PREMIÈRE PARTIE
La scène se passe près de Constantinople. Le Théâtre représente l'intérieur d'un couvent. On entend une musiqae religieuse. Les moines invoquent le Seigneur.
Scène Première. — constant, un officier. — L'empereur Constant, vêtu en pèlerin, est assis la tête appuyée sur sa main ; il semble méditer. Un officier, son confident, également vêtu en pèlerin, est debout devant lui. L'empereur est jeune, il a 21 ans. Vous hésitez encore, lui dit l'ofBcier, vous voulez sacrifier à un vain scrupule le repos de l'empire. Vous, maître du monde, vous reculez devant un peu de sang. Qu'importe à ce monde la vie d'un misérable diacre! Dans la tombe, ce diacre n'est plus rien, il ne laisse pas même un souvenir. Vivant, songez qu'il est votre frère, qu'il est le premier né , que le trône lui appartient. Le peuple le croit mort ; mais ne connatt-il pas, lui, le secret de sa naissance, ne sait-il pas que vous êtes un usurpateur. En vain retenu dans cet asile, il y est inconnu; s'il parle, quel danger est le vôtre? S'il se tait, ce danger est - î! moindre ? Ne lui avez - vous pas pris aussi sa fiancée , celle que l'amour lui destinait , celle enfin dont l'infidélité supposée par vous, l'a fait renoncer au monde. Mais s'il allait découvrir que vous l'avez trompé, qu'elle l'aimait, qu'elle l'aime encore, et que c'est dans la
conviction qn'il D*est plus, qu'elle consent aujourd'hui à- TOUS donner la main!... (On entend de nouveau la musique religieuse, ) Ces accords me fatiguent, dit l'empéteur ; il me semble que je distingue parmi ces voix celle de mon frère. Tu dis qu'elle Taime encore, et lui, malgré ses vœux, l'aime-t-il ? Ah ! Si je le croyais ! Il faut que je rinterroge. Qa on ramène.
Scène 2. — les PRâciÊDENTS, THéoDosE en religieux. ^ Théodose en croit à peine ses yeux en reconnaissant Fempereor. Ah! Mon frère, lui dit41, quel bonheur inespéré! Vous daignez, vous l'empereur, venir visiter un pauvre religieux jusque dans ce monastère. Ici je ne suis point Tempereur, dit Constant ; pour vous je suis un frère ; pour toog les antres un simple voyageur.
Dans un dialogue amical en apparence , il essaie de connaître les sentiments de Théodose. U s'informe surtout si le secret de sa naissance a été bien gardé ; vous me l'avez juré, dit Constant. J'ai tenu mon serment, répond Théodose, je n'ai point parlé. Mais Dieu est plus puissant que la volonté des hommes, et il accorde la science à ses élus. Si je ne m'abuse pas , le supérieur sait qui je suis.
Effrayé de cette révélation, Constant dit : je veux entendre ce supérieur ; allez, mon frère, allez lui dire qu'il se rende vers moi ; mais surtout qu'il ignore que l'empereur lui parle : il s'agit de la paix de l'empire, de cette paix à laquelle nous 8T0DS fait tous deux de si grands sacrifices : moi en me séparant de vous; vous en renonçant au monde.
Scène 3. — constant, le confident. — Le confident, ra apprenant que le secret n'a pas été gardé, dit: il n'y A pas à hésiter, il faut que votre frère meure. Qu'il meure à Tinstant, ou vous tombez du trône , et cet hymen, objet de si longs désirs , cet hymen, véritable cause de votre ^urpation, cet hymen qui va s'accomplir ne sera pour Tous qu'une source de crainte et de douleur.
Scène 4. — les précédents, théodose. — Il annonce Vie le supérieur le suit. L'empereur l'invite à le laisser.
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l 'irai sous pea d mstants, «joDte^Ml, vous visiter daas TOtre cellule, car je ne veux pas m'en éloigner sans savoir si tout contrilfbe ici à votre contentement. Théodose sort.
Scène 5. — l'empereub , le sup^ietjr, le confident. — L'empereur est inconna du supérieur, et en ayant l'air de vouloir lui confier un secret, il lui arrache le sien. C'est peodaat le sommeil de Théodose que des mots échappés au jeune prêtre, lui ont fait naître des soupçons sur son origine et sa vocation. Les craintes du monarque sont confirmées. Celui-ci donne à voix basse quelques ordres au confident et sort.
Scène 6. — le confident, le supérieur. — Le confident dit au moine : vous venez de prononcer l'arrêt de ce diacre, c'est un vil imposteur, il doit mourir. Le supérieur effrayé intercède pour lui. Ëtes-vous dont son complice, lui répond le confident? En voulant le sauver, vous ne feriez que vous perdre avec loi. Des gens armés entourent œ couvent. [D'une fenêtre il les lui montre apparaissant à son signcU.) Le moine est immol^ile de terreur. Dans l'intérêt de votre couvent et pour éviter que ces hommes d'armes n'y pénètrent, qu'il meure ici et sans éveiller les soupçons. Mais qui éles^vous, lui dit le supérieur ; quel est celui qui vient de m'interroger, êtea-vous envoyé par l'empereur ? L'empereur ignore cette lâche intrigue, dit le confident. Vous et tous vos frères péririez, s'il la connaissait. Allez , la prompte mort du diacre peut seule vous sauver tous.
Scène 7. — les PRÉciÊDENTS , l'empereur , théodose. — A rapproche de l'empereur, le confident s'éloigne en emmenant le supérieur.
Théodose parle à Constant de leur vie passée, des jours heureux de leur enfance et de leur amitié. Pénétré d'une foi vive, il s'est résigné à la vie du cloître ; mais malgré ses efforts on voit qu'U brûle encore pour celle qu'il croit perfide.
Théodose n'est que d'une année plus Agé que l'empereur.
e( c*€st depuis pea de temps qa*i\ a embrassé la vie reli* giease.
L'emperear prend congé de son frère^
Scèièe S. — THiéoDOSE, seul. — Tbéodose fait sa prière. Une docbe se (ait entendre, puis ua chœur, pois l'hymne des morts. Il dit: quelqu'un de nos religieux va mourir. Lequel ?
Scène 9. — le sop^ieur, théobosb. — Le supérieur lui parle de la mort, mais Théodose ne comprend pas que c'est de la sienne. Il demande à aller voir le mourant; il s'enquiert de son nom. Le supérieur ému n'a pas le courage de le lui apprendre; il lui dit de se confesser. On croirait, mon père, dit Théodose en souriant, que c'est moi que vous préparez à la mort? Ne pouvons-nous pas mourir à chaque instant, répond le supérieur.
On chante de nouveau l'hymne des morts. Pour qui est-ce, dit encore une fois Théodose. Le supérieur qui croit Théodose coupable et pense remplir un rigoureui devoir, en aidant h Texécution de l'arrêt, continue à se taire. Unissons-nous à ces chants, lui dit-il. Ils prient.
[Vheure sonne).
Scène 10. — les précédents , le coNFmENT. — Le confident apporte une coupe, il la présente à Théodose qui la refuse en disant que c'est pour lui jour d'abstinence, et que par Qo vœu spécial il ne peut rien prendre jusqu'à l'autre aurore. Relevez-le de ce vœu , dit le confident. Le supérieur veat prononcer la formule sacrée. Une puissance invisible l'arrête. Il voit, dit^il, ua ange qui le lui défend. Il veut recommencer, même vision. Le confident tente aussi die la pronooeer, méme^ inj^ffibillté. U sort en disant : nous trouverons d'autres armes.
Scèke 11. — LE supÉRiscia, théooose. — Frappé du pro- %e, le supérieur ne croit p(u8 à l'imposture de Théodose. L'étonnement de celui-ci, la simplicité de ses réponses, quelques caractères qu'il reconnaît à sa croix, achèvent de le convaincre. Oui, c'est bien un des héritiers du trône
qni est devant ses yeux. Ces étrangers qu'il a pris pour des émissaires de Femperenr, ne sont que des meartriers qui menacent peut^tre l'empereur hii-mérae. C'est le sang impérial qu'on veut tarir. Frappé de cette révélation, il sort pour réunir et armer les moines et défendre la victime. Sans rien dire à Théodose de ce qui se passe et de ce qn'il soupçonne, il lui recommande de s'enfermer dans sa cellale et de se tenir en garde contre ces étrangers.
Scène 12. — - théodose seul. — Théodose, en songeant à l'amitié de son frère, sourit à la recommandation. Il s'endort.
Scène 13. — théodose, le confident. — Le confident entre avec deux bourreaux. Ils veulent pendant le sommeil de Théodose lui jeter un lacet au cou, mais à chaque jet le lacet se rompt avant d'atteindre la victime. Un des bourreaux prend un glaive, il se brise dans sa main. Lé confident attribue ces miracles au morceau de la vraie croix que porte le diacre; il le lui enlève. Théodose se réveille. Il s'étonne de voir ces étrangers. C'est alors qu'il se sourient de la recommandation du supérieur. Il va pour gagner sa cellule, ils le ramènent sur le devant de la scène, le poignardent et s'enfuient.
Scène i A, ^ TKÉonosE , le supiérieor, moines armés • — Théodose est mourant Une partie des moines se met à la poursuite des meurtriers. Le supérieur porte des secours au blessé. Théodose lui dit qu'ils sont inutiles. On lai donne l'extréme-onction avec tout le cérémonial oriental.
Scène 15. — les pmlcéDENTS, les moines armés rentrent. '— Ils n'ont pu saisir les assassins. Dans un chœur ils expriment leur indignation. Le supérieur prend la robe sanglante de Théodose et dit qu'il la portera lui-même à l'empereur pour lui demander justice du meurtre et du sacrilège. Il manifeste son inquiétude sur le sort de l'empereur lui-même.
NOIXS ET CORRESPONDANCE. M9
DEUXIÈME PAHTIE.
La scène se passe à Constaotinople. Le Théâtre représente l'intériear de la chapelle dn palais impérial.
Scène première, — l'euperbur, i'impératrice, officiers DE LA coTm, SUITE, CHOEU|L. — On célèbre Ffaymen de Constant avec celle qui fut la fiancée de Théodose. On prononce la bénédiction nnptiale; le couronnement a lieu ensuite. Le cfaœur invoque les Ikveurs du ciet sur le nouveau couple. L'empereur parait heureux; il adresse à Timp^ratrice des conseils sur les devoirs de la royauté. Celle-ci reçoit les hommages de la cour, des chefs du peuple et de l'armée.
Scène 2. — Au moment où Ton achève la cérémonie, un bruit extérieur se fait entendre. Un religieux, suivi d'une partie du peuple et portant une robe sanglante, entre en criant: Sacrilège ! Sacrilège ! Que la joie cesse. Il dit que son monastère a été violé par des inconnus, qu'un diacre a été égorgé. Vengeance ! Vengeance ! crie le peuple. L'empereur a reconnu dans ce moine le supérieur du couvent où était son frère.
Le supérieur, profterné aux pieds de sa miijesté et sans Mer lever ks yen, fiût le récit du meurtre et donne le signaiemeni des assassins, fin se relevant il reconnaît le confident; il crènt qn'iine vision sinistre l'égaré, il détourne les yeux et il rencMitre eeux de l'empcieur qu'il reconnaît ansfii. Le crime alors hii est révélé dans toute son horrenr. Il n'accuse pis ouvertement le monarque, mais, dans sa sûnte ioéigMtion, il erie de nouveau: Anathèmei Le pn^le et les mpuines répètent : Anathème !
Constant, pour apaiser le tumulte, ordonne que les meurtriers soient recherchés et punis.
Antthèmel Anaftèmel crie toujours le peuple. L'empe* rear , en ûnémiflBaAt , dit : que Tanathème soit prononcé.
Une musique lugubre se fait entendre. Le prêtre prononce la formule redoutable : qu'un spectre Tengenr s*attaGlie au coupable, dit-il, qu*il ait toujours devant les yeux cette robe sanglante. L'empereur essaie en vain de paraître calme, son agitation étonne sa jeune épouse.
Chaque phrase de la malédiction est répétée par le cbceur, puis par l'empereur qui , d'une voix éteinte , dévoue l'assassin à la damnation éternelle.