‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 2 sur 45 · PE · texte numérisé non relu

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‘es Paris, non le Paris qui sa nuse, mais le Paris qui tra le qui peine, le: Paris aussi qui réfléchit et qui pense, a do la us de son âme aussi bien que de son corps. Mais d

rigines. Il oe environ cor ans après RE naissance ne son 40 Quelle ressemblance physique ou morale ce fils di 1

| | seulement que Sully Prudhomme fut — chose toujours A tante dans l'éducation d’un enfant et dans la formation de son :: caractère — privé de la présence au foyer et de la direction d’un père, et cherchons uniquement du côté maternel les influences : familiales qui ont pu agir sur lui. . | Sa mère, née Clotilde Caillat, était originaire de Lyon. Ce *: sont vraisemblablement les souvenirs qu’elle avait ADD à de sa ville natale, fidèlement entretenus et transmis à ses enfants comme une religion, qui inspirèrent au poète la prédilection 3 qu ‘il montra jusqu’à son dernier jour pour la grande cité indus- … trielle. Au mur de sa chambre à coucher étaient appendus deux | NT plans anciens de Lyon, placés de telle sorte qu’à son réveil son ES Ne regard ne pouvait manquer de tomber sur eux. Il y à tenait beaucoup et les emportait régulièrement avec lui quand + il allait passer l'été dans sa maison de campagne de Chatenay. ï Leur vue lui rappelait un épisode de sa jeunesse. Il avait fait. ne à Lyon, vers la fin de son adolescence, un séjour assez prolongé. 4 il y avait eu des impressions de diverses sortes, les unes délicieuses, les autres émouvantes. Il avait, tout en haut de cette ! di E colline de la Croix- -Rousse, sur laquelle se dresse aujourd’ hui ‘ sa statue, des cousins auxquels il était très attaché. Il ne manqua . pas, tant qu'il put se déplacer, d’aller les voir, fût-ce au prix : d’un assez long détour, toutes les fois que le hasard d’un voyage Jamenait dans la répion du sud-est. Des fenêtres de la: vieille $ demeure familiale, dont il était devenu le: propriétaire, il jouis- , + sait d’une vue grandiose sur le Rhône et sur la ville qu'il aimait. . Sr se. sentait attiré vers elle par une sympathie obscure et ire

ible, “ont ste sans Aoutal ue poses % germe fond de sa nature. Un de ceux qui l’ont connu le MIEUX, — - Gaston Paris, — a signalé dans sa FA Cn littéraire

‘un faire Fe et savant, Ares un peu. gris, une ban ï * marquée à l’idéalisation (1). » Il y a en effet une parenté certaine, qu'il serait aisé de mettre en lumière, entre la ed

… Tisseur. Il y en a une aussi, que Saints Benye avait as dès la première heure, entre son arb et celui d’un Ghenav d

“ à ces prédispositions lointaines fut encore renforcé par, les 6 con- ditions où son enfance se passa.

Le milieu où la naissance l’avait placé était un Rens pro fondément honnête et saïn, mais un peu froid et triste. Sa mère quand il naquit, n’était plus bien jeune. Elle avait attend: pendant de très longues fiançailles un bonheur qu’elle pleu d’autant plus amèrement qu’il avait été plus court. Une premières et des plus fortes impressions de l'enfance de Sul

cf à

À None ce sont les images de deuil dont il se trouva en vi

En ce temps-là je me rappelle ; Que fe ne pouvais concevoir ; Dép rrrate Pourquoi, se pouvant faire belle, Ma mère était toujours en noir.

Quand s’ouvrait le bahut plein d’ombre- J’éprouvais un vague souci ?

De voir près d’une robe sombre ,

Pendre un long voile sombre aussi.

(1) Penseurs et Poèles : Sully Prudhomme. *

ù Ras linge, radieux aticre dd Re ’ D'un feston noir était ourlé :

3 Tout ce qu’alors portait ma A de Sa tristesse l’avait scellé. SE

Sourdement et sans qu’on y pense, à SU Le noir descend des yeux au cœur... (1) AR

"oiy descend, et il y reste. Toute sa vie, en dépit des accès de

folle gaîté auxquels il s’abandonnait parois dans sa jeunesse, … Sully Prudhomme a gardé sur l'âme un peu de ce noir. : n «Me Prudhomme, autant sans doute pour échapper à l’isole-

tee Ma mort prématurée de son mari, était venue “ habiter, à deux pas de la rue des Petites-Ecuries, au n° 49 de :! rue d’ Hauteville, avec un frère et une sœur, tous deux céli-

sa sœur, -« filant doux et circulant légèrement dans les corridors comme une religieuse sous l’œil de la supérieure ». L’oncle Caïllat et la tante Fanny, autant qu’on en peut juger à travers les rares et discrètes confidences de Sully Prudhomme, avaient des cœurs excellents, des caractères droits, mais entiers, et des idées un peu étroites. Ils ne concevaient pas qu’on pût avoir : de la vie une autre conception que la leur. Sully Prudhomme # ps. est plaint plusieurs fois de «la tradition de vie commune» que “a les Caillat avaient laissée après eux, des « mœurs Caillat» qui étaient les mœurs de petits bourgeois étriqués et fermés. Il n’en a pas moins aimé « cette bonne famille », mais en pestant a à l’occasion contre elle. Chose plus grave, il lui est arrivé de os sue à plusieurs reprises de « son enfance douloureuse » et de «sa jeunesse manquée ». [l semble bien que par là s'expliquent en partie certains traits de son caractère, la timidité et l'irréso- Jution, ou, si l’on aime mieux, le manque de décision et d’audace, eb par suite certains traits aussi de sa pensée et de son art. Ce

[1) Les Solitudes : Le premier deuil.

LES IMPRESSIONS D'ENFANCE ET DE JEUNESSE GR

milieu bourgeois, qu’il avait en Hoireue, avait mis sur At une empreinte dont il avait conscience, et dont il ne put jamais se

débarrasser tout à fait. Ils OU lui-même « de race bour-

geoise », et sa poésie, avec tout ce qu'elle a par ailleurs de déli- cat, de rare et de fin, aura toujours aussi quelque chose de bourgeois. Sully Prudhomme est bourgeois comme Vigny était

aristocrate. Entre tant de différences, et de si profondes, qui

les séparent, malgré des ressemblances certaines, celle-ci n’est pas la moindre assurément.

Un système d’éducation trop rigide est particulièrement

fâcheux quand il s'applique, comme c'était le cas, à une nature tendre et sensible. Cette sensibilité fut bientôt mise à une rude épreuve. À huit ans on plaça l’enfant comme interne dans un

pensionnat de Bourg-la-Reine. Cette décision pouvait se jus-

tifier par les meilleures raisons du monde : désir de soustraire un garçonnet d’une santé fragile aux inconvénients de l’atmosphère parisienne et d’un logement trop resserré ; souci de lui assurer au plus tôt l'instruction régulière qui lui permettrait un jour de se faire une situation honorable... Je crains qu’elle n'ait paru trop naturelle aux deux célibataires qui gouvernaient | la maison. Leur excusé, c’est qu'ils ne s’imaginaient pas quel

supplice ils allaient infliger. Ce supplice, Sully Prudhomme l’a

décrit, quelque vingt ans plus tard, dans la première des Soliludes,. en des termes qui ne peuvents oublier :

On voit dans les sombres écoles Des petits qui pleurent toujours.

none seems ses se

Ces enfants n’auraient pas dû naître :

L’enfance est trop dure pour eux!

Tout leur est terreur et martyre...

Le jour, ils tremblent sous l'œil du maître ; la nuit, ils fris-.

sonnent « dans le désert du grand dortoir » :

Pendant que les autres sommeillent Faits au coucher de la prison,

Ils pensent au dimanche, ils veillent Pour se rappeler la maison,

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RTS LS TS GET EEE EEE RTE 6 s SULLY PRUDHOMME PP tt tt tte tt

Ils songent qu'ils dormaient naguères Douillettement ensevelis

Dans les berceaux, et que les mères Les prenaient parfois dans leurs lits.

O mères, coupables absentes, Qu'alors vous leur paraissez loin !

À ces créatures naissantes

11 manque un indicible soin ;

On leur a donné les chemises,

Les couvertures qu'il leur faut ; D’autres que vous les leur ont mises, Elles ne leur tiennent pas chaud.

Mais tout ingrates que vous êtes, Ils ne peuvent vous oublier,

Et cachent leurs petites têtes, En sanglotant, sous l’oreiller (1).

A maintes reprises, Sully Prudhomme a fait allusion dans ses vers à ces tortures de ses premières années, au 4 sombre enclos » où son enfance était « asservie », à la classe étroite et sombre où il ne respirait qu’ « avec crainte ». L’horreur qu'il en avait gardée lui faisait regretter rétrospectivement d'avoir reçu la vie et considérer presque comme un devoir de ne la trans- .mettre à personne.

Celui qui ne saurait se rappeler l'enfance, Ses pleurs, ses désespoirs méconnus, sans trembler,

Au bon sens comme au droit ne fera point l’offense D'y condamner un fils qui lui peut ressembler (2).

Jusque dans.sa vieillesse, « son front se plissait, sa face se faisait triste et compatissante » quand il rapportait le temps malheureux de sa vie d’interne, sa vie dure, souffrante, surtout pour un adolescent soumis, grave et réfléchi comme lui,«qui considérait un simple pion comme une divinité ». Il déclarait « qu’il ne voudrait pas revivre cette première jeunesse scolaire » ; et c’est sans doute en faisant un retour sur lui-même qu'il définissait l’enfant «un être dont on contrarie tous les désirs (3)».

Bi Les Solitudes : Première solitude.

2) Les Vaines Tendresses : Vœu.

(3) Edouard Champion : Entretiens avec M. Sully Prudhomme.

qu'il est difficile de de er ne Prudhomme passa a » l'institution Massin. Il s’y trouva en compagnie d’un ami d’en- fance tendre et sûr », Paul Sédille, le futur architecte de Ja nique Jeanne d'Arc à Domremy, dont la mère était l’amie . intime de la sienne. Enfin, on le mit à la pension Bousquet, ; ! 15, rue de Chaillot, où il acheva ses études. La pension ps 4 conduisait ses élèves, en voiture, au lycée Bonaparte (aujourmn lycée Condorcet). Sully Prudhomme y rencontra celui à a devait être le plus cher camarade de sa jeunesse et son ami de de toujours, Léon Bernard-Derosne. Éntre ces deux adolescen: TON ON

- né en 1840 — s'établit une étroite intimité de cœur et d’ "espr fondée sur une remarquable analogie de caractère. « Un analyste | métculeux toujours en défiance de ui- -même », telle est la

Bernard-Derosne dans les moments de 108 que lui laissait le es Re Mais ARTS Derosne aurait pu tout Eu

dédiant son premier recueil à: son ami, i, pouvait lui dire en toute sincérité : « Tu reconnaîtras, je l'espère, tes propres sentiments dans mon livre. » La vie ne les sépara point, et leur amitié ne fut pas purement intellectuelle : elle allait jusqu’au dévouement le plus complet. Lorsque, pendant et après la guerre de 1870, la santé de Sully Prudhomme, ébranlée déjà par trois deuils cruels et - presque simultanés, subit la grave atteinte dont elle ne se remit jamais tout à fait, Bernard- Derosne recueillit chez lui le pauvre solitaire, souffrant; incapable de marcher, et lui prodigua ses soins. Mais en 1880, lorsque à son tour ilse trouva aux prises avec la maladie, — une petite vérole très maligne qui mit ses piours en Hans — Puy Prudhomme, dont l’état était encore té

Te bien précaire et exigeait les plus grands ménagements, voulut

ne =

à toute force aller le soigner, et il fallut l’opposition absolue de

‘sa sœur et de son beau-frère pour l'empêcher de donner suite à son généreux projet. | Cette étroite liaison nous rend particulièrement précieux le récit que Bernard-Derosne nous a laissé de leurs communes années de collège. C’est, à ma connaissance, sur cette période de la vie de Sully Prudhomme, le seul témoignagecirconstancié que nous possédions. Si nous en croyons le biographe, l’écolier faisait déjà pressentir l'homme qu'il serait un jour.

Quand il était tout petit, déjà c'était un sage. Tous ceux qui l’ont vu au collège se rappellent la franchise sérieuse, la simplicité et la bonne grâce un peu mélancolique de ses façons. Il est devenu beau ; il ne l'était pas alors. C'était un bambin de dix ans, grandi un peu vite, au geste hésitant et gauche, avec des bras trop longs, une physionomie craintive, un air avenant et dépaysé. Seul son regard était beau. Imaginez de grands yeux gris Vert, où se lisaient tour à tour la bonté, l'énergie, la volonté précoce de penser, un

mélange curieux d’adorable douceur et de gravité virile, de cordiale bienveillance et d’inquiétante profondeur (1). |

Tel quel, ce petit bonhomme prit très vite dans le microcosme scolaire une place que nul n’avait prévue. « Ses camarades, quand il arriva pour la première fois dans la cour, à l'heure de la récréation, dirent simplement après l’avoir examiné : ce doit être un bon garçon. Trois jours après son entrée au collège, il aurait fait ce qu’il aurait voulu de ceux qui avaient dit qu'il devait être un bon garçon. » — D'où venait cet « ascendant souverain » qui lui fut unanimement reconnu ? De ce que «tout de suite il fut jugé comme un garçon qui n’était pas comme les. autres. Même ceux qui étaient plus âgés que lui le respectèrent. Tout le monde l’aima. Il fut l’arbitre de tousles différends. Quand il avait prononcé, il n’y avait pas d'appel. Ce rôle de justicier ne lui plaisait point. Il faisait de son mieux pour s’y dérober. On le lui imposa, bon gré, mal gré. Force lui fut bien de s'y :

résigner. Il le fit avec bonne humeur, et il avait l'équité souriante. »

(1) Léon Bernard-Derosne : Sur le vif, portraits au crayon, Paris, 1895.

LES IMPRESSIONS D'ENFANCE ET DE JEUNESSE 9

Cette influence dont il disposait, il ne l'exerçait d’ailleurs que

dans le sens de la pacification et de l’ordre. « Les mauvaises

têtes, les cancres les plus endurcis, avaient pour lui une véritable vénération. Il accorda même à quelques-uns d’entre eux une prédilection particulière. Il les prenait par leur faible et finissait, sans avoir l'air d'y toucher, par obtenir les changements les plus désirables dans la conduite tout au moins de ceux qui se trouvaient avoir du cœur et de l’esprit. » Lui-même tenait à honneur de se. montrer irréprochable. « D’instinct, il avait le respect de la règle, car quelque chose l’avertissait sûrement que la règle, même la plus dure, a presque toujours sa raison d’être. Plein d’indulgence pour ceux qui bravaient la discipline, il la respectait avec une aveugle étroitesse. L'idée d’une réprimande, même légère, l’affectait, car, dans la beauté ingénue de

son jeune orgueil, il n’admettait point que par sa faute il pût :

donner à personne au monde le droit de l’humilier en lui représentant qu’il avait manqué à son devoir. » Pourtant, quand sa conscience lui en avait montré le besoin, il n’hésitait pas à accomplir des actions qui engageaient sa responsabilité. IL le faisait, nous dit encore Bernard-Derosne, « avec une vaillance qui, chez un enfant scrupuleux et impressionnable comme lui,

prenait un caractère héroïque ». L’anecdote que voici en est la

preuve :

Un jour, pour venger un camarade qu’un grand avait, sans raison, frappé et meurtri, lui, qui était donné en exemple au collège tout entier, entra bravement dans une classe qui n’était pas la sienne, et là, devant plus de cent.

élèves, corrigea magistralement le coupable. Il aurait pu, pour beaucoup - moins, être chassé du lycée, et il faut convenir qu’il est difficile d'imaginer

une plus insolente infraction à la discipline. Celui qu’il avait ainsi vengé,

— une espèce d’aztèque nerveux et noir, haut comme une botte, — abruti

par l’admiration et la reconnaissance, balbutiait en pleurant comme un

veau : « Mais si tu avais été chassé 7. si tu avais été chassé 7... » IL répondit - simplement : « Je risquais en effet d’être chassé ; maïs l’amitié n’a de sens - que si elle est prête à se prouver par un sacrifice. Tu avais été injustement maltraité ; il fallait que cette injustice fûtréparée (1).

L'’horreur de l'injustice était si grande chez ce garçon raison-

(1) Léon Bernard-Derosne, ouvrage cité.

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calme qu’elle le poussait tout de suite aux résolution: êmes. Un jour qu’à la pension Bousquet on lui avait adressé : des reproches immérités, il prit aussitôt la porte et courut se réfugier chez sa mère. Il fallut pour le ramener que le chef d’ins- n

itution fit une démarche personnelle. à KE

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Il me faudrait pas exagérer cette raideur et cette gravité “ 1à précoces, ni voir en Sully Prudhomme adolescent un Don Qui- chotte ou un Marc-Aurèle. C'était un gamin comme les autres. « Il aimait le jeu, la gymnastique, et tenait dans les parties de barres, à être le premier comme il l’était en géométrie. Partout ‘il portait cette préoccupation, qui chez lui était dominante, qu'il faut faire bien, à son temps et à son heure, ce qu’on a résolu de faire.» Aussi était-il estimé et aimé de ses maîtres autant quede ses camarades. Il était entré au lycée Bonaparte en quatrième, dans la classe de M. Romtain. Il s’y plaça parmi les tout premiers. À la fin de l’année, il obtenait, —outre le prix d'excellence, qui ne lui échappa qu’une seule fois pendant toute la durée de ses études — le premier prix de thème latin, le premier prix de grec, . le second prix de «grammaire comparée », le. troisième accessit ! de version latine, le second prix d’arithmétique. En histoire, fi où il était mis en état d’infériorité par une mémoire rebelle, dont il s’est plaint toute sa vie, il devait se contenter du septième accessit. Dans l’ensemble, il réussissait à peu près également en lettres et en sciences. Il semblait même qu'il eût plus de disposi- . tions pour les lettres. Cependant, au moment de passer en troi-. sième, quand il dut opter,conformément au régime de la bifur- cation nouvellement institué par le ministre Fortoul, entre la ; section des lettres et la section des sciences, c’est pour celle-ci qu’il se décida. « Ce fut, nous dit-on, un étonnement mêlé de regrets pour beaucoup des amis de sa famille, surtout pour un Vieux magistrat, délicat lettré, qui ne put s'empêcher de lui

air des remontrances.. Mais il se rendit aux SEEN de son 414 maître de pension (1).» Ces conseils étaient-ils dictés par des CT me utilitaires, ou nn. des considérations a

sité en à épée de son penchant déjà marqué pour les vers “ a Le Cette « déviation téméraire », comme il la qualifie lui-même, EN “eut pour le développement de son talent et de son œuvre des. ire ÿà conséquences qu’il serait difficile d’exagérer.

ride jeune élève s’adonna dès lors aux études A ne avec. la conscience qui était, nous le savons déjà, le trait dominant. pi de son caractère, et ses efforts furent récompensés, en tro

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sième et en seconde, par d’éclatants succès. ‘A l'issue de la no mi

bancs apparente était un mauvais état de Lanté qui aval L contraint le jeune homme à s’abstenir momentanément de tout travail. Ce coup du sort, qui privait un des meilleurs élèves de la division des récompenses auxquelles il aurait pu légiti- . mement prétendre, parut à l’administration du lycée assez inique pour qu’elle en témoignât publiquement, ses regrets. | dé Une note du Palmarès de 1856 constate que « l'élève Prudhomme a été empêché par la maladie de prendre part à plusieurs compo- ; Dbions des prix ». Le 1er août de la même année, il conquérait le diplôme de bachelier ès sciences avec la mention assez bien, et, à la rentrée d'octobre, il se faisait inscrire en mathématiques péciales, en vue de se préparer au concours de l’Ecole Polytechnique. Il n’est pas douteux qu'iln’y eût réussi, si, encoreune fois, la maladie ne s’était mise à la traverse. En cours d’année, une ophtalmie assez grave le forçait à interrompre la préparation commencée et modifiait ses projets.

- Ces trois ou quatre années d’études non pas exclusivement, mais plus particulièrement scientifiques ont laissé sur l’esprit

nm Henri Poincaré, Savanis et écrivains : Sully Prudhomme. ‘ * (2) Préface au livre de Camille Hémon, La philosophie de M. Sully Pru: | dome) eo 1909,

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#10) | SULLY PRUDHOMME | | EE PPS EPP EPP EPP SPP EE SEPT ETS EEE de Sully Prudhomme une empreinte qui, à aucun moment de sa vie, ne s’est effacée. Il n’a jamais cessé de suivre les progrès de la science et de s’y intéresser. A l’âge où les jeunes gens lisent volontiers des vers ou des romans, il se délassera en approfondissant l’algèbre, et, pendant sa vie entière, une des princi- pales occupations de ce poète sera la composition d’un volumi- neux traité sur la géométrie. Ce travail, pour lui emprunter sa propre expression, fut sa « marotte ». Il reconnaissait qu'il avait dépensé à le poursuivre une volonté qui aurait suffi à la confection de trois poèmes comme la Justice ou le Bonheur. On peut regretter ou non qu’il n'ait pas concentré tout son effort sur son œuvre poétique. Mais on est en droit de se demander si une application si constante à des matières si abstraites n’a pas contribué à tarir plus vite la source d’une inspiration naturellement un peu grêle. En revanche, il ne paraît pas douteux que la pratique du raisonnement mathématique ne soit pour beaucoup dans l'habitude qu’a prise de bonne heure Sully Prudhomme d'appliquer aux sentiments les plus ténus de l’âme humaine une méthode de notation extraordinairement précise. Parmi nos poètes du xrx® siècle, il est le seul, à ma connaissance, qui ait joint au bénéfice d’une culture littéraire étendue celui d’une culture scientifique approfondie. L'occasion et le point de départ de cette double culture fut le système tant honni de la bifurcation. Il me paraît équitable de relever le fait et de le porter à son actif.

Sully Prudhomme quitta le lycée Bonaparte à la fin du mois de février 1857. Mais il'conserva toujours un pieux attachement à la maison qui avait abrité son adolescence, ainsi qu'aux professeurs dont il avait reçu les lecons. En 1883, il présidait le banquet annuel de l'Association des anciens élèves. En portant le toast traditionnel

A notre cher lycée, à sa règle bénigne, Au généreux savoir de ses maîtres aimés, À la longue union des cœurs qu’ils ont formés (1),

(1) Le Prisme : Vers lus à un banquet du lycée Condorcet.

- familière à ses yeux, eût disparu pour faire place à une archi-

. tecture plus belle et toute neuve. Mais, comme on peut l’attendre d’une âme aussi élevée que la sienne, c’est moins aux choses

qu'il s’attachait qu’à l’esprit, à l’esprit de son lycée, à l'esprit de l’Université. L’Alma Maler était vraiment pour lui une mère. Il l’aimait comme telle, et il l’aimait jalousement. Toute atteinte à son prestige lui était une douleur personnelle. En 1876, le rejet par le Sénat d’une loi votée par la Chambre, qui retirait

aux Facultés libres le droit de conférer les grades et le réservait

aux seuls jurys universitaires, lui parut être une de ces atteintes.

Il y vit un « échec » pour l’Université, et il le « ressentit singulièrément ». Sous le eoup de cette impression, il jeta sur le papier quelques strophes dont le ton véhément dénotait chez une nature modérée comme la sienne une agitation extraordinaire.

J’ai comme un vétéran ressenti ta défaite ; De la blessure impie et lâche qu’ils t’ont faite, J’ai saigné comme un fils, chère Université,

Carilfermente encore en mon cœur de poète, Le cordial puissant dont tu m'as allaité.

Car toute âme à vingt ans te doit sa délivrance : Tu la sau ves de l’ombre où dort son ignorance, Dépliant un par un ses langes étouffants ;

Car tes bras généreux sont les bras de la France A la nuit séculaire arrachant ses enfants.

C’est toi qui, discernant le bon grain del’ivraie, Habile à pressentir la vocation vraie

Qui soupire et palpite en lc cachot du front, Disputes aux foyers que le génie effraie

Les fils désavoués quilesillustreront.… (1).

Il reprit à loisir ces strophes enflammées, il en fit les stances qu’il lut, au banquet de 1886, à ses anciens camarades du lycée Condorcet. Il y définit cette fois avec autant de sérénité que

d’élévation l'esprit universitaire, cet esprit fait de large patrio-

{1) Sully Prudhomme, Lettres à une amie (1865-1881), Paris, 1911 ; un certain nombre des détails biographiques donnés ci-dessus ou ci-dessous proviennent de cet ouvrage.

PT D'ILES IMPRESSIONS D'ENFANCE ET DE JEUNESSE 131 fat TES SSL mr gg gr ÿ

. il exprima son regret mélancolique que la vieille façade, jadis

s de ue & impartiale bee de orties à de raiso e goût pour l'intelligence et de sympathie pour le talent. I mina en faisant hommage ar Université, comme de ne bien LE

D moi,fete rapporte, en nourrisson fidèle, : J Lists Le meilleur des pensers que fe rime aujourd’hui ; 2

* Si j’ai fait un bon vers, il te doit son coup d’aile, <

Sa Prempe et son éclat, car ton sang coule en lui CS

tte classe que ses ooedbne pour la poésie s’affirmèrent et . commencèrent à se manifester sous les yeux et avec les encou- ie ua ragements d’un professéur bienveillant. ss ee

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