Otite moyenne hémorragique
{Bulletin de Laryngologie, 1907, page 271.)
Je viens d’observer un cas rare d’otologie, qui présente de l’intérêt tant par les détails que par les interprétations qu’il comporte.
Un homme de trente ans, caissier de profession, se présentait à ma clinique, le 5 janvier dernier, pour une douleur dans le fond de son oreille gauche. Elle avait débuté le jour de l’an, accompagnée de quelques frissons légers.
L examen au spéculum montrait une membrane tympanique moyennement bombée et d’une coloration rouge pâle. Sur la paroi postérieure du conduit, à proximité du bombement, on voyait une petite masse noirâtre qui nous parut être un peu de cérumen durci.
La mastoïde n’était aucunement douloureuse, mais quand on pressait sur le tragus en le refoulant dans la direction de la caisse, on déterminait cette douleur caractéristique des infections tympaniques qui provoque chez le malade un mouvement de retrait.
Le diagnostic d’otite moyenne suppurée paraissait s’imposer. Je chargeai un des élèves de la clinique, de pratiquer la paracentèse.
Avant d’y procéder, il eut la bonne inspiration de toucher avec un stylet coudé la petite masse noirâtre qui avait donné à tous les élèves l’impression d’un peu de cérumen. Ayant pressé à ce niveau, grande fut sa surprise de provoquer une brusque rupture. Du sang rouge fit irruption dans le fond du conduit, en petite quantité d’ailleurs, une dizaine de gouttes environ. Aussitôt le bombement de la membrane tympanique s'affaissait en majeure partie et le malade se déclarait très soulagé. Nul doute que ce sang ne vint de l’oreille moyenne, bien que la membrane fût simplement d’un rouge pâle et non ecchymotique. La petite masse noirâtre située sur la paroi postérieure près du tympan était Vraisemblablement un peu de sang issu de la caisse et desséché.
Un tampon d’ouate stérilisée fut mis dans le conduit auditif et je recommandai au malade d’éviter de se moucher avec force. Quand je le revis, trois jours après, toute douleur avait cessé et la membrane, pâlie, ne bombait presque plus.
A quelles interprétations répond cette observation?
Quand on vint me dire que la caisse avait expulsé du sang pur, je me rappelai que lors de la grande épidémie d’influenza, en 1889 et 1890, beaucoup d’otites moyennes et de myringites s'étaient montrées hémorragiques. Ces faits furent alors signalés par Delstanche, Reynier, Matheson et bien groupés dans une étude de Lcewenberg.
En tenant compte de ce que mon malade saigne facilement, de ce qu’il avait eu un coryza quelques jours avant, puis de légers frissons et surtout de la douleur à la pression sur le tragus, je pense que je me suis trouvé en présence d’une otite moyenne catarrhale chez un hémophilique et qu’en raison de cette disposition naturelle l’infection légère de la caisse s’est traduite plus
encore par une exsudation sanguine que par la production de mucus ou de pus.
J’ai observé quelques jours après un deuxième cas, presque semblable à ce premier.