‹ Supplément au "Lake St. Louis" &c [microforme]Chapitre 22 sur 43 · L'ORIGINAL EST EN LA ‘OSSESSION DE · texte numérisé non relu

L'ORIGINAL EST EN LA ‘OSSESSION DE

SSESSION DE L'HON.JUGE Basy

L'AGRICULTURE AU XVile SIÈCLE 81

150 arpents, 43 bêtes à cornes, 62 moutons et 18 chèvres ; Jean Crevier, seigneur de Saint-François, 40 arpents et 20 bêtes ; le seigneur Godefroy de Lintot, 20 arpents, 4 bêtes ; Michel Pelletier de la Prade, seigneur de Gentilly, 30 arpents, 13 bêtes ; le seigneur Joseph Giffard, de Beauport, 125 arpents et 24 bêtes ; Nicholas Juchereau de St Denis, aussi seigneur de Beauport, 250 arpents, 37 bêtes à cornes, 2 chevaux et 22 brebis. Cavelier de La Salle ne figure pas au recensement ; il était sur ses seigneuries de Cataracoui et des Tlinois où il avait dépensé des sommes énormes et établi “plusieurs habitants”, nous dit-il, dans sa concession à Michel Dizy. (Zake S4 Louis, 24 ; Margry, 1, 208 ; Ed. et Ord., 1, 262, 263; /ug. et Déc., IT], 552.)

Voilà ce que constate le recensement de 1681. Et cependant quatre ans après, M, le marquis de Denonville, dont M. Gérin invoque le témoignage, écrivait au ministre : “Nos nobles et conseillers sont tous fort pauvres et accablez de debtes ; ils ne sauraient trouver crédit pour un sou. ” (Cor. gén., VIT, 54.) Lahontan disait, la même année, que la seule parure des filles de gentilhommes suffit pour les ruiner. (1, 82.) Dans une dépêche du 10 novembre 1686, Denonville commence par répéter les mêmes reproches, puis il raconte que le sieur de Saint-Ours, noble du Dauphiné, est sur le point de repasser en France avec sa famille, désespérant de pouvoir sortir de la pauvreté. ‘ Cependant, ajoute-til, ses enfants ne s’épargnent pas, car j'ay veu deux grandes filles couper du bled et tenir la charrue. Il nomme trois autres seigneurs qui sont dans le besoin, ‘fort nécessiteux ?, le sieur Godefroy de Lintot, Charles D'Ailleboust des Musseaux et Sidrac Dugué de Boisbriant. D'un autre côté, il n’a que des éloges à l'adresse de Pierre Boucher, sieur de Grosbois, seigneur de Boucherville, longtemps gouverneur des Trois-Rivières, qui, dit-il, :rest pas noble de France mais qui mérite de l'être et qui le fut plus tard.® ‘Sa seigneurie est une des plus belles de ce pays.”

(1) En 1661, M. Boucher fut le premier Canadien anobli par M. de Feuquières, vice-roi de l'Amérique française, En 1694, M. de Champigny demanda pour lui des lettres de noblesse du Roi lui-même, mais sa demande ne fut pas accordée. En 1704, M. de Beauharnois la renou-

velait ‘pour ce vénérable vieillard de 83 ans”. Elles lui furent expédiées peu de temps après, ]

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82 L'AGRICULTURE AU XVIIe SIÈCLE

(Cor. gén., VIT, 231 ; voir aussi XXII, 31.) Cependant à en juger par le recensement de 1681, la position de Boucher ne

paraît guère meilleure que celle de St Ours, Dugué ou

D'Aïlleboust. Quoi qu'il en soit, il faut bien peu connaître le

caractère du militaire habitué à l'abondance de tout, pour ne

pas s’apercevoir qu'il aime à se plaindre et à demander de

l'avancement. Quatre ou cinq seigneurs demandent la pro-

tection du gouverneur général et il en conclut de suite que les

nobies sont pauvres et sans crédit. C'était aller trop loin.

Comme dans tous les pays nouveaux et éloignés de la mère-

patrie, la vie était très chère et nécessairement remplie de

privations. Gédéon de Catalogne, officier, architecte et arpen-

teur, peut-être le chroniqueur le plus véridique, disait vers

1714, dans son mémoire sur les Sesgneuries et Habitations,

que ‘‘les marchandises qui viennent d'Europe sont à un prix

exhorbitant, ce qui avait coutume de se vendre quatre livres se vend présentement douze et quinze et souvent plus, le fer jusques à vingt sols la livre. Enfin tout le poids de cette révolution tombe sur le corps des troupes, le marchand, l'artisan” et le laboureur se renvoyant la balle à qui vendra plus cher ; tels de ceux là se sont vus naguère à la mercy de leurs amis et quelquefois à la charge, qui se trouvent en quatre ou cinq ans riches de soixante mille livres, du moins il y en a qui passent pour tels ; on les entend cependant crier tous les jours contre la monnaye de cartes à la faveur desquelles ils ont fait leur fortune...

“Enfin le Canada ne parait plus qu’un brigandage, on n'y trouve presque plus de bonne foy, ny de subordination, les officiers n'y peuvent plus subsister, il n'y a que ceux qui commercent qui sont opulents. Le Roy a estably un si bon ordre dans ses troupes en France par le moyen des cantines, que jusques au tambour y est en estat de boire du vin, et les premiers capitaines icy sont réduits à boire journeilement de l’eau et le moyen car en 1705, elles brûlèrent dans l'incendie du séminaire de Québec où un de ses fils, prêtre, les copiait, (Cor, gén., XIII ; Zbid., XXII, 31.)

(1) Voir /wg. et Dél,, I, 93, 94.

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: d’achepter une barrique de vin est:cinq cents livres et l'eau de vie de douze et treize cents, une aune de tailles de Rouan jusques à douze livres et ainsy du reste, une paire de bas de St Mezaut seize livres.” (Arch. Can., Col. Moreau de Saint- Méry, 278.) ‘

Opulents étaient les commerçants, dit Catalogne. Oui, peut-être, mais c'était aux dépens de leurs créanciers. Ceux qui firent fortune n'étaient pas nombreux ; on peut presque les compter sur les doigts de la main, Berthé de Chailly, le conseiller de Lino, le baron de Saint-Castin, Charles et Jacques Le Moyne, Jean Guenet, René Cuillerier, Jacques Le Ber, qui était peut-être le plus habile administrateur de son temps. Et puis combien d’entre eux employèrent leurs richesses à développer la colonie. Peut-être deux ou trois, les Le Moyne, les Le Ber, les Cuillerier. Le chevalier de Callières écrivait avec raison en 1700 que les marchands qui se sont enrichis passent en France, ‘‘ c'est ce qui fait que la colonie est toujours pauvre.” (Marery, V, 174.)

A côté de ces fortunes, combien de ruines et de désastres, Cavelier de La Salle, Tonty, La Forest, le gouverneur Perrot, Youville de la Découverte, Juchereau de Saint-Denis, Aubert de La Chesnaye,.La Mothe-Cadillac, Lenoir-Rolland, Charles de Couagne, Coulonges, Hazeur, Péré, Lesueur, La Vérendrie et combien d’autres ! Le 27 avril 1703, M. de Beauharnais disait que ‘les marchands meurent presque tous insolvables ”. Cor. gén., XXIX, 154; voir XI, 433, XX, 22, 40, XXI, 10, 22, 26, 73; XXII, 25, 342, XL, 42; XLIII 103. Ædts et Ora, LTI, 55, /ug. et Dél., VI, 1187.)

Malgré tous les désavantages et ennuis de la vie canadienne, les seigneurs, non commerçants, qui vivaient sur leurs domaines et les défrichaient, ne quittèrent pas le pays. Même ceux qui allèrent gémir chez le marquis de Denonville y firent souche et y ont encore des descendants. Le capitaine de Saint-Ours, en particulier, fut le fondateur d'une des plus opulentes seigneuries et le père d'une des familles les plus distinguées du Canada,

S'il est permis de douter de l'influence que le seigneur laïque,

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noble ou roturier, a pu exercer sur le mouvement agricole, il n'en est pas ainsi des seigneurs ecclésiastiques ou religieux. Ils furent non seulement de puissants agents de colonisation, en s'empressant d'envoyer des missionnaires partout où il y avait un commencement de village ou de paroisse, mais ils étaient les plus grands agriculteurs du pays. D'après le recensement de 1681, si plein de renseignements intéressants, le Séminaire de Québec avait 60 arpents en valeur, 4 vaches, 2 chevaux et 1 âne ; les Récollets, 30 arpents, 4 bœufs, 4 vaches et 1 cavale ; les Ursulines, 200 arpents sous culture, 40 bêtes à cornes, 3 chevaux, 13 brebis ; les Hospitalières de Québec, 150 arpents, 30 bêtes à cornes, 40 moutons ; le Séminaire de Montréal 500 arpents en valeur, 71 bêtes à cornes, 150 brebis, 3 chevaux ; l'Hôpital de Montréal, 100 arpents, 31 bêtes à cornes et 30 moutons ; les Dames de la Congrégation, 1 50 arpents en valeur, 22 bêtes à cornes, 5 chevaux, 20 brebis.

Les Jésuites, assez souvent maltraités par les fonctionnaires, n'apparaissent pas au recensement de 1681 comme ayant fait quelques défrichements. Etait-ce erreur, ou mauvaise foi? Il est certain que, dès l'origine, ils se vouèrent à la culture en même temps qu'à l'éducation et aux missions. Champlain leur rend le témoignage que ‘“ comme gens vigilans et laborieux, qui marchent tous d’une même volonté, sans discorde, qui ont fait que dans peu de temps ils eussent des terres pour se pouvoir nourrir et passer des commoditez de France, et plust à Dieu que depuis 23 à 24 ans, les sociétés eussent été aussi réunies et poussées du même désir que ces bons Pères ; il y aurait maintenant plusieurs habitations et mesnages au pays qui n'eussent esté dans les trances et appréhensions qu'ils se sont veües ”. (Œuvres de Champlain, 1111 et 1112.)

Il est absolument impossible que les Jésuites qui, en 1681, possédaient des seigneuries considérables, concédées plusieurs années auparavant, n’eussent pas plusieurs arpents sous culture. L'édit d'amortissement pour les Pères Jésuites du 12 mai 1678 de toutes les terres qu'ils possédaient ne fut accordé qu'à la condition ‘qu'ils mettront toutes les dites terres en culture et

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valeur dans quatre années suivantes et consécutives ”. (Æ@. et Ord., 1, 105.) M. Sulte dit que durant la période de 1633 à 1664, les Jésuites étaient des ‘“ seigneurs effectifs”. (Pages d'Aistoire, 217.) D'après le recensement de 1667, ils avaient 100 arpents en valeur et 30 bestiaux. (Can. Fr. par Sulte, V, 65.) A l'époque de la conquête, le général Murray dit qu’ils avaient 891,845 arpents de terre et un revenu annuel de 30,000 livres. (Smith, Æ7454. of Can., |, 14 ; Arch. Can., rap. pour 1892, p. 14.) Frontenac disait en 1675 que les Jésuites avaient fait des défrichements jusqu’à leurs missions de l’ouest. (Margry, 1, 307.) Pénicaut écrivait en 1711 que plus de soixante ans auparavant les Illinois de Kaskakia avaient appris des RR. PP. Jésuites l’art de l'agriculture avec tant de succès qu'ils avaient du bled aussi beau qu'en France, et toute espèce de légumes, fruits, volailles, bestiaux, de telle sorte, ajoute-t-il, qu'ils ne manquent de rien de ce qui est nécessaire et commode à la vie. (Zd., V, 489, 490.) :

Les seigneurs ecclésiastiques et religieux sont restés au pays et sont même devenus fort riches par l'augmentation en valeur que le temps donna à leurs terres et seigneuries, richesses qui leur ont permis de protéger et. d'instruire le groupe français et de le conduire au degré d'influence qu'il exerce aujourd’hui sur le Canada britannique. (Voir Canadian Magazine, February 1900.) Parmi les ecclésiastiques de Montréal, on comptait d'anciens militaires, comme M. Dollier de Casson, capitaine de cavalerie sous Turenne, et des nobles, comme M. d'Urfé, fils du marquis d'Urfé, M. de Fénelon, fils du marquis de Fénelon. Les fondateurs de Saint-Sulpice en Canada, entre autres MM. de Queyius, de Belmont et de Breslay, appartenaient aux premières familles de France et possédaient ‘quelque fortune ; quelques-uns étaient même riches. Tous employèrent leurs ressources personnelles à développer le pays.

LE COMMERCE DES PELLETERIES. -— LES COUREURS DE BOIS. LES CONGÉS. —— CONTREBRANDE CHEZ LES ANGLAIS. -— LES

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