VI PREFACE
cette institution telle qu'elle existe au moment où l'on parle (la réalité ou fait social).
Et pourtant les philosophes et les écrivains politiques raisonnent ou écrivent comme si les deux points de vue étaient identiques. Gela tient à cette croyance — qui mérite, déjà, d'être appelée superstition — que toutes les grandes institutions, politiques, sociales ou religieuses, sont le fruit d'une idée préconçue ou d'un dessein rigoureusement arrêté de certains hommes.
On reconnaît là, tout de suite, le tour d'esprit théologique, et la conception familière connue sous le nom un peu barbare de créationisme.
Nos libres-penseurs ont adopté l'un et l'autre avec le même entrain, la même naïveté — et peutêtre la même nécessité — que les premiers chrétiens adoptèrent les pratiques extérieures du culte païen.
Ce mot même d'institution (dont je suis obligé de me servir pour éviter des circonlocutions et ménager mon lecteur) n'est-il pas un signe incontestable de cette bizarre vérité? La racine de ce mot vénérable n'indique-t elle pas suffisamment le caractère de stabilité divine que nos sociologues attribuent à ces faits pourtant naturels? Si grand et si prépondérant leur a semblé le rôle de Vidée dans l'évolution qu'ils ont constamment négligé les faits et principalement