‹ Suites de couches normales et pathologiques [microforme]Chapitre 51 sur 62 · TRAITEMENT DE LA GALACTOPHORITE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA GALACTOPHORITE

—Dès le début de la maladie, si l'on peut en être averti assez tôt, le traitement consiste à suspendre momentanément l’allaitement, à immobiliser le sein et à y faire des applications humides chaudes ou froides. Quelques accoucheurs, les Américains entre autres, proscrivent complètement le massage du sein e l'emploi du tirelait. Ils appliquent, suivant le cas, sur un des seins ou sur les deux, un bandage compressif qu’ils recouvrent d’un ou de.deux sacs de glace, qu’ils n’enlèveront que douze heures après la chute de la température à la normale. Ils administrent en même temps un purgatif salin.

Quand le pus est formé, o de Chessaignac-Budin enraye ’après les

vés. La méthode Chassaign

mammaire, qui demande à ê ln manière que j'ai décrite Plus haut en Parlant de 1e, recherche du pus dans les vaisseaux galactophores, 1] faut prolonger lexpression, autan jusqu’à le, sorti: com.

l'expression doit être jour. Après chaque lon avec une solution eau oxygénée pure ;

L'expression mammaire est quelquefois gi douloureuse qu’elle nécessite Pinhalation de quelques bouffées de chloroforme. Elle n’est pas exempte d’inconvénients ou de dangers: elle ne vide pas toujours tous les acini &landulaires : elle risque de traumatiser le sein enflammé, et de Propager la maladie dans le tissu cellulaire, où elle Provoquera des #jbcès multiples et étendus. Bar et Bonnaire la rejettent absolument.

Les deux derniers auteurs nommés se contentent

uspendre Vallaitement, d’immobiliser Je sein et d'y appliquer un Pansement glacé: soit le sac de glace hebituel, soit un cataplasme composé de farine de lin et de petits fragments de glace, cataplasme qui a l’a. vantage de se conserver plus longtemps froid.

Quel que soit le traitement mis en usage, il faut toujours rttendre vingt-quatre ou quarante-huit heures après que toute trace de pus a disparu, pour mettre l'enfant au sein, et on ne mettra l’enfant au sein qu’urrès avoir vidé le sein,

La méthode de Chassaignac-Budin, très répandue parmi les accoucheurs, a été modifiée par quelque médecins dans le but de rendre l'évacuation du pus moins douloureuse, M. Legroux opère ainsi: “Une ventouse, surmontée d’un ajutage, est appliquée sur le sein mr lade de facon à faire saillir le mamelon dans l'intérieur de la ventouse; on fait le vide au moyen d'une petite pomp: sspirante quitentre à frottement doux dans l’ajutage de la ventouse. Après le premier coup de piston, le lait ou le pus jaillit dans la ventouse. Il faut avoir soin alors de séparer la pompe de la ventouse pour per-

mettre à l’rir de pénétrer de nouveau dans celle-ci Si l’on ne prenait pas cette précaution, il se produirait le même phénomène que lors d’un: application de ventouse ; une ecchymose se produirait sur le mamelon qui deviendrait aussitôt le siège d’une forte douleur.”

ARTICLE IV

Les autres infections du sein qu? je vais décrire constituent ce qu’on peut snpeler les abcès du sein. Ils sont beaucoup plus rares aujourd’hui, grâce aux meeures aseptiques et antiseptiques, et grâce à la connaissance plus parfaite qu’on a de la galactophorite et de son traitement plus prompt et plus raisonné, Ils reronhaissent trois origines: l’origine lymphatique, l'origine canaliculaire et origine sanguine.

Je les décris dans l'ordre que je leur ai déjà donné :

A—ABCES DU MAMELON ET DE L'ARE- OLE, — Les follicules sébacés très développés du mamelon et de l’aréole et les petites glandes mammaires de Cette dernière région peuvent être le lieu d'élection du début des Phlegmasies, qui aboutissent à la formation de pitits furoncles ou #hcès tubéreux que Delbet com- Pare à ceux qu'on observe dans l’aisselle ou à la marge de l'anus.

Ces abcès tubéreux sont généralement de Ja grosseur d’un pois; ils ne dépassent jamais les dimensions d’une noix. Ils forment des bosselures lisses et tendues, de colorstion bleuâtre, Ils sont quelquefois très doulou reux.

Ces petits abcès, d'ordinaire sans gravité, se ramol-

lissent rapidement et ont tendance à s'ouvrir spontanément à l'extérieur, Cependant plusieurs peuvent «: réunir pour former un seul foyer qui décollera* plus largement la Péri où envahira plus profondément les tissus.

B.—ABCES GLA NDULAIRES, — Log abcès glandulaires sont la conséquence d’une galactophorite ; donc le début de ces abcès se confond avec la galreto- Phorit:. Les symptômes de cette dernière infection bersistent et augmentent d'intensité. La température monte à 38° 5 et 39° par oscillations irrégulières ; de légers frissons se rénètent; la sensibilité au sein s'accroît; le sensation de tension augment?; enfin, la douleur devient plus vive. La patiente évite les moindres mouvements, les moindres chocs, et quand elle est obligé2 de laisser examiner son sein, elle y va avec des pré- Cautions infinies dans la crainte de réveiller de plus

grandes douleurs. Le sein devient gros, tendu ou présente des bosselures qui le déforment. La peau conserve sa coloration normale tant que la suppuration ne s'établit pas.

Au palper, on sent une ou plusieurs masses indurées plus ou moins volumineuses et douloureuses. Ces masses sont mobiles dans la profondeur et sous la peau. L'expression du sein donne issue au mélange de lait et de pus.

Au fur et à mesure que la suppuration s’établit, les lobules infectés deviennent rénitents, fluctuants: la peau rougit, et il se produit une infiltration œdémateuse. S'il n’y a pas de lymphangite concomitante, la région axillaire ne révèle aucun ganglion.

La fluctation est nette lorsque l’abcès est superfi-

ciel ; au contraire, elle est vague et très difficile à constater lorsque l’abcès est profond.

On peut essayer un des quatre moyens suivants pour rechercher la fluctuation ou la présence du pus dans les abcès profonds:

(a) Jeannin, à la suite de Velpeau, conseille d’appliquer, avec la paume d’une main, le sein contre la paroi thoracique, tandis que l'index de l’autre main déprime la mamelle en différents points: à un moment donné, le doigt a l'impression de pénétrer dans un orifice à bords résistants, eu fond duquel il sent une masse liquide ;

(b) Le Fort emploie le procédé suivant: la main gauche enserre la mamelle, le pouce sur un côté, la pulpe des quatre autres doigts sur le côté opposé. :La main droite explore la surface ainsi rendue saillante et tendue; en comprimant le point culminant de la

tuméfaction, on y reconnait ls présence ju pus inclus, par l’écartement que subiisent les doists de la main gauche restés passifs;

(c) Delbet saisit le sein en totalité avec les deux mains, en plaçant les Pouces d’un côté de la tuméfaction et les trois derniers doigts de chaque main de l’autre côté de la tuméfaction. Ainsi on immobilise la glande; en la comprimant, on en fait un point d'appui solide; en outre, on tend la région qu’on doit explorer, et l’on conserve les deux index libres pour cette exploration. Il suffit alors de les appliquer sur les deux extrémités de la tuméfertion, et, l’un restant passif et attentif pendant que l’autre Presse, on recueille la sensation de soulèvement ;

(d) D’après Castex, en comprimant le sein à pleine main gauche et en se mettant à genoux pour que le regard soit tangent au centre de la partie pressée, on voit ce centre s’acuminer quand la main serre la glande, et redescendre quand cesse l’effort des doigts.

Abandonné à lui-même, l’abeès s’ouvre spontanément, après avoir aminci la Peau qui prend une teinte rouge violacé. La quantité de pus est souvent considérable. La suppuration peut persister pendant longtemps et produire des fistules interminables.

Les abcès peuvent s succéder pendant des semaines dans le même sein ou dans les deux. Plusieurs collections peuvent se produire simultanément, s'ouvrir, supburer et donner à la mamelle l'aspect d’une pomme d’arrosoir.

Le pus une fois formé peut prendre diverses directions :

(a) Le plus souvent, il se dirige vers la surface;

(b) Dans d’autres cas, il gagne en profondeur et produit l’abcès sous-mammaire ;

(c) L’abcès s’ouvre simultanément dans le tissu cellulaire superficiel et le tissu cellulaire rétro-mammeire, produisant ainsi l’abcès en bouton de chemise décrit par Velpeau; ‘

(d) Une collection purulente peut s'ouvrir dans la cavité creusée par une autre collection déjà ouverte au dehors.

Les abcès peuvent détruire complètement la glande ou au moins compromettre l’edlaitement futur. La mastite puerpérale laisse des noyaux indurés ou des cicatrices pouvant amener la rétraction du mamelon. Elle prédisposerait su cancer.

C.—ABCES DU TISSU CELLULAIRE SOUS- CUTANE. — Ces ahcès sont consécutifs à une lymphangite superficielle ou profonde, ce qui leur a fait donner par Chassaignac le nom de phlegmons angioleucitiques. Les symptômes généraux et locaux du début sont communs à tous les phlegmons: medaise, frissons ou frissonnements, accélération du pouls, élévation de la température. La peau vis-à-vis le siège de l’inflammation devient rouge dès le début. Cette rougeur, qui précède souvent tous les autres symptômes, se présente sous forme de plaques, peu ou pas saillantes, à bords irrégulièrement découpés, ou bien sous forme de traînées se dirigeant vers le creux de l’aisselle, Si la lymphangite qui a donné naissance à l’abcès est profonde, la rougeur de la peau se montrera beaucoup plus tard, mais les ganglions axillaires n’en seront pas moins rapidement engorgés. Par degrés se montre l’abcès en voie

de suppuration : tuméfaction croissante qui se ramollit Peu à peu, coloration de la Peau qui devient plus rouge, Plus lisse, plus tendue, douleurs aiguës qui prenneat un caractère lancinant 3 le pus est formé, la fluctuation est superficielle, la tumeur s’acumine, l’abcès va s'ouvrir plus ou moins rapidement,

Le phlegmon sous-cut

et a rarement plus d’

Le phlegmon sous-cu

tion, mais c’est rare ; 1 il su: À se porte vers la peau, à se faire jour, plutôt que vers la profondeur. I] peut arriver aussi que, avant de se faire jour au dehors, l’abcès décolle la veau, s’étende en nappe, fasse ! :<.: du sein, fuse vers laisselle, l’hypocondre et lé. ‘5 mais il n’a pas de tendance à gagner la prof. udeur.

Velpeau et Schroder décrivent sous le nom d’érysipèle Phlegmoneux, une forme de phlegmon sous-cutané très rare qui tient le milieu entre l’abcès souscutané circonscrit et le phlegmon diffus ou panmastite, Ce phlegmon Bagne en surface mais jamais en profon-

u est rouge et œdémateuse comme dans lérysipèle, et le tissu cellulaire œdématié devient rapidement purulent,

D PHLEGMON RETRO-MAMMAIRE. — Ce phlegmon est très rare, L'origine peut relever de trois causes distinctes :

(a) Le pus se forme dans le tissu rétro-glandulaire Primitivement ;

Ibu Le pus vient d’un organe voisin {horacique :

ostéite costale, épanchement pleural, abcès du poumon, etc,

(c) Le pus vient d’une mastite suppurée,

Le d$but de ce phlegmon st celui de tous les phlegmons. L'évolution en est très rapide; il atteint son maximum d'intensité en deux ou cinq jours. Très vite on observe un gonflement considérable de la mamelle qui, non déformée, semble s’écarter de la partie antérieure de la poitrine. Le sein est douloureux ; Sa peau est lisse, chaude, parfois rosée, sillonnée de grosses veines. Souvent il existe à la périphérie du sein un bourrelet œdémateux, qui indique que la suppuration s’est produite. En comprimant le sein d’avant en arrière, on rend ce bourrelet plus apparent, et en même temps on £ la sensation que l'organe repose sur une éponge, ou qu’il nage sur du pus.

En général, abandonnée à elle-même, la collection purulent, ‘ent se faire jour à la partie inféro-externe de la g.: <, mais elle peut, ce qui est rare, fuser dans plusieurs directions: cou, creux axillaire, abdomen.

E. PANMASTITE ou PHLEGMON DIFFUS.

— Cette variété de phlegmon est excessivement rare. Je n’en ai rencontré qu’un seul ca:, ii y a déjà longtemps.

Les symptômes généraux et locaux sont très prononcés d'emblée. La fièvre est forte et souvent accompagnée de délire, de frissons ; le pouls devient fréquent. petit, dépressible, et l’état adynamique redoutable. Dès ïe début, les douleurs sont lancinantes, et la malade éprouve la sensation d’une constriction violente exercér sur la mamelle. La surface du sein se couvre d’une rougeur érythémateuse. La mamelle augmente de volu-

me, se boursouffle, et, quand la suppuration s'établit, lorgane semble être une éponge de pus.

Le éein se ramollit rapidement, la peau s’ulcère en maints endroits, le tissu cellulaire se sphacèle. Par les multitudes de pertuis, il s’écoule un mélange de lait, de pus et de lambeaux sphacélés de tissu cellulaire. La suppuration s’éternise et l'organe subit une véritable dissection d’où résultent des déformations hideuses, des brides cicatricielles infores.

Le phlegmon diffus est généralement grave, entraîne la mort souvent, même en quarante-huit heures ; en tout cas, quand la guérison survient elle est très lente.

Ombréüanne décrit une autre variété de panmastite qu’il appelle Phlegmon ligneux. En voici la description que je trouve dans A. Baumgartner:

“Au cours de la lactation, un sein devient volumineux, tendu, dur en totalité. On ne sent pius la glande. La mamelle paraît de bois; la peau rougit dans toute 1’étendue de la région; cependant la femme souffre peu: la température est basse, le pouls bon: l’état général ne semble pas atteint. T1 n'existe pas de ganglion dans l’aisselle,

“Cet état persiste long‘emps: un mois, six semaines. Puis, tous les symptômes disparaissent progressivement ; le volume du sein revient peu à peu à la normale; la consistance réapparaît élastique; la peau re- Cnuvre sa souplesse. Au bout de plusieurs mois, l’affection semble guérie.”

TRAITEMENT DES ABCES DU SEIN.—Ce traitement consiste à appliquer des compresses humides chaudes ou des sacs de glace à demeure, pendant la pé-

riode phlegmasique, c’est-à-dire tant que l’abcès n'est qu'en voie de formation. L/allaitement est suspendu jusqu’à guérison.

Dès que labcès est formé, il ne faut plus hésiter; il faut donner issue au pus. On fera T'incision parallèlement aux canaux galactophores, c’est-à-dire dirigée en rayon, du mamelon vers la périphérie du sein. Presaue tous les accoucheurs conseillent aujourd’hui de faire une large incision. Je pratique l’incision juste suffisamment large pour y placer un drain moyen.

On exprime la glande pour en faire sortir le pus, ct lon injecte de l’eau oxygénée pure. On termine par application d'in pansement aseptique compressif qu'on renouvellera au besoin deux fois par jour.

Si Pabcès se vide mal, s'il est volumineux ou en clapier, on pratique une contre-ouverture, et l’on place une anse de drain transcurrente entre les deux ouvertures. Walther draîne séparément les deux ouvertures, afin de pouvoir raccourcir chaque drain au fur et à mesure que la cicatrisation se fait par la profondeur. Par ce procédé, la guérison s’obtiendrait plus rapidement, et les cicatrices seraient moins marquées.

Lorsque les abcès lobulaires du sein sont multiples et assez éloignés les uns des autres, on fait une incision radiée sur chaque point infecté et fluctuant. Weber ouvre largement chaque abcès, et il enlève ensuite à la curette tranchante les tissus nécrosés. Mais lorsque les abcès sont rapprochées, il fait une seule inc'sion profonde, y introduit le doigt qu’il pousse avec une force considérable à la recherche des fusées purulentes et des loges; puis il passe la curette,

Marmaduke Sheild opère de la manière suivante:

aussitôt que l’élasticité ot la fluctuation profonde sont évidentes, on pratique une incision radiée assez grande. pour y introduire l'index qu'on pousse jusqu'à ce que le pus apparaisse. Le doigt pénètre dans la cavité, brise les loges et les cloisons qui séparent les diverses cavernes de suppuration, puis il se rend jusqu'au sillon thoraco-mammaire. Là on pratique dans le sillon une large contre-incision, par laquelle on fait le drainaue de l’abcès, après avoir refermé Pincision supérieure, avec un crin de Florence et une couche de collodion. Le tube est laissé dans la plaie inférieure aussi longtemps qu'il est nécessaire, et on le raccourcit au besoin. Félizet ne se sert pas du bistouri ; il fait l’incision au thermocautère soit dans Je sillon thoraco-mammaire,

soit à travers un orifice fistuleux ; puis il décolle le sein de la paroi thoracique et flembe la plaie au chalumeau. La guérison ne s’obtiendrait qu’au bout d’un mois e: demi.

Le docteur Besi:, à l'instar de Pinard, se sert d’un trocart pour évacuer le pus des abcès glandulaires. On enfonce le trocart dans l’'abcès qu'on vide par aspiration ou expression. On injecte ensuite dans la cavité soit de l’argyrol soit de l’eau oxygénée pure. Chirié et David remplacent les incisions des abcès par la simple ponction suivie d’une injection d'argent colloïdal isotonique. L’injection doit être assez abondante pour

* distendre la poche que l’on a vidée et lavée.

Dans le but de hâter la cicatrisation des foyers ouverts, Jeannin conseille de les panser au bouillon lactique. Il insinue entre les lèvres de l'ouverture, des mèches imbibées de bouillie lactique.

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