Supplément à la biographie de Mr NicolasFrédéric de Mulinen avoyer du Canton de Berne, insérée dans le IXe volume du GeschichtForscher
Depuis Tannée 1 798 , qui vit se dissoudre Tancienne Confédération helvétique, et renaître à
uni
sont écoulées , pendant lesquelles les passions a voient le temps de s'amortir. Il semble au moins, qu'une réconciliation sincère auroit dû commencer entre les anciens dominateurs et ceux qui , réduits si long- temps à Thumble condition de sujets , n'avoient point abusé de la victoire aux dépens de leurs anciens maîtres. On devoit espérer , surtout, que s'il existoit encore des dominateurs au cœur rancunier, la prudence leur commanderoit de s'abstenir de ces attaques inconsidérées , qui forcent ceux contre qui elles sont dirigées , à révéler les anciennes turpitudes des provocateurs. II n'en a malheureusement pas été ainsi.
En 1832 , au moment où les incorrigibles du Patriciat bernois préparoient une réaction poli-
tique , pareille à celle qui leur avoit réussi , en 1802 et 1813, leurs anciens cliens du Canton de Vaud furent invites à les seconder , en exaltant outre mesure, les bienfaits dont ses habitans avoient été comblés pendant les trois siècles • de durée de l'administration patricienne , en dénigrant l'administration vraiment nationale qui 1 avoit remplacée depuis Tannée 1 798 , et surtout en accumulant avec impudeur les calomnies , contre les citoyens qui ne s'étoient pas borné à briser les fers de leur patrie , mais qui s'étoient surtout attachés à lui procurer ces institutions prolectrices de la liberté personnelle , de la propriété, de la publicité, etc. etc., dont s'honorent les véritables peuples libres.
Les deux volumes du Précis historique de la révolution du Canton de V aud eurent cette destination , et une ignoble aumône fut mendiée auprès de quelques partisans de l'ancienne administration patricienne , pour fournir aux frais de la publication.
Provoqué personnellement par les imputations odieuses que renfermoit ce libelle , il falloit bien leur opposer des faits et des documeris. C'est dans ce but que furent publiées les Observations sur r ouvrage intitule : Précis historique ( l ) , qu'accompagnent de nombreuses pièces justificatives. L'opinion publique^fit justice des coupables ; ils rougirent , et se turent.
Aujourd'hui , la fraction incorrigible de la
(*) Un vol. 8°. de iZ\ pages, dont 58 de pièces justificatives. Lausanne i83*, de l'imprimerie des frères Blanchard.
confrérie tracassièrc et brouillonne, connue sous le nom de l'ancien Patriciat bernois , renouvelle ses attaques en langue allemande , et adresse à ses partisans un nouvel appel. L'un de ses membres a publié récemment, dans ce but , la biographie de Mr. TAvoyer Nicolas - Frédéric de Miïlinen , le défenseur intrépide des vieilles doctrines du privilège, l'opposant prononcé à toutes les mesures tendantes à restituer au peuple Suisse les droits politiques et les garanties dont il avoit été dépouillé par le Patriciat.
Pour mieux assurer le débit de son œuvre , le biographe a réussi à la faire insérer , à titre de document , dans le volume 9 e . du Schweizerischer Geschichts-Forscher (*), journal périodique , consacré aux recherches historiques, dont cette seule biographie occupe 420 pages ; ensorte que les abonnés, pris pbùr dupes par cette escobarderie , ont été mis à contribution pour payer les frais d'impression : spéculation financière de la même espèce que l'aumône citée plus haut.
Les hommes dont les efforts combinés ont procuré au peuple Suisse, la restitution de ses droits politiques , et qui n'ont cessé de combattre ses irréconciliables ennemis , dévoient s'attendre, qu'en exaltant le coryphée des vieilles doctrines qui a voient protégé , jusques à l'année I 798, la dure et injuste domination du Patriciat bernois, ne seroient pas épargnés par les avocats de celui-ci.
La mémorable année de délivrance 1 798 de-
(*) Der Schwcyzerische Gcschicht-Forscher !X er . Band. i er . Hcft. Bern. Vcrlag von Jonni Sohn.
voit , en effet , être en horreur à tous ceux qui dataient d'elle , la perte de leur domination exclusive , celle des monopoles dont ils a voient été en possession tranquille pendant quelques siècles , celle des ressources pécuniaires qui, durant le même temps , avoient alimente leurs fortunes aux dépens du trésor public.
Il n'est donc point surprenant que ces anciens dominateurs , inconsolables de ce changement de position , aient tenté à plusieurs reprises (en 1802 et 1813, et probablement aussi en 1832,) de ressaisir ces anciennes prérogatives qui reposoient, selon eux, sur le droit divin: qu'ils ne puissent se faire à l'idée insupportable d'être fondus dans la masse nationale; de n'être plus , en en mot, eux jadis Magnifiques et Souverains Seigneurs, que de simples hommes libres, ayant pour égaux , ceux qui avoient été si long-temps leurs humbles serviteurs et leurs ilotes.
Parmi ces anciens dominateurs, il en est néanmoins plusieurs qui reconnoissent sincèrement, qu'une oppression aussi injuste et aussi humiliante , devoit cesser pour faire place à une organisation nouvelle, basée sur des principes plus en harmonie avec la justice et les besoins de la nation. Ces dominateurs raisonnables ne sont malheureusement pas encore assez nombreux , pour en imposer à la tourbe brouillonne de leurs anciens collègues ; mais du moins ils ont coopéré avec zèle à l'affermissement du nouvel ordre de choses, et mérité par une conduite loyale, la confiance de leurs concitoyens, qui leur tiennent compte de ce noble dévouement, etdesser-
vices que leur expérience précédente leur a permis de rendre à la chose publique.
Malheureusement le Canton de Berne renferme dans son chef-lieu , le foyer central des agitations convulsives du Patriciat helvétique non converti , et dans la portion Ja plus nombreuse de cette confrérie , propriétaire d'abondans moyens de corruption , une masse d incorrigibles qui croient fermement que la tranquillité du monde sera toujours menacée , tant que le Gouvernement du Canton de Berne ne sera pas remis entre les mains des Solon et des Lycurgue fournis exclusivement par eux. Ils ne cessent pas , en conséquence, de se livrer à des menées ténébreuses , dont l'activité s'accroît à mesuré que les conjonctures leur paraissent offrir des chances probables de bouleversement , que suivroit bientôt leur restauration. Ils exercent même une certaine influence sur ceux de leurs anciens collègues qui s'étoient ralliés de bonne foi au nouvel ordre de choses , et que ces fanatiques d'une nouvelle espèce , qui comptent sur une restauration certaine, osent menacer, comme de faux frères indignes de pardon, s'ils remplissent fidèlement leurs devoirs.
Le nouveau Gouvernement lui-même parait subir quelquefois les conséquences d'un tel état de choses. Irrité par les menées de ses ennemis, il est tenté de les réprimer par des mesures sévères , qui , à tort ou à raison , excitent de vives réclamations , et pourraient être remplacées par une surveillance ferme et active , qui assurerait mieux l'exécution des lois.
Le biographe de Mr. de Mulincn, qui appar-
tient à la catégorie incorrigible du Patriciat bernois , paroi t avoir été fortement imbu des doctrines de son héros. Il se complait à les développer , et entre dans les détails les plus. minutieux sur les démarches , les intrigues et les menées de toute espèce, auxquelles ce héros participa, dans le but de raffermir l'ancien régime.
Le tableau qu'il trace de l'administration bernoise sur la fin de l'année 1 797 , et du désaccord prononcé entre le parti des enragés qui vouloient la guerre à tout prix , et celui des modérés qui inclinoient à faire des concessions, offre la preuve incontestable , que le système de cette administration étoit ébranlé jusques dans ses fondemens.
Dans ses N ot . 75 , 76 et 77 , V Ami dç la Constitution bernoise (Berîier-Verfassungs-Freùnd ) a mis à nud les doctrines dangereuses que l'auteur semble recommander tout particulièrement , à ceux des membres de sa catégorie qui scroient tentés d'en essayer de nouveau l'application.
En offrant à ses collègues ce modèle à imiter , il n'y avoit cependant pas de nécessité à provoquer nominativement un vieillard de 84 ans , par des accusations odieuses et mensongères , qu'il seroit dans l'obligation de réfuter publiquement , puisqu'elles sont déposées dans un journal très-répandu en Suisse , et qui est particulièrement destiné à recueillir des faits et des documens (jue l'histoire doit employer un jour.
Que ceux qui me forcent ainsi à lever un coin du voile qui cachoit encore leurs turpi-
tudes / n'imputent donc qu'à leurs imprudentes provocations, le blâme qui retombera sur eux , par suite de ces révélations ; ils méritoient ce châtiment.
Aux pages iM et suivantes du Panégyrique de Mr. de Miilinen , je suis accusé d avoir travaillé, en 1 797 , à renverser le Gouvernement bernois , par haine , par ambition , par ressentiment d? espérances déçues et par des motifs purement ignobles ; d'avoir ^ par des écrits incendiaires , remplis d* assertions hasardées ou mensongères , trompé mes concitoyens du Canton de Vaud | en leur présentant le tableau d'une ancienne Constitution dont ils auroient Jadis joui , et Yénumération de prétendus prwdéges dont ils auroient été dépouillés par le Patriciat bernois.
Ces détails , dit l'auteur , auroient été accumules dans Y Essai sur la Constitution du Paysde-T^aud, ouvrage en 2 volumes, répandu dans la Suisse entière , pour en soulever les habitans contre le Gouvernement de Berne ; mais les erreurs graves qu'il renferme auroient été , ajoutet-on , réfutées victorieusement par Mr. de Miilinen , dans une brochure intitulée : Recherches historiques sur les anciennes assemblées des Etats au Pays-de-f^aud , dont les matériaux auraient été tirés de l'immense collection de chartes et documens qu'il possédoit.
Ces accusations sont graves ; voici ma réponse :
( io )
1°. Les griefe de la caste des ilotes ou sujets , à la charge des gouvernant aristocrates et démocrates, datoient de loin. Les bases du système politique qui furent adoptées secrètement, en 1481 , par le Convenant de Stanz , ayant eu pour résultat , de faire successivement % disparoitre toutes les garanties protectrices de^éroits des gouvernes , l'arbitraire le plus absolu , exercé à l'envi , par les aristocrates et par les démocrates, avoit tout envahi; protégé par la réunion dans les mêmes mains , des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire , et par l'absence de toute publicité.
Dès la fin du 1 8 e . siècle , il existoit donc , dans la caste sujette, c'est-à-dire dans les 9 /«o de la Nation suisse , des germes nombreux de mécontentement , qui n'attendoient pour éclore , qu'une occasion favorable ; mais les gouvernans n'en avoient tenu aucun compte , persuadés que les engagemens contractes sous l'ancienne Confédération , par tous lés gouvernemens cantonaux , pour le maintien de leur domination commune, engagemens jusqu'alors fidèlement remplis, l'avoient rendue inébranlable; et se reposant d'ailleurs sur les secours que la France avoit promis de leur fournir à ses dépens, par un article secret , ajouté au Traité d'alliance renouvelé en 1778.
Le tonnerre de la Révolution française vint tout- à -coup troubler cette sécurité , en leur montrant ce qu'osoit un peuple réduit au désespoir par des dénis de justice.
a°. Cette commotion que subit l'Europe entière , se propagea jusqu'en Russie , où je me
trouvois à cette époque, et où je rencontrois souvent des compatriotes inquiets sur l'avenir de leur patrie , que des mouvemens populaires pouvoient gravement compromettre.
Pensant que, pour les empêcher, il suffirait d'adresser aux gouvernans cantonaux "de respectueuses requêtes , dans lesquelles les griefe île leurs sujets seroient énumércs avec les égards convenables , franchise et bonne foi , et qui concluroient par le vœu de convoquer leurs députes , pour s'occuper , de concert avec eux , du redressement de ces griefe , sans attendre ce qui pourroit être proposé dans d'autres Cantons , je mis à l'instant la main à l'œuvre , pour celui auquel j'appartenois.
Le 19 Avril 1 790 , 7 ans avant le moment où la Révolution éclata en Suisse , je rédigeai , dans les formés requises qui m'étoient familières, une requête, conçue en termes respectueux mais dignes d*un homme libre, dans laquelle j'énumérais, de mémoire, la série des griefe de mes concitoyens, et insistois sur l'urgence de convoquer les Etats du Pays-de-Vaud , dont je n'imaginois pas qu'il fut criminel de rappeler le souvenir, afin de coopérer avec les véritables représentons du peuple , à la réforme des abus, seul moyen de consolider la république, en prévenant les mouvemens révolutionnaires. La conduite tenue jadis , en cas pareil , par les anciens Suisses , s'y trouvoit rappelée comme un exemple à suivre.
Trois exemplaires de cette requête , qui formoit un mémoire de 7 pages in-folio , furent
( la )
adressés, signes de mon nom, à trois amis ( 3 ) , en les invitant , ou à la faire parvenir au Gouvernement bernois , ou à s'en servir comme modèle, pour la rédaction d'une nouvelle requête.
3°. La Direction des Postes bernoises , confiée alors à la puissante famille patricienne des Fischer, s'empara de ces requêtes en vertu des ordres recens donnés par le Conseil secret (l'Inquisition d'Etat) et les transmit à cette autorité , au sein de laquelle elles furent ouvertes , lues et scrutées , le 1 1 Juin suivant.
Elles n'avoient point été destinées à l'impression , et j'ai regretté, dans la suite, qu'elles n'aient pas été rendues publiques , n'en ayant j>as conservé de copie , et les originaux saisis par l'ordre de l'Inquisition d'Etat ayant disparu de ses archives , avec tous les documens qui attestoient les actes iniques qu'elle s'étoit permis au Pays-de-Vaud , en 1791 et 1792.
Le protocole de cette séance de l'Inquisition . d'Etat , qui est annexé aux pièces justificatives , sous le N°. I, donne un extrait abrégé du contenu de la requête interceptée. On y voit que le signataire de celle-ci demandoit : 1°. qu'une commission fût chargée par le Gouvernement de s'enquérir des soi-disant privilèges du Paysde-Vaud; §°. que les anciens Etats de ce pays fussent rétablis; 3°. que l'égalité des droits politiques fut admise pour tous les citoyens , avec la facilité de participer à l'administration publique.
[*} MM. Polier , depuis Préfet ; Amédéc de La Harpe , Seigneur de Yens, plus connu sous le nom de Général La Harpe ; et Monod, depuis Landammann du Canton de Vaud.
Parmi les mesures arbitraires adoptées à cette occasion par les Inquisiteurs d'Etat , il en est deux qui méritent d'être citées. La première ordonne la saisie et l'ouverture de toutes les lettres arrivant de Russie ; la seconde établit Y espionnage, et autorise les Baillifs à consacrer à cette création corruptrice, tout ce qu'ils jugeront convenable, quelque grande que soit la dépense.
4°. Tandis que les gouvernans bernois persévéroient à ne rien faire de ce que la sagesse commandoit dans les conjonctures , encourageoient l'espionnage et les délateurs , répandoient par leurs agens, des promesses d'améliorations qu'ils étoient bien décidés à ne point réaliser , menaçoient ou poursuivoient ceux qui partaient de réclamations , se prononçoient d'une manière ouvertement hostile contre les réformes et les institutions libérales adoptées par l'Assemblée constituante des Français, et contre leurs partisans, accueilloient et protégeoient leurs ennemis déclarés, les populations de la Suisse commençoient dans plusieurs Cantons, à s'émouvoir ; et reconnoissant bientôt l'identité de leur propre cause avec celle du peuple français, elles en étoient venues à manifester hautement leurs vœux en sa faveur.
Ce sentiment dicta les fêtes publiques qui furent célébrées , en 1 791 , sur plusieurs points de la Suisse occidentale , en commémoration du \U Juillet, fêtes qui fournirent bientôt après aux gouvernans, des prétextes pour persécuter et proscrire.
5°. Au milieu de cette agitation toujours
croissante, qui tendoit à ébranler l'Europe, les privilégiés alarmés sérieusement pour leurs privilèges ( et excités par les émigrés français qui étoient venus chercher au milieu d'eux un asile et des vengeurs , s'étoient grgupés autour des trônes, pour aviser aux moyens de protéger par la force, leurs prérogatives respectives. Le résultat fut la première coalition , dont le Directoire central fut placé à Coblenz , où , dès la fin de 1 791 , vinrent se réunir les plénipotentiaires des Puissances contractantes. Une guerre sourde commença dès-lors entre les partisans de la réforme et leurs adversaires; et partout où ces derniers dominoient sans contrôle , elle dégénéra en actes de vengeance et en persécutions atroces.
Les Con/rairies patriciennes de la Suisse s'empressèrent d'adhérer à ce système , espérant que le principe de la légitimité et du droit divin trouverait aussi son application aux envahissemens successifs sur lesquels reposoit leur domination , et qu'il leur seroit facile de maintenir celle-ci par la terreur , en traitant comme des esclaves révoltés ♦ tous ceux qui , au sein de la Suisse , osoient parler des griefs de la nation , ou manifester le désir de la voir rentrer dans ses droits.
6°. Un grand exemple étoit nécessaire pour établir ce système de terreur. Le Patriciat bernois résolut de le donner en 1791. Au lieu de répondre loyalement, ainsi qu'il l'avoit promis, aux nombreuses pétitions remises quelques mois auparavant aux Commissaires envoyés au Paysde-Vaud pour les recueillir, il rassemble brusquement 4000 mercenaires pris dans la lie de sa population allemande , et envahit le Pays de-
Vaud , sous la protection de cette soldatesque brutale , que la différence d'idiôme empechoit de s'entendre avec les habitans. Des patriciens membres de l'Inquisition d'Etat , armes de pouvoirs illimités, arrivent à sa suite, et font enlever un grand nombre de citoyens notables, qu'on plonge d'abord dans les cachots de Chillon , et transporte ensuite dans ceux de Berne et d'Arbourg , où , soustraits à la jurisdiction protectrice de leurs juges naturels, ils sont condamnés , sans forme de procès, par le Grand-Conseil, composé de patriciens juges et parties tout à la ibis, ou à la peine capitale , ou à une longue réclusion , ou à l'exil , ou à des amendes. Une déVnière avanie , enfin , étoit réservée à la population Vaudoise toute entière. Les premiers magistrats des villes du Pays-de-Vaud sont condamnés à faire amende honorable t promenés au bruit du canon dans les rues de Lausanne , au milieu d'une haie des mercenaires de l'armée d'exécution , et conduits au bruit de leurs huées devant les Inquisiteurs d'Etat, qui leur adressent publiquement, au nom de leurs maîtres, une allocution tout à la fois injurieuse et menaçante.
Quelques Vaudois cependant avoient pu s'échapper. Mr. de Yens , l'un d'eux , avoit trouvé un asile en France. Admis dans les rangs de l'armée française, il venoit de mériter son adoption par des exploits qui lui valurent, en 1 796, l'honneur de commander l'avant-garde de l'im- . mortelle armée d'Italie , de figurer parmi les braves qui coopérèrent à ses exploits , et de se montrer généreux envers ceux qui 1 avoient
proscrit , au moment même où l'impitoyable Patriciat, qui l'avoit condamne à la peine capitale | faisoit vendre publiquement ses biens , à vil prix, au préjudice de ses six enfans (*).
7°. Cette ignoble vengeance ne suffisoit pas à ce Patriciat.
Le signataire de la requête du 19 Avril 1 790 , exerçoit , à 600 lieues de Berne , les fonctions éminentes d'instituteur des Grands -Ducs de Russie. C'était évidemment un ennemi, un jacobin , un révolutionnaire dangereux qu'il falloit se hâter de rendre suspect , en attendant qu'on pût le déplacer et faire punir, pour servir d'exemple.
Mr. l'Avoyer de Miilinen , père de celui dont la biographie a donné lieu à cet écrit , premier magistrat de la République de Berne , n'hésita pas à se charger des ignobles démarches qui dévoient préparer la vengeance du Patriciat. Dans ce but , il se rendit à Montbéliard , où résidoit alors S. A. S. le Prince Eugène de Wurtemberg, aïeul des jeunes Grands-Ducs, avec lequel il soutenoit des relations particulières.
Sachant très-bien que nul n'était à portée de rectifier les allégations malveillantes d'un agent d'intrigues de son espèce , dont la haute dignité ne permettoit pas de suspecter la bonne foi , il
(*) Les pièces justificatives annexées à la brochure intitulée : Observations relatives à la proscription du Général divisionnaire Amédée La Harpe , publiée à Paris , en 1798, renferment la sentence prononcée le 6 Juillet 179a, par la Congrégation patricienne des Deux-Cents , qui condamnait à mort cet illustre Vaudois , et confisquoit ses biens.
ne lui fût pas difficile d'effrayer le Prince sur les dangers que courroient ses petits-fils. Induit en erreur parcette insigne tromperie , le Prince promit de transmettre tout ce qu'il venoit d'entendre , à S. A. I. Madame la Grande-Duchesse , son auguste fille, en la prévenant que les documens destines à appuyer la dénonciation du Gouvernement bernois , seroient adressés au Plénipotentiaire russe résidant à Coblenz , accompagnes d'une note destinée à énumérer mes torts , et à en demander réparation. — Ce succès obtenu , l'Avoyer négociateur revint à Berne jouir de la gloire que lui avoit mérité sa mission , tandis que la lettre du Prince , la dénonciation du Gouvernement de Berne, les documens et les mensonges destinés à Tétayer , parvenoient à St. Pétersbourg, vers la fin d'Octobre 1791 ; et comme une coopération avoit été promise tout à la fois, par la diplomatie étrangère qui me faisoit l'honneur de s occuper de ma personne , et de la part des coryphées de l'émigration française , que leurs amis réfugiés en Suisse conjuroient de servir avec chaleur le Patriciat bernois, tout dévoué à leur cause, on ne
craignit pas d'annoncer en Suisse , mon exil en £i • » t •
L'avis m'en parvint, et ne me troubla' pas.
Dans tout autre pays , un étranger placé aussi honorablement que je l étois, eût peut-être vu les indigènes faire cause commune avec ses persécuteurs; j'éprouve du plaisir à le dire, il n'en fut point ainsi en Russie.
L'Impératrice Catherine II e . avoit, à diverses reprises, rendu justice à mon zèle , à mes tra-
vaux et à mes principes , qui lui éioient connus depuis long- temps. Après avoir pris connoissance de ce qui lui avoit été adressé contre moi , lu attentivement la copie de ma requête du 19 Avril 1 790 , dans laquelle elle n'avoit rien trouvé à reprendre , dans un Suisse , et comparé surtout avec les faits qui s'y trouvoient consignés, la note passionnée du Gouvernement de Berne , qu'elle apprécia bien vite ( 5 ) , cette auguste Souveraine me transmit la copie de la requête dénoncée, en exigeant de ma part, des explications.
Celles-ci lui furent données les 1 5 et 20 Novembre 1 791 , par deux lettres, dont la dernière, destinée spécialement à être transmise au Gouvernement de Berne , à titre de réponse à ses accusations , fut expédiée à celui-ci par la voie diplomatique, et se trouve au nombre de» pièces justificatives jointes à mes Observations sur le Précis historique de la révolution du Canton de
aud, pages 173 et suivantes.
Javois promis de ne plus m'occuper activement des affaires de la Suisse, tant que je serois au service de la Russie ; je tins ma promesse.
8°. Après cette leçon , j'espérois demeurer en paix ; il n'en fut rien.
Les papiers publics , que le Patriciat bernois avoit à son service, continuèrent à insulter grossièrement moi et les miens.
Plus adroite , mais tout aussi malveillante , la
( 5 ) Le Gouvernement patricien de Berne avoit poussé , dans sa note , l'oubli des convenances au point de dire , que s'il n'avoit pas espéré obtenir justice de l'Impératrice , il . m'aurait fait effigier.
Gazette officielle de Berlin entr'autres, avoit toujours soin d'imprimer en gros caractères , le nom du Général La Harpe , lorsqu'il disoit ou * faisoit quelque chose qui pouvoit appeler l'attention sur son parent , T instituteur jacobin des Grands-Ducs de Russie.
L'arrivée à St. Pétersbourg du Comte d'Artois (depuis Charles X), fournit une occasion favorable pour recommencer les hostilités.
Ce Prince avoit pour aide-de-camp, le Chevalier de Roll , patricien Soleurois , ancien colonel des Gardes suisses, que le Patriciat bernois avoit chargé de renouveler les accusations qui avoient échoué en 1 791 , mais dont le succès sembloit plus assuré , grâce aux nouvelles conjonctures.
Rien , en effet , ne fut omis, de ce qui pouvoit amener ce succès , et je ne tardai pas à apprendre que les efforts réunis de la diplomatie , des émigrés français , et des agens du Patriciat , avoient amené les choses au point de m'obliger à demander tna retraite.
Cette demande fut effectuée le 24 Juin 1 793. Surprise de cette démarche , et voulant en connoître les motife , Catherine H", me fit appeler, et le 30 Juin suivant j'eus l'honneur d avoir , dans sa maison de campagne de Tsarskoé-sélo , une audience de deux heures , dont le résultat fut une nouvelle assurance,que sa confiance m'étoit acquise. Les questions graves qui agitoient l'Europe dans ce moment , ayant été touchées plus d'une fois , durant cet entretien , et mes réponses précises ayant sans doute frappé l'Impératrice , elle voulut que je m'expliquasse immédiatement , sur ce que je présumois des futurs
résultats de la campagne commencée en 1 793 , çontre la France , campagne à laquelle la Russie devoit coopérer par un corps d'armée qui n'attendoit plus que Tordre de marche. Il falloit , obéir ; je le fis. N'écoutant plus que les inspirations de ma conscience , je ne fus point embarrassé de développer clairement, pourquoi ces résultats seroient défavorables aux coalisés. L'Impératrice parut frappée de mes argumens , elle loua ma franchise ; et comme les ordres de marche ne furent point donnés, on me fit l'honneur de m'en rendre responsable. On peut se figurer la fureur des intéressés.
Mon départ en Mai 1 795 les délivra enfin de la présence d'un homme , qui osoit dire sans détour la vérité, lorsqu'elle lui étoit demandée par le Souverain lui-même ; mais leur malveillance ne cessa pas de me poursuivre ailleurs.
9°. J'avois fait sonder le Gouvernement de Berne , pour savoir si je pourrais , avec sécurité , aller embrasser , au Pavs-de-Vaud , mes vieux parens, après 1 4 ans d'absence ; sa réponse ayant été négative , je dus contourner la Suisse par le territoire français , pour arriver à ma campagne de Genthod , et me borner à contempler, avec les yeux de l'exil , ma terre natale. Il existoit alors , à une lieue de Genthod , près le Nant de Braille, une vieille borne, marquée de la croix de Savoie, et placée à la limite des territoires français et suisse. Souvent dans mes promenades solitaires , mes pas étoient dirigés de ce côté , je me reposois sur cette pierre quelques instans , et l'un de mes pieds portant sur le sol de mon pays, j'y faisois de tristes réflexions sur la des-
tinée , qui en interdisoit l'accès a l'un des siens qui avoit été jugé digne d être l'instituteur du Marc-Aurèle de la Russie.
Des ordres avoient été donnés pour m'arréter, si je traversois le Canton de Berne , et je me vis bientôt cerné , à Genthod , par les espions de l'Inquisition d'Etat, à laquelle la conscience de ses iniquités ne laissoit pas un instant de repos.
Après m'étre mis au courant des tristes événemens qui avoient fait , depuis 1790, tant de malheureux dans mon pays , je résolus d'intéresser Mr. Barthélémy ( 6 ) , alors Ambassadeur en Suisse , et le Général Bonaparte , en faveur de la famille du Général La Harpe , qui venoit de succomber , en Lombardie , de la mort des braves, regretté de toute l'armée française ( 7 ).
S 6 ) Des fragmens des deux lettres que j'adressai , le 1 1 le i3 Juillet 1796, à cet Ambassadeur, sont joints aux Observations préliminaires de la seconde partie de mon Essai sur la Constitution du Pays-de-Vaud (pages i3 et suivantes) , accompagnées du narré abrégé de la négociation essayée pour prévenir tout éclat.
( 7 ) Peu de généraux furent plus regrettés que le Général La Harpe. Sa mort fut annoncée au Directoire français d'une manière touchante, par le Général en chef de l'armée d'Italie.
Le célèbre auteur de l'Histoire d'Italie % de 1 789 à 1 81 4» Cli. Botta, en rend compte en ces termes, à la page 4*6 du Livre VI e . de la Version française : « Ainsi périt , à la « fleur de son âge , dans une rencontre inopinée , le Géné- « ral La Harpe , militaire d'une valeur accomplie , d'une « vertu plus parfaite encore. Aimé de tous pendant sa vie , « pleuré de tous après sa mort , il mérita que ses contem- « porains accusassent de sa fin déplorable , quoique sans « fondement , celui qu'ils supposoient jaloux de qualités « qu'il n'avoit pas lui-même. Heureux homme , tellement
Dans l'espoir d'y coopérer plus activement , je me rendis à Paris, en Octobre 1 796 , et sollicitai l'intervention du Directoire.
Jusqu'alors j 'a vois espéré que les gouvernans de la Suisse comprendroient la nécessité de mettre un terme à leurs vengeances ; elles se multiplièrent « au contraire , en devenant plus intenses , et j'appris bientôt , que le Patricia t bernois avoit demandé mon expulsion de France.
Convaincu , dès-lors , de l'inutilité de négociations ultérieures avec d'implacables ennemis, qui ne cherchoient qu'à gagner du temps, je commençai à m 'occuper sérieusement des moyens de briser nos fers. Cette résolution date de la fin de l'année 1796.
Ainsi le Patriciat, averti par ma requête du 19 Avril 1 790, avoit eu six années entières pour réfléchir aux conséquences ; son orgueil ne lui permit pas d'en profiter. Il étoit donc juste qu'il en portât la peine.
Le biographe bernois m'accuse d'avoir provoqué le Gouvernement français à tourner ses armes contre la Suisse.
Ce furent, au contraiic , les imprudentes
« au-dessus des autres dans l'opinion publique, que son « trépas ne fut point attribué au hasard , mais à un forfait a médité. » D est curieux de comparer avec ces témoignages , les mesures brutales prises contre cet illustre Vaudois, par les Inquisiteurs d'Etat , envoyés au Pays-de-Vaud en 1 791 , et la sentence atroce du 6 Juillet 1 792 , qui l'avoit condamné à la peine de mort , et confisqué ses biens.
provocations et les fureurs vengeresses du Patriciat bernois , qui provoquèrent cette invasion. On va s'en convaincre.
1°. L'invitation motivée que la requête du 19 Avril 1790 adressoit au Gouvernement de Berne , pour l'engager à convoquer les Etats du Pays-de-Vaud, étoit un avertissement salutaire, dont il auroit dû profiter. Comme il avoit réussi à détruire toutes les institutions qui permettaient jadis aux communes de s'entendre pour la défense de leurs droits , et étoit parvenu à les isoler complètement , il ne douta pas de pouvoir comprimer toutes les tentatives qui seroient hasardées , dans le but de réclamer la restitution des droits de la nation. U se persuada , enfin , que le souvenir des mesures violentes auxquelles ilavoit eu recours en 1 791 et 1 792 , terrifieroit les esprits , au point d'empêcher toutes recherches relatives à des réclamations.
Malheureusement pour lui, quelques-uns des hommes qu'il avoit proscrit , s'en étoient occupés , et quoique les archives cantonales fussent fermées pour tout Suisse non patricien , ils a voient trouvé dans l'Histoire de la Réformation par Rachat , dans l'Ancien Coutumier fribourgeois de Quizard , dans les notes aussi instructives que curieuses de l'Histoire des Suisses de J. de Muller ( 8 ) , et dans quelques autres
(*) Consultez , aux pages 6i et 63 du volume second de la nouvelle version de cette histoire , par MM. Monnard et Vulliemin , la note 281 , qui offre le tableau piquant de la torture que se donne l'historien , pour se faire pardonner par M r . de Mulincn la citation du Commissaire Quizard, qui, témoin de l'Assemble'e des Etats du Pays-de-Vaud ,
recueils , assez de documens pour attester que le Pays-de-Vaud avoit possède Jusqu'à Tannée 1 536 , des représentai , dans ses Etats.
Le recueil précieux intitulé : Documens relatifs à V histoire du Pays-de-Vaud , qui contient des Ipreuves si nombreuses de l'existence de ces Etats, n'avoit point encore paru ( 9 ).
2°. Ces matériaux furent mis en œuvre par différentes personnes. Le docteur Cart , avocat distingué , prouva , dans un mémoire à consulter pour la ville de Morges , que le Gouvernement n'avoit pas le droit d'imposer ses sujets sans leur consentement, et fut dénoncé à l'Inquisition d'Etat , qui s'occupa de moyens de répression , le 14 et 1 7 Juin 1 790 ( ,0 ). Réduit à s'expatrier, en 1791 , pour n'être pas plongé dans les cachots de l'Inquisition d'Etat, il puavant l'année 1 536 , parle de leurs attributions avec conuoissanec de cause.
Cet historien avoit essuyé des reproches si menaçans de la part de ses collègues patriciens , pour avoir inséré dans son ouvrage des notes nombreuses qui citoient des documens justificatifs des réclamations de leurs sujets , et violé la doctrine sacrée du secret destinée à éterniser leur humiliation , qu'il exhala son ressentiment dans la préface du Livre IV , et dans plusieurs notes de sa seconde édition. (Liv.I, Ch. 16, not. 20. Liv. II, pag. 43, n. 123. Ch. 3, p. 220 , n. 47 • Ch. 5 , p. 32 1 , n. 1 86. Liv. III , Ch. 2 , p. 233. 3 16. Ch. 8, p. 553. Liv. IV, Ch. 4, p. 2 7 5. 276. 288. Ch. 5, p. 322, n. 227.)
( 9 ) Ce précieux recueil ne parut qu'en 1817 ; il est la réfutation la plus complète des Recherches de M r . de Miilinen.
(••) L'extrait du Manuel du Conseil secret en rend compte aux pages 246 et 254. Voyez les pièces justificatives.
blia , en terre étrangère , sous le titre de Lettres de J. Jaques Cart à Mr. Bernard de Muval, trésorier de la Republique de Berne , une défense éloquente des droits de son pays , qui annonçoit l'intention prononcée de les récupérer et les moyens d'y parvenir.
Sur la fin de 1 796 , parurent les â volumes de mon Essai sur la Constitution du Pays-de- Vaud. Après avoir énuméré les griefe de ce pays , et les actes d'oppression sous lesquels gémissoit sa population , depuis qu'elle avoit été privée de la protection de ses Etats, j'en appelois aux Traités de St. Julien et de Lausanne , en vertu desquels Berne et Fribourg en avoient obtenu la souveraineté, et concluois, en annonçant avec franchise aux gouvernans de ces deux Cantons , que les engagemens pris par la France , en 1565, pour garantir les droits et privilèges des Vaudois , subsistant encore dans leur intégrité , ceux-ci se verroient forcés d'en appeler à cette garantie , pour obtenir la justice qui leur étoit refusée.
De véritables hommes d'Etat eussent apprécié avec calme un avertissement aussi solennel , et compris qu'il étoit temps de prévenir une catastrophe , par des concessions propres à rallier les cœurs. Une minorité des gouvernans , designée par le sobriquet des modérés , le vouloit , mais une immense majorité à'enragés étouffa leur voix , et nous devons des remerciemens au biographe bernois , pour le tableau qu'il a tracé des scènes de confusion et d'extravagances qui se succédèrent rapidement.
Dans ces circonstances , Mr. YAvoyer de Mii-
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trines du parti qui , à tout prix , vouloit maintenir les anciennes usurpations. Son immense collection de chartes en renfermoit sans doute beaucoup , qui lui eussent démontré l'iniquité criante de ces usurpations , et justifié les réclamations du Pays-de-Vaud , s'il eût daigné y chercher autre chose que ces généalogies nobiliaires , qui l'occupèrent toute sa vie.
Il eut ainsi le grand tort de publier ses Recherches historiques sur les anciennes assemblées des Etats du Pays-de-Vaud , ouvrage qui atteste peu de bonne foi , un esprit de cotterie patricienne obscurci par de vieux préjugés , et une absence totale de ces vues élevées qui caractérisent l'homme d'Etat , auquel il appartient , dans les momens critiques , de sauver la chose publique. Cette production fut réfutée immédiatement , par des Observations qui font suite à un écrit adressé à Mr. Desvignes de Givrins. Mr. de Mulinen garda prudemment le silence, la question qu'il avoit soutenue étoit décidée contre lui (").
3°. Tandis que la majorité du Patriciat, décidée à tout risquer plutôt que de renoncer à ce qu'elle appeloit sa légitimité , s'efforçoit de faire partager son obstination par les gouvernons des autres Cantons , qu'allarmoient aussi les récla-
("1 Les Observations sur le Précis historique de la révolution du Canton de Vaud contiennent deux articles sur les Etats du Pays-de-Vaud, et sur les garanties , dans lesquels ces erandes questions sont traitées à fond , avec le sérieux quelles méritent. (Lausanne i832, i vol. 8°.)
mations de leurs ilotes ( ,a ) , des agens bernois f répandus dans toute la Suisse , étoient chargés d'induire en erreur sa population , en lui persuadant que les réclamations des Vaudois cachoient l'intention de se détacher de la Suisse.
Leurs menées réussirent à faire convoquer, à Arau , une Diète extraordinaire , dans laquelle on de voit s'occuper essentiellement des moyens de soutenir , à l'aide d'une armée fédérale , la domination de la caste gouvernante.
Ces démonstrations hostiles annonçoient aux habitans du Pays-de-Vaud, qu'il n'existoit désormais plus d'autre moyen d'échapper à l'orage prêt à fondre sur eux , qu'en réclamant l'exécution des engagemens en vertu desquels la France avoit garanti , en 1565 , les droits et privilèges que leur assuroit le Traité de Lausanne , engagemens qui étoient encore subsistans. Cette réclamation eut lieu le 13 Février 1797.
Le rapport demandé au Ministère des relations extérieures, qui devoit être présenté dans trois jours, ayant été retardé au-delà d'un mois, le Gouvernement bernois eut tout le temps de prendre des mesures contre ceux qui osoient manifester leur adhésion à cette réclamation.
('*) Des réclamations nombreuses a voient été' présentées ;ette époque , non-seulement par les sujets immédiats de eurs Cantons , mais surtout par les sujets communs.
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du Ilhinthal, du i4 Février 1798, adressée aux douze Cantons qui en étoient souverains , et dans laquelle , elle leur déclare , que ces anciennes alliances , qu'on vouloit imposer de nouveau , étoient dirigées , non moins contre les sujets que contre les étrangers.
Plein d'espoir que de» moyens irrésistibles, secondes par de puîssans amis , parviendroient à faire ajourner toute décision par le Directoire français , il fit partir , pour Paris , trois députes munis de ses instructions , et charges spécialement de requérir l'expulsion du territoire français , des signataires de la réclamation du 13 Février
Les élémens hétérogènes de cette députation ne lui permettoient pas de réussir. Après quelques mois de séjour a Paris , elle fut renvoyée, et l'arrêté du 8 Nivose, résultat du rapport tardif fiait au Directoire sur la pétition du 1 3 Février , qu'accompagnoit l'annonce formelle d'hostilités prochaines préparées en Suisse , par les intrigues du Patriciat bernois , apprit bientôt après , que le Gouvernement français , se reconnoissant encore lié par les engagemens que ses prédécesseurs avoient contracté en 1565, ne permettrait pas que la violence fût opposée aux réclamations des Vaudois , qui dévoient être examinées avec calme. (Voyez cet arrêté parmi les pièces justificatives.)
C'étoit le moment de renoncer aux illusions, de s'entendre avec franchise et bonne foi , et de terminer tout en famille , ce qui n'eût pas été difficile.
J'avois voulu le tenter à Paris , pendant le séjour de la députation, en offrant de me rencontrer en maison tierce, avec Mr. Tillier, l'un des députés, depuis Préfet de Berne sous la République helvétique , homme sage et modéré ; mais ses deux collègues , appartenant au parti des enragés , l'en détournèrent.
A la nouvelle de l'arrêté du 8 Nivose , je résolus de faire une seconde tentative. J adressai à mon excellent ami (feu le Landammann Monod) une lettre confidentielle, dans laquelle je dcveloppois bien clairement , les considérations qui dévoient engager le Patriciat et les Vaudois à se rapprocher, tandis qu'ils le pouvoient encore f sans l'assistance d 'autrui. Je proposois quelques bases , et insistois sur la nécessité de ne pas perdre un moment ; j'invitois enfin , mon ami , à mettre ma lettre sous les yeux de Mr. Thorman , alors Baillif de Morges , en l'autorisant à la transmettre à ses collègues de Berne. L'impression qu'elle y produisit fut forte ; mais le moyen d'écouter un homme envers lequel on avoit eu des torts graves , s'avisant de donner des conseils à des patriciens ses anciens maîtres !
Une recrudescence de mesures imprudentes et sévères s'en suivit , au contraire. On prépara une armée, don t l'avant-garde pénétra j usqu aux environs d'Avenches ; un général fut envoyé dans le Pays-de-Vaud avec la mission d'y rassembler des mercenaires , d'occuper quelques points importans , de promettre aux uns , de menacer les autres ; et Ton vit se succéder toutes ces mesures imprudentes, que détaille avec tant de naïveté notre biographe , et qui attestoient la confusion , le désaccord et la rage impuissante.
La plus absurde de ces mesures fut sans doute celle à laquelle la Diète se laissa entraîner , en donnant l'ordre de renouveler les anciennes al-> liances , d'imposer un nouveau serment à des populations mécontentes , qui s'y refusèrent ,
surtout dans le Pays-de-Vaud. Le 10 Janvier 1 797 fut désigné pour cette cérémonie. Une députation du Patriciat , accompagnée de deux députés de la Diète , envoyée au Pays-de-Vaud , ne réussit pas mieux. Enfin , l'annonce de la marche des mercenaires allemands , destinés à répéter les scènes de 1 799 , et les proclamations menaçantes de leur Général , achevèrent d'aliéner ses habitans. Le 24 Janvier 1 798 , le Paysde-Vaud recouvra son indépendance
Une colonne de l'armée d'Italie se rendant à l'armée du Rhin, arrivoit, à cette époque, dans le Département de l'Ain , où elle dût stationner jusqu'à ce que les mercenaires bernois, destinés à comprimer les réclamans Vaudois , eussent évacué le Pays-de-Vaud. — Des messages échangés à cet effet n'ayant point eu de résultats , le Général français envoya au Général bernois , comme parlementaire , son aide-de-camp, Mr.
Autier, chargé de lui porter l'invitation de faire évacuer le Pays-de-Vaud par ses troupeç ; mais , au mépris du droit des cens , ce parlementaire fut accueilli par une fusillade, qui tua deux cavaliers de son escorte. Cette provocation ne pouvoit demeurer impunie ; le §8 Janvier suivant , la colonne française passa la frontière, et faisant reculer les mercenaires bernois , s'arrêta aux frontières du Pays-de-Vaud.
{") Lt proclamation adressée, le a3 Janvier 1798, à • toutes les troupes et aux habitans du Pays-de-Vaud , par le Général en chef bernois , investi de pouvoirs illimités , atteste presque la démence , et montre ce qu'eût osé le Patriciat , si les Vaudois eussent été abandonnés.
4°. C'est donc à la conduite provocatrice des enragés du Patricia t, qu'est dûe l'invasion de la Suisse ; et ce furent les arméniens qu'il s'efforça d'effectuer , sur tous les points de celle-ci , et qu'accompagnoient les menées hostiles de ses agens en pays étranger, surtout à Rastadt , qui attirèrent sur notre sol le fléau de la guerre. Si, au lieu de se promener ça et là avec sa compagnie d'Oberlandais , sans rien faire , Mr. le capitaine Avoyer de Miilinen avoit usé de l'influence que lui attribue son biographe , pour seconder les hommes sages et modérés , peut-être
eussent été prévenues.
Les conférences de Payerne , qui durèrent pendant tout le mois de Février, donnoient au moins le temps de réfléchir sur l'avenir. Ces hommes d'Etat si vantés comptèrent , au contraire, sur leurs succès, au point de laisser à Berne , ville presque sans défense , leurs archives , leurs arsenaux et leur trésor , qu'ils avoipnt le temps d'évacuer sur l'Oberland , et qui , le 4 Mars suivant , devinrent la propriété du vainqueur.
5°. La chute du Gouvernement de Berne et de son Patriciat, fut suivie d'une mesure odieuse , prise par le Gouvernement français contre celui-ci , auquel on imposa une contribution de 6 millions de francs. Certes , j'avois en mon nom et en celui des miens , de graves reproches à lui faire ; mais ils furent oubliés à l'instant. Je m'empressai de faire , de bouche et par écrit, d'énergiques remontrances contre cet abus de la victoire , et ce fut grâce à elles
que la contribution fut réduite à -peu -près des trois- quarts , ce qui me valut une accusation à' aristocratie. — Ayant rappelé ce fait dans le Mémoire que j'adressai , en Janvier 1800, aux Conseils helvétiques, pour repousser d'odieuses imputations , et en ayant appelé au témoignage du Sénateur Luthard , patricien bernois , membre de cette même Commission des Dix qui avoit dénoncé le Directoire , au 7 Janvier 1800, ce galant homme, alors mon ennemi politique , n'hésita pas à se lever et à s'énoncer ainsi , dans la séance du 94 Janvier , où il rendit compte du résultat de sa mission à Paris , en Mars 1 798 : « Mon inclination » ne me portoit point à rechercher La Harpe , » la politique le voulut. Je savois qu'il avoit de » l'influence , et je crus que , pouvant être envi- » sagé à Paris comme ambassadeur de l'olygar- » chie , je devois faire connoissance avec lui.
» Quel étonnement ne dus-je pas éprouver , » citoyens Sénateurs , lorsque , accueilli par le » citoyen La Harpe avec toute l'amitié possi- » ble , je trouvai en lui un homme doux, un » homme aimable , regrettant le cours qu'avoit » pris notre révolution , se réunissant à nous » pour solliciter une diminution dans la somme » imposée , rédigeant lui-même le Mémoire qui , » dans le but de l'obtenir , fut placé sous les » yeux du Gouvernement français , et gagnant , » par toute sa conduite dans cette affaire , mon » estime et mon attachement. »
Il faut rendre j ustice à qui elle appartient ; je viens de le faire.
Le biographe de Mr. de Mulinen regrettera
peut-être d'y avoir forer un vieillard , qui eût volontiers oublié les persécutions du Patriciat bernois , et fait des vœux pour la conversion de sa fraction incorrigible.
Ce biographe attribue, enfin (pages â 1 0 , 21 1 , 212) , aux préventions que j'avois réussi à inspirer contre Berne , à l'Empereur Alexandre, l'accueil sévère que ce Souverain fit , à B;\lc , à Mr. de Miïlinen /dans l'audience qu'il lui accorda.
Réponse.
1°. Depuis le mois de Juin 1819, jusqu'à la fin de 1813 , toute correspondance entre S. M. l'Empereur de Russie et moi , a voit ('té forcement interrompue.
2°. Le séjour très-court que je fis en Suisse , en 1813 , m'inspira les plus vives inquiétudes sur l'avenir de ma patrie. Gouvernans et gouvernés , toujours peu d'accord , contemploient cet avenir , sans penser aux mesures qu'il lalloit préparer pour n'être pas surpris. Ce spectacle m'étant insupportable , je regagnai mon manoir de Paris, où j'arrivois à peine , que les désastres de l'armée française annonçaient déjà l'invasion prochaine de la France par les armées coalisées.
3°. Dans l'intervalle j'avois appris que sur plusieurs points , les anciens gouvernans de la Suisse concertoient un mouvement de réaction , basé sur l'approche des armées coalisées, et peutêtre sur leur appui.
Alors sans doute je regrettai vivement de ne pas être plus à portée de défendre les intérêts de ma patrie.
Ne pouvant quitter Paris dans ces momens critiques , j'eus ridée de me faire remplacer , au quartier-général des alliés , par mon respectable ami le Landammann Monod , auquel je fis parvenir , dans ce but , le billet du 1 7 Novembre , qu'on lit à la page 1 58 de mes Observations sur le Précis historique.
Plus tard, je réussis à munir ce fidèle ami, de deux nouvelles lettres, destinées Tune, du 7 Décembre 1813 , à être présentée par lui à S. M. l'Empereur, et l'autre, du 21 Décembre , adressée à S. E. le Comte de Nesselrode, Ministre des affaires étrangères , que je priois de vouloir bien obtenir de cet auguste Prince , une audience pour le porteur. (Voyez ces deux lettres sous les N°\ 6 et 7 des Pièces justificatwes.)
La noble conduite et la franchise loyale de mon ami , furent bien vite appréciées par ce Monarque philanthrope , que les manœuvres scandaleuses de Mr. de Senft-Pilsach , et les bouleversemens opérés de concert avec lui , par lés intrigues du Patriciat , a voient rempli d'indignation.
En comparant la conduite si ouverte et si noble de Mr. Monod avec celle des intrigans qui troubloient alors la Suisse , et vouloient le tromper , il n'est pas étonnant que ce Monarque éprouvât pour ces derniers une défiance prononcée , résultat nécessaire de leurs œuvres.
Quant à Vin/Iuence qu'on m attribue , les
N**. 6 et 7 des Pièces justificatives , en déterminent clairement le mode et l'espèce.
Oui , j'ai eu le bonheur digne d'envie, d'être honoré de l'amitié cordiale et constante d'Alexandre I er . , l'un des plus nobles mortels qui aient occupé le trône. Oui, pendant 30 ans je fus en correspondance intime avec ce Marc-Aurèle de notre âge ; et si cette correspondance , dont les originaux sont conservés en Russie , et dont cet écrit contient un échantillon , est publiée un jour , j'ai la conviction qu'elle justifiera la confiance dont je fus honoré , et que mon pays n'aura à rougir , ni des principes , ni du langage de l'un de ses enfans.
Maintenant que j'ai refuté , par des faits , les accusations dirigées nominativement contre moi, il me sera permis de suppléer aux omissions commises par le biographe de Mr. de Mulinen.
Ainsi , 1 °. en rendant compte , à la page 303 , de la remise faite au trésor , le 24 Mars 1 894 , par MM. TAvoyer de Mùlinen et les Conseillers Zerleeder et Yenner de Brànnadern, des sommes considérables soustraites , en 1 798 , à ce trésor , et soignées secrètement au profit du Patriciat , notre biographe dit bien que des éloges furent donnés à la fidélité de leur gestion ; mais il ne nous explique point pourquoi ces sommes ne furent pas annoncées à la Commission de liquidation, que l'Acte de médiation avoit instituée pour prononcer souverainement sur les questions financières de la Suisse.
Une pareille soustraction a pu être louée par lePatriciat , en faveur duquel elle avoit eu lieu
exclusivement : mais elle n'étoit pas moins une soustraction illicite, qui, encore aujourd'hui, justifieroit de la part des Cantons dépouillés par elle , des réclamations d'autant plus légitimes, que ces sommes sont à la disposition de la seule Municipalité de Berne , composée de Patriciens exaltés , qui , le cas arrivant , n'en feroient point usage au profit de la liberté du peuple ( fi ).
Le même biographe a oublié de faire honneur à son héros des efforts qu'il fit à Paris , pour faire insérer dans la Constitution de Berne l'article 8 , qui facilitoit à l'Inquisition d'Etat le musellement complet de la caste sujette , et établissoit solidement la doctrine du secret.
Grâce à ce perfectionnement de l'instrument compressif , l'Inquisition pût impunément arrêter, emprisonner, expulser, quiconque déplaisoit au Partriciat. Les documens qui attestoient les persécutions dirigées en 1 791 et 1 792 par ses
(•*) Je saisis cette occasion pour rendre à Mr. Yenner, ce qui lui appartient. Ce fut surtout à ses efforts qu'on dût, en i jQOy , la conclusion d'un Traite' de commerce , aussi honorable qu'avantageux, avec la France, qui eût fait fleurir l'industrie des Cantons orientaux^ Comme cette industrie étoit alors en souffrance , le territoire de ces Cantons ëtoit devenu le repaire des ennemis du Gouvernement helvétique; Le Traité de commerce devant lui rallier leurs habitans , tout fut mis en œuvre pour l'empêcher. Les agens de ces ennemis parcoururent les villes manufacturières de France , qu'ils alarmèreut , en leur montrant la Suisse devenue l'entrepôt des marchandises anglaises , et les faisant passer en France comme des produits suisses. Le résultat lut le rejet du Traité par la Chambre des Cinq - Cents. La Suisse éprouve maintenant ce que lui a valu le savoir-faire de ses ennemis domestiques. Puisse-t elle ne pas l'oublier !
ordres, ont été brûlés , pour sauver les coupables , mais le Manuel du Conseil secret en renferme quelques exemples. (Voyez les pièces justificatives.) On y voit , par exemple , que le folliculaire Mallct-Dupan étoit soudoyé par le Patriciat pour déchirer , dans son journal , tous ceux qui , soit en France , soit en Suisse , défendoient les droits du peuple ; et Ton n'a pas oublié , sans doute, qu'il y a peu d'années, 1 Inquisition d'Etat avoit offert impunément 4000 fr. h ceux qui lui livreraient , mort ou vif, un citoyen notable de l'ancien Evêché de Bàle , au moment même où il s'efforçoit d'arrêter une insurrection populaire.
Le biographe nous apprend que l'étude des généalogies nobiliaires étoit , pour Mr. l'Avoyer de Miïlinen , un objet d'affection auquel il revenoit sans cesse. Ses recherches à cet égard ont été immenses , et la vanité de la noblesse et du Patriciat helvétique aura de quoi se repaître, si elles sont publiées ; mais on doit regretter qu'un homme aussi laborieux», qui avoit à sa disposition un immense dépôt de documens , renfermant sûrement des données précieuses sur les mœurs , sur la législation , sur l'administration , et sur tant d'objets dignes d'intéresser un homme d'Etat, les ait négligé pour s'en tenir aux généalogies et à la héraldique.
Cette disposition d'esprit fit commettre a Mr. de Mulinen une faute bien plus grave.
Sans avoir rempli de place dans l'Empire Autrichien, et acquis le droit d'être récompensé par des distinctions honorifiques, il désira, étant magistrat républicain, obtenir la dignité de comte,
et cette dignité monarchique lui fut accordée „ comme une récompense du sang versé par des hommes de son nom , sur les champs de bataille de Morgarten et de Sempach, non point pour la cause du peuple , mais pour celle de ses ennemis! Un Avoyer de la république de Berne devoit-il donner un pareil exemple?
Assurément Mr. l' Avoyer de Mulinen étoit , comme simple citoyen , un homme respectable.
Doué d'esprit, de talens, de connoissances et d'activité , s'il n'eut pas été entouré , dès son jeune âge , de tous les prestiges du Patriciat nobiliaire % il eût mieux apprécié les temps difficiles au milieu desquels il devoit vivre , et pu rendre à sa patrie d'éminens services , comme homme d'Etat. Ne perdant au contraire jamais de vue , ce qu'il croyoit appartenir aux attributions légitimes du Patriciat, il ne sçut s'en détacher à aucune époque ; tous ses efforts tendirent à les faire prévaloir, et il ne reste de lui , à l'exception de la fondation du journal appelé Geschicht-Forscher , qiîe le souvenir stérile des courses multipliées et des vaines tentatives faites pour consolider cet ancien régime , dont il devoit voir le terme. — Mr. de Mulinen appartenoit , en un mot , à cette classe de magistrats patriciens , qui veulent gouverner avec modération et sagesse , pourvu que les gouvernas croyent au droit divin , sur lequel ils font reposer les prérogatives de leur caste , mais qui ne pardonnent pas à ceux qui oseroient en douter.
Présenter à la jeunesse patricienne , un tel personnage , comme le type parfait de l'homme
d'Etat républicain , étoit donc un mauvais service à lui rendre. Il falloit avoir le courage de lui dire: « Ce magistrat recommandable , dont » je vous offre la biographie , eut le malheur , » dans ces temps difficiles, de faire fausse route^ » pour n'avoir pas sçu renoncer aux illusions » qui Tavoient entouré dès son enfance ; gardez- » vous de faire de même. » Il falloit citer , à cette jeunesse, ces beaux vers de l'illustre Haller, son concitoyen, que j'inscre ici textuellement, de peur d'en affaiblir l'énergie , par une traduction :
Wo fliest der Mùhlcren , der Bùbcnberge Blùt ? Der Scelen ihres Staats , die mit gesctztem Mùth Fiïrs Vaterland gelebt , fdrs Yaterland gestorben , Die Fremd ùnd Geld verscbmàht ùnd uns den Rùbm erworben ,
Dcn kaùm nacli langer Zcit der Enkel Abart loscht ; Da Vich ein Reichthùm war , ùnd oft ein Arm gedrescht , Der sonst den Stab gcfuhrt ; da Weibcr derer Seelen Kein heùtig Herz crrcicht , er kaùftcn mit Iùwelen Den Staat vom Untergang, den Staat, des Schalz Uns lie ut Ziini ofnen Wechsel âieni , ùnd Trost der Ueppigkeit.
(Poëme des mœurs corrompues.)
Bains de Schinznacli , i5 Août 1837.