CHAPITRE I : DE L'INDO-EUROPÉEN
D'une langue de type général dit « agglutinant » à une langue de type général dit « fléchi », 1l ne saurait, par conséquent, y avoir irréductibilité de principe.
En des mots faisant, d’ailleurs, partie de la couche la plus ancienne, tels que : “péd-, *pod- :: pied; *nér- :: homme; *weik- :: lieu d'habitation, village ; *wek- :: parole ; *reg- :: seigneur, roi, *rk- :: chant; *ud-, *ut- :: sortie, etc., l'1.-e. se sert, comme thème nominal, de la racine nue.
Ceci prouve que la langue archaïque connaissait, effectivement, ce type morphologique élémentaire et s'en accommodait, même, couramment. Tous ces mots, en eflet, sont des mots d'usage.
Aussi est-ce précisément sous la forme d'un idiome où la racine à l’éfat nu faisait fonction de mot, que certains linguistes, K. Brugmann, par exemple, ont conçu l'1.-e. de la période préclassique.
Sous le rapport purement théorique, pareille aperception n'offre, en soi, rien que de légitime, morphologiquement. Une racine »ivant à l'état nu implique à peu près inévitablement l'indépendance originelle de ce qui, dans la suite, est venu s'agréger à elle*.
L'élément vocalique d’une racine i.-e. est susceptible de variation. Cette variation a lieu suivant un schème général défini. Un type classique en est : yév-0s (vocalisme e), yév-0o5 (vocalisme o), yi-yv-o-uar (vocalisme zéro). Le e et le o peuvent être *. Cette alternance a également lieu dans certains suffixes : cf. yeve-Tthp avec yevé-top et gene-tr-1x.
La forme lourde (yév-0c, tpop-6c, yevé-twp) implique fréquemment une activation de la notion fondamentale, par rapport, à la forme en e. Mais ce n'est pas absolu.
La faible surface vocalique de la racine i.-e. s'opposait, toutefois, à ce que le procédé reçût une bien grande extension. Aussi l'i.-e. a-t-il beaucoup plus développé les formations suffixales, qui s'y prêtaient à des combinaisons sensiblement plus nombreuses. C'est l'inverse qui s'est produit en sémitique.
1. V. Grundriss?, I], 1, pp. 32 et seq. Rapprocher de S. Feisr, Europa..., pp. 48 et seq.
2. Il y a lieu, bien entendu, de faire ici une large part de principe aux influences analogiques. En matière de suffixation ces influences sont, évidemment, très actives. À date historique elles ont efficacement contribué au métamorphisme de nombreux suffixes.
Morphologiquement, les alternances de consonnes restent sans conséquence.
Il n’est pas toujours aisé de déterminer sûrement si une racine donnée était, en principe, mono- ou bisyllabique. Pour être en mesure d'en décider toujours à coup sür, il faudrait connaître l’histoire de la racine considérée. Or, nous avons rappelé’ que la notion de racine implique l'ignorance de l’histoire antérieure. Qui compare, p. ex., “fen-— {endre avec *gena-— engendrer peut considérer le *-2 (— sscr. 1 = grec «) comme une ancienne voyelle thématique agrégée à une racine *gen-, de même type que “len-.
Nous ne sachions pas que l’i.-e. ait possédé de racines trisyllabiques. Ce que nous entrevoyons du rythme 1.-e. autorise à penser que de telles racines, eussent-elles été possibles, théoriquemment, n'avaient à peu près point de chances de survie sous la forme trisyllabique*.
Une racine 1.-e. ne saurait consister en n'importe quelle formule phonétique.
Voici les types que l'1.-e. classique paraît avoir décidément écartés :
A. Type à occlusives sonores non aspirées initiale Er finale ;
B. Type à occlusive sonore aspirée initiale, terminé par une sourde (ou son inverse) ;
C. Type à deux sonantes ou à deux consonnes finales, consécutives et inséparables:.
Ceci, bien entendu, n'est certain qu’en {ant qu'il s'agit de l’indo-européen classique“, tel qu'il nous a été conservé sous des graphies actuellement considérées comme dérivées, plus ou moins directement, de l’alphabet dit phénicien.
L'emploi, pour noter de l'i.-e., de graphies tout autrement équilibrées,