OBSERVATION II
(Vincent, Krebs et Chavany) À. OBSERVATION CLINIQUE.
Femme de 70 ans, entrée le 8 décembre 1924, salle Bichat, . à l'hôpital Tenon. Elle allait et venait jusqu’à ces temps derniers. Onze jours avant son entrée à l'hôpital, le 25 novembre 1924, elle est frappée d’un ictus sans perte complète de la connaissance. $
Examen le 9 décembre. — Obnubilation très accentuée. Elle se plaint constamment et l’on comprend que son membre inférieur droit est très douloureux : fréquemment, elle s'efforce de le frotter avec son membre supérieur gauche. Elle marmotte constamment des choses inintelligibles ; on a beaucoup de peine à se faire comprendre d'elle. Deux phénomènes attirent immédiatement l’attention sur ses membres inférieurs :
Des douleurs et l'attitude des deux membres contracturés en flexion.
Les douleurs. -— Nous avons signalé les plaintes presque permanentes de la malade.
La traction sur le membre inférieur droit accentue les plaintes.
Toutes les excitations cutanées portées sur le membre inférieur droit arrachent des cris à la malade ; le pincement est plus pénible que normalement, le frôlement même est douloureux. Il semble que le membre inférieur gauche soit aussi anormalement sensible ; elle se plaint plus qu’un sujet normal pour des excitations identiques, infiniment plus que des sujets qui sont dans le même état intellectuel. :
L’état d'obnubilation ne permet pas d'explorer les différents modes de la sensibilité.
or —
La contracture. — Les deux membres inférieurs sont contracturés en flexion.
Le membre inférieur droit est contracturé plus que le gauche.
La cuisse et la jambe sont en général en surflexion, respectivement appliquées au segment du corps sus-jacent ; le pied est tordu en dedans, tout le membre en rotation interne.:
‘ Au membre inférieur gauche; la flexion est moins prononcée, l’angle de flexion de Ia cuisse sur le tronc, de la jambe sur la cuisse, dépasse pourtant l’angle droit.
L’attitude des membres inférieurs semble pouvoir varier
spontanément, mais lentement, d’un moment à l’autre de la journée.
- Nous n’avons pas observé de mouvements spasmodiques tels que ceux si fréquemment rencontrés au cours des paraplégies en flexion d’origine médullaire. Cependant, il existe, dans les muscles fléchisseurs, des secousses fibrillaires, fasciculaires, se succédant rapidement, parfois à intervalles de temps presque égaux.
Motilité volontaire. —: NVolontairement, la malade ne peut corriger l'attitude du membre inférieur droit, soit que la contracture s’y oppose, soit que la paralysie soit très prononcée.
Au contraire, elle peut, au commandement, péniblement 11 est vrai, étendre le membre inférieur gauche ; elle le replace plus facilement dans l'attitude primitive.
‘ Motilité passive. — Passivement, il est relativement facile de corriger la position du membre gauche ; cela est plus difficile à droite. La traction sur ce membre exagère la douleur et-détermine des mouvements spasmodiques qui tendent à exagérer la flexion. En agissant patiemment on finit par obtenir l'extension complète. La traction sur le membre inférieur droit ne tend pas seulement à exagérer la flexion de ce membre : elle produit ou exagère la flexion du membre inférieur
gauche. L’inverse n’est pas vrai.
SL PME
Réflectivité, — Les réflexes rotuliens et achilléens sont abolis (la malade est atteinte de tabès incipiens). Le réflexe cutané plantaire est en extension à droite, en
flexion dorsale à gauche
Examen des membres supérieurs. — Le membre supérieur droit est appliqué au tronc, l’avant-bras en flexion ; il est souple, il ne fait aucun mouvement volontaire. Tous les réflexes tendineux existent, mais fables.
Le membre supérieur gauche exécute les actes commandés ; il fait des mouvements adaptés aux circonstances ; de la main gauche, la malade cherche à se débarrasser des doigts qui la pincent ; elle fait le geste de frotter le membre inférieur droit douloureux (pas d’agnosie douloureuse),
Il n'existe pas de contracture permanente. Cependant, certaines excitations mettent en évidence les réactions motrices anormales de certains muscles. L’avant-bras étant fléchi sur le bras passivement, le pincement du biceps fait se contracter le long supinateur dont la corde apparaît rigide sous la peau, et cela sans qu'il se produise de déplacement de l'avantbras et aussi sans effort de flexion de la part de la malade.
Les réflexes tendineux de ce membre existent, mais sont fai-
bles.
A la face. -— Rien à noter. Pupilles en myosis. Réflexe lumineux aboli.
Incontinence sphinctérienne sans abolition du réflexe amel.
Psychisme. — Obnubilation, torpeur très accentuée ; com-
me nous l'avons dit, on a beaucoup de peine à se faire comprendre d'elle. Cependant elle ‘finit par faire, ou tout au moins ébauche les actes qu'on lui demande.
Avant qu'elle ait demandé le bassin, elle fait sous elle urines
et malières.
Evolution. —— La malade fut observée pendant quatre jours. Les phénomènes furent sensiblement les mêmes. L'attitiie
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