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CONCLUSION

Le rétablissement de Tordre dans les finances fut le but principal que poursuivit Sully. 11 lui resta fidèle toute sa vie, parce qu'il vit là le gage de la prospérité publique. Ce n'est pas qu'Henri IV ne l'ait aidé dans sa tâche, que souvent même il ne l'ait protégé, mais la science financière revendique pour le ministre l'honneur d'avoir remédié à l'impéritie des gouvernants.

Les guerres civiles et religieuses, les efforts de la féodalité contre l'unité nationale, deux peuples dans un en proie aux factions , la démocratie politique manifestant son avènement dans le domaine religieux par la Kberté de conscience, la théocratie qui se meurt, personnifiée par un prince étranger (1),

(1) Les envoyés de l'Espagne proposèrent, pour faciliter les vues de leur maître, l'abolition de la loi saliquo. Le roi de Navarre devait être éloigné du trùne, renlrA-t-il même dans

tel est le tableau de notre patrie au seizième siècle.

La race des Valois, qui s'était éteinte après avoir donné treize rois à la France et avoir régné deux cent soixante et un ans, avait causé presque seule tous ces maux (1).

Les princes de cette famille s'étaient mêlés tourà-tour aux intrigues des partis. Pour arrêter Tambition des Guise ils avaient favorisé des incapables, croyant racheter ainsi la corruption de la cour et leur indifférence des affaires. Mettre en présence les protestants et les catholiques, abuser de leur foi, avait paru le dernier terme de leur politique. I^t la mort du dernier d'entr'eux, dernière honte réservée à leur race, fut estimée presque comme un bienfait suprême.

Il semble impossible au premier abord qu'Henri et Sully aient pu s'occuper d'administration durant la lutte.

Les maux d'une guerre civile effroyable, deux rois compétiteurs, les principes les plus sacrés invoqués tour-à-tour par l'un sous le voile de la religion fanatisée, par l'autre au nom même du droit, en voilà

le soin de l'Eglise. Pour couronner l'œuvre, l'Infante espagnole devenait reine de France. L'orgueil du duc de Mayenne sauva l'unité française reconnue dans la conférence de Suresne réunie le 29 avril io93.

(1) Les Valois so divisent en deux branches. La première branche va de Philippe VI h François I", la seconde de François F"^ à Henri III.

plus qu'il n'en fallait pour entraver les mesures les plus utiles. Quel que fût le mal, celui qui devint à la paix premier ministre n'y vit qu'une tâche plus noble.

Du sein des camps parurent les édits qui réorganisèrent l'administration générale du royaume. Les affaires religieuses et politiques furent menées de front. La diplomatie ne souffrit en rien des dissensions intérieures. Le maître et le valet, comme les appelle un contemporain, jetèrent, dès le début de leur intimité politique, les bases du Grand Projet.

Les soins de Sully se reportèrent sur la richesse publique dont il plaçait Taccroissement dans la diminution des impôts. La part qu'il fît à l'agriculture fut très grande, trop grande même. Le commerce intérieur eut à souffrir de cette prédilection par trop protectionniste, et s'il importa en France l'art des Itahens dans la canalisation, il paralysa les effets de ses mesures par ses erreurs sur le rôle do la monnaie. Plus hbéral dans le commerce extérieur, il s'attacha, de concert avec Henri IV, à faciliter la vie à bon marché, véritable moyen de venir en aide aux classes populaires en les moralisant.

Ainsi, le vaste génie de Sully a conçu de la production nationale une idée vraie. Une seule erreur est à noter, son opposition à l'introduction de la soie, et encore la partageait-il avec la plupart de ses

contemporains. L'exportation de la monnaie était interdite comme nuisible au commerce et n'était plus considérée comme un moyen d'échange. Quoi qu'il en soit, le XVI^ siècle n'en a pas moins marqué par lui dans les annales économiques. Henri IV a certes droit aux éloges de la postérité, mais le grand ministre était l'âme du grand roi. Leur personnalité semblerait souvent confondue en une seule, si quelques divergences d'idées ne nous avaient appris la part qui revient à chacun dans la réorganisation de la France. La plus grande gloire du surintendant consiste, personne ne le conteste, dans la création de la science financière.

Là son génie se montra lui-même. En tout il apporta une initiative puissante. Les obstacles loin de l'irriter augmentèrent sa persévérance et ses forces. Le but qu'il ne cessa de poursuivre fut une juste répartition de l'impôt et la diminution des frais dans sa perception. Le pays était vendu à quelques receveurs généraux concussionnaires et à des grands seigneurs passés maîtres en agiot. Le surintendant fit rendre gorge à tous, surveilla les premiers, tint tête aux seconds, et rendit le Trésor de l'Etat indépendant.

Alors, le crédit ne fut plus un mot mais une institution. La France qu'il avait prise grevée de trois cent millions de dettes était presque libérée, en 1610; le domaine royal fut rendu au pays franc de toutes

créances. La France sillonnée de routes, protégée sur ses frontières par des fortifications nouvelles, appuyée au dedans moins sur une armée disciplinée que sur l'amour du peuple, se promettait un règne digne des louanges de la postérité. Si ce bonheur ne lui est pas advenu, on peut dire cependant que Fadministration de Sully prépara les grandeurs du XVII« siècle. Lorsque le ministre descendit dans la tombe, il put témoigner qu'une politique honnête avait présidé aux actes de sa surintendance. Il pratiquait ainsi, à trois siècles d'intervalle, cet admirable principe : Faites-moi de bonne politique, je vous ferai de bonnes fiiiances.

Oh

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