CHAPITRE IV : BILAN GÉNÉRAL. — CONCLUSIONS
énergies vitales dont le feu, dans le Véda comme dans l’Avesta, constitue le principe essentiel”.
L'on sait de reste que cette liturgie a été importée dans l'Inde par le nordouest’. Les belles recherches de M. A. Hillebrandt à ce sujet ; le rôle des Panis, ou marchands, dans le commerce de la plante sont présents à l'esprit de tous’. L'on n'ignore pas davantage que le végétal fournissant l'«eau-depie » varie, fatalement, selon les climats, les terroirs*. Le no$ persan n'en est pas moins l'héritier sémantique direct d'an-aoë4-, d'Aiaralat, d'Amrla-, de geëtin. Partout la notion fondamentale est la même : exallation du voltage vital au moyen de la liqueur alcoolique, dont les formules ultérieures n'ont, d’ailleurs, cessé de porter le méme nom.
La part éminente des peuples indo-européens dans la fabrication, dans la propagation des produits de cette nature, est connue. L'on n'ignore même
1. V. les judicieuses remarques de R. Eisier, à ce propos, dans The Dionysian fire baptism in the « Paistis Sophia » (The Quest, July 1925 (vol. XVI), pp. 468-469 et références). Cf. avec nos remarques à propos de sumérien geëfin et de persan noë, ci-dessus, p. 44, notes 2 et 3, et notre observation dans Babyloniaca, VIII, 3-4, pp. 211-216.
2. Paraît indéniable. Cf. récemment E. B. Havezz, The history of Aryan rule in India, Londres, 1918, pp. 4-5 ; v. aussi The Cambridge history of India, Cambridge, 1922, t. I, pp. 38- 39 ; 43 et seq. ; 46 et seq. ; 50; cf. avec 69-70; V. À. Smrrn, The Oxford history of India, Oxford, 1919, PP. 7, 8, 13-14, 22-24. P. Gires, Cambr. hist. of. India, t. I, pp. 69-70, situe ce qu'il dénomme l'immigration aryenne dans l'Inde vers 2500 av. J.-C. Les Sumériens ne sont pas des Aryens, au sens linguistique du terme. Il est bon de noter, toutefois, que, vers le même temps, leur culture subit une éclipse encore inexpliquée. C'est également au cours de la deuxième moitié du 3° millénaire que se place cette migration d'éléments venus du golfe Persique en Canaan, dont parlent Héropore (I, 13; V, 89) et Srragon (XVI, C. 766). Cf. avec ci-dessus, p. 40, n. 5. Il paraît donc incontestable que la vieille civilisation de Basse Mésopotamie fut, à cette époque, fortement éprouvée et, probablement, en partie déracinée.
3. À. HicceBranDr, Ved. Mythol., Breslau, 1801, t. |, pp. 1-116.
4. Le caractère ( somatique » de Dionysos reste, d’ailleurs, très net. Cf., p. ex., les Bacchantes d'Euripide, l'lon de Platon. Le koça-, vase à soma, védique (HiLLEBRANDT, op. cit., p. 183), se retrouve dans le lexique religieux d'Israël sous la forme vs, assyr. kasu. Nous avouons hésiter à séparer ce terme de sumérien a = ai — (Rauschtrank », « berauschendes Getränk » (&ikäru), le signe archaïque représentant un récipient (BARTON, n° 217). Pour 53, cf. Genèse, xL, 11, 13, 213 [I Sam., xn1; Î R., vu, 26, etc. Le cas, tout similaire, de a-oùb-ba désignant et l’eau de purification et le récipient qui la contient (accad. agubbu, eoubbu) illustre le passage du contenant au contenu.
5. Cf. whisky — v.-gaël. uisge-beatha; écoss. usque baugh — (eau-de-vie » ; aram. nm — peut-être moût et amrta- sscr. V. sur tout ceci R Eiscer, op. cif., pp. 468-473.
qu'ils ont fait, non rarement, de ces sortes de liquides, d’efficaces et navrants «agents de pénétration ». Il est certain que c'est chez eux — et non ailleurs — que cette vieille «religion » est le plus fortement, le plus anciennement enracinée. Ce n'est pas là un aspect indifférent. Car le « lien » est réel.
Or, nous avons également relevé, à propos, précisément, de la plante d'immortalité, un autre remarquable parallélisme entre Sumer et le monde paléo-indo-européen, notamment l'indo-iranien'. Le rôle bilatéral du faucon céleste porte-foudre fait partie du même ensemble’. Tout ceci, des deux parts, est donc bien et dûment cohérent.
L'on ne saurait, par suite, être très surpris de retrouver en Sumer, tout comme en Arménie, dans l'Urartu, chez les Cosséens, en Canaan’, voire en Méditerranée préclassique*, peut-être même dans l’afr-ium romain, ce vieux nom sacré du feu, élément prêté par le ciel à la terre’, sous la forme bien connue -ZY{—T, soit Asar, ou mieux dAsar, avec déterminatif divin =». Le signe en question sert, on le notera, à désigner à la fois le dieu de la tempête et le dieu du feu‘. L'identité foncière de la conception initiale est donc manifeste. Il n'est pas indifférent pour l'histoire d’une civilisation agricole de noter l’affectation de ce même signe à l'expression de l’accadien amelispu — le moissonneur, le pasteur. Agni-soma n'est-il pas le go-pà-, l'Osadhi-pati- par excellence ? |
Vu sa diffusion initiale, il semble que ce nom d'*Afhar- ait été indigène à la haute Asie Mineure irano-ponto-caspienne. C'est là, d’ailleurs, que la tradition situe les plus anciens foyers de ce que l’on dénomme le culte du feu :
1. V. ci-dessus, p. 8, et Babyloniaca, VIII, 3-4, pp. 214 et seq.