‹ Sur "Amadas et Idoine"Chapitre 2 sur 3 · G, IL · texte numérisé non relu

G, IL

Qu’anc de rens esperance n’urent Fors de repairer a laesce E a grant joie senz tristesce En leur pais a envaisure,

Ne fust ceste forte aventure.

En esperance adonques furent De repairier a grant leece Et a grant houneur sanz tristrece O leur signeur en leur païs A leur parens, a leur amis.

2. L’anglo-normand dès le xiie siècle confond ié avec /, ce que ne fait pas le français de France, surtout celui du nord. La différence apparaît dans deux passages :

. . . A Nuvers, la riche cité.’ Amadas Pot mut deshaité ;

Li quer li eschaufe d’ardur.

Mès nul meillur cunsail ne sevent.

Quel talant qu’ait, atant le lèvent Sur un suef ambiant destrer.

. . . A Nevers, la rice cité.’ Amadas l’ot, si a troublé Le cuer et escaufé d’ardeur.

Angoisseus en sont et dolent.

Puis l’ont monté isneîement Sus un souef ambiant destrier.

Cité et deshait\i\ê \ sevent et l\i\event, pouvaient rimer en Angleterre, mais non en France.

3. La cause de divergence de beaucoup la plus fréquente est la déclinaison. Dès le xiie siècle beaucoup d’écrivains anglo- normands emploient, comme le français moderne, l’accusatif avec la fonction du nominatif. Cette particularité apparaît à la rime dans plusieurs passages des fragments de Gottingen : elle ne se retrouve pas aux endroits correspondants du ms. de Paris, soit que les vers où elle se présente y manquent, soit qu’ils aient une autre forme. Je n’ai pas compté moins de quinze

cas1 de ce genre, que je relève en en formant certains groupes.

a. Accusatif sing. de la Ie déclinaison pour nominatif:

Vus savez ben que duz baiser A cel puint at mut grant mester.

De l’un fu li autre s’esprent,

Si s’ajustent naturelment ;

Alumé sunt de tel chalur Et de tel fu que ja mais jur Qu’aient a vivre n’ert estaint, Tant cum la vie el cors lur maint.

Et dit suef et belement :

4 Deus ! cum ai grant [torment] eût 2 ! 3

Kar uncore ert tut esperdut.

. . . A Nuvers, la riche cité.’ Amadas l’ot mut deshaité ;

Li quer li eschaufe d’ardur.

Deus ! cum ainz fut curtais e sage !

Or est desvé od la grant rage.

En l’espaude as denz l’aert,

Oue l’os remaint tut descuvert.

Kar dur li semble le déduit :

De lui s’estort et si s’en fuit.

Vous savés bien que dou baisier A icel point eut grant mestier.

Dou fu d’amoi l’uns l’autre esprent,

Si s’ajoustent naturaument Par si fine loial amour Et de tel fu que ja mais jour C’aient a vivre n’estaindra,

Tant com cascuns vivans sera.

Et dist souef et belement,

Con cil qui est tous esperdus :

4 Dix ! cil grans max dont m’est venus ? ’

. . . A Nevers, la rice cité.’ Amadas l’ot, si a troublé Le cuer et escaufé d’ardeur 3.

P jnanquent .

En l’espaulle as denz l’aert,

Que l’os li a tout descouvert.

Qu’il n’aime pas itel déduit :

De lui s’estort et si s’en fuit.

1 J’en omets quatre où la forme de G peut se défendre comme étant celle du vocatif (IL 108), ou du nominatif pluriel (IL 114, 131), ou du neutre (II. 118).

2 M. Andresen comble un peu autrement la lacune.

3 Ce même passage a été cité plus haut à propos de la rime de ié avec e .

Al bois s’en vait cum esragé.

Deus ! cum si home sunt iré !

Haitez sunt mut que il l’unt pris, Mais mort sunt et maltalantis De ce que il est forsené :

En plurant l’unt araisuné.

Quant a lui parolent resun,

Et il cum estapé bricun Respund, cum cil qui ad perdu Siin cors et est del sens issu.

Et si s’en fuit com esragiés ; Envers le bos s’est adrechiés.

Liet sont de ce que il Font pris, Et angousseus, ce m’est avis, De ce qu’il est si esragiés :

Cascuns en est fourment iriés.

Quant on parole a lui de bien, Et il respont toute autre rien.

manque

manque

b . Accusatif de la déclinaison à accent mobile pour nominatif :

. . . Revent de pamisuns l’emfant. . . . Que il revint de pasmisons.

A mut grant paine en suspirant Un souspir jete ki fu Ions ;

Ovre les uilz pitusement. Les eulz oevre piteusement.

Un autre exemple, avec le mot bricun , a été donné à l’instant.

c. Accusatif pluriel pour nominatif :

L’exemple, avec maltalentis pour maltalentif , a été donné ci-dessus.

Ce n’est pas seulement la rime, c’est la mesure qui permet parfois de constater les infractions du texte anglo-normand à la déclinaison, correcte dans le texte artésien. En voici deux exemples:

Kis veïst si plurer et plaindre Dire poüst qu’une n’oï graindre Ploureïs ne dol 1 de nul home, Sulunc ço que li livre asume.

Oui les oïst plourer et plaindre Dire peüst aine n’oï graindre Ploureïç ne duel faire d’oume Que li sien font, ce est la soume.

1 Le ms. a Plourer ne dol ; M. Andresen corrige dol en dolur ; mais P indique la bonne correction.

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