BLESSURES DES MEMBRES
Éclatement et désossement de l’épaule. Appareil orthopédique.
(Présentation do malade). — Bull, et Mém. de la Soc. de Chir., 21 avril 1915, t. XL!,
Considérations sur quelques cas de conservation des membres en chirurgie de guerre, -e In V. Todoboff, Thèse Paris 1915.
sorte de profession de foi qui n’était pas peut-être sans mérite en face de l’opposition presque générale à la doctrine que je soutenais.
Aujourd’hui je saisis l’occasion qui m’est donnée de republier ici cet exposé (*). Cela est d'autant plus nécessaire que je me réclame de ces mêmes principes dans'la discussion à l’Académie de Médecine de 1915.
Voici donc ce que j’écrivais il y a vingt-sept ans. Mes idées depuis lors n’ont pas varié ; j ajoute que j’ai eu la satisfaction de les voir peu à peu adoptées par la grande majorité des chirurgiens :
« Avant de pratiquer la laparotomie et afin de se mettre en garde contre la possibilité d’en faire une operation inutile, l’exp'oration du trajet de la balle doit êlre fait soigneusement, avec le doigt d’abord, avec une incision au besoin. Cet examen conduit-il à Ta conclusion de pénétration? Faites sans hésiter la laparotomie pour voir si vous ne trouvez pas dans le ventre à placer une suture ou une ligature....
« Au fond de la doctrine de l’abstention, il est impossible de ne pas reconnaître la pensée intime, que la laparotomie et l’examen de l’intérieur du ventre sont chose très grave. C’est là, à vrai dire, le nœud même du débat, celui qui le rend insoluble théoriquement. Pour ma part, je suis persuadé, avec beaucoup de mes collègues, que l’ouverture exploratrice du ventre est aussi légitime que l’examen avec le doigt du trajet de la plaie, et qu’elle ne sera pas plus dangereuse entre les mains d’un chirurgien rompu à la pratique des laparotomies, bien aidé et bien outillé. Tout se réduit, en somme, à une question d’installation, de technique et d'habileté individuelle (*). »
Qu’on veuille bien le remarquer : jusqu’à la guerre actuelle, les chirurgiens étaient « incomplètement aidés et outillés » et « mal installés » sur le front ou dans les ambulances assez proches de la ligne de feu, les seules où les blessés du ventre peuvent y être opérés à temps, dans les toutes premières heures qui suivent la blessure. C'est donc avec raison que, même les interventionnistes comme M. Monprofit et moi, nous faisions encore en 1915 une exception pour la chirurgie de guerre en ne lui appliquant pas, comme à la chirurgie civile, la règle de l’intervention immé-, diale Ou rapide, la seule qui offre des chances de succès.
Ainsi s’explique la discussion qui suivit la communication de M. Monprofit (4 mars 1913). J’avais cru comprendre alors, d’après certaines réserves et réticences de M. P. Reclus, qu’il tentait de nouveau de préconiser son ancienne doctrine de l’abstention systématique, sauf de rares exceptions. Je pris alors la parole pour affirmer la nécessité de l’intervention toutes les fois qu’on pouvait la faire dans de bonnes conditions matérielles.
« Il n’est pas légitime, disais-je, d’assimiler ce qui s’impose sur le champ de bataille dam les plaies de l'abdomen à ce qu’on doit faire, si possible, dans.la pratique civile. A la guerre, sous le feu de l’ennemi, les conditions d’une bonne laparotomie immédiate n’existent pas. C’est cela seul qui commande l’abstention, et je suis absolument de l’avis de M. Monprofit pour la condamner comme dangereuse. C’est aussi l’opinion des chirurgiens qui ont pris part à la guerre russo-japonaise et à la campagne des Italiens en Tripolitaine. Cette pratique de l’abstention immédiate sur le champ de bataille est donc définitivement établie (*) sans contestation sérieuse. Mais on ne doit pas, h mon avis, faire une règle générale d’une nécessité de circonstance. Les plaies pénétrantes de l’abdomen, alors même qu’il s’agit de projectiles de petit calibre, donnent lieu, le plus souvent, h des désordres d’une gravité extrême qui commandent une intervention rapide par la laparotomie, même en l’absence de symptômes graves immédiats. »
Depuis le début de la guerre actuelle, grâce a la création sur le front d’installations sanitaires où sont réunies toutes les ressources de la chirurgie aseptique, « les conditions d’une bonne laparotomie immédiate à la guerre, sous le feu de l’ennemi » qui n’existaient pas en 1913 ont été réalisées. « Ce qui seul commandait l’abstention », la « nécessité de circonstance » a donc cessé. « La question, d’installation » qui seul motivait mes réserves, n’existe plus. Les règles pour la chirurgie abdominale à la guerre sont donc naturellement devenues les mêmes que dans la chirurgie civile. Et j’ajoute que la doctrine de l’intervention, dont j’étais, il y a vingt-sept ans, un des rares défenseurs, a maintenant été adoptée par la très grande majo- I-ilé des chirurgiens.
Le mémoire de M. Rouhier que j’ai présenté à la Société de Chirurgie et dans lequel j’ai signalé de nombreux détails très originaux, est basé sur une série d’observations remarquables où la laparotomie a été rapidement pra-
tiquée. Elle a sauvé de nombreux blessés qui, par l’étendue et la gravité des lésions constatées pendant l’opération, étaient sûrement condamnés sans