‹ Sumerien et Indo-EuropeenChapitre 42 sur 243 · CHAPITRE I : DE L'INDO-EUROPÉEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I : DE L'INDO-EUROPÉEN

telles que le syllabaire chypriote (ou les écritures qui s'y rattachent) ou le cunéiforme, obligerait à une vérification attentive de ces données pour tout ce qui n'est point 1.-e. classique.

Le syllabaire chypriote confond, en effet, sous un même signe la sourde, la sonore et l’aspirée du même ordre ; le cunéiforme ne distingue pas toujours ni nécessairement les sourdes des sonores; de plus, il manque de moyens pour rendre des occlusives aspirées, telles que “bh, “ph, etc. Ces phonèmes, y fussent-ils impliqués, s'y confondraient donc avec *b et “bp. Lesdites écritures semblent, en outre, avoir été peu propices à la notation des diphtongues. Elles étaient, enfin, inaptes à exprimer, sauf par une déformation, des groupes tels que {r-, dr-, pl-, ps-, kl-, etc. L'’aperception du phonétisme réel ne saurait, en de telles conditions, jamais y être qu'indirecte’. Le phonéticien rigoureux doit donc, ici, se résoudre à n’exiger qu'une précision et une logique tout approximatives’. La labio-vélaire *k*, en hétéo-kanesi ku-1$, ne saurait s'exprimer qu au moyen du même signe que ku.

Il peut, d’ailleurs, être bon de ne pas perdre de vue, à cette occasion, la réflexion judicieuse de M. H. Schuchardt (Schuchardt-Brerier, p. 251) : « Noch weniger als einen eigenen romanischen Lautwandel, gibt es eigene romanische Laute »; car les considérations qui l'ont inspirée sont de celles qu'il parait impossible d'exclure de l'1.-e. lui-même. Sur chaque terroir les

1. Il semble, p. ex., que le sumérien ait possédé un *r (r voyelle) que la graphie cunéiforme ne pouvait rendre (V. dans Babyloniaca, VIII, 3-4, p. 204, les différentes graphies sr(1), er, ra, ri pour exprimer *r — aller (aläku). Par contre, il a noté de façon le plus souvent distincte une gutturale sonore aspirée, d'un type voisin d’indo-européen “sh (?) que Delitzsch rend par $ et M. Thureau-Dangin par k. Cf. sumérien mah (Delitzsch, mag — élevé, grand : sémit. stru ; rabü), rapproché de uéyxe, goth. mzkils et de sscr. mah- dans mah-an, maj-män-. Il est fort remarquable que l'alternance consonantique *megh- :: *meg- que l'on constate en cette occasion ait une contre-partie en sumérien même, où g et g se substituant éventuellement l'un à l'autre : gar :: Sar; gil:: gil; gul :: Sul (CF. Decrrzscu, Grundz. der sumer. Gram., Leipzig, 1914, p.17, $21,a). Il est encore certain que ce phonème était plus proche d’un *gh que d’un k sémitique. Seul un dépouillement étendu et chronologiquement classé de faits lexicologiques du même ordre permettra de déterminer, sous la graphie cunéiforme, le clavier phonétique réel du sumérien à une époque donnée. Nous serions portés à croire que l'on est encore assez loin d'en avoir dressé, à ce point de vue, un inventaire approximativement complet.

2. Cf., p. ex., le traitement de l’r dans les inscriptions néo-susiennes (V. P. Horn, Grundriss de Geiger et Kuhn, 12, p. 26, $ 25, 6, Rem.).

systèmes phonétique et morphologique de l'i.-e. ont, bon gré mal gré, été forcés de s’accommoder des conditions particulières qui y prévalent. Ceci n'est pas moins évidemment vrai pour le passé que pour le présent.

Une racine ne nous est pas toujours ni nécessairement conservée sous une forme unique. d-u, fa-ri, rapprochés de sscr. bhän-a-ti — il parle et d'arménien ban — parole; “bhar-, “bher- = briller (pap-vvet), rapproché de *bh(e}r(e)g K (popx-éc), nous attestent : les premiers une double forme, avec et sans -n ; les seconds une double forme, avec et sans gutturale finale.

Faute de mieux, ces éléments radicaux secondaires ont reçu le nom d'élargissements.

Ce terme — comme celui de racine — est tout empirique; cela, forcément, pour les mêmes raisons. En fait, il est susceptible de recouvrir des cas d'espèce fort divers : usure, d'où concurrence de deux formes : l’une développée, l’autre réduite; influences analogiques, favorables, ici, comme dans le cas des morphèmes, aux élargissements; collisions homonymiques entre racines originellement différentes, devenues, phonétiquement et sémantiquement, contiguës; incorporation d'anciens éléments morphologiques stéréotypés. Cette liste d'éventualités n'offre rien de limitatif.

Le plus souvent, ces « élargissements » sont en —*k-, -*, *p-, *m-,

—*s-, Y*ms-, “st-.

L'élargissement peut aussi consister en une nasalisation (type sscr. idh- :: indh-, ud- :: und-). Mais c'est là un phénomène dont la raison d'être nous reste, somme toute, encore assez mal connue.

L'élargissement maximum — si tant est que le procédé puisse être qualifié de tel — est le redoublement pur et simple de la racine.

Le principe du redoublement est une recherche d'intensification (habitude, fréquence, continuité, insistance). Mais l'usage en a fréquemment (gigno, 1l0nm) effacé la valeur.

Le redoublement comportait, à l'origine, la répétition totale de la racine. Ex. : xap-xalp-w < *xaxp-xap-jo ; sscr. da-dha-mi < *dha-dha-mi. Le phonétisme interne et une tendance spontanée à l'allègement des mots ou à les conformer à certains types, devenus courants dans telle langue, ont apporté, ici, des atténuations apparentes et sensibles au redoublement intégral. Cf. le cas,

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