IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE I
Six exemplaires sur Japon impérial, numérotés de i à 6 et dix exemplaires sur Hollande, numérotés de 7 à 16.
Droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays, y compris les pays Scandinaves.
A la chère mémoire d'Olivier de Li Fayette.
IGNY, dans hi souveraine préface Je son
admirable Chatterton, dit du Poète: « ...Il
i est une autre sorte de nature, nature plus pas-
( sionnée, plus pure et plus rare. Celui qui vient
i d'elle est inhabile à tout ce qui n'est pas l'œu-
< vre divine;... l'émotion est née avec lui si pro- ( fonde et si intense quelle Ta plongé dès l'eni tance dans des extases involontaires, dans des i rêveries interminables, dans des inventions infi- ■ nies. Puissamment construite, son fane retient i et juge toute chose avec une large mémoi:
i un sens droit et pénétrant ; mais l'imagination
I emporte ses facultés vers le ciel aussi irrésisti-
< blement que le ballon enlève la nacelle. Au
« moindre choc, elle part ; au plus petit souffle, « elle vole et ne cesse d'errer dans l'espace qui n'a « pas de routes humaines. Fuite sublime vers d « mondes inconnus, vous devenez l'habitude in- « vincible de son âme ! Ce qui ne fait qu'effleu- « rer les autres le blesse jusqu'au sang ; ceux « qu'il plaint souffrent moins que lui et il se « meurt des peines des autres. Dans l'intérieur « de sa tête brûlée, se forme et s'accroît quelque « chose de pareil à un volcan. Le feu couve source dément et lentement dans ce cratère et laisse « échapper ses laves harmonieuses qui, d'elles- « mêmes, sont jetées dans la divine forme des « vers. »
En cette Image l'auteur des Destinées reflétait sa grandeur : qu'après lui, nul ne nous en fasse souvenir (i) à l'égal de M. Sully Prudhomme, n'est-ce point assez pour la gloire du vieux Poète immobilisé par la maladie dans sa tour d'ivoire de Chatenay, comme un géant de Michel-Ange passionné par le marbre ! Tel qu'Alfred de Vigny, M. Sully Prudhomme écrivit des strophes pénibles et des strophes radieuses ; sauf d'Alfred de Vigny, il diffère des confrères illustres de son siècle : nul écho des verbiages romantiques n'assourdit dans son
(i) La Renommée néglige trop deux autres filles austères et belles des Destinées, les Parques de M. Ernest Dupuy et Y Illusion de M. Jean Lahor.
lyrisme et l'un reprocha suffisamment à . aies émaux de mal refléter l'éclat des joailleries parnassiennes. Peut-être est-il moins distant des Sym listes : le curieux René (mil dans ais d'épo-
pées scientifiques est son héritier ; — et parfois par Jcur__L;oLit vers la scrutation des choses si complexes, par leurs discrétions de sentiment, sensibilité scrupuleusement mesurée à la vie quotidienne, un Henri de Régnier, un Jean Moréas, un Maurice Hœterlinck voisinent avec lui ; si ces purs Poètes sont plus directement les maîtres des jeunes hommes d'aujourd'hui, il ne convient pas que notre génération fiasse devant la vie et L'œuvre
de M. Sully Prudhomme, sans témoigner quelle
qualité d'admiration et de respect elle lui rend.
Les parents de René-François-Armand Prudhomme, né à Paris le 16 mars 1839, turent Handix ans avanT qu'une médiocre fortune leur permit de s'unir ; grande et mince, de physionomie très douce aux yeux profonds et non inquiétude, au fugitif et bon sourire, Milc Clotilde Caillât, la mère du Poète, était originaire de la mystique et laborieuse Lyon ( 1 ) ; son mari qui
(1) N'oublions pas que dans le Lyon de la Renaissance, Louise Labbé a chanté passionnément de « vaines tendresses » — pour Olivier de Magny, dit la légende :
s'employait dans une maison de commission, mourut d'une fièvre cérébrale la cinquième année du mariage dont grandissaient une fille et un fils à ce moment âgé de deux ans. A la disparition de M. Prudhomme, deux aînés, célibataires, de la triste et jeune veuve, un frère et une sœur vinrent habiter avec elle et désormais dirigèrent presque la vie de famille ; malgré toute l'affectueuse intimité de ce foyer, ces collatéraux bourgeois ne comprirent guère l'éveil moral si délicat de l'enfant qui commençait alors par une mode
Si on savait la fatale puissance, Que vite aurais échappé sa présence !
Sans tenter plus, que vite j'aurais fuy !
Las ! Las ! que dis-je ? O si pouvait renaître Le jour tant doux où je le vis paraître, Oiseau léger comme j'irais à lui !
Lyonnais fut aussi vers le même temps ce si remarquable Maurice Scève, tout épris de science et d'art en ses vers qui, subtilement intellectuels ou sentimentaux semblent parfois ébaucher son compatriote du xixe siècle :
Rien ou bien peu faudrait pour me dissoudre
D'avec son vif ce caduque mortel.
A quoi l'esprit se veut très bien résoudre,
Jà prévoyant son corps par la mort tel
Qu'avecques luy se fera immortel,
Et qu'il ne peut que pour un temps périr.
Donc pour la paix à ma guerre acquérir
Craindrai renaître à vie plus commode ?
Quand sur la nuit, le jour vient à mourir,
Le soir d'ici est aube à V antipode.
touchante à porter le gracieux prénom de Sully : « Mon père, a-t-il raconté un jour, reçut ce Q<
« de son entourage, étant enfant, je ne Mis pour-
• quoi : le hasard l'aura amené SUT les lèvres de « quelqu'un de ses proches qui l'aura trouvé I joli : quoi qu'il en soit, ma mère comme toute « la famille et les amis, le donnait à mon père, et
quand il fut mort, elle me Ta donné pour
.noir toujours à le prononcer. »
Le pauvre Sully fut interné à huit ans dans un pensionnat à Bourg-la-Reine ; à neuf ans, il entra à l'institution Massin. puis à Chaillot à la pension Bocquet dont une voiture menait les élèves au I.vcéc Bonaparte ; malgré une grande amitié rencontrée là, malgré une passion studieuse récompensée par de très nombreux succès, sa vie d'écolier tut si douloureuse qu'il en a toujours retenu une forte rancoeur. Les jours de congé, il apprenait chez lui d'autres émois et d'autres torture des apparitions de grandes jeunes tilles le troublaient et surtout il connut pour une petite parente cadette de deux ans, un amour aussi intense qu'innocent. En troisième, au moment de la i bifurcation » il choisit l'enseignement scientifique qui spécialement l'attirait ; bachelier ès- SCiences, il se destinait à l'école Polytechnique, lorsqu'une grave ophtalmie l'arrêta; retiré chez des cousines à Lyon pour préparer son baccalau-
réat ès-lettrcs, il subit, — malgré qu'il eut dès quinze ans étudié bien des philosophes, — une profonde crise de religiosité, jusqu'à vivre de longues heures de contemplation et projeter même une vocation monastique : rappelé à Paris, il fut repris à jamais par le Doute. Sa famille l'exhortant vivement à quelque situation pratique, il entra aux usines du Creusot contre son souhait d'une vie exclusive de pensée et de poésie, car au collège il s'était éveillé Poète ; vite sa nouvelle position qui, très modeste, pouvait devenir fort lucrative, le témoigna un pitoyable employé, tant réellement en lui rien n'était adapté aux affaires. Alors il revint près de ses parents faire son droit et fut en même temps chez un notaire un clerc amateur très régulier ; mais les nuits, il ne cessait des travaux délicieux pour son esprit, excessifs pour sa santé : sans une chambre personnelle dans l'étroit appartement familial de la rue de Hauteville, il couchait sur le canapé du salon et, loin qu'il y dormit, il lisait pêle-mêle savants, philosophes, poètes, et surtout il écrivait des vers. Bientôt lié à quelques jeunes lettrés, présenté à Leconte de Lisle, il s'efforçait à délaisser pour une forme plus vraiment poétique, la forme oratoire manifestée dans ses Poèmes alors inédits et ainsi s'imposa-t-il de composer de courtes pièces à cet instant où meurtrissant son
cher réve, sa camarade d'enfance épousait un riche commerçant j à la conférence la Bruyère, émule moins juridique de la conférence Molé-Tocque-
ville, on applaudit la plupart de ces piocha:: Stances : on leur préféra pourtant peu: les
ant i . philosophiques ou humanitaire > dont
Guillaume Guizot s'éprit au point de prei impérieusement leur publication ; un libraire
avise, Achille lauré, plus tard mal récompensé, par la faillite, de cette bonne initiative facilita l'édition des Stances et Poèmes à l'étudiant an par les frais (1865); son ami et admirateur, ton Paris, d< '!uuT-maI^ré sa jeunes
-minauda le livre à Sainte-Beuve qui dans un enta le débutant avec Intelligence. L ne telle œuvre en effet était déjà grosse de tOUl
les caractéristiques futures de M.Sully Prudhomme:
sibilité intellectuelle qui constate le mal, mais proclame sa toi dans l'action, sensibilité esthé- " tique inégale, tantôt très belle, tantôt très déi tueuse, — sensibilité amoureuse parfois trop
mièvre (oserai-je dire un peu couventine r), mais
toujours très subtile et souvent très puissante ;
tes
de Virgile Ont embaumé tout l'univers,
les parfums tendres et ardents de ces pages auront ennobli bien des songes humains : Les L
Rosées, Renaissance, Comme alors, La mémoire, Ici-bas, Les yeux, L'idéal, La Forme et cet Abîme à citer entre bien d'autres :
L'Heure où tu possèdes le mieux Mon être tout entier, c'est l'heure Où, faible et ravi, je demeure Sous la puissance de tes yeux.
Je me mets à genoux, j'appuie Sur ton cœur mon front agité, Et ton regard comme une pluie Me verse la sérénité.
Te dirai-je quel est mon rêve ?
Je ne sais, l'univers a fui
Quand tu m'appelles, je me lève, Egaré, muet, ébloui...
Et bien longtemps l'âme chagrine, Je regrette, ennemi du jour, La douce nuit de ta poitrine, Où je m'abîmais dans l'amour.
Les appréciations de Sainte-Beuve et quelques autres articles chaleureux révélèrent à la famille du Poète qu'il convenait peu de le laisser dans l'étude notariale et on dispensa même le licencié en droit d'achever son doctorat. C'était l'heure où pour leur célébrité future, François Coppée, Emmanuel des Essarts, José-Maria de Heredia, Stéphane Mallarmé, Catulle Mendès, Louis-Xavier de Ricard, Armand Silvestre, Paul Verlaine préparaient autour de Leconte de Lisle le recueil
du Parnasse contemporain : plusieurs pièce:, du
néophyte déjà fêté y furent insérées; peu api
(iS6"6) Lemerre donna une nouvelle édition de
ses Stances et Poèmes et publia les Epreuves; les
sonnets qui composent exclusivement ce econd
recueil sont peut-être les plus parfaits de toute son
oeuvre ; l'harmonie des compositions en égale
que l'harmonie des idées qu'éclairent de nobles
et neuves images (Envoi, h D . Inquiétude,
Au prodigue, 0 ils, La Grande Ourse, Sieste,
lui'. YEaut //''</ Prima, Un Songe, les
Ailes, L'épee, Chagrin d'Automne, Le Rendi -vous,
etc.). L'inquiétude du mystère y fortifie la tendresse de la vie, le pessimisme philosophique incline devant l'Ait, la Science et l'Amour. inaitra-t-on jamais assez aux heures sombres son admirable Je:
Pour une heure de joie unique et sans retour.
De larmes précédée et de larmes suii
Pour une heure, tu peux, tu dois aimer la vie :
Quel homme une heure au moins, n'est heureux à son tour?
Une heure de soleil tait bénir tout le jour,
, quand ta ma: | tout le jour ftSSCH
Une heure de tes nuits ferait eneore envie Aux morts qui n'ont plus même une nuit pour l'amour.
Ne te plains pas. \w \:s ! Mus grand que misérable ! Et l'univers jaloux de iir vulnérable
Achèterait la joie au même prix que lui ;
Pour la goûter, si peu que cette ivresse dure, Les monts accepteraient l'éternelle froidure, L'océan l'insomnie, et les déserts l'ennui !
Toutefois malgré son jeune renom, sa liberté reconquise, un charmeur voyage en Italie, ses douces amitiés et de nouveaux beaux songes d'amour, le Poète se sentait mal heureux : après, en 1866-67, les Ecuries d'Augias qui semblent une consciencieuse traduction de poème antique, et quelques ténus Croquis Italiens non sans intérêt, il écrivit les Solitudes éditées en 1869. Quoique ce recueil désespère davantage que les Epreuves, d'émouvantes plaintes d'amour murmurent là, plus mâles que les plaintes de Musset, moins flottantes que les plaintes de Lamartine : des visions insaisissables, mais non irréelles animent ces retraites où notamment glisse un Cygne digne de flotter nostalgique sur les magiques lacs du roi de Bavière pour obombrer le cygne de Rodenbach, car si l'oiseau de Bruges
Barque de clair de lune et gondole de soie Sommeille l'aile close en couvant des étoiles,
l'oiseau qui, précurseur du Symbolisme, blasonne splendidement les Solitudes,
Comme un vase d'argent parmi des diamants, Dort la tête sous l'aile entre deux firmaments !
M. Sully Prudhomme aurait-il en outre écrit uni-
qucment Déclin d'amour, joies \
plaignons / , mpuk, Un exilj Soupir, l7Agb>-
De loin , e! liuiis, Je S il, qu'en
te tiendrait valablement pour un grand Poète, tant a travers ces pièces insondablement transparent
nous sollicite 1 immense et immortel désir humain ï'espéref et d'aimer.
L'année [870 tut de toutes parts néfaste pour
un cœur si riche : au mois de janvier, ur
étant mariée. Tonde, la tante et la mère du Poète
moururent à quelques jours de distance. Puis la rre surgit ; il s'enrôla dans la mobile avec son
ami le plus cher et le plus lointain Léon Bernard
Derosne ; les pénibles fatigues du si<
mirent très gravement sa saute déjà fort ébranlée par les surmenages intellectuels ; quand il put quitter Paris, en lui germait une maladie, d'une intensité bientôt redoutable ; toute la partie inférieure du corps quasi para!\ g soldat stoïcien faillit mourir à Vichy ; tandis que lentement il guérissait un peu, il renferma ses tristesses patriotiques dans les Impressions île la guerre qu'il Compléta en 1S7.J par les nobles sonnets de la Trame. Depuis cette époque, son activité physique ne s'est jamais reconstituée, mais s'il a souffert de crises nerveuses qui alarmèrent ses intim il reconquit bientôt toutes ses forces de pensée. En 1S72 parurent la Révolte des FltUTS et les
Destins conçus et en grande partie composés avant la défaite ; sorte de dissertation allégorique où l'inspiration aurait de l'analogie avec certaines poésies anglaises sauf leur palpitante fluidité, la Révolte des Fleurs n'est point parmi les meilleures productions de l'auteur. Au contraire, on distingue d'admirables morceaux dans les Destins où le Mal et le Bien, jaloux de créer deux mondes, les dotent identiquement dé l'amour et de la souffrance, de l'Injustice et de l'Idéal : ainsi nos révoltes contre la condition terrestre doivent-elles s'apaiser en une acceptation sereine des mystérieuses énergies extra-humaines :
Oui, Nature, ici-bas mon appui, mon asile, C'est ta fixe raison qui met tout en son lieu ; J'y crois et nul croyant plus ferme et plus docile Ne s'étendit jamais sous le char de son dieu.
Fais-moi crier longtemps, fais-moi crier encore, S'il te faut ces cris-là pour ébranler aux cieux Quelque rayon vibrant d'une étoile sonore Dans un chœur sidéral invisible à mes yeux.
Pour nourrir une fleur, de tout mon sang dispose, Si quelque fleur au monde aspire un suc pareil ; Tu peux tuer un homme au profit d'une rose, Toi qui, pour créer l'homme, éteignis un soleil
Ne mesurant jamais sur ma fortune infime
Ni le bien, ni le mal, dans mon étroit sentier
J'irai calme, et je voue, atome dans l'abîme,
Mon humble part de force à ton chef-d'œuvre entier.
En 1875, pour la suprême fois, l'ineffable sensibilité sentimentale des Solitude* s'épancha dnns / Vaines Tendresses : en une expression renouvelée,
st îa même angoisse et la même douceur d'aimer, un semblable élan jamais satisfait : et les piea
rit très rares qui affectent quelque rhétorique. Oublions qu'on a trop déclamé Prière, Conseil, Au bord de l'eau, et laiSSOnS-leS chuchoter en nous avec les stropbes moins banalisées de Sur la Mort, Un Rende;-:vus, L lùoile au cœur, Evolut L'Etranger, L'Alphabet, Sursum Corda, — Ce qui
dure :
Le présent se t'ait vide et triste.
O mon amie, autour de nous;
mbien peu du passé subsiste Et ceux qui restent changent tous !
is ne voyons plus sans envie Les yeui de vingl ans resplendir
»nt déjà sans vie l^es \eu\ qui nous ont vu grandir.
Que de jeunesse emporte l'heure
i; nen rapporte jamais rien :
Pourtant quelque chose demeure, Je t'aime 1VCC mon oeur ancien,
cœur où plus rien ne péiu i plus rien désormais ne 5 Je t'aime avec ce que mon être A de plu> Utre la mort ;
Et s'il peut braver la mort même, Si le meilleur de l'homme est tel Que rien n'en périsse, je t'aime Avec ce que j'ai d'immortel.
Si ces petits poèmes intérieurs sont parfois les mieux significatifs en poésie philosophique, il faut néanmoins saluer Le Zénith comme un chefd'œuvre intellectuel :
Saturne, Jupiter, Vénus n'ont plus de prêtres ; L'homme a donné les noms de tous ses anciens maîtres, A des astres qu'il pèse et qu'il a découverts... Les paradis s'en vont; dans l'immuable espace, Le vrai monde élargi les pousse ou les dépasse, Nous avons arraché sa barre à l'horizon.
Le magnifique symbole suggéré par le récent cruel naufrage du ballon Le Zénith réalisa l'alliance la plus neuve et la plus émouvante de la science et de la poésie; l'adaptation des images à l'envol hautain de la pensée accroit réciproquement le pouvoir de cette union : ce drame à la fois si angoissant et si rassérénant des « sublimes Argonautes » devant les Portes éternelles des Hespérides de l'idéal scande la montée éperdue et inlassablement tentée des hommes vers l'éblouissement des Etoiles et l'Ombre plus secrètement encore radieuse :
Ah ! quelle mort ! La chair, misérable martyre, Retourne par son poids où la cendre l'attire,
Vos corps sont revenu . demander ^cs linceuls :
VOUS les IVC2 jetés, dernier lest, à la telle, là laissant retomber k VOile du mystère.
Voua avei achevé l'tscension tout seuls I Moins définitif comme exécution plastique,
quelque lvau\ sonnets et les fortes strophes
de la IX" veille, le long poème de Lu justice depuis
longtemps commencé lut achevé en [878. lui même temps, M. Sullv IVudhomnie republia une traduction en vers du Ier chant de Lucrèce, taite à [9 ans et paine en [8< c une préface a
remarquable pour que Renouvier la louangeât dans ['Armée philosophique. Ce poème, par une inquiétude et un scrupule souverainement nobles, .relie en vain les justices partout, dans l'ensemble de notre univers comme en ses moindre, manifestations individuelles ou sociales ; mais il n'en peut enfin nier la preuve dans la tension me de la conscience dont la loi s'accorde avec la loi d'une évolution progressivement complexe d'êtres animés d'une vie progressivement riche et réfléchie :
I être élu dernier de tant d'élus antiques.
De tant d'astres vainqueurs aux luttes chaotiques
>nt il dépend.
D'une pair .anle est né dépositaire :
Tout homme l ; de l'honneur de la terre
Dont il \èt la gloire en naissant...
Le respect de tout homme est la Justice môme : Le juste sent qu'il porte un commun diadème
Qui lui rend tous les fronts sacrés ; Nuire à l'humanité, c'est rompre la spirale Où se fait pas à pas l'ascension morale
Dont les mondes sont les degrés.
Lauréat en 1877 du grand prix Vitet, l'auteur de La Justice fut élu à l'Académie française le 8 décembre 1881 en remplacement de Duvergier de Hauranne et y fut reçu le 23 mars 1882 par Maxime Du Camp. En 1883, son ample étude sur l'Expression dans les Beaux-Arts préluda à cette série d'analyses esthétiques et philosophiques appréciées des spécialistes et interrompues seulement à deux reprises pour les vers du Prisme et du Bonheur. Cet essai tend à croire que « l'expres- « sion du beau par certaines formes comme par « certains actes est révélatrice d'un certain ordre <( de choses qu'on doit juger réelles bien qu'elles « échappent à toutes définitions précises et à « toutes démonstrations rationnelles. »
En 1886, Le Prisme, outre quelques jolies pièces sœurs des Solitudes et des Vaines Tendresses, recèle une surcharge de pièces de circonstance qui expliquent, sans les justifier tout à fait, tels anathèmes impitoyables de MM. Rémy de Gourmont et Charles Morice. L'abus de l'abstraction dans le style, la pauvreté des images chez le plus
vrai poète de cette époque légitiment le ndi-
cations du symbolisme.
Par / Bonheur (j88Si, l'Académicien alors célèbre sembla vouloir couronner son œuvre poétique : dire que ce poème dépasse quatre mille
vers fait prévoir, en lus excusant, bien des faiblesses; dans cet ouvrage de superbe pensée ne nous refusons point à rencontrer des strophes puissantes, de suggestifs raccourcis décoratifs, des
inflexions suaves de musique et de nuances ; les rythmes en sont variés et souvent nombreux, et les cortèges des religions et des philosopl ment là d'attitudes autrement exactes et va que dans Y Espoir en Dieu de Musset. Quant à : quasi l'essence de Sully Prudhomme :
Faustus après sa mort se réveille dans une planète inconnue où il retrouve Stella autrefois chérie sur la terre ; à travers cette nouvelle vie, les deux amants réunis savourent en perfection et en plénitude toutes les jouissances jadis rêvées par leurs sens Spiritualisés ; mais leur bonheur entier ne peut accomplir que par la science et le sacrifice, conditions même de leur complet Amour (f) ; les
(i) Simulons combien le si curie Madame
Récamier, Ballanche, impatriote, par une commune
ilry Prudhomme était proche de semblables conceptions dan i mbo-
liqiu et de la Ville du Expiait aucoup trop
oubliées aujourd'hui.
deux héros immolent leur joie présente pour revenir sur notre globe régénérer les hommes et des lors ils sont dignes d'une extase sans nom humain ; ainsi le Mieux se démontre encore un postulat même du Réel :
... Une aspiration qui jamais ne se lasse,
Quel idéal peut l'excéder ?...
... Le monde a tout entier pour floraison la vie ; Vivre, c'est échanger sans cesse avec autrui. L'Amour est le suprême échange ; c'est donc lui Qui donne un sens au monde et qui le justifie.
Désormais le Poète s'est tu, mais pour préparer — reprises d'ébauches anciennes ou fragments nouveaux — un livre qui sera posthume.
En 1896 Que sais-je ? examen philosophique terminé par un mémoire sur Les Origines de la Vie terrestre, interroge le problème de la connaissance humaine : après avoir marqué le mieux possible les relations intellectuelles d'un être quelconque avec le monde extérieur, le critique fait sa part à la métaphysique absolue de l'univers dont il constate le mystère, et il conclut à un développement, constant créateur de vie par le bonheur resurgi dans la fécondité de l'altruisme.
Le Testament poétique (1900) rassembla divers articles sur la Poésie, entre lesquels le plus important avait auparavant formé un petit volume, Réflexions sur l'Art des Vers (1892). Pour M. Sully
Prudhomrac, notre poésie telle que ' mirent
les plus grands poètes du xr de sort d'une élaboration séculaire où la nté réfléchie eut
moms de domaine que la spontanéité des puissances organiques de l'ouïe. Mais une singulii contradiction scientifique croit démontrer à l'émi-
nent théoricien-poète cet instinct, immuable, cette évolution, close, et le vers français, à jamais fixé ; d antre part, 1 ancien candidat à l'Ecole Polytechnique algébrisc trop les formules phonétiques, sans se préoccuper assez de l'intuition souaine aux secrets du rythme. Le livre est d'ailleurs émouvant de nobles ambitions pour la Poésie a laquelle il attribue comme devoir supérieur de susciter l'aspiration.
m 1901, ' an réunit une série de
lettres où M. Sully Prud homme discute avec le ; .eur Charles Richet des arguments personnels jynthétiques sur le P; A la même librairie parut, en [905, un fort volume, scion Pascal, où celui
qui avait crié
Pascal, pour mon salut, à quel Dieu dois-je
rapproche toutes ses longues méditations sur l'auteur des P ; il t aie de retrouver le plan
qui concourait à cette apologie du christianisr
crapuleuse analyse lui permet de tracer en
quelques énergiques conclusions une curieuse et passionnante psychologie de Pascal, nullement martyr du doute, mais génie ensemble mystique et savant qui, si notre contemporaine critique exégétique eut détruit sa certitude chrétienne, aurait sans doute persisté à ne pas contredire la valeur de l'acte de foi moral par la valeur de l'acte de foi scientifique.
Enfin, en décembre 1906, La Psychologie du libre arbitre se détournant de toute enquête sur le caractère métaphysique de l'activité libre, en pèse exclusivement les données; l'expérience y estime son droit d'affirmer que le concept du libre arbitre, par le pouvoir de son existence même, est objectif dans la Nature et ne peut pas ne pas être vrai. Ce travail s'adjoint un utile vocabulaire logiquement ordonné des idées les plus générales et des idées les plus abstraites.
Ainsi se prolonge la maturité de cette pensée glorieuse dans un petit ermitage près de la Valléeaux-Loups : depuis quelques années, en effet, M. Sully Prudhomme, fuyant les tumultes parisiens, a délaissé cet appartement du Faubourg Saint-Honoré d'où l'on dominait la cour d'honneur de l'Elysée et où, les lundis, il recevait de jeunes poètes ; c'est donc en sa retraite presque monacale que, grand officier et membre du Conseil de l'Ordre de la Légion d'honneur, il se vit consa-
cré en décembre iqoi par une admiration universel! ce prix Nobel dont il nient tonde le prix Sully Prudhomme |
'.aines vocations poétiques ; semblablement c5 là que l'an dernier il écoutait l'écho d'un homm; non moins définitif quand, pendant quatre n
IS la chaire de littérature de la Faculté de
Toulouse, lui fut réservé le cours officiel d'un i plus éminents professeurs de l'Université frança M. Ernest Zyromski, auteur déjà d'un livre réputé et magnifique », Y Orgueil Humain.
A ceux très rares qui peuvent l'approcher, le vieillard illustre apparaît à peu [M'es tel que l'ont décrit jadis MM. Catulle Mendes et Jules Lemaitre, eine plus fort dans sa haute taille qu'entrave la maladie, — une main oscillant parfois et l'autre tourmentant souvent une courte pipe, — la tête aux traits délicatement réguliers, — le front ample, d< yeux presque aussi purs que des yeux de jeune femme avec une sorte d'immense désir de silence, — la barbe souple, échancrée, autre: châtaine, maintenant striée de blancheur ainsi que les bruns cheveux soyeux et un peu longs, — la et modeste dans des intonations très lointainement chantantes. Quand la torture phy- ;e ne le crucifie point trop, il médite et trafic ; l'été, il cherche le soleil sur un banc du dinet ; à quelques rares jours, il sort d.
petite voiture traînée par son anesse Charlotte.] Une indéfinissable inquiétude et une large séré-; nité enveloppent ce Poète ; ce n'est point en vain qu'une longue existence si purifiée par tant d'amour scrute les secrets de l'Infini.
Devant cette vie et cette tâche, on peut juger que leurs tendances s'accordent, — l'ayant peutêtre devancée, — avec la meilleure aspiration d'aujourd'hui.
Une œuvre est insuffisante en n'offrant à l'attention du lecteur qu'agréables tableaux ou chansons légères ; et de tels coupables abus sont presque responsables des préventions de futilité et de passetemps qui blasphèment la Poésie, lorsque pourtant elle est essentielle comme la moins inadéquate mesure humaine du mystère. Osons apprécier en la poésie de M. Sully Prudhomme le relief des théorèmes philosophiques : et surtout en face d'une rhétorique aussi inadaptée à l'univers que la grandiloquence du verbe et de l'action romantiques, louons-le d'avoir rehaussé le culte de la pensée et par la sensibilité sentimentale et par la sensibilité intellectuelle. Ses vers obéissent à cet appel qui exclusivement ennoblit l'homme : la préoccupation du mystère, et, devant ce mystère, l'invincible devoir, pour comprendre, d'aimer.
Amant du rieux, voilà sans doute le plus
synthétique aspect de M. Sully-Prudhomi cette formule de Pasteur lui 1
âmes qui n'ont que des idées claires ne peuvent - / que des âmes médiocres '
Car si l'auteur de Lu Justice se veut souvent tiviste, il faut d'abord se souvenir que la vraie
doctrine d'Auguste Comte ne nia jamais l'Inconnu , il était d'ailleurs démontré que l'auteur de !
Philosophie positive, continuateur des Sommes du
Moyen-A e, est l'architecte prodigieux d'une gothique cathédrale non moins massive qu'anthropomorphique, on regretterait qu'il n'ait su bâtir un
temple grec dont le pronaos s'ouvre translucide au
ciel immense en laissant apercevoir mieux que le
rythme géométrique des étoiles. Mais on pourrait
i opposer et taire sentir qu'une science positi m contre-sens .scientifique, car dans son départ ce vivante s'élance d'invérifiables axiomes, et, dans sa marche, abandonnant tout ce qu'elle conquiert à la technique artisane, elle v son but dans tout ce qu'elle n'a point saisi ; Auguste Comte n'avoue-t-il pas dans les considérations de son Cours sur la science mathématiq que u les phénomènes de tous les ordre m
tre cor.. mme nécessairement soumis par
I eux-mêmes à des lois mathématiques que nous Ommes condamnés à ignorer toujours dans la
« plupart des cas, à cause de la trop grande coince plexité des phénomènes ». Sur ces routes où la précision des savants se reconnaît déconcertée, d'autres méthodes apparaîtront de moins en moins invalables pour noter la rythmique universelle : les sensibililités de l'art. Des vers, des formes ' vivent aussi éternels que des notations numen- ques ; pourquoi attribuer plus de vérité à des théorèmes qu'à l'a Musique, à la Couleur ou au Verbe ? Le calcul des nombres, en ses impérieux raisonnements essence de toute autre science, na jamais manié et ne maniera jamais que des choses irréelles : « Quand, dit Taine dans L'Intelligence, « nous fabriquons tel nombre, tel polygone ou « tel cylindre, nous n'avons pas à expliquer son « origine ; il n'existe pas en fait dans la Nature, « il n'est que possible et non réel. Peut-être même « avec une Nature arrangée comme celle que « nous observons n'est-il pas possible, mais cela « est indifférent ». Si un Poète légitimait ainsi la Poésie, quel Pécuchet ne le dédaignerait ! Et quel Bouvard ne se scandaliserait si tout autre que Claude Bernard avait énoncé : « Le Poète et le
■nMjm__i__u ii ^■"" l""MI
« Romancier qui pour nous émouvoir, s'adressent
« à notre cœur, font des métaphores qui corres-
« pondent à des réalités physiologiques... Le
« savant puisera dans Fart une intuition plus
« assurée... J'ai la conviction que, quand la phy-
mcée, le poète, le philo o pne et lé physiologiste s'entendront tous. [La
nce expérimentale). »
Euclide malgré lui fait des actes d écrivait dans / Bonheut M. Sullj Prudhomme, qui répond à son passionne Que Sûis-je? : Je sais que j'existe et qu'il existe un mystère d'Etre, —
en estimant expressément dans le même volume que " la loi unique par laquelle l'homme synthé- » « userait toute sa connaissance possible explique- « rait ton: té elle-même ». A travers la brume
que nous sommes et qui DOUS circonvient évidemment un potentiel de sublime plus beau, plus pur, plus grand que le dieu jadis inventé dans
imaginations humaines et condamné irréfutablement par la douleur inhérente à l'Etre ; une seconde de souffrance n'est point divinement explicable,, même par la vertu du sacrifice ; mais si le dieu providentiel qui ne crée pas la perfection se manifeste un impuissant, le sentiment et le culte
du Mystère n< lurent que tout vit dans une
fonction inconcevablement admirable {but est un
terme trop anthropomorphique > ; le néant seul argumenterait contre le sublime ; or, ma' ute
subtilité scholastique, le néant n'existe pas.
L'on aperçoit la superbe attitude philosophique
qu'impose ce mystère à palper parla sensibilité à la
fois esthétique, affective et logique.
Sans doute n'équivoquons point : on moissonne trop l'ivraie de vers qui sont mal des vers dans « le sourire paisible et rassurant des blés » de La Justice et du Bonheur. Que tout vers de Hugo soit sans bavure, c'est là excellence d'ouvrier : "forcement au contraire un Vigny qui innove, qui pressent, qui découvre, ébauche. D'autre part, si Tè~senslïesrvers de M. Sully Prudhomme est souvent difficile, — et le théoricien des Réflexions sur l'art des vers eut tort de reprocher un soin analogue aux grands symbolistes, — ces initiations nous semblent une nécessité et presqu'un'délice ; nous voulons une prose perceptible de tous, mais la "formule ' poéûaj^^sL â hdÉe ce que laformule algébrique est à la sciencej une condensation (Tabsolu ;~pôurquoi s'étonner que l'une autant que l'autre impose une spéciale éducation ? De cette règle admise à l'égard des sonnets splendides de Mallarmé bénéficie son ancien confrère du Parnasse contemporain, malgré qu'on comprenne peu l'obstination du Testament poétique à l'encontre du vers libre, lorsque Banville lui-même avoua un jour : « J'aurais voulu que le Poète délivré de f « . toutes les conventions empiriques n'eutjl'autre \ « maître que son oreille délicate, subtilisée par ks ' . « plus douces caresses de la musique ; en un / (( mot, j'aurais voulu suBstituerla vie toujours y « renouvelée et variée à une loi mécanique et
« immobile ». Puis si, auprès des incomp.i colorist. I conte de Liste et Hérédia, M. Sully Prudhoinme manie de méd nons-nous que beaucoup de ses pièce eur de
blanches draperies, prolongent les méditations du ri de Puvis de Chavannes, et que parfois
leur clair obscur s'illumine presque des insondables lumièn ques ; car c'est a et probablement autre chose, — que me signifiait, après la lecture du Zénith, une très délicate artis:
( ]\\ dirait des \c' Vinci... » Intelligibilité
sensibilisée, identité du sentiment et de la raison qui, dans La Cent a Milan, attire/ d'abord par nul éclair et puis si magiquement ébloi mbien
-il vous méditer pour savoir écrire :
L'Aube est d'Angelico la sieur chaste et divine : Raphaël est baisé par la Grâce à genoui : Léonard la contemple et pensif la devine.
nheur.)
Le Poète capable de telles sensations divinatrices ; point sans affinités avec l< the qui, seul
dan .s le consacra et sau .
bmes immortels. « Connais ta tâche et j, - cette significative "parole" du grand
"\V:'" m Meister épigraphierait bien Q M . • V Sully Prudhomm
Bellement Vauvenargues, a nt
on pourrait dire qu'avec Rous eau et Diderot, il
honore le meilleur du xvm" siècle, et qu'il est rement le plus noble de cette trilogie prophétique ; comment ne pas commenter beaucoup des Maximes du jeune officier Marc-Aurélien par l'apostrophe aux « Voluptés » dans l'élite des Stances et Poèmes ?
O voluptés, salut 1 Une longue injustice
Vous accuse d'emplir ies Enfers de damnés,
Fait sonner votre nom comme le nom du vice,
Et ne l'inscrit jamais que sur des fronts fanés.
Et nous vous bénissons, reines des jeunes hommes !
Si nous rêvons un ciel, c'est en vous embrassant,
Car vous nous laissez purs, ennoblis que nous sommes
Par la complicité du cœur avec le sang !
Qu'on y prenne garde, cette formule morale et sa conception de l'amour, douloureuse, vraie, libre sans désordre, ne rejoignent pas lé romantisme : l'admirable poésie lyrique des xii^xin^siècles, suscîteê~par Ta civilisation méridionale, j^xalta déjàla^uprém^de__de Ja pa^sjoji pour l'intensité et la richesse de vie qu'elle provoque. Quand, "aTopposé, les héros romantiques exigent surtout / de l'amour l'inattingible et brève fusion de deux êtres, on doit dénoncer cet inassouvissement comme un masque de l'orgueil : c'est là chute d'une personnalité dans une autre, c'est là hypertrophie d'un moi qui s'estimant unique veut assi- \ miler le monde indéfini à son égoïsme ! Cette
— 33 ~ incompréhension de la réalité, loin de deviner la
poésie intense et médiate des choses, leur comp une poésie factice dont kl fantaisie prétend reu
vêler et reconstruire l'univers. Ch classiqu
une parmi les âmes qui ne d :ent point
leurs t de tendresse, l'amour s'analyse plus
; : on V accepte que le mot, pai. tire
née et impressionnable, selon souvent le reilet des heures devienne la proie de rétractions autant que d'attirant .rires autant que de blâmes,
■quiétudes autant que de baisers ; et malgré tout cela OU plutôt à cause de tout cela, elles savent échanger une vraie parcelle de leur être, les Dames des LoÙ de Marie de France, les Amoureuses de Racine, VEvù de Vigny, et Celles qui, s'arrétant voilées sur le seuil de M. Sully Prudhomme, y sont après sa Prière entrées • peutêtre même tout simplement ». De pareilles unions n'excédant plus la relativité des êtres dans l'Immense attachent et solidarisent au-delà des pro- SOpOpées d'une stérile rhétorique : ce n'est pas la mort qui peut ainsi lier, mais la vie.
Comme elle régit les couples, la suprême : joi d'amour : bscurément It ur-
E conscience des cités futures ; avec lejSavoir, , elle nous interdit
de hlasplK- îtin d, . Lorsqu'on tant
de beaux vers M. Sully Prudhomme plaint les
/âmes si incomplètement pénétrables les unes aux ///autres, mais consolées pourtant par leurs lèvres ' de chair, il considère aussi « que la science est une « excellente génératrice d'unanimité et par suite « éminemment propre à réunir les hommes dans « un sentiment de confraternité universelle ». A son jugement, « le sens esthétique, c'est-à-dire « l'aptitude à goûter l'expression morale des for- « n2êsrjnspj£eJ^amoùr ;>, ëfTêtÏÏTcme constitue « Fëmploi de Tactlvitéà produire le plus possible « et sans relâche ce qui peut améliorer et embellir « la condition terrestre, comme à scruter la « Nature aussi profondément qu'il est permis à « notre intelligence ». Devant l'ironie et le scepticisme, nous semble-t-il en effet, ce besoin moral
( n'exige pas de justification plus formelle que le besoin physique. Qu'impérieusement on le sente, suffisamment le révèle ! Ceux qui en réclament une démonstration évidente ou lui objectent l'existence des criminels comme des amoraux ne devraient-ils pas, selon leur logique, imiter les chercheurs de nourritures immondes ou contester l'implacable finalité de la faim ? Simplement dépouillons l'éthique de tout dogmatisme, et n'interprétons point les formules de plus en plus souveraines du naturalisme selon ces paradoxes où notre cher Rousseau accuse la civilisation : affirmons que la Nature ou la Vie, ces termes identi-
jjnbli-sjiéfinissant le Tout obscur par delà même no! nt pas le mal, le péché,
mais qu'en accroissant an contraire l'instinct de l'humanité vers l'IdéaT on seconde 1 « Etre m dont /"" la loi primordiale est une loi daspirati
Créer du moins impartait par le concert de la • >; mreîien ' dans
l'Ai aliser les apparences, déterminent.
cme temps que l'œuvre de M. Sully ^rud homme, les doctrines classique l mstater le complexe, émonder l'inutile, n ter le
substantiel constitue une poétique dominatrice, car Teîi ne signifie pas néant et chaos, s'il vét
la multiplicité de formules virales dont je rythme inalogue on est supérieur à nos rythmes, i que pressentirent Ronsard et Racine, -- Ilr et Musset, malgré leur quasi-génie, l'ont ignoré : le goût classique, ravalé par sa décadence a la niée d'une convention mondaine, enseii
'S sa méditerranéenne origine une synthi magnifique ; science du définitif, aliment de l'ét nel, il était la
pomt leur castration selon le taux grief dont le bafouèrent sottement les romantismes. A ce classicisme s'allie 1 indestructible svmhohsme; M. Suily Prudhommc tenta dans son
heure à nouer ces deux chaînons : entre îm Maison du Berger 3ê Vigny et VHérodiade de Mallarmé, le Zénith magnifie un des plus hauts symboles de ûôtfcsïcclc : le premier de ces poèmes, drame de l'amour, le second, drame de l'esthétiqucy, le troisième, drame du savoir. Si d'autres Poètes, — et j'évoque notamment le souverain [artiste des Médailles d'Argile, de La Cité des Eaux et de La Sandale ailée, — '• ont rénové toute la plasticité admirable des images quotidiennes et de leur émotion divine, un présent radieux n'obscurcit jamais un très noble passé. Naguère même en reprochant à M. Sully Prudhomme trop de prétentions didactiques, nous songions pour l'absoudre que Ronsard, ce demf-dîeu " de Ta T^naisj^nce, écrivit l'étonnant Discours sur les misères de ce temps.
Dans l'histoire française, face à l'étroit et primitif réalisme par quoi nos modernes romans naturalistes s'assimilèrent les fabliaux, il existe une grande Tradition passionnée et symbolique qui unit les troubadours romans et leurs cousins de la Table-Ronde à Racine et à Vigny. Notre époque "voulut consacrer un temple à ce lyrisme suprême : avant que des critiques assez lointains dénombrant unlèTPanthéon sans conteste puissent y honorer
quelques noms d'aujourd'hui 2SSUr< de la
ons haf^îfhent graver le nom M. Sully Prud homme sur les architraves d'hi
A../V- Pierre Ions.
/*■ ~^*~ Ly*t*-*J~> S-v~^>" <i -- '•-«. -^- .2*.
AUTOGRAPHE DE M. SULLY PrL'DHOMME