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CHAPITRE I : DE L'INDO-EUROPÉEN

L'existence de fausses racines’, en d’autres termes de groupes phoniques traités par les sujets parlants comme des bases formatives irréductibles, bien que l'analyse linguistique soit en mesure de remonter d’un degré plus haut, montre la notion foute relative à laquelle répond ce terme.

Racine signifie donc, en principe, que l'histoire antérieure de tel groupe sémantique initial nous échappe; pas autre chose. Les racines linguistiques n'ont, par suite, pas plus de rapports avec l’origine du langage que les racines d'une plante avec l’origine de la végétation.

Vu sa fonction, vu aussi la place qu’elle occupe dans le « complexe » qu'est le mot, la racine indo-européenne se trouve relativement très bien protégée.

Aussi, bien qu'elle ne puisse correspondre à rien d’historiquement « primitif », et que ce dernier mot n'ait, même, linguistiquement, aucun sens pratique, elle n'en a pas moins, dans cerlains cas bien délerminés, un indéniable archaïsme. Archaïsme dont l'étude comparative est en mesure de faire foi.

Les racines indo-européennes “ag- — conduire, *dheg*h- — brûler, *dém-, “dom-, “dm- — bâtir, “gen- — engendrer, *r- — aller, venir, *kr- — faire, *(s)khid- — fendre, etc., p. ex., sont dans ce cas.

Elles offrent donc un incontestable intérêt archéologique. Leur présence en 1.-e. s'y démontre, en effet, comme immémoriale et quasiment « endémique ». Elles sont, en quelque sorte, liées à son histoire.

Les racines font partie du vocabulaire. Elles ne sauraient donc, en aucun cas, suffire à établir entre l'1.-e. et une langue x, qui en posséderait d'identiques, la preuve d’une parenté quelconque.

Cependant, si, entre l'1.-e. commun et une langue x, plus anciennement attestée, l’on vient à constater la coïncidence de {out un ensemble® de ces racines anciennes; racines répondant à des notions fondamentales et communes, telles que : agir, aller, bâtir, brûler, commander, engendrer, faire,

1. Citons le cas, classique, de sscr. gopay-, verbe dérivé (de go-pa-, pasteur de bovidés) comme si la racine était gup-.

2. Cette condition est, en effet, :ndispensable. Une coïncidence isolée ne saurait jamais avoir aucune valeur.

fendre, pouvoir, terminer', cette coïncidence crée, à tout le moins, entre l’i.-e. et cette langue «, une présomption de corrélations plus particulièrement intimes.

Des ensembles de cette nature constituent, bien évidemment, un élément lexicologiquement aussi stable qu'un ensemble morphologique proprement dit. Il est donc indispensable de leur accorder l'importance qu'ils méritent. Mais une présomption de corrélations n'équivaut point à une preuve de parenté.

Cette preuve, c'est le mode d'exploitation de la racine qui peut nous aider à la dégager.

Comment l'i.-e. exploite-t-il ses racines ?

En i.-e. classique, racine, suffixe, désinence n'ont d'individualité que théorique.

Rien ne prouve, cependant, que, en des temps plus anciens, cette individualité n'ait pas été effective.

L'évolution de certaines langues — le finnois, par ex. — du type dit «Cagglutinant » vers le type dit « fléchi »; l'emploi morphologique que l'1.-e. continue à faire de certains éléments indépendants, qu'il postpose ; éléments qui, peu à peu, se muent en désinences, ou en suffixes’: la manière dont se sont formés, à date pleinement historique, des suffixes tels que le -ment adverbial du français, le -like, -lich de l'anglais et de l'allemand; la régularité même avec laquelle certaines variations suffixales coïncident avec des variations, définies et régulières, de signification; la forme abrégée, souvent radicale, que prend le premier terme d'un composé; tout cela autorise à concevoir le complexe : racine + suffixe + désinence comme un résultat possible, voire même probable, d'une normalisation progressive.

L'idée d'une solidarité fonctionnelle et nécessaire de ces trois éléments ne s'en trouve, en tout cas, nullement fortifiée; car l'on voit fort bien par quel mécanisme, à la fois simple et rationnel, l'on peut passer de la composition à la suffixalion et à la flexion authentiques.

1:2V; quelques faits suméro-indo-européens signalés par nous dans Babyloniaca, VIII, 3-4, PP. 199-207 et plus bas, ici même. 2. V. quelques exemples, plus bas.

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