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Sur "Amadas et Idoine"

On sait que le roman d 'Amadas et Idoine est l’objet de nombreuses allusions dans la poésie anglaise du XIVe siècle1, et qu’il y a tout lieu de croire qu’il en a existé une version anglaise aujourd’hui perdue. Le poème français lui-même est cité dans le Donnei des amanz 2, œuvre écrite en Angleterre à la fin du XIIe ou au commencement du XIIIe siècle3. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait existé des manuscrits anglo-normands de ce poème. Gui de Beauchamp, comte de Warwick, dans son testament, souvent publié, daté de 1361, mentionne entre autres ‘un volum del romaunce de Ama[da]se e de Idoine,’ qui avait bien probablement été écrit en Angleterre.

C’est aussi en Angleterre qu’avait été exécuté le manuscrit d' Amadas dont deux fragments, retrouvés dans la reliure d’un livre appartenant à la bibliothèque de

1 Hippeau, en tête de son édition, a cité Celles d 'Emcire et de Gower ; il faut y ajouter celle du Cursor Mundi (éd. Morris, v. 20), que Warton avait déjà relevée (éd. de 1824, t. i, p. 127). M. W. P. Ker veut bien m’en signaler une autre, qui se trouve dans Sir Dégrevant (p. p. Halliwell, Thornton Romances , st. xciii) : il s agit d’un lit sur la courtine duquel est représentée en broderie toute l’histoire d’Ydoine et Amadas.

2 Romania , t. xxv, pp. 507 et 535.

3 M. Grôber (Zeitschr. f rom. Philol., xxi. 575) ne veut pas que le Donnei soit antérieur au deuxième quart du XIIIe siècle ; mais ses raisons ne me paraissent pas décisives.

Gottingen, ont été imprimés, il y a quelques années, par M. H. Andresen1. L’écriture et les formes du langage, que l’éditeur a soigneusement relevées, ne laissent aucun doute sur ce point ; mais l’examen comparatif des deux fragments de Gottingen avec les passages correspondants de l’unique manuscrit connu d’ailleurs2 du poème français3, manuscrit exécuté à Arras en 1288 4, amène à une constatation beaucoup plus intéressante. Le texte des deux manuscrits est généralement assez semblable ; mais ils offrent quelques divergences graves. Or la plupart de ces divergences consistent en ce que le ms. de Gottingen (G) présente des formes, non de graphie, mais de langue, — c’est-à-dire intimement liées à la mesure ou à la rime, — anglo-normandes, tandis que le ms. de Paris (P) donne à la place des formes françaises. M. Andresen a bien remarqué ce fait, mais il n’en a pas tiré la conséquence : il se borne à remarquer que ‘ le texte [des fragments] diffère souvent notablement de celui d’Hippeau et parfois à son avantage.’ Je vais mettre en regard les passages en question dans G et P, en les groupant d’après les traits critiques qui se montrent dans chacun d’eux. Je rectifie le texte d’Hippeau d’après la collation donnée par M. Andresen ; dans G j’introduis aussi les corrections qu’il a faites5.

1 ZeUschr : f rom. Philol xiii. 85-98.

2 M. W. Fôrster a annoncé une nouvelle édition d’Amadas 1 d'après deux mss.’ ; il a bien voulu me faire savoir que le second est i un fragment très considérable, et qui appartient à une rédaction assez librement traitée.’

3 C’est d’après ce manuscrit que C. Hippeau a imprimé le roman (Paris, Aubry, 1863).

4 La plus grande partie de ce ms. a été écrite par Jean Mados, neveu d’Adam de la Halle ; mais P. Paris a déjà constaté (. Manuscrits françois , iii. 221) qu 'Amadas est copié par un autre scribe. Il jugeait ce scribe Anglais ou Normand ; mais M. P. Meyer, si compétent en pareille matière, m’assure que l’écriture n’est pas anglaise (ce qui serait en effet bien surprenant) ; le copiste, d’après les formes grammaticales qu’il emploie, devait être artésien comme Jean Mados et Perrot de Nesle (l’auteur des sommaires en vers).

5 Je modifie quelque peu la ponctuation dans les deux textes; j’emplois aussi à ma convenance les signes diacritiques.

i. On sait que l’élision d’un e féminin en hiatus dans l’intérieur des mots, devenue générale en français, s’est produite beaucoup plus tôt en Angleterre que sur le continent. De là la différence du quatrième vers dans ce passage:

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