REPRISE DES IMPOTS ALIÉNÉS
léans rapporte alors dix mille livres : le roi ne prolitera pas de cette augmentation. Voilà six mille livres perdues pour lui.
Mais il arrivait presque toujours que le créancie£^,g^^ faisait lever Timpôt par des agents qu'il rétribuait/ Celui dont nous venons de parler avait, je suppose, un percepteur au pont d'Orléans, auquel il abandonnait mille livres sur les cinq mille. De plus, c'était l'agent qui profitait de l'augmentation des droits ; si bien que le créancier, qui fraudait le roi, était, à son tour, volé par son agent. Sully comprit qu'il était facile de reprendre les impôts aliénés sans mécontenter les créanciers, et même en leur faisant trouver l'opération bonne. Il se mit donc à l'œuvre.
Les créanciers commencèrent par réclamer, si haut que le roi en fut assourdi. Un jour il mande Sully : « Ha, mon ami, lui dit-il, qu'avez-vous fait? — Je n'ai rien fait que de bien, » répond Sully, et il offre de contenter par ses explications, devant le roi lui-même, ceux qui se plaignent. Le roi acr cepteavec empressement ; car il ne sait que répondre à un petit Anglais, agent de la reine d'Angleterre, à un grand Allemand, agent du duc de Wurtemberg, et au connétable, qui, se disant lésés, viennent se plaindre tous les jours. Il fait donc appeler le connétable et lui dit: «Eh bien! mon compère, de quoi vous plaignez-vous? » Le connétable répond qu'on l'a traité comme le commun des mortels en lui enlevant le droit de percevoir une pauvre petite imposition dans le Languedoc. « Or bien, monsieur, réplique Sully, dites-moi, s'il vous plaît, ce que vous tiriez de cette imposition, et je vous ferai payer pareille somme. » La réponse du connétable montre bien que les créanciers de l'État n'avaient aucune
confiance dans leur débiteur : c Je ttouve cela bon, dit-il, mais qui m'assurera d'ftre payé exactement comme je suis? » Pour qu'un connétable, un ami du roi, parlât ainsi devant le roi, il fallait que le désordre et la malhonnêteté de l'administration fussent choses connues et avouées de tout le monde. Sully répond en vrai ministre : a Ce sera moi, et je vous donnerai pour caution le roi, qui ne fera pas banqueroute, je vous le promets. » Le connétable déclare alors qu'il tire de cette imposition neuf mille écus, mais qu'il en donne deux mille à un agent. Sully s'engage à payer les neuf mille écus net, et il ajoute qu'il tirera de la même imposition une somme beaucoup plus considérable pour le roi. Le connétable est fort étonné, et le roi s'amuse de son étonnement. Le lendemain, Sully mena au roi un homme qui offrit cinquante mille écus pour avoir le droit de percevoir l'imposition dont le connétable tirait en tout sept mille écus : bénéfice pour le connétable deux mille écus , pour le roi quarante et un mille. Qui donc se serait plaint d'une pareille 'opération? Il y eut plus de difficultés pour rentrer en possession des domaines aliénés. Les uns avaient été donnés en gage à des créanciers qui s'étaient largement payés de la somme qu'ils avaient déboursée, capital et intérêts. Sully leur reprit les domaines. Plusieurs domaines avaient été tout simplement usurpés. Sujly chassa les usurpateurs. D 'autres avaient été légalement achetés, mais à très bas prix. Sully ordonna qu'ils fussent revendus, persuadé qu'il pourrait, sur le prix de cette nouvelle vente, rembourser l'acquéreur et faire, pour le compte du roi, de gros bénéfices. A la fin de son administration, il avait, par tous ces moyens, repris une grande partie des domaines.