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CHAPITRE I : DE L'INDO-EUROPÉEN

est, totalement ou partiellement, végétarienne, le considèrent comme indispensable, ce qui, biologiquement, est vrai.

Les anciens porteurs de l'usage alimentaire indo-européen se nourrissaient donc plus ou moins largement avec des végétaux. Ceci s’accuse, d’ailleurs, dans le nom sanscrit de l'orge : divyd- — donc « don du ciel », qui nous atteste l’ancienne sainteté des céréales chez les Aryas. Le « don de Demeter » qu'est le blé, la « Ceres » qu'est le pain; l'antique dévotion, essentiellement agricole, à Sirius-Tistrya af$-é10ra- — semence des eaux, qui vaut la fécondité aux campagnes des Aryas; l'&lpira wat ähelata uuehdv àvpov d'Homère; l'emploi de céréales ou de produits de céréales dans les sacrifices ; la mesure de grain faisant fonction d'unité de mesure’; l’ambroisie, aliment [botanogène] d'immortalité, la plante d'immortalité d'où s’'extrait le soma, qui vivifie le monde, « plante » (ändhah) et « seigneur des plantes » (vänaspätih) par excellence; ce sont là, sans le moindre doute, des indices symétriques aussi favorables que possible à l'idée d’une corrélation.

L'étymologie du sanscrit 6sa-dhi- — plante est loin d’être claire. Les uns (Monier-Williams, p. ex.) l'interprètent par « light-containing »*. D'autres (c'est le cas du dictionnaire de Saint-Pétersbourg), par avasa-dhi- > ôsa-dhi-, ce qui signifierait « Nahrung enthaltend ».

Il ne serait, peut-être, pas encore prudent de prétendre trancher cette difficulté. Le fait important, fait, lui, absolument certain, c'est que, les deux parts, la nourriture-type, la nourriture divine, c'est la plante, ce qui vient de la plante. Il y a là, entre Sumériens et Indo-européens, une double coïncidence théo- et ethnologique dont il paraît, vu tout ce qui précède, difficile de ne point faire état.

Ce sont ces faits qui, rapprochés de l'indigence remarquable de documents directs sur la proto-histoire indo-européenne, nous ont décidé à passer résolument outre aux hésitations qu'eût, au premier abord, pu nous inspirer la différence, considérable, des aspects ; celle, aussi, des vocabulaires (qui n'est pas minime, en dépit de remarquables parallélismes).

1. Cf. de même le gur sumérien (—"5 — xipos). 2. Donc rattaché à 6sa-, dérivé lui-même de L/vas, us, brûler, briller (uro, e5w). BERGAIGNE, Manuel védique, p. 213, suggère, avec réserves, av + dhi.

Nul linguiste ne saurait beaucoup s'exagérer l'importance n1 des premiers, ni des seconds.

Il est fixé d'avance sur la valeur de principe qu'il convient d’attacher aux aspects. Il sait qu’elle est, en somme, plutôt relative. Quant à ce qui est des vocabulaires, nous en avons dit l'essentiel plus haut'.

Le caractère éminemment « singulier » des faits linguistiques’ lui est connu.

Aussi, les dissemblances qu'il constate, du sumérien à l'indo-européen, lui seraient-elles à peine moins encourageantes que les évidentes similitudes’. Dans celles-ci il peut pencher à trouver une preuve de la continuité, dans celles-là une marque de la singularité linguistiques.

À tout prendre, il ne saurait donc voir dans ces différences le principe d'une objection théorique dirimante à un apparentement éventuel.

Il n'ignore pas davantage que la forme ancienne de l'indo-européen nous est {otalement inconnue; que les correspondances seules constituent notre connaissance*; que la valeur de nos « restitutions », pour la préhistoire, demeure limitée; qu'il n'existe absolument aucun obstacle, scientifique ou rationnel, à ce qu'il y ait, ou y ait eu, des langues indo-européennes inconnues ou méconnues.

Mais il n'oublie point non plus que, pour établir, le cas échéant, une parenté effective de l'indo-européen au sumérien, 1l faut et il suffit que l’on montre, de l’un à l’autre, une coïncidence de formes grammaticales, ou, ce qui revient au même, d'éléments morphologiques ; coïncidence telle que le hasard ne puisse, en aucune manière, l'expliquer‘. |

Supposant fournie une preuve de cette nature, «il n'y aura... rien de changé...; seulement une nouvelle grammaire comparée... se superposera à celle des langues indo-européennes, comme la grammaire comparée des langues indo-européennes se superpose à la grammaire comparée plus riche

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