‹ Sur Barbey d'AurevillyChapitre 39 sur 54 · L ÉTUDE DE M. FERNAND CLERGET · texte numérisé non relu

L ÉTUDE DE M. FERNAND CLERGET

mesure on a pu se tromper. Tout cela est uni, pondéré, méticuleux, sans ambition. Quel({uefois, le lecteur souhaiterait une passion un peu plus exubérante et jusqu'à un style moins froidement exact, moins savamment mesuré. Mais M. Glerget, qui ég-ratigne à toute occasion la Sorbonne, la Revue des Deux Mondes, etc., ne tombe jamais, pour sa part, dans les défauts de leur art et ignore pleinement la dissertaion universitaire.

Par un procédé assez ingénieux et dont la simplicité est méritoire, ces analyses et critiques partielles se continuent, selon les exigences de la chronologie, après que, dans l'ouvrage, la mort de Barbey d'Aurevilly est venue. C'est que, pour M. Fernand Glerget, dont la naïveté est vraiment cliarmante, une production posthume aussi prodigieuse fait douter que l'auteur soit mort. Après le récit — bref et précis comme toujours — des funérailles, le chapitre continue, et de nouveaux ouvrages déhlent comme si de rien n'était. Nous sommes de la sorte menés juscjuV'n 1909, jusqu'aux deux dernières publications, (|ui sont : Voyageurs et romanciers et les Lettres à Trcbutien. Ainsi, tout a été noté, annoté, analysé, jugé. Quelques pages encore de jugements généraux, et le volume s'arrêtera comme il a commencé, tout simplement.

Il y a là œuvre de [)atience, de modestie et di' me-

sure. Exactitude, finesse, horreur de l'emphase, des constructions ambitieuses, du rabâchage, de Tanecdote fausse et de Taspect doctrinaire : telles sont les qualités de M. Cierge t.

On comprendra qu'il soit vraiment impossible de le reprendre ligne par ligne et de formuler des observations sur toutes ses observations à lui. Ce que je puis dire, c'est que, sans partager toutes ses idées et sans souscrire à tous ses jugements, l'admiration générale qu'il professe pour les qualités imaginatives et critiques de Barbey me semble pleinement justifiée. 11 a bien dégagé, à côté du catholique sincère et dont la sincérité ne peut faire doute, l'artiste séduit, malgré ses doctrines tranchantes, par toute beauté poétique, le traditionaliste et le novateur, fidéaliste et le réaliste ou le peintre d'histoire. 11 a maintes fois insisté sur le caractère moral de toute son œuvre, applaudissant lui-même avec noblesse aux satires violentes de Barbey d'Aurevilly contre la littérature de bas étage et le naturalisme abject. 11 a eu raison enfin de ne pas le réduire aux proportions étroites d'un écrivain purement normand.

Ce qu'on eût désiré pourtant dans le volume, c'est un jugement plus net à la fin. Excellent dans le détail, M. Clerget semble moins à l'aise dans les revues d'ensemble. Je regrette surtout les passages sur l'action que Barbey d'Aurevilly pourra exercer encore en ma-

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tière relig"ieuse. Invoquant un fragment où Barbey annonce la ruine de la société chrétienne, il en abuse. Et comme, sans être lui-même catholique, il se montre idéaliste et même religieux à sa façon, il voit l'auteur des Pro'phètes du passé collaborant à je ne sais quelle renaissance qu'il déclare, lui, M. Clerget, (( sublime », et « qui jaillit enfin de la cendre des vieux cultes écroulés ». Ce qu'il dit alors, et en quelques autres endroits, n'est pas clair. Et le rôle, même « inconscient », qu'il fait jouer à Barbey d'Aurevilly n'aurait guère plu à ce dernier. Sa doctrine catholique était assez ferme pour qu'il pût se croire à l'abri do ces « utilisations », — d'ailleurs assez énigmatiques. Mais, sauf ces quelques jugements contestables, l'ouvrage de M. Clerget sera d'un grand secours à ceux qui veulent en conscience étudier d'Aurevilly \

1. Je tiens à montionncr ici quelques études beaucoup plus brèves, niuis consciencieuses, sur le grand romancier : Un écrivain normand, Barbey cU Aurevilly , 46 pa^'es, Paris, Lecoiïre, par Paul Festugière (1897); — Essai sur Jules-Amédée Darbcy d'Aurevilly, \yàv Pierre de Crisenoy, 1908 (Barbey y est envisage surtout au point de vue catholi(iue) ; — un article excellent de M. de Régnier dans le Journal des Débats du 3 août 1908, à propos de la réédition du Théâtre contemporain ; — une très remarquable étude de Jules Bertaut sur Barbey d'Aurevilly critique dans le Mercure de France du. 1"'' novembre 1908; — l'article do IM. Gabriel Aubray (Audiat) dans le Correspondant du 2;) novembre 1909; — Barbey d'Aurevilly, sa vie, ses œuvres, opinions inédites, par Fernand Ilalley, préface de Jean Revel (Rouen, édition de la Revue picarde el normande, 1909) ; — etc. Voir aussi l'Esprit de Barbey d'Aurevilly, préface d'Octave llzanne (Mercure de France, 1908). et le chapitre sur Barbey, dans Études et portraits littéraires, de Michel Salomon (Pion. 1896).

ET M. ERNEST SEILLIÈRE

Au printemps de 1910, M. Ernest Seillière prononçait sur Barbey d'Aurevilly une dizaine de conférences, qu'il a depuis publiées \

Sa prétention, — justifiée d'ailleurs, — c'est d'avoir apporté « du nouveau » sur le lord Anxious. Mais toute la question, pour nous^ est de savoir si ces pages « nouvelles » concernant un homme dont on a tant parlé, et qui demeure si mal connu, éclairent vraiment sa vie, sa pensée, son art.

Eh bien ! soyons franc : je n'ai pas trouvé ces « nouveautés » décisives. — Oh ! les pages brillantes atteignent un chiffre respectable : une certaine manière serrée peut impressionner, sinon convaincre, des lecteurs insuffisamment au fait de la biographie ou de la bibliographie de ]3arl)ey, et les abstractions

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