ACTE TROISIÈME. 1S
PERSES
Quels accents ! Quels re^rds ? Déoelès, est-ce toi ?
(Il veut presser dans ses bras Déodès qui le repousse.) DÉOGLÈS.
(Test moi.
PERSES
Toi, Déoclès ! Tu n*es donc pas ce traître Qui se pare du nom, du sceptre de son maître?
DÉOGLÈS.
Ce traître!., je le suis.
, PERSES
Non, non, tu ne Tes pas!
DÊocLfes, se levant Oai, je le suis, te dis-je, et peut-être ce bras...
PERSÉE
Âmi, je ne crains rien. Ton ame magnanime, Déoclès, fut toujours incapable d'un crime. Cet horrible penser n*a pas souillé ton sein,
BfiOCLJS.
Nul ne peut se soustraire aux arrêts du destin.
PERSES
Le destin ici-bas ne fait pas le coupable.
DÉOCLÈS*
Il nous tend quelquefois un piège inévitable. Et le plus vertueux ne sait pas si demain 11 ne deviendra pas un traître, un assassin.
pnsfiB.
N'offense pas les Dleax par cet affreux langage.
DÉOCLÈS.
Nous serons tous les deux victimes de leur rage; Tu mourras^ fils des rois, tu mourras innocent, Et moi, couvert d'opprobre et souillé de ton sang.
Ils nous préserveront d^un sort si déplorable; Tu ne connais donc pas leur bonté secourable, Rie suit le malheur josgue dans les déserts, Elle défend le faible.
DtOCLÈS.
Et tu portes des fers.
PERSÉE
Je ne les senms plus, je revoyais mon frère.
DBOCLÈS.
. . , ar <5es ««^«"^s ï^^eux j'implore ta colèren^Vp4 '^" bo"»'''^^"' ïnaudis ton oppresseur; 1, pt^Iîe bort'^» ta barbare douceur
Î!n'.T« *^* 'f. lf"™«»^ J« P*"s insupportable. ;.' : je TAÎ »^"t^ , que la haine m'accable ;
%^. yavi tes droits, je fai ravi ton nom; r>^>.M)re â Tamitié, monstre de trahison,
>;.r ï^** ^*°^ ™* ^"^®"^ <*« t'arracher la vie -, ; .^.^.rtx à ton cercueil attacher l'infamie. ^. îj^ien I vois maintenant si tu dois me chérir.
PfiBSÉE.
■»|, ^ plains, Déoclès, et ne peux te haïr.
ACTB TROISIÈBIfe. 18i
Non , je ne le puis pas ; des nœuds de notre enfance En cet instant je sens la force et la puissance. Toi-même vainement veux les anéantir, L'ivresse dn pouvoir ne peut fen affranchir.
DÉOCLÈS.
L'ivressse du pouvoir! Crois- tu que la couronne Soit un si grand bienfait? Va, ce sceptre , ce trône, Cet éclat, ces grandeurs, objets de tant de vœux. Souvent nous sont donnés par le courroux des Dieux. Le fardeau du remords est plus lourd que ta chaîne. J*en atteste ces Dieux dont me poursuit la haine , Du sceptre ou de ces fers que supportent tes bras, Si j'avais à choisir, je n'hésiterais pas. Ton sort, fils de Philippe, est-il si misérable! Ta te crois malheureux et tu n'es pas coupable. Ta peux t'interroger sans honte, sans horreur. Les serpents du remords ne rongent pas ton cœur, Tes jours sont sans regrets, tes nuits sans épouvante, Sans cesse à tes côtés une ombre menaçante Ne creuse pas Tablme où tu vas t'engloutir; Tu ne crains par Topprobre et ne peux que mourir. Âh! déjà sur ton front serait le diadème, Taurais mis à tes pieds la puissance suprême. Si je n'étais qu'un traître et qu'un usurpateur. Mais dire à TUnivers: je suis un imposteur; L'aveu serait encor plus honteux que le crime.
PBR8É8.
Eh bien! prononce donc l'arrêt de la victime. Tu gardes le silence.
DÊOCLÈS.
0 Dieu! c'est trop souffrir!
N'ai- je donc pas encor mérité de mourir?
m PERSÉE I>E MACÉDOINE.
Ami , de tous les deux termine le supplice ; Si tu m*as condamné, que Tarrèt s^accomplisse ; Ordonne qu'à Finstant on me mène à la mort. Je ne supporte plus la rigueur de mon sort.
DÉOÊLÈS.
Grands Dieux !
PERSÉE
Sans murmurer j'ai souffert Fesclavage ; Les tourments n'ont jamais fatigué mon courage, Je n'ai point dans les fers imploré le tombeau» Mais ton ingratitude est un trop lourd fardeau*
DÉOCLÈS.
Qui me délivrera de ce supplice horrible? Funeste ambition, rends-moi donc insensible. Que ce cœur...
PERSÉE
Déoclès !
DÉOCLÈS.
Qu'on Téloigne de moi.
Son aspect...
PERSÉE
Tu me fuis? G^est tcfn frère et ton roi.
DÉOCLÈS.
Gardes!
(Les gardes paraissent.)
PERSÉE
Des étrangers! sous les yeux de mes pères. Ah ! ne me livre pas 'à leurs mains mercenaires.
nN DU TROISIÈUB ACTE.