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PRÉSENTATION DES TRAVAUX DE M. ALEXIS CARREE

Je crois devoir exposer dans ce chapitre les points principaux des communications originales de M. Alexis Carre! ; je les ai présentées en son nom à l’Académie de médecine. On pourra ainsi apprécier toute leur importance et la persistance que j’ai mise à les divulguer.

La vie alternante des tissus en dehors de l’organisme d’après les nouvelles expériences de M. Alexis Carrel. Note complémentaire. — Communication faite à l'Académie de Médecine, le 12 mars 1912. — Bull, de l’Acad. de Méd., t. LXVII, p. 210 et Presse Médicale, n» 12, 13 mars 1912,

Résultats nouveaux de M. Alexis Carrel relatifs à la vie manifestée permanente des tissus séparés de l’organisme. — Communication faite à l’Académie de Médecine, 12 juin 1912. — Bull, de l'Acad. de Méd., t. LXV1II, p. 475 et Presse Médicale, 29 juin 1912, p. 532.

Ces expériences pratiquées selon une technique perfectionnée ont porté sur les cultures du cœur et des vaisseaux sanguins de fœtus de poulet. Elles consistent à leur faire subir une série de lavages et de passages dans un milieu neuf. Après trente-neuf à quarante-trois passages, ces tissus se trouvaien t encore en pleine activité vitale au début du cinquième mois de leur vie m vitro. Des observations déjà faites au point de vue de la rapidité de la croissance des tissus à l’état de vie alternante ont été confirmés. Mais ce qui est plus intéressant, c’est la persislance de l’activité fonctionnelle. Des fragments de cœur ont été animés de pulsations qui, après avoir disparu, ont reparu avec la même intensité après un nouveau lavage et un nouveau pas-

sage en milieu neuf. Ces battements, plus fréquents sur les petits fragments que sur les gros, persistaient encore trois mois après leur séparation de l’organisme.

Vie autonome d’appareils viscéraux séparés de l’organisme d’après les nouvelles expériences deM. Alexis Carrel. — Communication faite à l’Académie de Médecine, le 7 janvier 1913. — Bull, de l'Acad. de Méd., t. LXIX, p. 15. — Bulletin médical, 1913, p. 27 et Presse Médicale, 1913,

8 janvier, p. 27.

Dans les précédentes expériences que j’avais communiquées à l’Académie, M. A. Carrel avait expérimenté sur de très petites quantités de tissus vivants ; il était donc fort intéressant d'employer pour ces expériences une plusgrande quantilé de tissus. M. A. Carrel a, dans ce but, enlevé aseptiquemenl, en une seule masse, les organes thoraciques et abdominaux d’un animal, en général d’un chat, les conservant dans certaines conditions à la tempéra- . lure de 38 degrés. Dans la trachée sectionnée et intubée, on place une sonde de caoutchouc pour pratiquer la respiration artificielle, puis on extirpe en une seule masse les viscères thoraco-abdominaux unis par leurs vaisseaux sanguins et on les place dans un bassin contenant de la solution de Ringer à 38 degrés. Ordinairement, le cœur bat encore lentement et régulièrement, mais la pression sanguine est basse, les pulsations cardiaques sont faibles et l’apparence des organes très anémique. Au bout de quelques minutes, la pression sanguine s’élève et devient parfois presque normale. On place alors l’organisme viscéral dans une boîte remplie de solution de Ringer; on couvre d’une mince soie du Japon et on protège avec une lame de verre. Le tube trachéal est fixé è une ouverture pratiquée dans la paroi de la boîte et un tube est fixé à l’œsophage, de manière à pouvoir introduire dans l’estomac de l’eau et dés aliments. L’intestin est attiré hors de la boîte à travers un tube spécial et on y établit un anus artificiel. La boîte est alors placée dans une étuve à 38 degrés. Dans ces conditions, les viscères vivent dans un état en apparence normal. Les pulsations du cœur sont fortes et régulières, la circulation des organes normale. L’intestin présente des contractions péristaltiques et se vide par l’anus artificiel; quand il est vide, de la bile et du mucus intestinal sont évacués. Dans une expérience où l’estomac était plein de viande au moment de la mort de l’animal, une digestion normale se produisit pendant les heures suivantes. Quelques organismes viscéraux moururent presque subitement après trois ou quatre heures, mais

heures après la mort de l’animal dont ils provenaient.

J'ai fait suivre cette communication des remarques suivantes :

« Je viens de relater les expériences de M. Carrel en transcrivant les notes qu’il m’a remises. Je crois inutile d’en faire longuement ressortir l’importance.

Certes, d’autres physiologistes avaient déjà réussi à conserver pendant assez longtemps des organes entiers vivants et fonctionnant en dehors de l’organisme. Mais ce résultat était obtenu par des moyens artificiels, c’està-dire à l’aide d’une circulation artificiellement entretenue, ou avec la « perfusion » du sang défibriné, du sérum ou du liquide de Locke.

Un des premiers points originaux des expériences nouvelles de Carrel est que la vie des organes se maintient par l’effet de la circulation naturelle, avec le sang de l’animal lui-même qui s’oxygène dans les poumons et qui est envoyé par son cœur aux tissus. Un second point me paraît digne d’être signalé. Il ne s’agit plus ici de la survie d’un seul organe séparé, mais bien de la survie d’un ensemble d’organes, de la totalité des appareils splanchique, respiratoire, circulatoire, digestif, fonctionnant en une sorte de symbiose prolongée. N’y a-t-il pas quelque chose de saisissant dans cet organisme viscéral, comme dit M. Carrel, qui vit isolément, sans tète et sans membres, et qui évoque l’idée fantastique d'une larve de gigantesque invertébré?

Enfin, la duree vraiment inattendue de ceue vie associée de divers organes, séparés du reste du corps et du système nerveux central par line espèce de décortication, offre un intérêt considérable pour démontrer l’indépendance de la vie végétative et de la vie de relation. »

beaucoup plus vite que le tissu frais. Cependant le tissu adapté à la vie in vilro provenait indirectement d’un morceau de cœur qui avait été extirpé il y a plus de deux ans à un embryon de sept jours. Il est donc certain que le pouvoir de prolifération de la colonie n’a nullement diminué; Pendant la troisième année de sa vie autonome, le tissu conjonctif présente une activité plus grande qu’au début. Cela indique qu’il n’est plus soumis à l’action du temps. On peut dire du tissu conjonctif ce que. Weissmann disait des colonies d'infusoires, c’est-à-dire qu’elles sont potentiellement immortelles.

J’ai fait remarquer au sujet de ces belles expériences qu’elles sont tout à fait d’accord avec celles que M. Champy a depuis poursuivi dans mon laboratoire, a 1 hôpital Broca. Ce dernier a montré notamment que la prolifération réapparaît en culture dans des tissus qui ont cessé, depuis longtemps, de croître dans l’organisme, et que les tissus se différencient quand on les cultive in vitro. Le fait que les éléments se multiplient de plus en plus vite après un long temps de culture, indiquent bien qu’ils retournent. à un état de plus en plus embryonnaire.

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