Petite-fille du poète
Un mot de réponse à cette question, if you phase.
Je suis arrivé pour bientôt repartir. Voyons-nous beaucoup en ces dernières journées qui me restent encore à passer dans cette ville méprisée. Je veux retourner à mon Stratford-sur-Avon, comme Sbakespeare. J'en ai fini de tout, excepté du mépris !
Immortale jeciir !
Ce qui me reste de cœur est pour vous.
Paris, dimanche 3 août.
Six lignes, dites-vous. Les voici !
Je pars jeudi pour Valognes, et de là, je vous écrirai. Je suis dans le diabolique froufrou des emballages, et voilà pourquoi, par parentbèse, le Constitutionnel * ne vous portera pas mon article de semaine demain. Ne croyez pas à la légère indisposition dont il parlera peut-être. Mon indisposition, c'est des malles à faire et tous les soucis d'un départ et d'un emménagement là-bas.
Je reviendrai pour le lancé de mes Diaboliques vers la fin de septembre". Je passerai buit à dix jours à Paris, et alors je vous verrai et nous pourrons rire
1. Barbey d'Aurevilly écrivait au Constitutionnel depuis 1869. Il y avait pris la succession de Sainte-Bouvo.
2. Les Diaboliques ont paru on novembre IS74 (un vol.in-liî, chez Dentu). De plus, le Constitutionnel du 3 août JS74 ne contenait pas d'article de Barbey d'.Vureviliy. Cette k'ttre est donc de 1874.
dans les cabarets î Nous nous vengerons de ces absences. Vous cuisez, à ce qu'il paraît, si j'en crois vos vers recuits à la flamme de vos soleils. Nous, nous cuisons moins poétiquement entre nos damnées maisons blanclies. Mais c'est toujours cuire. Vous ne vous plaindriez plus du î^igot...
Ne vous carbonisez donc pas trop. Qu'il me reste un bout de tison que je puisse allumer encore, en soufflant bien...
Paris, jeudi, 6 avril 70.
Mon liéroïque Hector !
Puisqu'il faut vous prévenir, je vous préviens que samedi^ je débarque cliez vous — et que j'y dîne de la dent, de l'esprit, du cœur et de tout! Vous me direz où vous en êtes de cette publication, projetée lorsque je suis parti ^., Bonne râtelée de rires et d'amusettes. Nous nous gorgiasserons et nous rigolerons, comme dit Rabelais.
Ab ! vous trouvez La Fontaine un vieux blagueur ! C'est vous qui blaguez, Monsieur de Saint-Maur !
1. Il s'agit de la publication du Dernier Chant, où SainL-Maur a recueilli toutes les poésies écrites par lui de 1855 à 1875.
Mardi (26 février 1878).
Voulez-vous, prieur, congre g ationner maiiresquement et saintement jeudi prochain au prieuré ordinaire ?
Le Dom Arsène ^ qui est de ladite Congrégation de Saint-Maur, pourrait peut-être venir ce jour-là ?...
Mais, Saint-Maur, mon prieur adoré, me voulezvous pour ce jour-là avec ou sans Arsène?
En hâte ! Pas le temps de muser.
Paris, 6 avril 78.
Eh hien ! prieur de Saint-Maur, le diahle t'a-t-il emporté, toi et ton prieuré ! ! ô Hector — sacrée plume ! Ce n'est pas de vous que je parle, c'est de celle d'oie que j'ai dans la n^ain ! — valet de cœur, sans cœur ! Le plus beau des valetages — par lequel nous avon^ tous passé ! Vous n'êtes donc plus qu'un valet de carreau ^ Moi, je ne suis plus (ju'un valet de pique, pour vous piquer !
Vous eu niériteriez un fier coup... de pi(jue !
1. Arsène lloussaye. — C'est dans la revue l'Artiste, qu'il dirigeait, que Saint-Maur avait fait paraître la plupart de ses vers.
2. Hector de Saint-Maur signait quelquefois dans l'Artiste : le Valet de carreau. De là ces plaisanteries.
J'attends — et ne vois rien venir ! Monsieur est-il évaporé?...
Paris, 19 juin 1878.
Mon cher Saint-Maur,
Qui s'accuse s'excuse, et fait mieux, — se fait tout pardonner. Je ne vous en veux plus, mais je vous en ai voulu. Partir comme un fuyard, comme un traître, sans faire un signe, à moi, qui espérais un dernier choc de verres!... Ah! vos lumbagos ne vous empêchent pas de détaler comme un lièvre, et pour éviter le provincial \ vous m'avez fui... Vous m'avez traité comme un provincial !
Je suis vengé, du reste. Il pleut, bergère, sur ceux qui veulent faire les bergers et qui ne se contentent pas de traduire les vieilles églogues^ Il pleut, et vous pouvez maintenant rentrer vos blancs moutons,.. Saint Médard est désormais mon saint; il daube les amis. Il traite l'amitié comme une laitue. Il l'arrose quand elle meurt sur pied pour qu'elle repousse et relève son nez de laitue. C'est un grand jardinier d'amitié que saint Médard. Vous m'avez, trempé par lui, écrit une lettre aimable. Pardieu ! Je le sais bien