‹ Suites Proches et Lointaines de l'Opération Césarienne Conservatrice ClassiqueChapitre 25 sur 27 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

I. — Les femmes opérées de césarienne sont exposées à des complications proches et lointaines.

IT. — Au cours de l'intervention peut apparaître l'hémorragie

grave de l'inertie utérine, accident d’ailleurs très rare pour les césariennes princeps.

Dans les premiers jours du « post-partum », sous l’action des tranchées utérines, les sutures au catgut peuvent se dénouer et provoquer la désunion de la cicatrice utérine. Nous avons pu en réunir 12 cas.

L’infection, sous diverses formes, peut venir troubler les suites opératoires.

L'éviscération spontanée, très rare en chirurgie générale, est plus fréquente en obstétrique. On en connait 16 cas publiés.

L'éventration, beaucoup plus fréquente, se rencontre à des degrés divers chez presque toutes les césarisées.

IT. — Dans un temps plus ou moins éloigné peuvent surgir d’autres complications :

a) Paragénitales : Ce seront des fistules utéro-abdominales partant d’un point de suture non résorbé et infecté, le plus souvent un fil de soie. Ce seront des accidents divers dus aux adhérences, pariétales, épiploïques, intestinales, vésicales, qui se traduiront par de la douleur surtout aux périodes menstruelles, de l’occlusion intestinale, etc.

b) Génitales : La césarienne classique, dite conservatrice, frappe de stérilité 75 °/, des femmes qui l'ont subie.

Les autres, les 25 °/, qui font de nouvelles grossesses, sont exposées par leur gestation à divers accidents d'importance

différente : Paroxysmes douloureux dus aux tiraillements des adhérences, présentations dystociques irréductibles par suite de la ventro-fixation.

Mais l'accident particulièrement grave est la rupture de l’utérus au niveau de l’amincissement cicatriciel. Nous avons pu en réunir 55 cas. Parfois elle se produit au cours de la grossesse sous l’action de la distension de l'utérus gravide, mais le plus souvent c’est au moment du travail, sous l'effort de la contraction qui constitue la cause déterminante principale. Le muscle utérin, distendu par un œuf volumineux ou exceptionnellement par de l’hydramnios ou une grossesse gémellaire, tire sur l’amincissement cicatriciel qui, affaibli par l'insertion placentaire, rongé et désorganisé par les villosités choriales, se rompt et laisse passer l’œuf dans la cavité péritonéale, déterminant presque toujours la mort de l’enfant et parfois celle de la mère.

La césarienne ilérative, malgré les quelques succès. qu'elle compte, reste une intervention dangereuse, parce qu'elle est toujours une opération atypique, par suite des modifications anatomiques apportées par la néoformation cicatricielle, et qu’elle prédispose plus que la césarienne princeps aux’ complications déjà énoncées.

IV. — Ces divers accidents qui menacent les césarisées pourraient faire rejeter la césarienne conservatrice, cependant en sélectionnant soigneusement les cas et en ne pratiquant cette opération que sur des femmes offrant toutes les garanties de succès possibles, les auteurs modernes peuvent citer quelques séries heureuses de césariennes itératives.

Mais malgré toutes les précautions dont on s’entoure, il reste toujours un alea qui permet de poser le problème de la stérilir sation.

Les femmes dont l'état nécessite une césarienne peuvent être divisées en deux grandes catégories : Les unes sont opérées pour une cause fortuite, momentanée, passagère : crise d'éclampsie, procidence du cordon, etc., et retombent après leur opération dans un état normal qui leur permet de terminer une nouvelle grossesse par un accouchement spontané.

Mais les autres présentent, par exemple, une viciation pelvienne qui n’est pas modifiable, elles ont un obstacle permanent à l'accouchement spontané et devront toujours courir les risques d’une nouvelle intervention, pour subir nécessairement par voie haute un accouchement qui n’est pas possible par les voies naturelles. Pour celles-là le droit à la stérilisation devrait être longuement discuté. C’est un gros côté de la question que nous avons écarté de propos délibéré. Pour le moment, nous nous bornerons à rappeler que la première opération césarienne praliquée à Bordeaux a été faite avec succès par notre maitre le Professeur Lefour, qui, après avoir longtemps et mürement réfléchi, et avec l’agrément de la patiente, a fait suivre l'hystérotomie de la stérilisation. Ses élèves semblent l'avoir suivi dans cette voie. L'avenir dira s'ils sont dans le vrai.

Vu, bon à imprimer : Vu : Le Doyen, Le Président de la Thèse, C. SIGALAS.

R. LEFOUR.

Vu. et permis d'imprimer:

Bordeaux, le 5 mai 1914. Le Recleur de l'Académie,

R. THAMIN.

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