‹ Superstitions politiques et phénomènes sociauxChapitre 53 sur 56 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

II est donc démontré que le chômage n'est pas un et accident » comme autrefois. Il ne se produit pas par intervalles éloignés; il sévit d'une façon permanente. Il est fonction de la machine. II est inévitable, irrémédiable. Il est un des anneaux de l'évolution.

L'élément chômage, dit M. Hector Dépasse, membre du Conseil supérieur du travail — fait partie esssentielle de la constitution du travail ; le chômage n'est pas en dehors du travail ni contre lui, il est avec lui et en lui ; il est un élément constitutif et reproducteur du travail même.

C'est là une vérité de fait qui ne peut échapper à aucun observateur attentif. Aussi les grands industriels se montrent-ils sceptiques à l'endroit des palliatifs et des remèdes préconisés contre ce phénomène qui « affecte des allures constantes et générales, comme si c'était un phénomène de la nature et qui peut venir frapper les familles des travailleurs — du bout du monde. »

En 1894, au congrès des Catholiques allemands à Cologne, M. Vogeno proclamait que le chômage est dû au système économique actuel :

C'est, a-t-il dit, le résultat naturel du système de production moderne. Par suite de la concurrence illimitée, et de la crise industrielle, le chômage, qui n'était jadis qu'une épidémie, éclatant à chaque période de dix ans, est devenu de nos jours une mala-

die chronique. Nous ne devons pas nous borner à combattre le phénomène dans ses effets, mais à en écarter les causes qui le produisent (1).

Certains économistes, il est vrai (les théoriciens du libre-échange), attribuent le développement du chômage aux tarifs douaniers ; ils prétendent que « c'est parce que les marchés se rétrécissent de plus en plus que les crises surviennent à l'improviste. » {Monde économique, 13 oct. 1894.)

Si cela était vrai, il n'y aurait jamais eu plus de chômage en Angleterre qui a été libre-échangiste jusqu'à ces dernières années. Or on sait que les lokout (ou grèves patronales) causées par des crises de surproduction sont fréquentes dans ce pays.

D'ailleurs, même sous un régime de libre-échange absolu, le chômage existerait au même degré, car la consommation n'est pas illimitée, et comme la production machiniste est abondante et rapide, il doit y avoir forcément arrêt de la production, c'est-à-dire arrêt du travail : chômage.

On conçoit maintenant que ce phénomène bouleverse la société jusque dans ses fondements et qu'il

(1) On devine que toutes les expériences d'assurances contre le chômage ont échoué ; celles qui paraissent avoir réussi sont des œuvres d'assistance comme les expériences de Berne et de Cologne. D'ailleurs à Saint-Gall, en novembre 1896, un vote populaire décida que la caisse de chômage cesserait d'exister : les ouvriers qui chômaient le moins se plaignaient de payer pour ceux qui chômaient le plus : la pauvreté se dépouillait pour l'indigence.

fasse naître les théories les plus extravagantes, les systèmes les plus chimériques, les mouvements les plus incohérents et les plus contradictoires.

Déjà l'ignorance de ces conditions d'existence nouvelle — crise du petit commerce, crise de la petite et de la moyenne industrie, disparition des métiers, encombrement forcé des carrières «libérales », c'est-à-dire chômages permanents ou croissants — a permis à l'antisémitisme, au nationalisme, au catholicisme social, au néo-césarisme et même au socialisme, c'est-à-dire à toutes les formes admises du mécontentement d'apparaître et de s'imposer.

Quand le malaise est extrême, on devient agressif et crédule : on s'en prend aux juifs, aux jésuites, aux généraux , aux francs-maçons, aux parlementaires, aux protestants, aux métèques, au gouvernement, à Rothschild, à Rochefort, aux époux Deschanel, à Gyp, etc., etc. Tandis que les uns et les autres ne sont que des jouets, des dupes, des profiteurs ou des victimes.

Le 5 janvier 1897, dans une discussion à la Société d'Économie politique, un économiste, M. Limousin, prononçait ces paroles graves :

La France a en trop cinq ou six millions de travailleurs.

Nous disons, nous, cinq à six millions d'êtres qui ont terminé leur rôle historique.

C'est l'ère du travail humain qui se ferme.

Les peuples traversent une crise dont l'histoire

universelle est sans exemple : ils s'appauvrissent au sein de l'abondance. C'est dans les pays les plus riches (les États-Unis et l'Angleterre) que le paupérisme est le plus intense. Et l'on est endroitde se demander si nous marchons vers une servitude nou velle ou une liberté inconnue.

SOURCES AUTORITÉS ET TÉMOIGNAGES

La Question agraire et les systèmes économiques.

M. Méline (Congrès international

de l'Agriculture, 1900).

Dictionnaire d'Économie politique

de Léon Say.

MM. Ronna.

Bœhra.

Lotz.

Sering.

Maurice Block {Revue Politique et Parlementaire).

R.-G. Lévy.

Raffalovioh.

G. Blondel (Concours de Ton.

nerre,^89S).

Evening Corn Trade List (avril

MM. Daniel Zolla.

De Molinari.

Funck-Brentano [Revue de Paris).

Doraergue [Réforme économique).

P. Leroy-Beaulieu.

J. Jaurès.

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