GRAND VOYER DE FRANCE
Sully grand voyer de France. — Mauvais état des ponts et chaussées avant lui ; péages. — Gomment Sully répara les ponts et les routes. Ce qu'il a fait pour les voies navigables et les grands projets qu'il eut avec Henri IV. — Comment Henri IV a multiplié et rendu meilleurs les moyens de transport. — Comment Sully a diminué les péages.
En même temps que ministre des finances, Sully était, pour employer la langue d'aujourd'hui, ministre des travaux publics ; du moins il avait, comme grand voyer de France, le soin des ponts et chaussées. Aujourd'hui la France est pourvue d'une quantité de routes très belles et bien entretenues; ses fleuves et ses principales rivières sont reliés par des canaux; le réseau de ses chemins de fer s'étend d'année en année; les hommes et la marchandise circulent librement sur tous les points du territoire ; si bien que nous avons peine à nous représenter la gêne excessive où l'insuffisance et le mauvais état des voies de terre et d'eau mettaient îadis l'agriculture, le commerce et l'industrie.
Certaines routes devaient être entretenues par le roi, d'autres par les provinces, d'autres par les communes; mais, depuis la guerre civile, roi, provinces et communes avaient presque partout cessé de pourvoir à l'entretien, et l'état des chemins était lamentable. Il a suffi, au temps de la guerre de 1870, que
les routes fussent négligées pendant quelques mois pour que de profondes ornières y fussent creusées ; dans quel état ne devaient-elles pas se trouver après trente ans passés de guerre civile? Beaucoup avaient disparu sous Therbe et la ronce et ne se distinguaient pas des champs abandonnés qui les bordaient. Nombre de ponts avaient été détruits ou s'étaient écroulés; sur ceux qui demeuraient le charretier ne se hasardait pas sans avoir recommandé son âme à Dieu. Et pourtant sur ces chemins abandonnés et ces ponts délabrés, le marchand et le voyageur rencontraient trop souvent de petits bureaux où il fallait s'arrêter pour payer le frais de passage. Ces péages appartenaient presque tous à des particuliers qui commettaient force exactions.
Sully, à peine pourvu de l'office de grand voyer, fit dans cette administration comme dans celle des finances : il voulut tout d'abord voir clair. Il demanda un état des péages perçus sur les marchands, un état des sommes imposées sur les communes pour l'entretien des ponts et chaussées ; puis il ordonna que l'argent des communes fût scrupuleusement employé à sa destination, et que les propriétaires des péagesr entretinssent, comme ils le devaient, les routes et les ponts, sous peine de voir leurs péages confisqués. Sur les économies qu'il faisait, il consacraitjchaque année quelque grosse somme à la réparation d'une route détruite, à la construction d'une route nouvelle, au pavage des plus grandes voies, ou encore à ces plantations d'ormes qui bordaient les chemins pour les orner et défendaient le voyageur contre les ardeurs du soleil. Quelques-uns de ces ormes subsistent encore : ils ont longtemps porté le nom de rosnys.
GRAND VOYëR de FRANCE. 85
Les ponts détruitsfurent reconstruits. En 1608, une crue extraordinaire de la Loire emporte une grande partie des ponts bâtis sur les deux cent cinquante lieues de cours de la rivière. Vingt ans auparavant, on n'eût pas réparé cet accident. En deux ans, grâce à l'énorme subside fourni par Sully, les ponts de la Loire sont refaits. Sully visite les travaux, les presse, informe le roi, qui le félicite et le remercie. En 1564, le pont de Rouen, endommagé depuis longtemps, avait achevé de s'écrouler; pendant quarante ans on ne s'était pas occupé de le relever; les communications avaient été entravées entre Paris et Rouen, et entre les deux parties de la Normandie. Sully entreprend la reconstruction en 1604; il se rend à Rouen, arrête les plans que Henri IV approuve : en quatre années, la besogne est terminée.
Les voies navigables n'étaient point en meilleur état que les autres. D'anciens travaux faits pour faciliter la navigation sur des rivières avaient été abandonnés. Quant aux canaux, il n'en existait pas. La construction de canaux est une œuvre qui réclame de longues études, beaucoup d'argent et de temps. Aussi Henri IV et Sully firent-ils surtout des projets; mais c'est beaucoup qu'ils aient sérieusement songé à joindre par le canal des Deux-Mers la Méditerranée à rOcéan : Louis XIV et Golbert réaliseront le rêve de Henri IV et de Sully.Les études ordonnées par Sully d'un projet de canal entre Saône et Loire furent si bien faites, qu'on les suivit de point en point .au XVIII* siècle quand on creusa le canal. Il y eut plus qu'un projet pour le canal de Dourgogne, qui fut commencé. De moindres travaux, mais très utiles, furent en partie achevés dans les bassins de la Seine et de l'Oise. La principale œuvre fut la constructioia
du canal de Briare, destiné à relier la Seine et la Loire, et qui devait être d'un grand secours pour l'approvisionnement de Paris. Sully mit encore ici la main à l'œuvre. Il avait, en cette matière, des connaissances spéciales, car il était bon ingénieur. Plusieurs fois il se rendit sur les lieux et leva lui-même des plans.
Sur les routes refaites ou construites, sur les rivières et les canaux, il fallait donner aux voyageurs et aux marchandises des moyens de transport. Il y en avait avant Henri IV, mais d'insuffisants : d'abord trois coches, qui faisaient la route de Paris à Amiens, Roueii et Orléans. C'était peu que trois diligences pour le royaume, et le service, qui coûtait fort cher, était mal fait. Dès qu'il fiU maître de sa capitale, Henri IV mit l'entreprise des coches sous la surveillance du prévôt de Paris. Il fut interdit aux cochers de faire payer aux voyageurs plus que le prix fixé ; ils durent avoir de bons et forts chevaux, tenir leur équipage en état, arriver à l'heure dite aux lieux où les voyageurs prenaient leurs repas ou passaient la nuit. Plus tard, le nombre de ces entreprises s'accrut, et il y eut des carrosses publics sur les principales routes du royaume.
Les postes existaient aussi bien avant le règne de Henri IV. C'est Louis XI qui les avait établies. A l'origine elles n'étaient employées qu'au service du roi, dont elles transportaient les messagers et les dépêches. Plus tard elles avaient pris des voyageurs, les lettres des particuliers, l'or, l'argent et les marchandises de petit volume. Mais le transport par les postes coûtait cher et il était interdit aux grosses marchandises. Henri IV entreprit de faire beaucoup plus et beaucoup mieux^ Au mois de mars 4597 il pubUa