‹ Sully Prudhomme: Poète Sentimental Et Poète PhilosopheChapitre 44 sur 45 · RTL TT PP CONCLUSION · texte numérisé non relu

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a traduit musicalement, avec des mots, les nostalgies de Platon, plus encore que les fiertés de Lucrèce ». Il ne faut pas s’émouvoir à l’excès de telles injustices. Les réputations littéraires ont leurs éclipses. Mais les œuvres qui recèlent une âme de poésie en elles peuvent attendre le jugement de l’avenir. Sully Prudhomme a dès maintenant pour lui le témoignage des critiques éminents, depuis Sainte-Beuve jusqu’à Ernest Zyromski, en passant par Edmond Schérer, Jules Lemaître, Gaston Paris, Paul Bourget, J.-M. Guyau, Paul Desjardins, Emile Boutroux, qui ont analysé, commenté, caractérisé sa poésie et qui l'ont mise en sa vraie place. Il a et il aura pour lui, ce qui vaut mieux encore, le suffrage intime de tous ces «amis inconnus » auxquels il a dédié ses Vaines Tendresses, ces étrangers en qui il se sentait « des proches », ces frères dont les cœurs étaient « librement venus » à son cœur.

Comme on voit les ramiers, sevrés de leurs volières,

Rapporter sans faillir, par les cieux infinis,

Un cher message aux mains qui leur sont familières,

Nos poèmes parfois nous reviennent bénis, Chauds d’un accueil lointain d’âmes hospitalières.

Et quel triomphe alors ! quelle félicité Orgueilleuse, mais tendre et pure nous inonde, Quand répond à nos voix leur écho suscité Par delà le vulgaire, en l’invisible monde

Où les fiers et les doux se sont fait leur cité !

Cet écho, le poète n’est plus là pour l’entendre, mais il se prolonge après lui, et il continuera de vibrer, quoi qu’en disent les dédaigneux, aussi longtemps qu’il se trouvera une âme inquiète, délicate et tendre pour sympathiser avec la sienne et pour s’y reconnaître, et pour apprendre à lire plus clairement en elle-même en relisant ses vers.

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