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Sully, économiste

Si les Mémoires ne sont pas toujours ce que nous avons de plus remarquable en littérature, ils forment en histoire un élément important et se placent au rang des livres les plus instructifs ( 1 ) .

Dès leur apparition, les Economies royales du duc de Sully furent accueillies avec faveur par Topinion :

« Voici, dit un contemporain, l'une des plus belles » images de la prudence et fidélité humaines que » cette reddition de comptes, laissée au public par »> M. le duc Sully, dans ces deux volumes, touchant » la qualité des conseils et le nombre des grands » services qu'il a rendus à son roi et c\ son » bienfaiteur. »

Mais le titre ô.'Eco7iomies que le célèbre ministre

(1) Cet Essai a été écrit pour l'Institut de France (Académie des Sciences morales et politiques) en 1866.

La première partie devait faire l'objet d'une Lecture que les circonstances n'ont pas permise ; aussi, nous publions le travail en entier, avec l'autorisation de l'illustre Secrétaire perpétuel de l'Académie.

donna lui-même à son Mémoire ne Tempecha pas cVembrasser toute la gestion de ses affaires, quoiqu'il parût, au premier abord, ne devoir s'occuper que de finances. L'agriculture, surtout, lui tint à cœur; et lorsque les physiocrates voulurent, au xvnie siècle, lui rendre la prépondérance, ils ne firent qu'invoquer son nom et ses maximes.

A Tavènement au pouvoir d'Henri IV et de Sully, le x\f siècle touchait à son terme. Aux découvertes brillantes qui avaient signalé les premières années, avaient succédé les tempêtes religieuses. Les haines entre huguenots et papistes avaient ensanglanté la France après lui avoir imposé des convulsions qui avaient pu passer un instant pour un gage inéluctable de son démembrement.

Dès 1593, Henri IV et Sully entreprirent la réorganisation du royaume, persuadés qu'une paix laborieuse remettrait le pays en état si Ton rétabhssait l'ordre dans les finances et la sécurité dans les affaires comme dans la vie publique.

Le pian royal se résume ainsi : Réduire les rébellions; éteindre les haines religieuses; rechercher exactement les revenus du royaume pour les améliorer ; faire un état de la dette publique en avisant le moyen de la diminuer; recenser les officiers royaux afin de les réduire ; dénombrer les forteresses seigneuriales et royales ; visiter les frontières et les côtes maritimes, en dresser les cartes pour augmenter

la puissance de la France ; enfin, s'acquitter envers les alliés et écraser l'omnipotence hispano-autrichienne, tel fut le hut du grand roi et de son digne ministre.

Nous allons voir se développer peu à peu dans toutes les branches de l'économie ce plan dont la réalisation a tant fait pour la grandeur de notre chère patrie, dirigé par un jugement supérieurement droit, servi par une volonté qui ne connaissait ni obstacle, ni repos.

Au seizième siècle, Téconomie politique est encore dans l'enfance. La troisième partie de cette science, la distribution des richesses, lui est restée inconnue dans ses principes spéciaux. Pour ne citer que les grandes questions : les Salaires, Flntérêt et le loyer des capitaux, les Profits, la Rente foncière, voilà tout autant de chefs sur lesquels Sully n'a aucune donnée. Il confond la Distribution et la Consommation. Il entend par distribution moins les droits du travailleur, du capitaliste et du propriétaire à un équitable résultat que le bien-être général. Du producteur et de l'échangiste il va droit au consommateur (1). La balance n'est pas toujours égale. De la

(i) « Des diverses branches de l'économie politique, dit Rossi, il n'eu est pas de plus compliquée, de plus difTicile que celle qui traite de la distribution de la richesse. Pour la suivre dans toutes ses ramifications , il faut souvent une

protection constante de ce dernier naissent les entraves portées à l'échange. Les idées sont aussi incomplètes que les théories, aussi confondues. Nous en trouverons Teffet dans la pratique.

Deux méthodes se présentaient à nous pour étudier la doctrine de Sully.

Conformément à Tordre chronologique, nous pouvions interroger ses Méryioires sans en ordonner les matières ; ou mieux, acceptant les divisions de la science, présenter en une vaste synthèse la doctrine eUe-même. C'est ce dernier parti que nous avons suivi. L'histoire donnera ici la main à l'Economie. Guidé par elle, nous retracerons l'œuvre de l'Economie politique au pouvoir. Henri IV aura aussi sa place^ mais la part du roi n'empiétera en rien sur celle du ministre. Que si on la trouve retracée d'un mot, brièvement, c'est qu'un économiste d'un rare mérite a porté sur cette administration un jugement décisif.

L'accroissement de la richesse publique, la diminution des impôts , tel fut le vœu de Sully.

11 lui resta fidèle, hâtons-nous de le dire, mais de cette fidélité qui garde à la cour comme dans les

analyse si délicate et une appréciation si exacte d'éléments divers qui concourent au même résultat, qu'il n'est certes pas étonnant que cette branche de la science ait été souvent cultivée avec peu de succès. » Cours d'économie politique, t. m, 2e leçon, p. 19.

camps une franchise toute militaire. Soldat, diplomate, homme d'Etat, économiste, il présente un même homme uni à un égal dévoùment. Mais il ne s'agit pas ici de la politique du Grand Dessein, tant de fois racontée, le bien-être seul du pays est en jeu, et nous aurons à dépeindre surtout Tavènement de l'économie politique dans les conseils des rois.

Quel plus beau sujet aurions-nous pu choisir pour inaugurer dans notre Faculté de droit la soutenance d'une thèse d'Economie politique, résultat de l'enseignement des professeurs distingués qui ont exposé, ici, depuis l'année J 865, les principes fondamentaux de cette belle science !

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