GRAND VOYER DE FRANCE
un remarquable édit où Ton trouve encore un tableau des misères du royaume. Le roi parle de la pauvreté où ont été réduits ses pauvres sujets : ils manquent de chevaux pour le labourage, pour les voyages, pour le commerce; ils n'ont aucun moyen d'en acheter, ils ne pourraient les nourrir ni les entretenir. D'ailleurs ils craignent toujours que les gens de guerre ne viennent enlever les attelages. Aussi le commerce a-t-il cessé complètement en beaucoup d'endroits. On est réduit à se servir des coches et des postes, ce qui ne peut se faire sans dépense excessive. En conséquence, le roi ordonne que dans toutes les villes, bourgs et bourgades du royaume, sur les grands chemins et sur les traverses, seront établis des chevaux de relais, qui pourront être employés au labourage ou bien au service des voitures par terre et au tirage des voitures par eau»
Les précautions prises pour défendre l'institution nouvelle montrent que le calme et la sécurité n'étaient pas encore revenus. Il était défendu par Tédit de réquisitionner les chevaux de relais pour le service militaire, de les surmener en les faisant galoper, sous peine de dix louis d'amende, de les voler, sous peine de mort. Des offices furent créés pour l'établissement, l'administration et la surveillance des relais.
Ce fut un grand bienfait. Le public trouva des moyens de transport et de communication où il n'en existait pas auparavant, et à bien meilleur marché que les coches et les postes. Sept ans après l'édit les postes étaient désertées. Le roi s'en émut ; car les postes étaient, pour beaucoup de raisons, nécessaires. Un édit de 1602 nous apprend que, comme elles sont ruinées par l'établissement des relais, le port des dépêches est retardé; puis le gouvernement
ne sait plus ce qui va et vient dans le royaume ; surtout il ne peut plus suivre les étrangers dans leurs voyages; car ceux-ci, «au lieu de prendre la voie ordinaire de nos postes, où rien ne peut passer qui ne vienne à notre connaissance, se sont servis desdits chevaux et relais pour le passage de leurs courriers, au grand préjudice de notre service et du bien de nos affaires et à la ruine de nos postes >. Le roi, affermi sans doute sur son trône, mais sans cesse menacé par des complots, avait besoin de surveiller les allées et venues dans son rovaume. Il unit en une seule Tadminislration des postes et celle des relais; les maîtres de poste, devenus maîtres des relais, durent s'établir sur les traverses aussi bien que sur les grands chemins, et le public ne souffrit pas de cette mesure.
Sully ne paraît point s'être occupé personnellement des relais; mais il ne pouvait demeurer étrangère cette réforme, puisque les relais et les postes donnaient des revenus au roi. Aussi a-t-il proposé « un règlement sur tous messagers à pied et à cheval, sur toutes sortes de charrois de voiture, par terre et par eau ». 11 diminua et réforma les péages qui étaient perçus sur les routes de terre. Il en racheta iin grand nombre qui avaient été cédés à des particuliers. Pour les péages établis sur les rivières, c'est Sully qui nomma les commissaires chargés d'établir les règlements. « Je vous en laisse à vous seul le choix, lui avait écrit Henri IV; avisez-y donc bien, et, si vous voyez que ceux démon conseil en voulussent nommer quelquesuns qui ne vous fussent agréables, vous m'en avertirez, afin d'y interposer mon autorité. » On supprima les péages illégitimes, même quand ils étaient en la possession des plus grands personnages. Le légat qui