série, t. V, «813-4 , ji
•on habitude, par la frandiise €t la netteté de la discusskm et des conclinioDs; inab ce. fut Partout à Londped qu'on s'occupa de Théophile. M. Eastlake, dans ses Âiaieri€Uê par onhisiarxofQil-painiingy la savante mistressllerryfieldydans les nombreux travaux qu'elle a consacrés aux traités techniques de la peinture au moyen âge, sont à l'occasion revenus sur la discussion et Tinterprétadon des passages de Théophile qu'ils ont eu A cicer,etM. Robert Hendrie, en 1847, a publié à Londres une nouvelle édition «du texte de Théophile, revu sur un manuscrit découvert au BritUh Muséum depuis Fédition de M. de r£scalopier, et éclaird par une seconde traduction qui a naturellement profité des eflforts de la pre« miére.
Aidé de ces travaux divers, M. de l'Ëscalopier aurait pu reprendre son édition et la redoxmer dans un état à peu près définitif. Il ne Ta pas voulu faire ; il lui suffisait d'avoir donné le premier, d'y avoir perdu, comme il convenait, son temps et son argent, d'avoir été la cause et le point de départ de ces travaux divers, qui élucidaient de plus en plus un liyre et un sujet pour lui si intéressants ; il lui suffisait d'avoir fait la lumière autour de ce monument inestimable et d*avoir donné à l'érudition française Vhort*' neur d'un premier essai de traduction; je dis essai, car, si nombreuses qu'elles puissent devenir, aucune ne pourra ja*mais prétendre à être définitive sur tous les points, et dans cet ordre d'études on ne cessera plus, formellement ou incidemment, de revenir sur Théophile.
Un peu avant, vers 1840, M. de l'Ëscalopier éuit entré sur sa demande à la bibliothèque de l'Arsenal ; il avait voulu avoir à sa main plus de livres encore quil n'en possédait et y trouver de nombreuses sources de savoir ; mais, par suite de la droiture délicate de son cœur et de la loyauté de son caractère, il tint, à ce que Tindépendance de sa fortune lui permettait, à ne prendre la place de personne, et il ne voulut en faire partie qu'à titre de conservateur honoraire. Pourtant, s'il se refusait aux avantages matériels, ce
n'était pas poor ne pas accepter les devoirs ; tout ie tenp^ qa*il passait à Paris, il se chargeait d'ane partie régulière da senrice, et j*ai pu apprécier, pendant le peu de temps tpie je m'y sais trouré avec lui, à ipiel degré sa compétence était réelle, son érudition bibliographique étendue et sa complaisance toujours prête. M. Cayx, un des anciens admi-* nistrateurs de cette belle bibliothèque, les connaissait bien et leur rendait pleine justice, car c*est sur sa demande, et au-» tant pour rendre hommage aux services et à ThonoraMlité du fiiNietionnaire qu*au dévouement de l'éditeur de l\kéo-* phile, que M. de l'Escalopier fot nommé par ie roi Louise Philippe, le d5 avril 1847, cheraKer de la Légion d'hob«» neur*.
Aussi oontinna-4-il k ne s'occuper de faire voir le jour qu'à des livres difficiles à publier dans les conditions ordt«* naires de la librairie. Il se trouvait à la bibliothèque du Va» tican deux manuscrits du Mitrale^ sive de officéis eeciesiasti* eis summa, ouvrage inédit de Sicardi, évéqne de Oémone de il 85 à 1215, et auteur d*une Chronique publiée par Muratori^« Le cardinal Angelo Mai, dans le tome VI de son Spieilège^ en avait publié les fragments relatifs aux édifices sacrés et à la philologie ecclésiastique. M. de l'Escalopier fit faire à Rome une copie complète du manuscrit; plus tard il la communiqua à l'abbé Migne, et cette obligeance libérale permit à cdui-ci de publier pour la première fois en 1855, dans le tome CCXni de son Patrologi» cursus rompletusy l'ouvrage de Sicardi'. Il est divisé en neuf li* vres ; le troisième est consacré à la messe, le quatrième aux offioels des difierentes parties du jour; les suivants, jusqu'au
I. Il «Tait re^ \m ordres catholiques do Christ de Portugal dès I8S7, et da Samt-Sépulcre des États-Romains dès 1836.
3. Dans le tome VII des Rerum italiearum Seriptores, S. Il y an a qnelqnes exemplaires tirés à parts Siemrdi^ Crêmo n ent ù êfiseopiy Mitrala^ stm de ojfiàis eecleskuticU tmmmaf nunc primum im Imeem prodit juxta apograpkmm quod asservatur in biblioikeca comUit dé l'Escalopier^ Parisiis, aocumnte J. P. Migne, 1865» in-4 de 48G colonnes.
haitième, aux offices dominicaux ; le neuvième à ceux dés fêtes des saints. Toute cette partie n*est importante que pour ceux qui s'intéressent à la symbolique de la liturgie ; mais le seccmd livre, relatif aux vêtements sacerdotaux , et surtout le premier, qui traite de l'édification, de la-déooration et des meubles des églises, ont un intérêt plus général par les explications et les renseignements qu'îb apportent àl'ar* chéologie sur les sens symboliques, acceptés à cette époque du moyen âge. Guillaume Durant! ne cite pas Sicardi parmi les auteurs qu'il a consultés pour rédiger son fameux ito/omde^^ qui donne les mêmes natures d'informations; mais^ s'il a beaucoup suivi le Dmnorum of/kiorum brebis expUcatio de Jean Beleth, il y aurait à examiner s'il ne doit pas encore plus à Sicardi; il serait bien étonnant que Dnranti n-eàt pas connu l'ouvrage de l'évêque de Crémone, car, s'il est mort évêque de Mende en i295, son livre a été écrit en .Italie vers 1286 ', et il y a été chapelain de plusieurs papes, leur légal et vicaire général dans les Romagnes et gouvenieur de Bologne; il est né quinae ou vingt ans après la mort de Sicardi, et Crémone n'est pas bien loin des Romagnes.
Avant d'en venir au dernier ouvrage publié par les soins de notre confrère, il nous faut retourner un peu en arrière pour indiquer un incident qui, comme cet ouvrage, se rapporte aux Catacombes et doit ne pas être oublié dans cette esquisse de la vie de M. de l'Escalopier. En effet, les Cata» combes lui avaient en quelque sorte réservé le tombeau et les restes d'Aurélie Theudosie, la femme d'Aurélius Opta* tus et la première chrétienne d'Amiens dont le nom soit connu. Ils furent trouvés le i*' avril i 842 dans les Catacombes dites de Saint-Hermès ; les négociations et les instances de M. de l'Escalopier, aidées de celles de M. de Sa* Unis, alors évêque d'Amiens, finirent par les obtenir du pape et par les conquérir à la ville où elle était née et où
4. Hùtoire tittérairf de h France, ♦««î, XX, 177-8. 2. Ibidem^ 477.
eUe r^atra» le if octobre i85S, avec beaucoup pUis de poflope, à coup sûr, quelle n'en avait eu autour d'elle le jour où elle en était sortie pour aller en Itali^^
J'ai dit que la dernière publication de notre confrère se rapportait aussi aux Gatatiombes. Ce fut en 1856 qu'il procura Védition de Touvrage auquel je fais allusion. Il date de la fin du sdzièine siècle, et devait paraître dès 1605 y ■lais il était resté inédit ; son auteur, le P. Jean l'Heureux, qui avait grécisé son nom dans l'appellation latine de Macarius, et qui est bien connu par les difiërentes notices des Bibliothecm Bdgià» , et plus réeeounent par celle de votre r^rettaUe correspondant, M. Edward Leglay, dans ses Nouveaux Ânaleetes hûiaréqueSy était L'ami de Ciaicconius, de BaronÎBs, de Frédéric; Bdrromée, et c^est soua leurs yeux qu'il a écrit son livre sur les anciennes représentations figurées du christianisitie. Rosweyde» les deux. GhifBet, Jean Bollandos , avaient eu entre les mains son manuscrit prêt pour l'impression, et s'«n étaient servis; il faisait même partie de la bibliothèque desBollandistes, et fut vendu avec elle en Bel^kpie, dans la vente qui en fut faite en 1825. U courait grande chance de se perdre définitivement, s'il 9*avait fini par être acquis par M. de l'Escialopier; c^est chez lui que le trouva votre savant correspondant à Rome , le P. Raffaele Garucci^ qui le cherchait depuis Icmgtemps, et il se chargea volontiers du travail de sa publicacationd^nitive, en l'accompagnant d'une annotation sobre, mûà profondément, compétente. C'est donc , comme pour le Théophile, aux seins réiims de deux de vos confrères que nous devons l'impression, si longtemps difierée, de cet ouvrage remu^uable, qui parut à Paris en 1856, sous le titre à'Hagiogiyptay sine piciurm et scuipturm saerx anti»
4. Album de sainte Theudosie^ recueil complet de docmmemls pmhliês sur cette sainte, pir l'abbé Duval, arec nne In^odncûon et de» ootea par Mgr Gerbet, évéqne de Per]>igaaa; Paris, Vatoo, 4864, in-4 de 431 p., H pU^ncbes et des bois daus le texte. Il est à regretter de ii*y pas voir figurer \e Jac-simile de rioscription.
— iî —
fptiares ^ prmêertim qus Momm reperimntmr^ eJtpUtai» a Joanne ^Ematùx^. Le premier liTre, dhrké en deiix>eh«* pitres, passe en revue les peintures des églises, et ensoite des cimetières souterrains ; le second est consacré à Tétiide dn sens symbolique et de la- signification de oe» représentations diverses. Depuis l'Heureux « bien des découvertes ont été faites dans les Gatacombes, bien des parties nouvelles en ont été reconnues et le sont encore journellement; mais le livre du P. THeureux garde encore son intérêt et sa valeur. Les rév^ations poetérieures n'ont fait que i« compléter, qQ*en confirmer les conclusions ; le» renvois et les remarques du F. Oamcci l'ont mis, quand il a été nécessaire, à la kantenrde la science moderne.
Ces di£Rérents travaux , si méritants et si curieux, auraient certainement été suivis par d- autres , mab une maladie, terrible et impitoyable, que rien ne devait (iaire craindre ,pour un bomme dont la vie avait toujours été aussi pure et a«Hi simple I vint en disposer autrement. A la suite d'attaques successives, qui, après Tavoir éloigné de vos séances, finirent par épuiser ses forces et l'enlever avant Thenre ii raffection de sa famille et de ses amis, à la tendresse dévouée de sa femme, réduite à ne pouvoir plus que se consumer douloureusement en soins impuissants, M. de l'Escalopier, âgé seulement de qoarante-neof ans, «*est éteint le ii octobre i86i *, dans le cbàteau où il était né, où il était revenu mourir, où les bienfaits de sa famille et ceux qu'il y avait répandus lui-même l'avaient fait Mmer et estimer de tous. Pour ce qui vous oonceme;JV«us pouves vous rappeler la pénible surprise avec laquelle vous avea accueilli la nouvelle de cette fin prématurée ; vous vous souveniea, avec un regret Men légitime, de l'aménité du caractère , de la sûreté des rapports, de l'iotérét des relations , aussi fit-
I. iMtétim Paritiormmy J. A. Toalouse, in-S de su et 263 pages, arer figures, notes et [ndex,
3. Il a parti an moment même une note néct-oingiqtic dans VOnion du 28 octobre 1861.
ciles qu'aimables, que vous aviez entretenues avec M. de TEscalopier, soit comine confrère , soit quand il a dû à vos suffrages l'honneur d'être successivement, en 1853 et en i854, vice-président et président de votre compagnie.
Son souvenir vivra à l'état personnel dans la mémoire de ceux qui Tont connu ; il subsistera plus longtemps dans la science par la publication du Théophile, et il sera conservé, d'une façon peut-être plus complète encore, par une publication qui se prépare. Mme de PEscalopier, qui n'a pas voulu se séparer de la bibliothèque que son mari a réunie et qu'il n'est plus là pour continuer, veut en faire imprimer le catalogue. Quand, avec la liberté des moyens , un amateur n'a pas formé sa collection au seul point de vue de la vanité et de la spéculation , comme on le voit souvent aujourd'hui où il suffit de payer, sans le lire, tout ce qui se dispute avec ardeur et se vend très-cher pour être sûr d'avoir des livres précieux et jouer quelques années au bibliophile avec la chance de finir pai* faire une bonne affaire ; quand, au contraire, cette collection est formée dans un but spécial , avec des connaissances sérieuses et incessamment augmentées ; quand ce n'est pas une armoire, presque un coffre^fort, mais une véritable bibliothèque, où l'on ne craint pas les grands livres qui tiennent de la place et où les raretés ne figurent qu'à leur rang et pour servir comme le reste à la recherche et à l'étude — le catalogue d'un tel cabinet, en même temps qu'il est un enseignement, représente à merveille et avec réalité la vie, la pensée et les études de celui qui l'a créé. Grâce à cette ingénieuse sagacité qu'inspire l'affection, les regrets de Mme de l'Escalopier l'ont compris , et je suis heureux de pouvoir vous faire espérer cette publication , car l'homme instruit et l'amateur y revivront tout entiers.