‹ Sur Barbey d'AurevillyChapitre 38 sur 54 · L'ÉTUDE DE M. FERNAND CLERGET · texte numérisé non relu

L'ÉTUDE DE M. FERNAND CLERGET

Si, depuis quelques années, les articles de journaux, ou plutôt les articulets sur Barbey d'Aurevilly surabondent, si le premier gazetier venu se montre prêt aujourd'bui à trousser sur le fameux et bautain solitaire de la rue Rousselet quelque cbronique plus ou moins niaise, on peut encore compter, en revancbe, et même très aisément, — car il faut s'arrêter à trois, — les ouvrages de quebjue étendue consacrés au grand critique et au grand romancier-.

En 1891, deux ans après la mort de Barbey- Gbarles Buet donna sur lui un volume iVhnpressions et souvenirs. C'était décousu, superficiel, anecdotique, prolixe et incomplet. Mais V homme était |)ré

\. Barbey cV Aurevilly, par Fornand Clerget, un vol. in-12. chez Falque, 80, rue Bonaparte, Paris.

2. L'ouvrage de M. Ernest Seilliùre. examiné plus loin, en porto le nombre à (juatre.

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sente d'une manière assez vivante, au milieu de ses amis, et par un ami. La sympathie passionnée de Charles Buet semblait môme touchante, sinon coura geuse pour Tépoque. Enfin, il y avait dans cette œuvre d'un familier Fagrément des souvenirs exacts et une première source de renseignements nombreux. Vinrent ensuite (1902 et 1904) les deux gros volumes de M. Grêlé, massifs et universitaires : 1° la vie, 2"" l'œuvre. La partie biographique contenait des détails surabondants sur l'origine, l'enfance, la jeunesse, beaucoup moins sur l'époque la plus féconde de la vie de Barbey, rien ou presque rien sur sa vie passionnelle. Quant au second tome, on y voyait classiquement sectionner d'Aurevilly. En de longs chapitres bien bâtis défilaient l'aristocrate, le catholique, le romantique, le Normand, et tout ce qu'on voulait, et plus qu'on n'en voulait. Bien entendu, l'aristocrate, le catholique, etc., étaient à tour de rôle étudiés depuis A jusqu'à Z, des débuts à la mort, sans compter l'influence. Et cela faisait une cinquantaine de portraits juxtaposés, où se laissait admirer rinaltérable patience du peintre. Les innombrables textes, alors inédits, de Barbey, que contenait cet ouvrage le rendaient, du moins, attrayant en 1904... Gomme aujourd'hui, non seulement les moindres Meinoranda, mais quatre volumes de lettres, dont deux à Trebutien, sont publiés, la thèse de M. Grêlé, dont

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les qualilés consciencieuses et la documentation faisaient passer la lourdeur, tend à devenir moins utile. Il serait injuste toutefois de nier qu'elle ait beaucoup servi à la mémoire de Barbey d'Aurevilly. Il est non moins certain que les journalistes ont puisé là dedans à pleines mains. Les vols même ont été si copieux que les chroniqueurs n'auront plus besoin désormais do recourir à cette source : ils n'ont plus qu'à se piller entre eux.

L'étude récente de M. Fernand Cler^et, qui constitue la troisième et dernière œuvre d'ensemble sur Barbey d'Aurevilly, est tout aussi consciencieuse que celle de M. Grêlé, et elle est infiniment moins pesante. On ne peut pas lui décerner le titre d'œuvre définitive. L'auteur lui-même n'y prétend certainement pas. Mais j'y vois de grandes qualités.

Et d'abord, il faut savoir à M. Clerget un gré immense d'avoir complètement renoncé au pain quotidien des reporters, à ces peintures extérieures et faciles qui, lors même qu'elles sont exactes, n'aboutissent ({u'à perpétuer des légendes par l'importance (ju'on leur donne. Il doit être impossible, aujourd'hui encore, de faire sur Barbey d'Aurevilly un article ou une conférence sans parler de son pantalon et de sa cravache, ou sans lui donner du « connétable » au moins une fois : les lecteurs et les auditeurs ne comprendi'aient plus. Mais, dans un livre, on est plus

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libre que dans une revue ou dans un journal, et il importe désormais que Vœuvre y soit considérée, et non plus seulement ni surtout le dandy prétendu. Or, c'est bien la pensée de Barbey que M. Clerget étudie, ce ne sont pas des anecdotes inautlientiques qu'il colporte, ni des inventaires de tailleur. Dans son ouvrag'e d'un intellectualisme un peu sec, on n'a pas une seule fois cette impression de faux pittoresque et de superficialité que l'on ressent, neuf fois sur dix, à la lecture d'une étude, longue ou brève, sur son liéros.

Voici maintenant un autre mérite : c'est la simplicité extrême du ton et de la métliode. M. Clerget ne se donne pas de grands airs. J'imagine qu'il a dû, en lecteur très sagace qu'il est, observer qu'à l'heure actuelle un tout petit nombre de personnes ont lu intégralement Barbey d'Aurevilly et que d'ordinaire on ne parle de lui que par ouï-dire. 11 s'est donc donné mission de renseigner, non d'éblouir. Et sans diviser Barbey en homme et en auteur, sans isoler l'écrivain de l'œuvre ni l'œuvre de l'écrivain, il note, au fur et à mesure qu'ils se présentent chronologiquement, les actes, les influences, les productions. Quand un ouvrage est nommé, il l'analyse aussitôt, et chemin faisant, il le juge, approuve ceci, conteste cela. Ou bien encore, il dit tout simplement ce qu'on a dit de cette œuvre, en quoi on a vu juste et dans quelle

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