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Sur Gérard de Roussillon. 5 [1] pièces

Les contrées voisines de Poligny et de Chàteau-Cha^ Ion 9 ou, comme disaient anciennement nos pères , les frontières contiguës des comtés de Scoding et de WarasgaUy ont été le théâtre des événements les plus importants de la fin du ix* siècle. Un nom, un homme domine ces grands souvenirs des vieux âges , c'est Gérard . de RoussiUon.

L'auréole de gloire qui s'est attachée à ce nom semble d'abord un phénomène ; car c'est celui d'un vaincu et d'un proscrit : La voix de l'histoire a été étouffée, dans les monuments de son époque , par les créatures de Charles le Chauve (1), mais celle des peuples a. été

(1) Le monument historique le plus complet de la seconde moitié du ii« siècle , les annales du monastère de Saint-Bertin , mentionne à peine Gérard de RoussUlon. Toute la partie si curieuse de son histoire dans nos contrées y est omise. J'en aperçois peutêtre la raison. On croit que^ dans ces annales, le récit de 857 à 882 est de la main d'Hiucmar^ archevêque de Reims, l'homme le plus dévoué à Charles le Chauve. C'est Topinion de Fleury et de D. Bouquet* (t. Vil, préface, p. vi et vu). La tendance de rannaliste contemporain est surtout très-marquée dans le passage suivant, où

plus forte que ce silence Intéressé. Des traditions locales encore nvantes au siècle dernier se répétaient dans plusieurs endroits de notre pays sur le héros des temps carlovingiens. Un grand poëme représentant celles du xiY* siècle, consacré à sa mémoire et dédié à la reine Jeanne , comtesse de Bourgogne , a été édité , il y a dix ans, par M. Mignard, de Dijon, avec une richesse de typographie et des éclaircissements dignes du sujet. Cette épopée nationale , où se voient réunies toutes les extrémités de la grandeur et de l'infortune , a fait pendant sept cents ans le charme des châteaux et des monastères; et, comme Ta dit un historien moderne, peu juste cependant pour cette grande figure du a« siècle, a les hommes n'obtiennent pas tant de renommée dans 1» les fictions populaires, sans en avoir eu une trèsx> grande dans l'histoire. »

Quelle est la valeur de ces traditions sur ce personnage, dont le nom, supérieur à celui de beaucoup d'empereurs et de rois, a ainsi seul et par lui-même traversé les âges? Ck)mment, dans ces caprices de l'imagination des poètes, discerner la vérité de l'erreur? Véritable héros de roman , Gérard de Roussillon a-t-il été , dans les phases les plus terribles de sa vie, toutes

il semble entendre le conseiller loi-même de Charles ie Change. Quelques évoques et certains primats proposaient au roi , avant qu'il envahit le trdne de Lorraine , d'attendre le retour de son frère Louis, alors en expédition. Plures autem sanigri concilio i7/t fTuzndavenmL ut quantociùs commode pos9et usque Mettis properare SO" tageret et ipsi iam in itinere quam ad iptam dvitatem et occurrere maturaverent. Quorum consilium , Cçarolua acceptabilius et talubrius esse inieUigens , juxta eorum suggestionem agere festinaoit, {Annai. Beriùif an, 869.)

GÉRARD DE ROUSSIUjON. 7

accomplies en Franche-Comté , comme Tune de ses ombres grandioses et brillantes qui échappent et s'évanouissent dès qu'on cherche à les saisir?

Nombre d'historiens l'ont pensé, du moins ils ont écrit comme s'ils le croyaient (1) . Droz, d'ordinaire si judicieux, a poussé l'erreur, dans un livre de sa première jeunesse, jusqu'à répudier les traditions de la plaine de Pontarlier (2). D'autres ont protesté contre cet oubli, et c'est avec raison (3) , car, comme on va le voir , tout se retrouve pour qui veut bien chercher. Il faut avoir la patience de méditer ce poème national, de visiter les lieux qu'il a décrits et chantés, de mettre en regard de ses récits les traditions locales , les textes originaux, d'assigner à chaque événement sa date et presque son jour; et, alors, la vérité se dégage; elle apparaît vive et frappante avec une netteté et une fermeté qui étonne à une distance de mille ans, et cette précision de détails s'étend même au lieu de la dernière défaite , si vainement recherché jusqu'à ce jour par les historiens dans la vaste plaine de la Chaux-d'Arlier !

Peut-être ces assertions parattront-elles, au premier coup d'(eil, hasardées et téméraires. Nous serions-nous

(1) Le P. Daniel^ Velly ne lui dozmeDt aucune place dans leur longue histoire de France. D. Plancher , dans celle de Bourgogne, semble ne le connaître que comme fondateur des abbayes de Potiiières et de Vézelay, M. Fanriel, dans sa Gau/? méridionale, ne lui assigne qa*un rôle sans Taleur, et semble justifier ce silence en ces termes : « L'histoire a été bien négligente pour Gérard, car il ne s'y » trouve rien qui explique et justifie suCBsainment Timportance poé- » tique de ce personnage. » {Gaule mérid,, t. iV, p. 350.)

(2) Hist. de Pontarlier, p. 150.

(3) M. MiGNABD. Gérard de Roussillonf p. 370.

8 GÊBARD DE ROUSSILLON.

fait illusion ? C'est ce que les faits qui vont suivre permettront d'apprécier.

L'année 869 était arrivée au milieu de son cours. Lothaire II, roi de Lotharingie , ou, comme nous disons aujourd'hui, de Lorraine, pays qui s'étendait alors de Metz et de Cologne jusqu'à l'Isère, venait de mourir en Italie, au mois d'août, à son retour de Rome. Ce prince , dont Thistoire a enregistré les coupables faiblesses, mourait sans enfants, quoiqu'il eût eu deux femmes; mais il laissait un héritier , son frère, le jeune empereur Louis II. Cet empereur était absent et combattait alors, et depuis plusieurs années, en Italie.. Des événements si favorables à une usurpation laissaient le champ hbre à l'insatiable cupidité de Charles le Chauve, roi des Francks , oncle de Lothaire. Sans tarder , il se rendit à Metz , après s'être assuré l'appui d'Âdventius, évêque de cette ville , et d'Hincmar , archevêque de Reims, son ami dévoué. Les prélats des provinces de Trêves et de Cologne furent mandés pressamment, et la réunion eut Ueu le matin de la veille des ides de septembre 869, dans la cathédrale de Saint-Etienne. Le peuple convoqué remplissait les nefs ; le roi, les évéques occupaient le chœur avec quelques grands leudes. Âdventius et Hincmar prirent successivement la parole pour préparer les esprits au grand événement de la journée ; puis le roi se leva lui-même pour confirmer leurs paroles. D'un ton à la fois décidé et modeste , il se présenta, comme appelé peut-être à sauver le pays, que les Normands menaçaient à l'ouest et les Sarrasins au sud. Il ajouta avec adresse, dans ce temps où les

fiefs n'étaient pas encore héréditaires , que s'il était élu roi de Lorraine il conserverait à chacun ses dignités ; enfin, fixant avec une intention marquée ses regards sur les évêques, il ajouta qu'il serait toujours le défenseur dévoué de la sainte Eglise.

A ces mots, des cris d'approbation unanimes s'élevèrent de toutes parts dans le chœur et dans les nefs ; l'élu de la nation , quittant sa place, vint à deux genoux s'incliner sur les marches de l'autel ; Hincmar lui répandit sur le front et sur le haut de la tête, d'une oreille à l'autre , disent les Actes , l'onction sainte, et procéda avec pompe au couronnement. Les évêques lui mirent en main la palme et le sceptre. Puis chacun d'eux l'ayant béni séparément et en langue latine, il se releva le front ceint du diadème , et les voûtes retentirent des chants du Te Deum (1).

Lorsque cette grande mise en scène fut terminée , le roi salua et quitta rassemblée. Quel que fut ce premier succès , cette couronne lui semblait encore vacillante et mal affermie ; car, dans Télection , on ne comptait que sept évêques et quelques grands leudes. Par ses ordres, des émissaires partirent immédiatement pour annoncer le nouvel élu, porter partout ses royales promesses , et provoquer les adhésions.

Lui-même , sans perdre un jour , se rend à Aix-la- Chapelle, capitale de l'empire de Charlemagne. Nombre de vassaux , empressés d'arriver les premiers , accoururent dans cette royale demeure pour lui apporter

(0 Voy. pièce j> jastif. n» i.

iO GiRABD DE BOUSSILLOlf.

leurs homouiges. Quelques-ans s^absUnrenl et annoncèrent des Tolontés de résistance. Agissant alois en maître absolu, le nouveau roi de Lorraine les priva de leurs bénéfices et de leurs honneurs (1).

Dans les évolutions de cette politique, tantôt astucieuse et tantôt violente , Charles le Chauve était en butte aux plus vives inquiétudes. Car il voyait se lever devant lui trois grands adversaires : le pape Adriœ n , Louis, roi de Germanie, son propre frère, et Gérard de Roussillon , prince assez puissant pour que notre chronique de Grimcmt lui donne le titre de roi. Nos poèmes ajoutent :

Il était le plus grand qui fut en toute France... n arait cent chasteaui et dix cités pour somme. De notre r^ion que Fou appdle Galle , Tenoit-il presque autant que laisoit le roi Ghalle.

Gérard de Roussillon, comte de Provence et de Bourges , duc de Bourgogne , tout-puissant sous le dernier règne, et qui commandait dans la Savoie, le Lyonnais et le Viennois, fut du nombre de ces honunes fidèles à une autre cause. Il rejeta avec fierté et presque

(1) Caro/ttf... MetHs vemen$„. m regnwn tubiifmUus indequè dU" grediens ÂquisgraiU Palatium ingressus ab eo quod sedeg regm este videreiur ; ubi multo plures ad eum conflexenmt. {Annal. Mettent, an, 869. D. BouQDBXy vu, 196-197.)

Dum hœc divertit iodt gerebantwr^ Bludowieut rex apud RatitbO' nom Bajoariœ civitatem gravi detinebatur infirmitate, ita ut mediei illum sanitatem recuperare desperarent,,. Karolut vero rex, compertà HlwknDici fratris tui infirmitate regnum Lothan'i invatit, et sefrutidwn libitum tuum dispotuit , atque ad te de eodem regno venire nolentet publiait privatisque rebut privavit, {Annal, Fuidens. an. 869. D. Bouquet^ vu, p. 274.)

GÉRARD DE ROUSSILLON. Il

avec hauteur toutes les 'avances du roi. Attaquer de front un pareil adversaire sans avoir miné le terrain sous ses pas, était un véritable danger. Charles le vit, dissimula, et attendit, marquant de loin sa proie , selon la belle expression du poème.

Il lui était d^autant plus indispensable de suspendre la guerre au sein de ce royaume si mal assuré , que, dans le même temps, son propre frère, qu'au moment du couronnement de Metz, il avait cru atteint d'une maladie mortelle, était revenu à la santé (1). Il s'appelait Louis, et était roi de Germanie. Ce n'était pas Fempereur Louis, héritier de la Lotharingie, mais un prince du même nom. Ce nouvel adversaire annonçait hautement la volonté d'avoir sa part du pays usurpé par un seul ; et non-seulement il exigeait cette part, mais il ordonnait au roi des Francks, jusqu'à ce qu'elle fût faite et livrée, d'avoir à évacuet le royaume de Lorraine; sans quoi il arriverait lui-même à la tête d'une armée. Déjà, pour mieux se &ire comprendre, il s'établissait à Francfort viUe de ses états, accueillant avec une faveur marquée les seigneurs Lorrains disgraciés par son frère, et, agissant aussi en souverain de la Lotharingie, leur rendait, dans ce pays, les bénéfices et les honneurs dont l'élu de Metz les avait dépouillés (2).

(i-2) Hiudowicus rex de infirmitate sud convaleseens nwnse /^ bruario in puriflcatione sancta Maria, ad Franconofiirt villam regni $ui pervenii ; ubique plurimos de optimatibus' Hlotarii diù illum cjh perientes in tuum suseepit dominium, et bentficium illis a Karolo êublatum restitua, NonuiU etiam, qui priùs eum Karolo fUerant, eum .deserentes, ad Hiudovieuni venerunt, {Annal. Fuldens, an, 870. D. BooouFT, vie, p. 174-15.)

Rien de plus curieux que l'embarras des leudes de Lotharingie entre ces deux usurpateurs , ne sachant encore qui serait le plus fort, quelques-uns se repentant de s'être trop pressés dans leur protestation de dévouement, et reportant au roi de Germanie les hommages offerts d'abord au roi des Francks (1).

Pour le partage projeté, la première entrevue eut lieu, au mois de mars 870, à Aix-la-Chapelle entre les députés des rois (2). Les pourparlers furent renvoyés au mois de mai : à cette seconde entrevue, les députés du roi de Germanie parlèrent avec plus d^ exigence et de fierté. En effet la santé de leur souverain si longtemps ébranlée s'était raffermie, et il venait de remporter sur lesEsclavons une victoire considérable où leur chef fort redouté appelé Rétice avait été fait prisonnier (3). Le dernier accord pour le partage fut ajourné jusqu'au mois d'août.

Pendant ce temps, le pape Adrien qui ignorait ces manœuvres secrètes, et qui félicitait par ses lettres le roi de Germanie d'avoir résisté, malgré l'exemple de son frère, à toute tentation de cupidité sur le royaume de Lotharingie (4), écrivait à Charles le Chauve dans les termes les plus véhéments.

Adrien II qui, au caractère du roi des Francks, avait

(i) Voyez la note précédente.

(2) AUBEBT Le Mire, in codice donat, piar,

(3) AiMOiN, lib. V, c. XXV.

(4) Laudanda plenè vestra Constantia , qum sui non immemor /idem promissam meriià cuslodivii; et, velut f rater tester Carolus alterius regnijura,., nec invasiff nec concupiviL {Spist, Adrian. D, Bouquet, viî , 455.)

dès Forigiae pressenti TusurpatioD, mais doDt les premières lettres étaient arrivées trop tard, lui rappelait énergiquemenl dans celles que Thistoire a conservées le traité de Fontenoy et les promesses jurées sous serment par lui et ses frères de ne jamais entreprendre sur les états les uns des autres, se soumettant en cas d'infraction à Tanathème. Le Pontife le traite de tyran et de parjure : Tu as marché ^ lui dit-il, d'invasion en invasion y sollicité y ordonné f amené les hommes de ce royaume à te jurer fidélité (1). Dans sa lettre aux évêques de Lotharingie, à la date du même jour, c'est-àdire, du 27 juin 870, Adrien menace les prélats de se rendre dans le pays, et, s'ils s'obstinent dans une conduite aussi coupable, de châtier d'une manière éclatante, les attentats dont ik se soqt faits les complices (2). Quoique profondément blessé de l'amertume de ce langage où le pape déclarait sans détour que l'usurpateur eût à choisir entre la restitution du bien d'autrui et l'anathéme, Charles le Chauve se contint, accueillit les envoyés du souverain Pontife, chercha à Ta- . doucir en lui envoyant pour l'église de Saint-Pierre de riches tissus d'or et des couronnes ornées de perles ; dans le même temps il relevait avec magnificence le monastère de Saint-Bénigne de Dijon, dont il décuplait les possessions et les terres (3), montrant ainsi par sa

(1) Regnum magis ac mngis invasisti^ sollicitasti, ordinasti , et ho^ minet hvjus regni ad tuam fidelitatem jurare fecisti. (Lettre du 5 des kal. juillet 87C. Ibid., p. 440.)

(2) Partes illas penetrabimus, et in contemptores dignam dabimus ultionem. (Lettre du même jour aux évêques. Ibid., p. 441.)

(3) Voy. la charte dans Pérard, p. 149.

14 GÉRARD DE lODSSaLOlf.

souplesse, qae dans Fart d'envahir les eiats u auu ai, le prince diplomate du ix* Mècle n'avait pas attendu les leçons savantes du xa*. Le pape insistant toujours, Charles se releva de toute sa hauteur et répondit avec la plus grande énergie, par la plume de Farchevéque Hincmar, qu'il était roi, né du sang royal, que les princes étaient seigneurs dans les terres de leur domination, non les vidâmes des Evéques, et qu'il n'avait lu nuUe part dans les constitutions de l'Eglise, qu'aucune puissance spirituelle eût le droit de disposer des couronnes de la terre.

Le mois d'août 870 était arrivé, et le partage se consommait. Louis, roi de Germanie, reçut dans son lot les villes de Cologne, d'Utrecht, de Strasbourg, de Bàle et leurs dépendances. Il possédait déjà Worms, Spire, Hayence. Ainsi il eut tout le cours du Rhin depuis le pays des Suisses jusqu'à l'embouchure du fleuve. Trêves et Metz lui furent pareillement cédés avec leur territoire. Ce lot comprit encore Aix-la-Chapelle et presque tout le pays de ce côté entre le Rhin et la Meuse.

Les places les plus considérables du lot de Charles furent Lyon, Besançon, Vienne, Tongres, Toul, Verdun, Cambray, Vivier, Usez; il obtint en outre le Hénaut et le tiers de la Frise. Ainsi il accrut son domaine de presque toute la haute Lorraine et d'une partie des Paysbas, de la Bourgogne, du Dauphiné et de la portion du Languedoc la plus rapprochée du Rhône.

Le partage au surplus est fait avec tant de bizarrerie que Besançon se trouve placé dans le lot du roi des Francks, tandis que les comtés qui l'entourent de toutes

GÉRARD DE ROCSSILLON. 15

parts, AmaouSi Scoding et Warach, appartiennent au roi de Germanie (1).

Cet acte s'était consommé à Mersen-sur-Meuse j et après Tentrevue, les deux frères s'étaient séparés dans les termes de la meilleure amitié. Désormais trangmlle de ce côté , Charles le Chauve ne songea plus qu'à ouvrir la campagne contre le duc Gérard de Roussillon. Les menaces du souverain Pontife l'inquiétaient peu. Far ses ordres » Hincmar écrivit à Adrien une lettre qui, sous des formes obséquieuses, est au fond pleine de fierté. Ce prélat avait refusé de se séparer du roi et de prononcer contre lui l'anathême. Il expose au Pape que la Lotharingie, entourée d'ennemis redoutables, ne saurait rester sans prince et sans roi (2), et qu'on ne peut imposer à la nation le devoir d'accepter un prince absent, incapable de la défendre contre les attaques fréquentes et subites des païens, ni prétendre, ajoute-t-il, nous asservir, nous qui sommes francks; que le roi et ses leudes sont décidés, et iront avant dans leur entreprise.

Après ce manifeste de guerre, le roi, qui avait profité des grandes chasses de l'automne pour donner le dernier mot à ses leudes , congédia à Reims les envoyés du Pape et de l'empereur. Son langage avait toute l'aigreur d'une rupture. De celte ville il dirigea vers la Bourgogne son innombrable armée (3), se mit en mar-

(i) Voy. pièces jastif. n» iv.

(2) ..... de multis partibus a paganh impetito m tania pericula

sine rege ac principe (Lettre d'Hincmar an pape Adrien. 0. fioa-

QUET, vil, 538.)

(3) !psot vero mssos apostolici et imperatons luque Remis deduei

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che lui-même et entra dans notre pays par Langres, Champlitte et Gray. Il était à Champlitte le 30 octobre (i). Cette petite ville, qui faisait partie du comté des Attuariens, était probablement dès cette époque entourée de murailles (2). Le roi y séjourna peu. En effet il avait appriaque le duc-comte se fortifiait au delà de Besançon sur les bauteurs de Cb&teau-Cbalon et de Po- Ugny, tandis que Bertbe sa femme, princesse du plus mâle courage , s'enfermait dans Vienne qu'elle devait défendre jusqu'à la dernière extrémité. Il comprit tout ce que ces deux points de résistance avaient de dangereux, surtout à cette époque avancée de la saison, si rapprochée dans nos montagnes de celle des premières neiges. Son plan était arrêté , précipiter Texpédition , accabler Gérard par des forces vingt fois supérieures , et entourer Berthe de traîtres, gagnés à prix d'or qui, à point nommé et sans combat, lui ouvriraient les portes de Vienne.

On a remarqué qu'aucun des évêques ni des leudes n avaient répondu aux lettres du souverain Pontife (3). Tous se tournèrent vers le roi des Francks , et il n'y en eut aucun , dit un ancien auteur ecclésiastique (4) qui , dans cette défaillance générale, eût le courage de lui dire

fecit. Et UNDIQUE plwrimos fidelium suorum illic convenire faciens et per oeto diet immorans^ eosdem legatos absolvit.,. posteà usque ad Lugdunum pervenit... {Annal. Bertin. Voyez pièces justif. n« vi.) Undique piurimos.,. Comme ces mots sont bien d'accord avec le récit des poèmes sur la prodigiease force de cette armée ! (i-2) Voy. pièces jastif. n» vu.

(3) Cumomnes (Episcopi regni Lotharii) defKerint (Baronius.

Annal. Ecclesiasi. ao. 870, p. 446.)

(4) Baronius, Annal. Eccles, an. 870.

au péril de sa vie : L'héritage d'autrui n'est pas à toi (1 ) !

Un homme eut cette audace , c'est Gérard. L'histoire n'a nommé que lui ; il est vrai que cet homme était presque un roi. Eu face d'une double usurpation accomplie par deux souverains régnant sur la Gaule et une partie de l'Allemagne y il osa seul affronter le péril et se déclarer le chef du parti de la résistance. Apprenant les préparatifs formidables de Charles le Chauve , et malgré l'absence de l'empereur toujours en Italie, il appela à lui ses vasseaux^ même les hommes du midi et tous les grands de la Bourgogne.

Cependant le roi avait quitté Champlitte^ et, descendant par le sud à travers notre pays , traversait rapidement le comté d'Amaous pour arriver à celui de Scoding. En parcourant les bords de la Saône , il voulait s'assurer que tous les passages étaient fermés, isoler son ennemi de Dijon, d'Avallon et de toutes ses possessions du Lassois situées outre Saône , .et le renfermer complètement entre cette rivière et les montagnes du Jura.

Château-Chalon est à l'entrée du comté de Scoding contigu à ceux d'Amaous et de Warasgau. Le roi avait dû par lui ou ses capitaines visiter les villes et châteaux de Gray, de Pontallier où les rois Francks avaient un palais, d*Auxonne et de Dole, situées sur les bords de la Saône ou à peu de distance.

Stationné sur les hauteurs de Château-Chalon, là où

(1) Nulluf Joannes Baptista qui vitœ dispendia arguebai Berodem; nuliut prorsùs gui diceret Carolo : non iieet tibi alienam invadere hereditalem. (Baronîus^ L X^ an. 870, p. 444.)

se rencontrent la frontière du Warasch et celle du Scoding, Gérard, qui voyait déjà arriver une partie de ses hommes de guerre y avait adressé à l'empereur Louis les messages les plus pressants.

Il paraît d*abord incompréhensible que dans un semblable péril ce prince , toujours en Italie, n*ait envoyé aucun secours au plus grand, au plus généreux de ses défenseurs. Mais Fétonnement cesse, quand on a lu dans les auteurs latins et grecs du moyen âge à quelles dévastations était alors livré le sud de Tltalie, les villes prises et reprises , le soudan venant lui-même commander ses troupes, les vaisseaux d'Afrique amenant jusqu'à 30,000 hommes de débarquement, Rome en proie à la terreur , et Fempereur , arrêté depuis quatre ans au siège de Bari, et, selon Texpression du pape Adrien, combattant chaque jour pour le salut de la catholicité, au péril même de sa vie.

A rapproche^ des troupes royales, dont nos poèmes font Teffroyable dénombrement (1), Gérard attendait non sans anxiété TefFet de son dernier mandement de guerre. Sa voix semblait s*étre perdue comme dans un désert. Un vide effrayant se faisait autour de lui, l'astuce, la perfidie, Tor, les promesses, la terreur, avaient miné le terrain sous ses pas; et dès les premiers jours , Charles le Chauve s''empara de Château-Chalon, forteresse romaine importante, ancien séjour des patrices du Scoding, défendue par des pentes, mais trop accessible du côté de l'est (2).

(1) Pièces jasUf. n» ix.

(2) Voy. pièces juslit n» viii.

Ci:

PC

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