UNE DBS MAITRESSES DU ROI
Louis XI, qui fait trembler tout le monde,, tremble luimême devant son médecin Jacques Coittier.
Dans Kexposition, peindre la dévotion du monarque, son amour pour les femmes et fe pouvoir, son astuce, sa cruauté, son esprit, sa finesse, sa bonhomie apparente.
Scène d'astrologue et de magicien : Te roi annonce un nouveau ^savant ; puis il fait venir un âne qui, selon lui, au moyen de ses oreilles et de leurs mouvements, indique les choses passées, présentes et futures.
On pourrait citer quelques uns des bons mots de Louis XI, qui n'en était pas chiche, non plus que des mots atroces. «Nous avons pris le renard, dfsait-il, en parlant du connétable de Saint-Pol. Mon frère Charles a eu sa peau ; elle était belle et riche, et moi j*ai eu sa chair qui n^était pas trop bonne. »
On sait que dans ses voyages il prenait pour secrétaire le premier clerc qu'il rencontrait. Quand le clerc avait reçu la confidence de choses dont la révélation eut été dange-
NOTBS ET eORBfiSPOK&ÀNCE. m
veo0e, il disparaissait k mit même.
« Tèchei, disait-il k Ton de ces «leres, qiti allait rédiger ua.ico0|rflfts d'y Iflisfier qmelcpies Imnis mMs dont on^mlsse se. sfitrvjr i^r k antte. » -
Ud jour T^l^lata, ènr nn signe du roi, se trompe et noie un tnaiBe .au lien d'un èapitaîne. « Ah ! malhenreni, s'écife le roi, tn as âeyé le meilleur moine de mon royaume. Demain il fendra faire dire poui* lui une demidouzaine de messes. »
On deMandait pour le roi, h un siiint renommé, la santé de rame et la santé du corps. « C^st as^z de celle-ci, dïsaiMi, il ne ftnt pas l'importuner de tant de choses à la fois. »
la yenue de la reine dans ce sombre château, reSroi du Dauphin, encore enfant naïf, peuvent jeter de Tintérèt $ur ce sDJet ({ni mérite d*ètre traité avec soin.
Voici maintenant le plan d'une petite comédie, opéra, vaudeville, proverhe, tout ce que vous Voudrez. Nous l'intitulerons le Sêros' de circonstance, oM le Général sans le vûviûir et sans te savoir,
M. Martin de Paris, fabricant de nouveautés, représentant là maison Martin frère et compagnie, est arrivé dans une ville d'Italie, pour les afiaires de son commerce.
Le début de la pièce nous montre son entrée dans le principal hôtel du lieu, et son installation dans une chambre au premier étage et donnant sur une rue.
M. Martin, aidé de sou valet Benoit» déploie ses articles d'échantillon en s'informant à la servante de l'adresse des principaux marchands.
Celle-ci lui apprend que le moment est peu faypraUe k la vente. Il y a une grajpde fermentation dans le. .paya;. le peuple, mécontent des 4-ntrichiens, veut se révolter^ et Toa craint qu'il n'y ait du, bruit ce JQur m^c^r ,
M. Martin frère et compagnie^ car c'est aipsi que le nomme son valet Benoit, est un homme de moyen âge,
1564 ESSAIS raAMATIQUES.
ayant Vair d*an margaiUier, bicB que dans sa }eanesse il ait fait la guerre comme eogagé dana le 3« régîmeut d'artillerie où il est devenu maréchal-dés- logis chef; mais depuis yingt ans, absorbé dans son commerce, il a pris des habitudes qui ne sont rien moins que mSitalres.
Son installatioo acberée, il se met à la croisée pour faire sa barbe, en se louant de la vue qui embrasse toute la rue. Que de monde, s*écrie-t-il ! Est-ce donc touji^urs ainsi? Non; la servante avait raison, voilà un individu qui pérore, c'est un rassemblement. Tiens, regarde, Benoit, ils font une barricade. (Il n'en connue pas mams àse raser.) Oui, c'est bien une barricade ; c*est 4onc ici comme à Paris. Comme à Paris, non pas, car ils s'y prennent diablement mal: vois plutôt.
Benoit. — C'est vrai, monsieur.
JVI. Martin. — Si j'étais là. Ah ! les imbécilles, voilà qu'ils la font droite au lieu de la faire obliquer à gauche; mais elle ne tiendra pas cinq minutes» fûtrce contre une pièce de 4; va donc leur dire. Kon, j'y vais moi-même. [Il pose son rasoir ^ et sans même remettre son habil, il descend avec la serviette au col. Il ne tarde pas à rentrer.) Maintenant cela peut résister une bonne heure, et ils ne se feront pas tuer comme des veaux à Fabattoir. {Il reprend son rixsoir,) Ah ! mon Dieu, comment se placent-ils maintenant? Us sont absurdes, chaque coup de canon en emportera une file. Je ne peux pas, en conscience, . laisser des hommes se faire massacrer ainsi. Mais sont-ils amis ou ennemis. Italiens ou Autrichiens? En vérité je n'en sais rien, d'ailleurs cela m'est égal. [Il pose encore son rasoir et retourne à la barricade. Pendant ce temps, BenoU continue à occuper la scène, soit seul^ soit avec la servante de l^hâêeL M. Martin réparait) Me laisseront-ils enfin finir ma barbe. [Il reprend son rasoir. On entend un coup de canon.) B(>n, voici la grosse musique maintenant. Les vitres en tremblent. lia finiront par me ' fiiire couper. Oui, c'est nous qu'on attaqtke. Mais qiiel^ tristes canonniers! S'ils
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contmoeot à pointer ainsi, ils ne feront pas grand mal à ma barricade. C'est à droite qu'ils auraient dû placer leurs pièces. Tiens, ils font un mouvement pour s'y mettre, rtos gens, je veux dire ceux de la barricade, Tont sans doute se porter en ayant pour les en empêcher et com* mencer la fusillade. Ahl les malheureux, ils ne bougent pas et laissent Tennemî prendre position ! lis vont se (aire abîmer; il faut nécessairement que j'y aille encore. [Il descend. On entend qu'il commande une mancsuvre, puis le feu. La fusillade s'engage. Il rentre.) A présent qu'ils sont en train, ils me laisseront, j'espère, finir ma barbe. {Sa figure est ensanglantée.) Vous êtes blessé, dit Benoit.
Martin. — Ma foi oui, je savais bien que cela finirait par là, à force de me faire prendre et reprendre mon rasoir, ils m*ont fait couper. Voilà pourtant comme on récompense ses alliés: on les écorche, on les saigne.
Cependant le combat continue, la barricade est au moment d'être prise. Martin, de sa croisée, encourage ses défenseurs, mais en vain, ils fuient ; il les traite de lâches. Enfin, n'y tenant plus, il descend de nouveau, les ramène au combat, les pousse sur leurs adversaires que, grâce à lui, ils chassent de la rue.
C'est alors qu'il apprend de la servante que c'est contre l'Autriche qu'il a combattu et que les citoyens vainqueurs ont recouvré leur liberté. C'est bien heureux, ditril, je pourrai donc enfin placer mes articles de nouveautés. Maïs finissons ma barbe.
Cependant on entend un grand bruit: c'est une dëputation des notables qm vient au nom de tous les habitants remercier leur libérateur, qu'ils prennent pour un général français envoyé à leur secours.
Tandis que la députation monte, Martin se plaint de ee qu'on ne lui laisse pas achever sa toilette, car pour placer la nouveauté, dit- il, une mise décente est de rigueur. Il reçoit la députation, écoute son discours, puis lui dit qii*il n'est général que dans les modes et qu'il se *noiiime
Martin frère et compagnie.
Parmi les députés se troavebt plustears marchands à <}ui il a déjà Ait des livraisons et aniqoels il TOndraft en Ânre eneore. Genx-ct vantent beaucoup son courage et ses talents militaires. Lui, vante beanconp ses articles, il en etbibe les échantillons et finit par obtenir des commande.
Pour faire une pièce de cette dotanëe, il faudrait y ajouter quelque épisode d'amour. M. Martin aurait une fille oa une nièce. L'un des députés la lui demanderait pour son fils. Le dénouement serait une promesse de mariage.
Ce qui suit est de la grosse gatté, mais vous m'avez dit qu'il vous fallait un peu de tout. Vous en ferez donc un proverbe de société ou un petit vaudeville.
VEcole de Droit au mïlage^OMÏe Cours de Magistrature, tel sera son titre. Un ancien magistrat, dont la tête n'est pas très saine, retiré dans un village de BaSse-Norraandie, où tout le monde est plus ou moins ami de la chicane, sVst avisé, pour occuper ses loisirs et ceux de ses amis, d'y établir une école de magistrature.
Dans une scène qui suit rexposition, il annonce qu'il y aura trois causes à juger : un vol par effraction, un rapt ou viol et un homicide. II envoie no détachement de ses élèsves pour arréier, à défeut de gens de bonne volonté, quelques passants ou vagabonds étrangers à la commune, sur lesquels, dit-il, on puisse finire Tétpénence.
Bientôt on lui annonce qu'on a trouvé t^is èujets.
Oh aiadne le prenaier : il n'est pas instruit de la plaisanterie et se récrie beaucoup. On foi demande son nom. U répend qlilt se nôniHie Pierre S^' écrivez quMl s'appelle Jean. On continue ainsi: sans égard à ses observations, ses féponses sont toujours interprétées de manière à rentrer dons le cadre de raceusation.
Si v<>us voulez suivre rancieii usage, dit le professeur, iB^est ici le moment de donner la question ordinaire et eiftniotdinftirè. Il en fiiit la description au grand effroi du
patient, qui se croit heureux de D*ètre condamné qu'à Texposition et à la marque.
Le deuxième, d*après le programme, est accusé de rapt. G*est une femme, on lui soutient qu'elle est un homme et on l'interroge comme tel.
Le troisième, supposé coupable d'homicide, plus malin que les antres, reconnaît bientôt à qui il a à faire. Il n*a pas l'air de s'en apercevoir, mais il veut à son tour mystiGer les mystificateurs. Il avoue donc, au grand étonnement des juges et des spectateurs, le crime qu'on lui suppose, et il * le fait avec une apparence de vérité telle que le magistrat professeur, convaincu qu'il l'a véritablement commis, fait appeler la gendarmerie.
Alors le coupable supposé demande à faire des révélations, il s'accuse d'un crime commis autrefois, et sans avoir l'air de reconnaître le professeur, il le désigne comme son complice. Puis il l'accuse d'un attentat sur une dame qu'à la description qu'il en fait chacun reconnaît pour k femme d'un des juges» Bref, il compromet si bien le tribunal Improvisé, que les gendarmes ne savent plus qui arrôter.
A la fin tout s'explique. Mystificateurs et mptifiés vont diner «nsenble.
Autre donnée carnavalesque. Les compagtwns cPUlysse ou le roi d*Ilhaque chex Circêe.
n s'agit ici d'un opéra féerie ou d'un mélodrame à grand spectacle. La niaiserie des compagnons d'Ulysse fait contraste avec la finesse du roi d'Ithaque, qui déjoue toutes les diableries de la magicienne et finit par la mystifier elle-même, et après lui avoir fait faire mille sottises, il ramène à rendre à ses compagnons leur forme première.
On pourrait tirer de cette donnée une pièce plus sérieuse, la Sorcière du XIX* siècle ^ sorcière du bon ton, voyant bonne société, et initiée aux intrigues du grand monde. Jeune, belle, titrée, affectant de s'étonner de ses prédic-
tioDS quand elles se réalisent, elle les donne en riant et comme par complaisance. Au total, femme dangereuse, espionne, mais qui Boit par se prendre elle-même dans le piège qu'elle tend. Elle s'était engagée à livrer un jeune prince réfugié à l'étranger et accusé de conspirahtion; elle l'attire en France en surprenant sa confiance, ce qui lui est facile, car l'infortuné s^est épris d'elle sans !a connaître et seulement par sa correspondance et à la vue de son portrait. Elle feint aussi de l'aimer, mais bientôt de la feinte elle passe à la réalité, et comme ii s'agit de la tète de son amant, elle ne peut, malgré rengagement pris, se décider à le livrer. Quant à lui, il veut l'épouser. Sur ces entrefaites on découvre sa retraite, on l'arrête, il est condamné à mort. Ce qu'il regrette, c*est moins la vie que son amante. Lorsqu'il apprend ce qu'est cette amante, il ne veut pas le croire, mais introduite dans sa prison, elle avoue sa trahison, son repentir et son amour.
Pour la petite pièce , tous pourrez donner la Somnambule ou l'art de confesser les malades et même ceux qui se portent bien. Une fausse somnambule aidée d'un soidisant médecin donne des consultations. Ce sont deux intrigants , mais fort habiles , et qui parviennent ainsi à découvrir un complot et déjouer un crime.
Le Consciencieux de circonstance ou l'Arlequin politique, est un sujet dont les modèles ne nous manqueraient pas aujourd'hui. Ce n'est point chez les intrigants de bas étage et les gens affamés de place ou d'argent que nous irons le prendre, nous le choisirons parmi les honnêtes gens. Nous ferions voir un homme de bonne foi, mais que toujours les circonstances entraînent. Passant sans cesse d'une couleur à une autre, il n'a personnellement aucun intérêt à le faire, il n'obéit qu'à sa conviction, mais malheureusement sa conviction n'est jamais qu'une transition pour arriver à une autre.
Le contraste de ce caractère serait le fanatisme politique personnifié dans un yieux seigneur royaliste de 1787, et ferme comme un roc dans ses croyances monarchiques demeurées ce qu'elles étaient il y a un demi-siècle.
Le Mauvais Coucheur, C*est un homme ayant toutes les vertus publiques et privées hors une. Grand seigneur et riche, il use noblement de son influence et de sa fortune ; et pourtant tout le monde le déteste. Pourquoi ? C'est qu'il est pointilleux, qu'il se formalise de tout et que bon de cœur, il Test fort peu de langue ; il est à la fois chicaneur et mauvais plaisant.
Père de famille, il a un fils que sa douceur, son esprit et son excellente conduite, ne sauvent pas de ses boutades. Sa femme, belle encore, qu'il aime et en qui il a une confiance entière, est comme son fils le but journalier de ses brusqueries et de ses épigrammes.
Habitant la campagne, il était habitué à y voir son en* tourage lui céder sans conteste, lorsqu'il retire du couvent une pensionnaire dont il est tuteur et qu'il destine à son fils. La petite personne, fort aimée de son futur, est riche et jolie; elle connaît ses avantages et son caractère est fort décidé. A peine arrivée, son tuteur qui précédemment n'a cessé, sur le dire de la supérieure, de la citer comme un modèle de soumission et de douceur, n'en est pas plus doux envers elle, et sur un motif futile, il la brusque et la malmène. Elle se moque de lui, il se filche, mais elle le reçoit très mal et le moralise à son tour.
Fort étonné, notre bourru ne sait plus ou il en est; iln'ose pourtant plus s'emporter, car la jeune fille lui a nettencient déclaré qu'elle ne veut pas d'un beau-père de ma.'dvaise humeur, et que, s'il ne se corrige pas, elle n'épousera jamais son fils.
Cependant elle l'aime, mais le père l'ignore, et il craint qu'elle ne tienne parole. Elle lui laisse cette inquiétude et tâche de l'augmeoter sans cesse, mais elle a mis la mère
daos sa confideoce. Celle-ci qui aime son mari, malgré ses craels procédés, trouye que la jeune fille le rudoie trop, mais la petite tient bon, et ce n'est qu*après une suite de leçons sévères données à notre brutal, qu'elle s'adoucît et consent au mariage. On peut faire quelque chose de cette donnée.
Le Journaliste est encore un caractère à traiter. On rencontrera là les deux extrêmes: l'homme 'à principes, sacrifiant tout à ce qu*il croit l'intérêt de sa patrie ou de la société ; l'homme ambitieux vendu à une (action et toujours prêt à se vendre à une autre.
Jusqu'à présent on n'a mis au théâtre que de malheureux folliculaires, faisant la guerre aux auteurs, aux comédiens, ou spéculant sur le scandale ; mais c'est le journaliste largement dessiné, qu'il s'agit dépeindre, c'est l'homme qui remue un pays, dot\ne un drapeau aux partis et fait une révolution. On en a vu comme cela et même beaucoup trop.
Maintenant choii^ssez, puis mettez-vous à rœuvre* et qu'avant neuf mois, terme ordinaire, nous voyions votre chef-d'œuvre lu, reçu, monté, joué et sifflé.
Vm VES NOTES BU TCMB PRBMISR.
Abbeyille. — Imp. JigiuNiiT , rue Saint-Gilles , 108.