ACTE QUATRIÈME
A tous je leur dirai: je cesse d'être reine. Français, reconnaissez une autre souveraine.
Je dois vous savoir gré de ce soin généreux, Mais qu*est-il donc besoin de cet éclat pompeux? Quand vous fûtes, madame, arrachée à mon trône. Quand sur un autre front . retomba la couronne; Croyez bien que muh cœur ne fût pas consulté. Je n*ai fait que céder à la nécessité. Repoussant notre hymen, le ciel, en sa colère. Deux fois avait frappé le fruit dé Fadultère. Ce jour à Gbilpéric peut-il paraître doux, Quand il va pour jamais me séparer de vous. Quand j'unis à mon sort une épouse inconnue, Sans pouvoir oublier celle que j'ai perdue.
FRÊDÉGOKDE.
Ah! seigneur, tant d'amour a droit dé me flatter,
La preuve en est visible et je n'en fma douter.
Vous redoutez le ciel ^t fuyez sa colère.
Oui, la crainte de Dieu, seigneur, est salutaire;
Nous avoos Tun.^t fa^tre assez bmié ses coups:
Vous m'avez >en)fi(vée à mon premier époux,
Et la inort Ta puni de sa douleur jalouse.
Vous craigniez, avec moi, les regards d'une épouse»
Sur elle, prudemment, la tombe se ferma;
Libres dans nos amoufs^ Thymen les confirma.
Mérovée avait droit, peut^èli^,' à.rindnlgencet
Et le glaive fut seul. jeté dans la balance.
Enfin , persécuteur du dernier, de vos fils ,
Votre haine inflexible a poursuivi Clovis*
De si longues erreurs w>tre ame est rtipentanto;.
Vous en donnez k tous une marque éclatantes, -
â«6 FRÉDÉGONDE.
Et, lorsque Prédjjgonâe est Tobjet de vos voMix, Vous la répudiiez pour satisfaire aux deux. D'un si beau dévoûmefitt afQï'^en Tassurance, Dieu vous a Téserjé la juste récompense. Cependant, ce lien qui vous senible léger. Ne Yous offre-t-il jpas» sire, quelque danger? Chacun me vante Elvigé et âa beauté suprême, Mais, selon quelques u.ns , ce n'est pas vous qu^elle aime , Un mortel plus beurétix a su toucher son cœur.
CflILPÉRIG.
Madame...
C^est satis doute un récit imposteur , Puisque et vous Bl^fge accepte là couronne, Elvige doit cbérir la iiam qui là lui donne. Si de régner par elle un père avait Tespoir, Sur elle il a perdu pour jamais son pouvoir. Cet bfnien '«ods assure une amitié <sfncère , Peut-elle redouter le destin d*Attdouère? Erédégonde trahie, elt «d vain sous nés yeâx. Elle avait mérité cet arrêt rigoutieux.
Vous ne lui direz pas ^^Uê *¥mk ait fidèle. Que vous denrea beanconp à «es soins ^ à con sèle, Que par elle, vainfQeiir de tons vod eaiiemls, Vous sortîtes du gouffire où vous vous étiez mis ; Et que roi détrôné, voiis eipiriess sans gloire. Quand elle a près de vous rappolé la vietoife. Vantez-lui vos vertus et 'ttkrtoot votre amour. Dites que votre c(Bur est simple d sans détour; Dites-lui les blenlitts que voti<è p^voyance A , depuis mon exil , fiéptttfdus 4\tt la France , Les travaux , les eoml»iils ^mvH ^e brâtanls faits Prouvant ce qu*a pu seul le meMtrqàe français.
ÂGf» mkniÈim. SI?
A ce récit, seigneur, crAyez bien que son ame Partagera bientôt Tardeur qui yous enflamme.
CHILPÉRIC
Gest assez ; trop, peut-être. Un plus long entretien Ne pottirrait qti^afRiger votre cœur et le mien. Puisque tous adoptiez un parti nécessaire, On va vous ramener à votre monastère.
J*envoyais ce jour même un message vers vous , Madame, on vous attend, et les soins les plus doux Vous seront prodigués d^ns ce séjour tranquille, Où vous avez choisi votre dernier asile.
FRÉDÉGONDB*
Le jour de veiro hymen, on meaatgen^iiltend!.. ' Un don de vous! Cest plus que mon cœur ne prétend. J'irai le recevoir, et Taurore nouvelle Ne me trouvera pas dans les remparts de Ghelle. Mais, seigneur, un seul jour souffrez-moi près de vous. Je veux, un jour encor, contempler moa époux; (Test là le sent bienfait qtie Prédégondé exige.
CÊÊtlPÈÊIt.
Madame.
nuftnifiONDB.
Oraignez-?oils les reproches d*Elvige?
CHILPÉIIC.
Je crains votre douleur.
. > PRÉDÉGONDB.
Si je sais la soufiirir.
248 FRÉDÉGQNlkB.
CHaP£SIC. '
Non , non , sans cruauté je n*y puis consentir.
FRfiDËGONDE.
Eh bien! ne pourriez-vous , quand Fréd^gonde implore, Remettre cet hymen au retour de Taurore»
(Chilpéric se tait; après nn moment d'attente, Fréd^nde continue.]
Non, vous me refusez, vos vœux impatients Appellent mon départ et comptent les Instants: L'aspect d'une rivale offense votre amante. Je veux vous délivrer d'une pénible attente: L'heure qui va passer réglera notre sort. Sachez la supporter, c'est nn dernier effort. Oui, pour me recueillir, je vous demande une heure; Après je troBverai moi^nôme ma demeure.