‹ Supplément au "Lake St. Louis" &c [microforme]Chapitre 3 sur 43 · SL LA · texte numérisé non relu

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ments de l'époque. En 1677, lui-même présentait au roi un mémoire dans lequel il dit que ‘ La Salle passa en Canada en 1666, et commença la même année le village de la Chine.” En 1678, un contemporain écrivait qu'il y a douze ans ril voyage dans l'Amérique septentrionale, ce qui nous ramène à 1666. On lit dans l'Æ/istoire de M. de La Salle, écrite la même année, qu'il partit de France à 21 ou 22 ans, ce qui nous reporte encore à 1666, car il est né le 21 novembre 1643. (Wargry, I, 330, 346, 376). Enfin, le livre terrier des seigneurs de l’ile de Montréal constate qu'il obtint la concession de sa terre en roture à Lachine ‘ vers 1666 ”. La simple affirmation de ‘“ Racine ” ne suffit pas pour rejeter tous ces témoignages. Ce sont ces documents qui ont pu induire plusieurs historiens en erreur. Si ‘“ Racine ” n'offre pas de preuve, le P. de Rochemonteix en donne plusieurs incontestables dans son histoire Les Jésuites el la Nouvelle-France, tome 3me. pages 47 et 48, publiée en 1895-06, que ‘ Racine ” a évidemment lue. D'abord, dans une lettre datée de Laflèche, le 1er décembre 1666, il demande au R. P. Général de la Compagnie de Jésus l'autorisation d'aller en Portugal suivre les cours de théologie, autorisation qui lui fut refusée le 18 janvier 1667. C'est alors qu'il demanda d’être relevé de ses vœux de religion. Sa demande, examinée par ses supérieurs, fut transmise à Rome en janvier 1667 et le 1er mars suivant elle était approuvée. La Salle quittait le collège de Laflèche le 28 mars 1667. Voilà ce que les archives de la société de Jésus établissent hors de tout doute. Le P. de Rochemonteix cite le texte même du catalogue ou journal de la maison. Æxivit Mag. Robertus Lonatius Cavelier è collegio Flexiensi die 28 Martii 1667. La Salle narriva donc au Canada qu'en mai ou juin 1667, avec les premiers vaisseaux, et il se trompe lui-même lorsqu'il dit qu'il fonda le village de Lachine l’année 1666. C'est l’année 1667 qu'il aurait dû dire. Il était certainement à Montréal le 7 novembre 1667, car, ce jour-là, il assistait au mariage de Sidrac Dugué, avec toute l'aristocratie de la ville. Dès décembre 1667, on voit des mutations de terres situées à Lachine ; il y en a même

une du 29 août ; elles n'étaient guère possibles avant le défrichement de quelques arpents, c'est-à-dire avant le printemps ou l'été de 1667. C'est probablement la date de la concession verbale du fiéf Lachine, que La Salle appela Saint-Sulpice. En 1669, il obtint un titre écrit d'une partie, savoir 420 arpents, qu'il vendit la même année avec le reste de ses biens, pour se procurer les fonds nécessaires pour ses découvertes.

Le 6 juillet 1669, il s'embarquait de Lachine, ‘ où, dit un mémoire du temps, l'on s'embarque pour remonter plus haut le long de la Grande Rivière, ” (Margery, 1, 436.) La Salle, accompagné de MM. Dallier et de Gallinée et de quelques sauvages qui avaient hiverné à sa maison de Saint-Sulpice, se dirige vers l'ouest ‘ à dessein d'aller reconnoistre un passage qu'ils estiment trouver qui donnerait communication avec le Japon et la Chine ”. (Cor. gén, IX, 348 ; Margry, 1, 117). En 1673, M. de Frontenac suppose encore que le Mississipi se décharge dans la mer de Californie, et ce ne fut qu'au retour de Jolliet et du P. Marquette, en 1674, qu'il apprend qu'il se jette dans le golfe du Mexique. (Z414., 255, 257, 258, 267.) C'est alors que La Salle changea son projet et résolut de descendre le grand fleuve jusqu'à son embouchure et de prendre possession de l'immense contrée qu'il arrose au nom du Roi, son maitre. Pour mieux réussir dans cette vaste entreprise, il fonda, avec la protection de la cour de France, plusieurs seigneuries et postes de commerce sur les grands lacs de l’ouest et jusqu'à l’intérieur des Illinois, choisissant Cataracoui comme base de ses opérations. Pendant douze longues années de misères et de fatigues, il ne cessa de pousser énergiquement ses découver; tes presque entièrement à ses frais, au milieu des plus grands dangers et malgré des difficultés sans nombre, provoqués par ses ennemis ou peut-être encore plus par ses défauts de tempérament.® Enfin, le 19 mars 1887, il fut assassiné par quelquesuns de ses soldats au golfe du Mexique, martyr de son dévouement à la France. Rouen, qui l'a vu naître, et Chicago (à

(1} Après quinze ans de résidence au Canada, il avouait qu’il n’y avait pas un seul ami et qu’il se défait de tout le monde, même de son frère, l’abbé Cavelier. (Margry, V, 234.)

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[Le) CAVELIER DE LA SALLE

l'origine Ci:icagou) qui a été le témoin de ses voyages et de ses établissements aux Illinois, ont élevé des monuments à sa mémoire. Un jour viendra où les Canadiens en feront autant sur l'emplacement de son premier établissement en Amérique, à Lachine, à l'endroit même que traverse le seul chemin de fer canadien qui conduit au Japon et à la Chine.

La fin tragique de La Salle ne fut connue au Canada que plusieurs années après. Son frère, l'abbé Caveher, prêtre de Saint-Sulpice, qui l'accompagna et qui retourna à Villemarie le 14 juillet 1688, avec Joutel et quelques compagnons, en avait fait un profond secret, sans donner la moindre explication de cette étrange conduite. Tous disaient que La Salle n'était pas mort et qu'il poursuivait heureusement l'exécution de ses projets. (Margry, TITI, 524.) Le 20 aoft 1688, Mgr de Saint- Vallier écrit au ministre qu'il a été agréablement surpris de recevoir le frère de M. de La Salle ‘ arrivé de sa grande descouverte. C'est un excellent ecclésiastique de M. Tronson, qui passe en France pour vous rendre comptè de toutes les aventures qu'ils ont courues. ” (/614., 570.) E

La Cour ne connaissait absolument rien du sort de La Salle. a Le 8 mars 1688, le ministre écrivait au gouverneur et à l’intendant : — ‘ Sa Majesté est surprise qu'il n'y ait pas de nouvelle du sieur de La Salle.” (Cor. gén., X, 28 ; Margry, TI, 575.) D Comme ses créanciers menaçaient de poursuivre, le ministre leur à enjoint, en attendant, d'empècher ‘“ qu'il ne lui soit fait aucun frais mal à propos ”. Le 6 novembre 1688, ils répondent : ‘“ Nous n'avons rien au sujet de M. de La Salle ; M. Cavelier, son frère, est allé porter des nouvelles à Monseigneur... On ne fait icy aucun frais au sieur de La Salle, quoyqu'il y ait un grand nombre de créanciers. ” (Cor. gén., X, 12; Margry, III, 581.) M. de Champigny avait précédemment, le 8 août 1688, informé le ministre que M. Cavelier était arrivé depuis trois (?) mois et qu’ ‘il passe en France, à dessein de vous #4 rendre compte de ses découvertes”. (Cor. gén., X, 204, 205,394 ; Margry, VI, 577.)

Arrivé en France, l'abbé Cavelier ne se rendit pas à Saint-

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Sulpice ni à la cour, mais à Saumur, où il voulait d’abord s'acquitter d'un vœu, et il se préparait à aller à Saint-Michel dans le même but, mais son supérieur, M. Tronson, lui écrit d'aller ‘au plus tôt” rendre compte ‘de toute votre découverte ” à la cour, où son arrivée était anxieusement attendue. (argry, III, 581.) Il s'y rendit, mais à quelle date précise, c'est ce qui n'apparaît pas ; probablement avant la réception des lettres de novembre 1688, car on lit la note suivante écrite par le ministre sur la marge de la lettre du 8 août: ‘“ Leur donner des nouvelles de sa mort et des circonstances.” Effectivement, au commencement de 1689, le ministre mande à MM. de Denonville et de Champigny : ‘ Quoyque Sa Majesté ne doute pas qu'ils n'ayent appris à présent le malheur arrivé au sieur de La Salle, elle a estimé à propos de leur faire sçavoir que le sieur Cavelier, son frère, a apporté la nouvelle de sa mort, ayant esté assassiné par quelques-uns de ses soldats.” Ordre leur est donné de faire une enquête complète. (argry, III, 600.) Le 16 novembre 1689, M. de Champigny répond : ‘* Si on apprend quelque chose des gens de M. de La Salle, on en donnera avis à Monseigneur, et on fera ce que l’on pourra pour en avoir des nouvelles par les Illinois. Si M. Cavelier n’avoit pas caché sa mort, on y aurait envoyé et on sçauroit la vérité au printemps prochain.” (Margry, VIT, 601.) Aujourd'hui que l'on s’impatiente de ne pas avoir de nouvelles de la guerre d'Afrique en un jour ou deux, on peut à peine concevoir qu'il fallait tant de temps pour obtenir une nouvelle aussi importante. Ce ne fut que le 10 mai 1691, que M. de Champigny envoya sa relation de la mort de La Salle. (Cor. gén., XI, 448 ; Margry, II, 601.)

Comme tout le monde s'y attendait, La Salie, entièrement livré à ses découvertes, négligea ses affaires et laissa une succession insolvable, Tout son actif consistait dans le fort Frontenac qu'il avait loué à ses créanciers en 1686, l'année même qu'il perdit son magasin à l'embouchure de la rivière Niagara. (Cor. gén., VIII, 37 ; Zéid., IX, 208, 323.) Le fort Frontenac était une des plus belles propriétés de la Nouvelle-France. Sa construction première, en 1673, avait coûté à M. de Frontenac

10,000 livres ou $1,666.66. Non seulement La Salle lui remboursa cette somme, mais il dépensa en sus au-delà de 34,000 livres. Plus tard, en 1677, il démolit l’ancien fort de bois et en fit construire un autre bien plus considérable, avec cinq bastions réguliers de pierre de taille, une maison et autres dépendances, presque toutes de pierre. (Marory, I, 215, 232 à 236, 293; Belmont, 31.) L'enceinte était de pierre, au moins en partie, car Catalogne nous dit qu'à l'arrivée de M. de Denonville, en 1687, ‘les murailles” avaient 16 pieds de hauteur (Col. de mss., T, 561); mais il n'est pas moins certain qu'une partie était de bois, car le 6 novembre 1687, M. de Denonville écrit au ministre qu'il venait de faire ‘faire des murailles à Cataracouy ”. (Cor. gén., IX, 8 Maroery, V, 67.) M. de Villeneuve en fut l'ingénieur, probableme aidé de M. de Catalogne.

Pour comble de malheur, cette propriété d'une grande valeur était détruite, lorsque les créanciers apprirent le sort de leur infortuné débiteur. Le fort Frontenac avait été démoli à l'automne 1689, à la suite du massacre de Lachine, par l’ordre du gouverneur Denonville, Ce dernier avait d'abord conclu ‘“ de ne point brusler la maison, et de n'en abattre que ce que j'ai fait faire de nouvelles maçonneries, pour laisser entier tout ce que M. de La Salle a fait bastir ; mais comme je crains que les Anglois n'occupent ce poste, c'est ce qui me fait vous mander de ne ricn épargner, si vous le pouvés faire”. (arery, V, 42; voir aussi Cor, gén., X, 328) M. de Frontenac rapporte au ministre, le 15 novembre 1689, que malheureusement M. de Valrennes, commandant du fort, avait exécuté exactement les instructions qui lui avaient été envoyées, qu’ “il avoit fait plusieurs mines sous les bastions et murailles du fort, sous des tours qu'il y avoit, dont l’une servoit de magasin aux poudres, et sous tous les bastimens, et qu'estant esloigné de cinq lieues du fort, il avoit entendu un si grand bruit, qu'il ne doutoit point que les mines n'eussent fait un grand effet et que le fort ne fust tout renversé”. (Margry, V, 47.) Cependant tout le fort ne sauta pas. M. de Catalogne nous dit qu'il avait quatre bastions et que chacun avait une tour voûtée pour servir de magasin. Il

ajoute que l’une des tours ne sauta point, la mèche n'ayant pas pris feu. (Co/. de mss., 1, 572.) Tous ces détails authentiques démentent l'assertion qui a été récemment faite que les travaux de La Salle à Cataracoui avaient été insignifiants.

En 1695, le fort Frontenac était relevé par M. de Frontenac “sur les vieux fondemens, aux dépens du Roy”. (Cor. gén., XIX, 4; Margry, V, 67.) Le. P. de Bonnécamps, qui le vit en 1749, dit que ‘c'est un quarré de pierres de soixante toises ”, et que ‘‘chaque angle est flanqué d'un bastion”. (Xoy, Soc., x. s. [, 44.) En 1758, il fut pris et détruit par les Anglais qui le rebâtirent sur l’ancien emplacement. La porte principale porte l'inscription “1672” ; c'est “1673” qu'on aurait dû dire, puisque c'est l'année qu'il fut bâti en bois par M. de Frontenac.

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