‹ Supplément au "Lake St. Louis" &c [microforme]Chapitre 15 sur 43 · Alexandre,” tout court, mais très lisible · texte numérisé non relu

Alexandre,” tout court, mais très lisible

Suit au bas de la feuille la note suivante, nettement écrite :

‘80 personnes, 30 maisons toutes les bêtes.” Ce chiffre de ‘80 persones ” diffère de celui du texte où M. de Belmont fixe le nombre total des personnes enlevées à 90, y compris sans doute les prisonniers de Lachenaye et ceux de La Rabeyre. Le chiffre de 80 doit comprendre toutes les victimes de Lachine, même les prisonniers qui s'échappèrent.

Cette liste, écrite d'une main étrangère, a dû être faite l’année même du massacre, et longtemps avant la composition de l'Æistoire du Canada, vers 1713, par M. de Belmont, car j'y trouve les noms de personnes qui figuraient à Lachine dès l’année 1690. Ainsi, nous voyons Jean Fournier plaider à Villemarie, en 1690 et 1691, contre Jean Millot, propriétaire du fort Rémy (/wg. et Dél, VIT, 529 et 1024). En 1690 et après, Jean Paré, Mathias Chatauto et Gaudin portaient des nouveaux nés aux fonts baptismaux de Lachine.

Cette liste comprend donc non seulement les morts sur la place, mais aussi les prisonniers délivrés ou massacrés. Elle est d’ailleurs conforme, à bien des égards, à celle que les registres de Lachine nous ont transmise et que j'ai reproduite au Zake St-Louis, page 126. J'y trouve aussi les noms de plusieurs prisonniers massacrés, que j'ai indiqués à la page 134, et même quelques noms nouveaux.

Les noms de Jean Fagueret dit Petitbois, Jean Michau et ses enfans, Noël Charmois dit Duplessis, Marie Cadieu, épouse d'André Canaple dit Valtagagne, Périnne Filastreau, épouse de

use

Simon Davaux dit Bouterain et deux enfans, Vincent Alix, sa femme et une partie de leurs enfans, et René Chartier et deux enfans, sont inscrits aux registres de Lachine comme ayant été tués sur la place même. [1 manque cependant à la liste de M. de Belmont les noms d'André Danis dit Larpenty, du panis esclave de René Chartier, et enfin de Madeleine Boursier dit Lavigne, qui se trouvent aux registres de Lachine. On ne peut pas même supposer qu'ils ont été écrits sur les trois lignes en partie ‘indéchiffrables ”, car ce qu'il en reste de lisible indique d’autres noms, deux commençant par les noms de baptême ‘ Noël” et ‘ Pierre”. M. Rémy, qui desservait la paroisse de Lachine depuis 1680, nous dit d’ailleurs que ‘“l’inhumation solennelle des ossements de ceux qui furent tués à cette occasion fut faite en 1694”. Il prend la peine de mentionner les noms de ceux dont il n'a pu retrouver les restes, ‘le feu ayant consumé la chair et les os,” par exemple, de Vincent Alix et sa famille et de René Chartier, qui ne fut inhumé que le 23 mai 1701. Il faut donc conclure du témoignage de M. Rémy, toujours si remarquable pour sa précision, que la femme de ‘“ Michel Presso” (Préseau dit la rivière Chambly), indiquée sur la liste de M. de Belmont comme ayant été ‘‘éventrée ”, ne le fut qu'après avoir été faite prisonnière et en dehors de Lachine.

La liste de M. de Belmont comprend bon nombre de prisonniers, tant ceux qui furent mis à mort que ceux qui s’échappèrent où furent rachetés. Nous avons signalé plus haut les noms de Jean Paré, Jean Fournier, Mathias Chateauteau dit Massias, Pierre Gaudin dit Chatillon, et à ces noms l’on peut ajouter celui de René Huguet qui, avec deux autres habitants, fut tué par les Iroquois le 21 juin 1691, ‘après le soleil levé en allant cercler leur blé”, et de Barbe Perrin, son épouse, qui, le 31 décembre 16096, épousait Jacques Arrivé dit De l'Isle. S'ils ont été faits prisonners — ce qu'il est difficile de nier en face de

la liste de M. de Belmont{—ils ont dû :‘échapper peu de temps après avoir été pris.

(1) Le registre de Lachine du 27 juillet 1694 établit que Barbe Perrin avait été prisonnière. (Lake St, Louis, 112, 133.)

Il n’en est pas ainsi des prisonniers Pierre Barbarin ou Barbary, sieur de Grandmaison, André Canaple dit Valtagagne, Simon Davaux dit Bouterain, Marie Marchesseau, femme de Jean Michau, Pierre Pérusseau et sa femme, Marie Le Roy; Michel Presseau et sa femme, Marie Chausy ; Marguerite de Lorme, épouse de René Chartier ; Jean Renault et sa femme, Louise Garnier, et Alexandre Truial, qui était le seul habitant de Lachine portant le nom d’‘ Alexandre ”, tous inscrits sur la liste de M. de Belmont. Ils ont dû trouver la mort en captivité. Nous savons au juste que la femme de Pérusseau et celle de Préseau furent massacrées, et l’on peut raisonnablement conclure que les autres eurent le même sort, car après le massacre de Lachine ieurs noms disparaissent des registres. A l’inhumation de Marie Madeleine Boursier, ie 31 octobre 1694, le registre de Lachine constate qu'elle est fille de ‘ deffunct Jean Boursier et de deffuncte Marthe Thibodeau”. Au mariage de Pierre Barbary ou Barbarin le 18 octobre 1701, le registre de Lachine déclare quil est fils ‘des défunts Pierre Barbary et Marie LeBrun”. Notre liste des prisonniers tués, pages 134 et

35 du Zake St. Lours, doit être augmentée des noms suivants : André Canaple dit Valtagagne ; Marie Marchesseau, épouse de Jean Michau ; Michel Préseau et sa femme; Marguerite de Lorme ; Jean Renault et Alexandre Truial. Ce Jean Renault doit remplacer Antoine Renault et sa famille qui vivaient en 1691. Mgr. Tanguay indique cependant cette famille comme disparue, puisqu'il n'en fait plus mention après le massacre. Pareillement à l'égard de Jacques Morin, qu'il indique dans son livre, À éravers les Registres, page 83, comme vivant à Montréal en 1699. Le nombre des prisonniers de Lachine, qui périrent en captivité, serait donc de 44; le nombre total n'a pas dû dépasser le chiffre de 50 mentionné à la page 129 du Zake St. Lours.

Ce serait une grande erreur de supposer que les Sauvages massacraient tous leurs captifs. Leur soif du sang une fois

(1). Ces omissions ont engagé l’auteur à parcourir de nouveau les registres de Lachine jusqu’à l’année 1725 ; mais il n’a pu relever une seule autre omission.

apaisée par le supplice ou le festin de quelques victimes, les autres étaient épargnées et adoptées, vivant avec eux et comme eux. Mgr Tanguay donne les noms d’une vingtaine d'Anglais captifs des Sauvages alliés des Français, qui furent rachetés ou échangés. (A4 travers les Registres, 98 à 108.) Les volumes de la Correspondance générale que je viens de parcourir établissent qu’un grand nombre de prisonniers français réussirent à retourner au pays. Citons quelques exemples à part ceux que nous avons signalés plus haut et au Zake Sf. Louis, pages 130, 131, 134.

Dès 1691, les Agniers renvoyèrent tous leur: prisonniers français. (Cor. gén., XI, 107.)

L'année 1692 vit le retour de quelques prisonniers soldats, également celui de deux officiers réputés morts, de trois prisonniers délivrés vers Cataracoui dans un combat sous Beaucourt, de douze prisonniers français délivrés dans un combat au Long- Sault, et enfin de six autres qui se sauvèrent. (Z44., XII, 5, 75, 153, 160.)

En 1693, Pierre Payet dit Saint-Amour, caporal de M. de Lamothe, fait prisonnier en 1690 à la Pointe-aux-Trembles, obtint sa liberté. (Xeg. de la Pointe-aux- Trembles), et le sieur de St-Michel, pris au Long Sault en 1692, s'échappa des Iroquois qui se préparait à le bruler. (Cor. gén, XII, 405, 542.) La même année, un Français prisonnier, étant à la chasse avec sept Iroquois et deux femmes, assomme les hommes à coups de hache, pendant qu'ils étaient endormis, et s'enfuit aux Outaouais, accompagné des deux femmes. (/414., XII, bis, 543.)

En 1694, le Père Millet fut ramené à Québec avec 15 captifs français. (Lettre du P. de Lamberville, 23 janvier 1695, (Rochemonteix, VII, 615.) Jacques Richaume, de Repentigny, captif en 1694 est plus tard racheté. (Reg. de Repentigny.)

Enfin, un certain nombre d'enfants français, faits prisonniers avec leurs parents, furent élevés à la façun des sauvages et préférèrent la vie des bois à celle de la civilisation. Nous avons signalé quelques exemples de cette étrange transformation de la race humaine, entre autres celui d’une enfant de Charles de

Couagne prise au massacre de Lachine. (Lake St. Louis, 133.) Le Dr Withrow en donne un autre non moins remarquable dans la personne d’une petite fille du pasteur Williams, de Deerfield, qui fut adoptée par les sauvages de Caughnawaga, et devint catholique. ‘“She”, dit-il, ‘‘married an Indian Chief and years after, clad in Indian dress, she visited her kin at Deerfield ; but not the fasting, nor the prayers of the village congregation could win her back to the faith of her fathers. She returned to her wigwam in the forest and to the care of her dusky babes.” Popular History of Canada, 174.) Pareillement, Joanna Kelloge, aussi de Deerfield, âgée de onze ans lorsqu'elle fut prise, devint la femme d un chef du même village. Half-Century Conflict, par Parkman, 86.)

La Potherie affirme que lorsqu’en 1700 il s'agit d'échanger les prisonniers français, plusieurs avaient été si bien traités par les sauvages qu’ils refusèrent de les abandonner.

Mgr Tanguay cite plusieurs exemples de prisonniers anglais qui refusèrent également de laisser la tribu sauvage qui les avait adoptés. (A Travers des Registres, 103, 107, 108, 124.)

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