens de toute espèce que la terre a
(1) Comract Social.
AVANT-PROPOS. vij seule donné ; qu’ils reviennent ensuite chez eux compter leur or , et qu’ils nous disent avec bonne foi si leur or peut valoir tout ce qu’auront vu leurs yeux.
Tout cela n est rien s’ils ne connoissent pas aussi la parure de la terre qui a produit toutes ces choses ; s’ils n ont jamais vu nos prairies verdoyantes , nos forêts , nos arbres émaillés et nos moissons dorees i s ils n ont pas joui de l’aspect de la campagne animée par de nombreux troupeaux qui tantôt paissent dans les plaines ou sur les coteaux , tantôt se rafraîchissent dans le sein d une belle riviere , placée comme une glace au milieu de la nature , pour la répéter en l’embellissant.
Certes ! voilà la richesse, réelle ; voilà la seule richesse qui sera l’objet d’un culte pur et fidèle , et qui ramènera sans cesse les hommes à une digne adoration , en produisant dans leurs âmes la somme de toutes les propriétés morales.
Je vais terminer en faisant parier sur cette matière un jeune philosophe ( i ) qui fait déjà l’honneur de son pays. 5? A ces considérations qui placent l’agriculture au premier rang des richesses nationales s’unit encore celle également importante quelle attache l’homme au sol qui constitue la cité. L’industrie vagabonde , vendue au désir des jouissances , s’accommode aisément au milieu des hommes de
(1) M. Gervaise , du Département de l’Aube , âgé de vingt-un ans.
viij AVANT-PROPOS, toutes les corruptions ; elle porte en tout lieu son imagination et ses mensonges , et sa patrie est par-tout où le riche la soudoie. La terre retient son maître ; elle fixe à des labeurs constans ; et la vertu s’unit plus qu’on ne croit , à l’amour de ce travail. Dans le coeur du laboureur la morale se lie aux idées d’ordre , d’harmonie et de justice que la propriété produit ; il converse avec la terre en la sillonnant ; elle l’instruit à connoître ur> bien public et des moralités sociales , et toHtes les vertus sont écrites sur le soc de la charrue. Enfin l’ouvrier se glorifie du pouvoir de créer ; mais le laboureur qui sème attend la création d’une main invisible , et de hautes pensées le suivent encore dans ses travaux. Ainsi ; morale , justice , religion : tout naît et se développe sous l’heureuse influence de l’agriculture)».
Plus j’ai réfléchi sur la protection qui est due à tous ceux qui adressent leur culte àCérès, à tous ceux qui constituent le peuple-pasteur, plus je persiste à penser que l’on doit mettre en jeu la mesure que j’ai proposée dans l’écrit précédent , pour défendre cet art utile et honorable, l’agriculture, • de tout ce qui pourrait affoiblir ses moyens , et je crois avoir démontré dans la rigueur du droit, que si la terre doit supporter l'impôt , l'impôt doit à son tour porter la production où elle a manqué. LEGISLATEURS . . . Mon droit aujourd’hui est de pouvoir faire des pétitions. . .Votre devoir est d’y statuer.