Supplément. Notice sur les travaux scientifiques
Une Notice sur mes travaux scientifiques a paru en mars 1912, à l’occasion d’une première candidature à l’Académie des Sciences.
La période de cinq années qui s’est écoulée depuis a été divisée par la guerre en deux parties sensiblement égales.
Dans la première, mes études ont été dirigées dans le même sens que par le passé ; on en trouvera l'énumération dans la liste chronologique qui est placée à la fin de cette publication.
Dans la seconde, je me suis surtout occupé de chirurgie de guerre. Dès le début des hostilités, j’ai demandé à être réintégré dans le Corps de santé militaire. Je lui avais appartenu dès 1870; je m’étais engagé à cette epoque, étant interne des hôpitaux ; j avais été d’abord affecté à l’évacuation des blessés de Sedan (à Charleville-Mézières) puis, durant le siège de Paris, à l’IIôpital Saint-Martin et à l’Ambulance militaire de l’avenue La Motte-Picquet. Depuis, j’avais cessé de figurer dans les cadres militaires, avec le grade de medecin-major de 1™ classe. Je suis rentré dans l’armée en août 1914 et j’ai été aussitôt promu médecin principal de 2* classe. Je fus affecté à l’Hôpital militaire du Panthéon, en qualité de médecin traitant de la 1™ division de blessés. Je suis resté à la tête de mon service chirurgical gynécologique de 1 Hôpital firoca, dont la majeure partie a été militarisée. Enfin, j’ai dirigé l’hôpital auxiliaire, n° 40. J’ai eu ainsi la possibilité de faire beaucoup de chirurgie de guerre.
De mars 1912 à août 1914, mes travaux ont porté sur la chirurgie
générale et gynécologique. En 1913, j’ai pris une part active à deux grands Congrès médicaux (').
Pendant celte période précédant la guerre, j’ai continué à présenter et il défendre à l’Académie de médecine une série de communications sur des questions physiologiques du D r Alexis Carrel (p. 5 à 9).
Je noterai, parmi mes travaux originaux, ceux qui sont relatifs à deux types cliniques nouveaux que j’ai décrits : la métrite cervicale sténosiquc et les rétrécissements larges du col utérin (p. 15 et 16). Je signalerai aussi un procédé opératoire dont j’ai fixé la technique nouvelle : la mobilisation du rectum dans la périnéorraphie pour rupture complète (p. 23 à 28).
D’août 1914 à mars 1917, mes études et mes opérations sont, comme pour tous mes collègues, dirigées presque exclusivement vers la chirurgie de guerre. En parcourant mon exposé analytique, on verra que mes publications ont été assez nombreuses et ont trait aux principales questions de . la chirurgie d’armée.
Je ferai ressortir surtout les points suivants :
1° J’ai, l’un des premiers j(dès octobre 1914), proclamé la nécessité dos grands débridements précoces dans les plaies par projectiles. Je suis revenu sur ce point capital (dont la méconnaissance au début de la guerre a été si funeste) à de nombreuses reprises, soit à la Société de Chirurgie, soit à l’Académie de médecine (p. 29 h 33).
2” Je me suis, le premier parmi les chirurgiens, élevé avec force contre la large résection des troncs nerveux blessés par projectiles, procédé opératoire que je considérais comme dangereux et qui a, ensuite, été reconnu tel par la grande majorité des chirurgiens et des neurologistes (Babinski, Déjerine, Pierre.Marie, etc.) (p. 62 à 64).
3° J’ai, dès son apparition à l’Académie de médecine, démontré les illusions et les dangers d’une méthode de pyoculture qui n’avait rien moins que la prétention de guider et même de « corriger » la clinique pour décider des interventions graves ; sur ses indications, on avait déjà amputé plusieurs membres. Depuis mes critiques exposées à l’Académie de médecine et à la Société de Chirurgie, les prétentions et les applications de cette méthode ont été complètement modifiées par son auteur; la pyoculture a cessé d’être mise au-dessus de la clinique et de constituer un danger (p. 39 à 47).
(1) Celui de Lille, en mars 1915 (Congrès national périodique de gynécologie, d'obstétrique et de pédiâtric, T session) en qualité de président, et celui de Londres, en août 1913 (17* Congrès
4“ J’ai défendu énergiquement la valeur des antiseptiques, dont l’efficacité était contestée, qu’on déclarait même plus nuisibles qu’utiles, renversant ainsi par une affirmation audacieuse toutes les acquisitions de l’expérience clinique, depuis Lister (p. 54 à 38).
5“ Enfin — et cette initiative pourrait compter parmi les meilleurs services que j’ai pu rendre pendant la guerre, — j’ai été l’un des premiers à étudier sur place (à Compiègne) la méthode de Carrel relative au traitement abortif de l'infection des plaies et à leur réunion secondaire par première intention. J’ai présenté les communications de Carrel et de ses élèves à l’Académie de médecine. Je les ai soutenues longtemps seul, devant celte Compagnie, et, presque seul, à la Société de Chirurgie (p. 48 à 59). J’ai eu la grande satisfaction de voir mes principaux contradicteurs se rendre successivement à l’évidence, et accepter cet immense progrès de la thérapeutique chirurgicale. — Il y a presque un demi-siècle, la méthode de Lister, dont Lucas-Championnière a eu le mérite d’être l’initiateur et le propagateur dans notre pays, a de même rencontré d’abord la défiance et l’opposition.