Voici ce discours
« Monsieur le Maire, Messieurs,
«Giiaque année, vers le mois de novembre, Jules Barbey d'Aurevilly venait de Paris vers Saint-Sauveur et Valognes, ce pays aussi beaus et peut-être plus beau, disait-il, sous les pluies que sous les rayon, du soleil. 11 venait en lils même de la terre normande, sachant à présent que sa gloire serait d'en avoir tracé les belles légendes « Les Equinoxes commencent à souiller, écrivait-il en 1875, et nous « allons avoir les grandes marées de septembre ; je me dois à ces « écumes qui ont Irangé mon berceau et dans lesquelles j'irai, pour « ([uebiues jours, raviver mes souvenirs et mes sensations. » Et chaque année, plus profonde et plus tendre, s'exhale sa passion pour la terre natale. C'est un hymne qu'il y consacre et si, dans ses livres, il en a décrit en poète les paysages et les êtres, l'histoire et la légende, de ses lettres on tirerait certaines des phrases les plus nobles (ju'on ait moulées en prose IVançaise, pour en former une anthologie à la gloire de votre pays normand.
« A la même saison, il y revient, et pour jamais, l'illustre enfant de Saint-Sauveur ; il y revient, saisi par un homme de génie en pleine passion et en plein rêve, et tel jeté à la fournaise d'où il est sorti vivant d'une vie surnaturelle, celle que l'artiste créateur peut seul donner à son œuvre, il y revient dans l'immortalité du bronze qu'égalera en durée son œuvre romancs(iue. Au nom du Comité, j'ai l'honneur de vous remettre, Monsieur le Maire, ce monument, œuvre d'Auguste Rodin et de Paul Nénot, alin que sur la place de la ville où naquit IJarbey d'Aurevilly, il atteste l'estime et l'admiration <iue connurent pour lui ses contemporains, et afin (jue, devant la Postérité, il perpétue la gloire de son nom. »
formuler des sentiments forcenés en des vers majestueux, — et il devait gag"ner son pain en se courbant sur des besognes médiocres et plates dont il ne sauvait l'horreur que par Tentliousiasme de sa plume... Il était plein d'illusions ; il en vivait, et à force d'en vivre, il souffrait moins qu'un autre, peut-être, de cette médiocrité de moyens, — disons le mot, de cette pauvreté dont sa dignité n'eut jamais à souffrir et qu'il portait avec une noblesse plus authentique que ses parchemins, avec une générosité de prodigue, avec un geste de donneur si joli... Là, vraiment, il y avait chez lui du gentilhomme, il y avait de la vieille, delà très vieille France, la chère France de jadis... Ce déraciné, qui avait déserté sa province « pour éviter le regard qui tombait de trop près sur lui )>, n'a fait sa gloire que de sa province... »
Après quoi, on entendit M. Georges Lecomte, président de la Société des gens de lettres, M. Camille Le Senne, président du Cercle de la critique dramatique, M. L'Hôpital, vice-président de la Société normande du Livre illustré, deux poètes, MM. Ilalley et A. Le Brun, M. de Biez, enfin, secrétaire général du Comité, et M. Hersan, maire de Saint-Sauveur, (|ui a remercié. Je tiens à mentionner tout spécialement la poésie patoisante de M. Beuve, qui a ravi tout le monde. M. Beuve avait revêtu h) costume de maître Tainnebouy, le fermier de FEin^orcrlcc^ et revenait sous la
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veste de droguet et la limousine, \q pied de frêne en main, célébrer son chantre ^