‹ Supplément à la traduction française de la cinquième édition du Système de chimieChapitre 114 sur 131 · DR OU E · texte numérisé non relu

DR OU E

La laccine était la matière qui restait après que. la laque eut été mise à plusieurs reprises en digestion dans l'alcool et dans l’eau, jusqu'à ce qu'il ne fût plus rien enlevé par ces liquides. Elle se distingue par les caracières suivans.

La laccine est duré et cassante, de couleur jaune et

avec un certain degré de transparence ; elle est inso-

: Ge édition de Thomson, vol. 1V, page 1283, 4nnals of phitosonhu, XV, p. 468.

luble dans l eau froide , et se ramollit dans l'eau chaude, mais sans s’y dissoudre. Dans l'alcool froid , elle se ra! mollit, augmente de volume et devient glissante au toucher. L”? LhCAT ne peut la dissoudre, même à chaud. Dans l’éther et les huiles essentielles, elle se beursoufle un peu, devient tout-à- fait transparente , mais ne s’y dissout Jas. La laccine se dissout très- ciliéhs dans une lessive de potasse , et la dissolution se colore légèrement er brun. L'acide hydro-chlorique rend cette dissolution laiteuse ; et la laccine se précipite lentement. L’acide sulfurique concentré dissout très-rapidement celte substance ; la dissolution est de couleur améthiste, et elle se trouble par son mélange avec l’eau. En faisant bouillir pendant longtemps la laccine avec de l’eau contenant du dixième au huitième de son poids d’acide sulfurique, ilne s’en dissout qu'une petite portion. Cette portion s'obtient à l’état d’une gomme jaunâtre , lorsqu’après avoir séparé l’acide dans cette dissolution au moyen de la chaux, on l’évapore ; c'est par cette propriété que la laccine se distingue aisé: ment de la cérasine. L’acide nitrique concentré dissout lentement la laccine à l’aide de la chaleur. La dissolution est claire, de couleur jaune et sans aucune saveur amère. Elle dépose peu à peu quelques cristaux d’acidé oxalique. Élle n’éprouve aucun effet de l'action de l'acide nitrique étendu , soit à froid , soit à chaud.

Lorsqu'on chauffe la lccine elle se ramollit en exhalant une odeur aromatique. Elle ne se fond pas, mais elle se charbonne par degrés. A la distillation , la laccïne fournit de l’eau , un acide qui, saturé avec la soude, précipite en blanc l’hydrochlorate de fer, et une huile dun jaune brun. On ne découvre autune trace d’ ammoniaque dans les peus re de la distillation."

Du gaïue.

M. Taddey , chimiste ken , avait eu. occasion de, ret connaître qu ‘en mêlant de la farine de froment.et de la résine de gaïac réduite en poudre , le mélange se colorait

-:,6e édition de Thomson, vol IV, page 142; Chemische Hotéroc chungen, lo el'1V, "12

en bleu, dès, qu'après y avoir ajouté de l’eau, on le malaxait à l'air. Cette découverte ayant donné lieu à des recherches sur ce sujet, il a été observé, 1° que dans le mélange de résine , de gaïac et d’amidon pur, humecté d’eau, il ne se développait pas de couleur bleue ; et qu'il en était ainsi des mélanges de cette résine avec ‘d'autres matériaux immédiats des végétaux ne contenant pas de zimome ( eyes article gluten ci-devant ) ; 2° que le gaïac ne se colorait pas ,'ou quetrès-légèrement, lorsqu’ il était mêlé avec. des farines pauvres en “gluten ; ge qu’il ne se manifestait aucune coloration dans le mélange du gaïac avec des farines dans ji Eu dE le gluten avait éprouvé de grandes altérations.

| D’ après ces résultats, on a cru pouvoir considérer la résine de gaiac comme étant un bon réactif pour reconnaître la HOUR de froment de bonne qualité , ou pour apprécier les altérations qu’ ’elle peut avoir éprouvées par une légère fermentation ou par son mélange avec d’autres farines pauvres en gluten. La farine de froment pourrait êlre réciproquement aussi d’un emploi utile. pour reconnaître la pureté de la résine de gaïac. On s'était assuré de plus que cette résine, malaxée avec le zimome, ne se colore qu ‘autant que le mélange s’opère ayec le contact de l’air atmosphérique.

D'un autre côté, le docteur Wollaston avait précédemment observé que la racine de gaïac devient verte lorsqu'on l’expose en même temps au contact de l'air et de la lumière ; et cet effet a lieu, suivant lui, au plus haut degré dans les rayons les plus réfrangibles ; tandis, qu’au contraire , les rayons les moins réfrangibles font, par leur vertu désoxidante, reparaître la couleur bleue! Depuis, M. William-Brande a remarqué que le gaz oxigène verdissait plus promptement la résine de gaiac que l'air asmosphérique ; ainsi le phénomène de la coloration de cette résine , qui résulte, d’après l’opinion de ces savans , de l'action sur cette substance de l'air et de la lamièré® M. Taddey l’attribue au gluten avec le concours de l'air atmosphérique.

Dans cet état de choses, M. Planche, pharmacien à Paris, qui s'était OCCupé, ilya déjà plusieurs années, de récheCheS sur la résine de gaiac ; a cru devoir entre-

preudre de nouvelles expériences sur celte substance. Ces expériences lui ont fait connaître, 1° que. plusieurs substances , mais particulièrement les racines fraiches, ont la propriété de développer la couleur bleue de la résine de gaïac dissoute dans l'alcool ; 2° que Ja. plupart de ces racines desséchées ne colorent plus, la teinture de gaïac ; 3° que d’autres racines ne font éprouver aucun changement à cette teinture ; 4° qu'il est dés substances qui, privées de la faculté de développer la couleur bleue , neutralisent cette propriété dans celles qui en jouissent ; 9° qu'en générä, les corps qui, colorent en bleu la résine de gaïac , perdent cette propriété par la chaleur ; 6°enfin, qu Fil est des substances qui ne développent la couleur bleue ni à froid ni à chaud: Parmi, les racines qui: colorent en bleu , et avec lesquelles , au nombre de plus de 25, M. Planche fit des essais: , Sont celles dela consoude, de la pomme de terre ,. du navet cultivé, de l’oseille, etc. etc. ; les racines qui ne colorent point en bleu, sont celles de patience sauvage , de fougère mâle, de fraisier , etc. Les substances qui neutralisent la propriété de re coloration en bleu. dans celles qui la possèdent , sont la racine de réglisse sèche, réduite en poudre et la racine de squine ; et. les substances qui ne produisent la couleur bleue ni à froid , ni à chaud, sont les mucilages de semences de lin, de psylliun, de coins et celui de somme adraganthe.

Dans le cours de ses expériences, M. Planche eut occasion de reconnaître que la teinture de ;gaïac ‘et le lait froid , agités ensemble , offrent un liquide d’une couleur bleu céleste ; que le sérum de lait obtenu au moyen de la coagulation à froid par l'alcool, n’agit, pas sur la teiniure de gaïac ; que du lait et de la teinture de gaïac, en ébullition l’un et l’autre , étant introduits dans un flacon bien sec , et chauffé pendant une demi-heure: à une température de plus de 80 degrés pour en expulser l'air , il ne se produisait aucune action ; ; enfin, que le mucilage de gomme arabique, qui, préparé à froid COlore en bleu, ne produit auçun changement lorsqu’ on traite la gomine par l’eau bouillante.

M. Planche crut devoir examiner ensuite ‘quelle’ pouvait être l'influence de la lumière et de l'air: atmosphé-

rique sur la coloration en bleu de la résine de gaiac, Après avoir mis dans une soucoupe de terre brune un morceau de racine de pastinaca sativa ,'et recouvert celte soucoupe d’une petite cloche tubulée revêtue de. papier noir , il introduisit aussitôt, par la tubulure, quel: ques gouttes de teinture de gaïac sur la racine; au bout d’une demi-heure ayant soulevé la cloche , il trouva que: la racine , colorée d’un beau bleu , était en tout sem-. blable pour la teinte, à un morceau de la même racine , arrosé de teinture de gaïac et exposé à la lumière diffuse ; d’où il suit , que la réfrangibilité des rayons lumineux n’avait pas été dans l’expérience la cause de la coloration. Quant à l'influence de l'air atmosphérique, M. Planche ayant fait bouillir du lait pur, il l’introduisit après lavoir laissé refroidir, dans une petite machine de compression en cristal; et au moyen d’une pompe aspirante et foulante, il y fit arriver autant d’air atmosphérique que le lait avait pu en absorber. Après trois heures de contact, pendant lesquelles l’appareil bien clos fut fortement agité , le lait ayant été mêlé avec de Ja teinture de gaïac, il n’y eut pas de coloration ; et ce qui ajoute à cette preuve, que l’air ne contribue en rien à la coloration de la teinture de gaïac, c’est que dû lait pur, qui n’a pas subi l’action de Ja chaleur, étant mêlé avéc' de la teinture de gaïac , la couleur bleue se développe dans le vide de la machine pneumatique comme à l’air libre. #40 DELL

- D’après ce travail important sur la coloration de la résine de gaïac, et les résultats qu'il en a obtenus, M. Planche s’est borné à conclure, que si le concours de l'air et la lumière a été annoncé comme étant nécessairé pour produire cette coloration en bleu ou en vert, au moins cette théorie n'est-elle pas généralement applicable dans tous les cas où la coloration a lieu; puisque } toutes choses étant égales d’ailleurs de la part de ces deux agéns, la résine de gaïac mélangée avec telle substance, se colore en vert ou en bleu; tandis que mélangée avec telle autre substance, sa couleur naturelle n’éprouve pas d’altération."

‘ Journal de pharmacie , tome V, page 14. fl

DU CAOUTCHOUC. :. 2} 404 Du caoutchouc.

M, Thomson, en observant qu'il a été avancé par Fourctoy , que le caoutchouc donne de l’ammoniaque à la distillation , annoncé que, sans avoir vérifié l’expérience de laquelle ce savant a tiré cette conclusion , il a de fortes raisons de la considérer comme inexacte. Ayant fait passer un grain (6,5 centigrammes) de caoutchouc dans un tube de cuivre rempli de peroxide de ce métal chauffé au rouge , il obtint 76,761 centimètres cubes, de gaz acide carbonique , et 9,18 centigrammes d’ eau, sans rien autre chose de plus; d’où il mer qu'il n'y a aucune raison de considérer l’azote comme une partie constituante du caoutchouc. Le poids du carbone a de 76,761 centimètres cubes de gaz acide catponque est de

L £ " . centigram.

; | | 3,840 Celui de l'hydrogène dans 5,18 centi- | grammes d’eau, est ON NE ART Na 0e ta 0 OO

| 8,846 *'Manquants 0 207. 0 . 2,654 | 6,500

Ce déficit doit être attribué à l’oxigène présent dans le caoutchouc. Or, sï l’on concoit que ces trois ingrédiens y. existent à l’état gazeux, leurs volumes seront

ainsi qu’il suit :

centim. cubes. volumes,

DDTRe RTE 76,761 . . . ou... 5 Hydrogène. . . . . , 69,022 . . . ou . . . 43 Oxigène. . . . . .., 15 M Pr A VE DES

Ce qui équivaut à 10 atomes carbone. . .. . . . . = 7,9

9 atomes hydrogène. . ... . . . — 1,129 4 atomes oxigène. OP OPEN NT 19,625 *

. * 6° édition de Thomson, vol, IV, page 175; Annales de chimie , tome XI, page 252.

Conversion de la sciure de bois en sucre.

Conversion de la toile en gomme,

Du ligneux.

On a’cru long-temps que l’acide sulfurique , en détruisant le tissu des matières organiques, se bornait à agir sur elles à la manière d’une haute température, et tendait plus ou moins à en opérer la combustion. M. Braconnot a été conduit à d’autres résultats. Il s’est assuré: que sans charbonner la substance ligneuse, on pouvait Ja transformer en gomme et en sucre, par une variation

d’équilibre de ses principes, et par leur combinaison

avec ceux de l’eau, et, à ce qu'il paraît, avec une portion d’oxigène de l’acide sulfurique employé ; d’où il résulte, qu’une quantité donnée de ligneux doit produire beaucoup plus que son poids de gomme ou de sucre, lorsqu'il est traité convenablement avec cet acide. |

16 grammes de sciure de charme, broyée par petites” portions avec de l’acide sulfurique d’une densité de 1,827, s’y dissolvent en grande quantité, quoiqu'il se dégage du gaz sulfureux; la liqueur mucilagineuse acide étendue d’eau, filtrée'et saturée ‘avec de la craie fournit par. l’évaporation près de 10 grammes de gomme, que l'on peut transformer en sucre par une réaction prolongée de l’acide sulfurique affaibli bouillant.

M. Braconnot a reconnu depuis , que la sciure pouvait produire une plus-grande: quantité de gomme que celle qui nous vient d’être indiquée, en se servant d'acide: sulfurique d’une densité inférieure à 1,827, qui est celui qu'il a employé dans ses premières expériences.

Les chiffons de toile, la paille ou le coton , se prêtent beaucoup mieux que la sciure de bois à cette singulière métamorphose de la matière ligneuse en gomme ou en sucre. 24 grammes de toile de chanvre ont perdu à la dessiccation 1 gramme d’eau hygrométrique; humectés et broyés avec 34 grammes d’acide sulfurique, il en est résulté presque aussitôt, et sans dégagement de gaz sulfureux, un mucilage irès-épais, tenace, homogène et peu coloré , entièrement soluble dans l'eau ; à l'exception d’une matière amiliforme du poids de 2,5 grammes, qui n’est qu'une portion du linge très-divisé que le filtre sépare de la dissolution mucilagineuse acide; celle-ci,

LJ L 9 . f.

saturée avec de la craie et privée du sulfate de chaux,

DU LIGNEUX. 5o1 qu’elle retenait en dissolution , a fourni, par l’évaporation

à siccité, une gomme transparente et peu colorée , du

poids de 26,2 grammes, qui ont été fournis par 21,9 srammes de toile, déduction faite d’un gramme d'humidité ,;et de 2,5 grammes de matière ligneuse , amiliforme. Il résulte de l’analyse de ces 26,2 grammes de matière gommeuse , qu'ils peuvent être exprimés ainsi qu'il suit : 20 Aie grammes.

Matière ligneuse. . . ... 4. 21,50 Elémens de l’acide sulfurique. + * 2,83 Elémens de l’eau. °, . . .' 0,40 { Chaux combinée. /.°, 12604 4 000,47

Total. 26,20

Cette gomme , privée, par l'acide oxalique de la chaux qu’elle retenait, puis bien lavée à l’alcool, ressemble à la gomme arabique; elle est transparente , d’une légère couleur jaunâtre, d’une cassure vitreuse , fade, insipide et imodore ; elle forme un vernis très-luisant sur la surface des. corps; mais son mucilage est moins tenace que celui de la gomme arabique : aussi ses propriétés collantes sont-elles à un plus faible degré , ce qui n'empêche pas qu'elle ne puisse servir dans les arts. Sa dissolution dans l’eau n’est nullement troublée par le nitrate de baryte, ni par l’acétate de plomb; mais le sous-acétate de plomb y forme un magma très-blanc, soluble dans l’acide acétique affaibli. L’hydrochlorate d’étain protoxidé ‘pré-

Proprietes de la gomme artlificielle produite par le ligneux.

cipite aussi cette somme de son dissolvant ; mais le sul- .

fate de fer rouge ne produit aucun changement , tandis qu’il coagule abondamment la dissolution de gomme arabique. Traitée par l'acide nitrique, cette gomme fournit une grande quantité d'acide oxalique , mais point d’acide mucique. La gomme arabique en poudre , broyée avec. l’acide sulfurique concentré, se convertit en une gomme, absolument semblable à celle dont on vient d'exposer les principales propriétés.

Si, au lieu de saturer avec de la craie la dissolution mucilagineuse du bois, de la paille, ou du linge, avec l’acide sulfurique, on étend cette dissolution de plusieurs

fois son poids d’eau , et qu’on la fasse bouillir pendant en-

Sucre de bois ou de chittons.

viron 10 heures, ou jasqu’à ce qu’une portion de la liqueur saturée de carbonate de chaux ne précipite plus le sousacétate de plomb , alors, on peut être assuré que toute la matière gommeuse est convertie en sucre, qu'il ne s’agit plus que de séparer de l’acide, en neutralisant celui-ci avec de la craie. La liqueur filtrée etévaporée en consistance de sirop, donne , 24 heures après, des indices de cristaux ; et, au bout de quelques jours, le tout se solidifie en une seule masse de sucre cristallisé. Il est passablement pur, lorsqu’après l’avoir pressé fortement dans du linge usé, on le fait cristalliser une seconde fois; mais il devient d’un blanc éclatant, étant traité par le charbon animal. Ce sucre , d’une saveur franche et agréable, produit dans la bouche uné légère sensation de fraîcheur. Il passe aisément à la fermentation alcoolique. Sa dissolution dans l’alcool chaud cristallise par le refroidissement. Ses cristaux sont en groupes sphériques, qui paraissent formés ar la réunion de petites lames divergentes et inégales. Il est inutile d’insister davantage sur les autres propriétés de ce sucre artificiel qui est parfaitement identique avec le sucre de raisin. De 20,4 grammes de linge, traité par l'acide sulfurique , on à obtenu 23,3 grammes de sucre, desséché jusqu’au point qu’il commençait à répandre une odeur de caramel; néanmoins il ÿ a eu quélques pertes. Cette augmentation remarquable est encore due à la fixation des élémens de l’eau, qui se sont combinés à la matière ligneuse dans les proportions nécessaires pour faire du sucre.

Puisque l’observation semble indiquer que le bois est de la gomme , ou du mucilage, moins de l’oxigène et de hydrogène dans les proportions pour faire l’eau, on peut, en remontant à l’origine de la formation de la matière ligneuse, apprécier les moyens que la nature met en œuvre pour la créer, En l’examinant un peu avant sa naissance, on voit qu’elle se présente sous la’ forme d’un mucilage dans lequel se font remarquer de petits grains blancs qui paraissent être une première ébauche . du bois. Cette matière, en raison du ‘rôle important qu’elle joue dans la végétation , a reçu , comme on le sait, le nom de substance organisatrice, ou Cambium de Duhamel. Aidée de l'influence vitale, cette subs-

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