FIN
" Le voile sombre s'entr'ouvrit et, par la déchirure, se précipita tout un flot de rayons solaires. »
La vision ne réapparut pas davantage le lendemain.
La malade était fort animée, car Timon, très inquiet de la santé de sa fille et alarmé par une lettre de Cinna, avait quitté à la hâte Alexandrie et était arrivé de Césarée pour revoir une dernière fois son unique enfant.
L'Espérance recommençait à heurter au cœur de Cinna, et priait qu'on la laissât
entrer ; mais il n'osait point lui ouvrir, il n'osait point espérer.
A Alexandrie^ et dans le désert, il y avait déjà eu de ces intervalles entre les visions qui tuaient Antée, mais d'un jour, et non de deux.
Cinna attribuait donc le soulagement actuel à l'arrivée de Timon et à l'impression que la jeune femme avait rapportée du supplice, impression si profonde qu'elle ne pouvait parler d'autre chose, même à son père.
Celui-ci écoutait avec attention, sans répliquer, et il réfléchissait, en questionnant avec soin sur la doctrine du Nazaréen, dont Antée ne savait que ce que lui en avait dit le procurateur.
Toujours est il qu'elle se sentait mieux portante, plus robuste, et qu'un rayon d'espoir s'alluma dans ses yeux quand l'heure de midi eut été dépassée sans incidents. A plusieurs reprises, elle qualifia ce jour d'heureux et demanda à son mari de le noter.
« Je vois! C'est Lui! C'est Jésus de Nazareth!... Suivons-le! «
suivre la prbgTession de l'ombre, sentit palpiter son cœur quand il la vit devenir de plus en plus courte.
Ils demeuraient ainsi, plong-és dans une sorte de rêverie, et la moins inquiète paraissait être Antée elle-même.
Étendue sur la litière découverte, la tête posée sur un coussin de pourpre, elle aspirait avec délices les émanations fraîches que la brise apportait de l'occident, du côté de la mer.
Mais, vers midi, cette brise mollit, tandis que la chaleur augmentait. Les touffes de nard, chauffées par le soleil, exhalaient un parfum capiteux. Au-dessus d'un g-roupe d'anémones voltig-eaient des papillons diaprés. De petits lézards, habitués à cette litière et à ces gens, sortaient sans crainte des fîssureS; aux aguets cependant. La terre entière se reposait^ sous l'influence de la lumière et de la chaleur, sous le dôme serein du firmament d'azur.
Timon et Cinna semblaient également s'abîmer dans la paix immense. Comme sollicitée par le sommeil, la malade abaissa ses paupières et, seul, un profond soupir sorti de sa poitrine vint troubler le silence.
Cependant, Cinna s'aperçut que son ombre avait perdu sa forme allongée et s'arrêtait court à ses pieds.
Il était midi.
Soudain, Antée ouvrit les yeux et dit d'une voix étrange :
— Caïus, donne-moi ta main!
Il se leva vivement, le sang glacé dans ses veines : l'horrible moment des visions approchait.
— Vois-tu, — fit la jeune femme, — cette lumière qui s'accumule là-bas, dans l'éther? comme elle tremble, scintille et s'avance vers moi....
— Antée, ne regarde pas de ce côté!
s'écria Cinna.
Mais, ô miracle! son visage n'exprimait
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